En Europe, plusieurs voitures électriques chinoises viennent d’être testées dans des crash-tests très exigeants, avec des résultats qui bousculent les idées reçues.
Selon le site spécialisé anglo-saxon New Atlas, les derniers essais de sécurité menés par le programme européen Euro NCAP montrent que certains constructeurs chinois égalent, voire dépassent, les références européennes, coréennes et japonaises. Ces tests, conduits dans l’Union européenne et au Royaume-Uni, s’avèrent plus stricts que ceux réalisés aux États-Unis, et placent désormais plusieurs modèles venus de Chine au niveau des meilleurs élèves du marché.
Des voitures chinoises au top des nouveaux protocoles 2026
Euro NCAP, l’organisme indépendant qui évalue la sécurité des véhicules neufs en Europe, vient de publier une nouvelle salve de résultats. Particularité de cette série : les véhicules ont été jugés selon les nouveaux protocoles 2026, plus sévères, alors même que nous sommes encore en 2024. Trois modèles électriques d’origine chinoise y ont obtenu la note maximale de cinq étoiles.
Les voitures concernées sont :
- la GAC Aion UT, une compacte électrique au format proche d’une citadine polyvalente européenne ;
- la Geely E2, déjà best-seller en Chine ;
- la Leapmotor B05, développée dans le cadre du partenariat avec Stellantis.
À leurs côtés, la Cupra Raval, modèle urbain de la marque espagnole Cupra (groupe Volkswagen), n’a décroché que quatre étoiles dans sa configuration de série, avant de grimper à cinq étoiles uniquement lorsqu’elle est équipée d’un pack de sécurité optionnel.
Euro NCAP souligne que ces trois modèles chinois atteignent des résultats comparables aux constructeurs européens, coréens et japonais, y compris avec des standards 2026 anticipés.
Euro NCAP plus strict que les autorités américaines
Dans son article, New Atlas rappelle qu’Euro NCAP applique des critères plus rigoureux que l’agence américaine NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration). Les scénarios d’accident sont plus variés, les exigences sur les aides à la conduite plus poussées et la pondération des différents critères plus exigeante.
Face à ces contraintes, les performances des véhicules chinois testés surprennent. Euro NCAP insiste sur le sérieux de leur démarche. Le directeur du programme, le docteur Aled Williams, cité par le média, explique ainsi que ces constructeurs « travaillent encore dur pour répondre aux normes élevées attendues par les consommateurs européens » et qu’en visant les objectifs ambitieux fixés par l’organisme, ils affichent clairement la volonté de proposer des véhicules plus sûrs sur les routes européennes.
Aion UT : une compacte électrique tournée vers l’Europe
La GAC Aion UT, encore inconnue du grand public français, vise pourtant de plein fouet des modèles bien établis. Elle se positionne face à la Volkswagen ID. Polo, à la future Renault 4 électrique ou encore à la Mini Aceman.
Sur le plan technique, l’Aion UT s’appuie sur :
- une batterie LFP (lithium-fer-phosphate) de 60 kWh ;
- une autonomie annoncée de 431 km selon la norme WLTP ;
- un moteur électrique de 201 chevaux, placé à l’avant, entraînant les roues avant ;
- un 0 à 96,5 km/h réalisé en 7,3 secondes.
Le modèle n’en est qu’aux prémices de sa carrière européenne. New Atlas évoque un lancement attendu sur le Vieux Continent d’ici la fin de l’année, avec un positionnement tarifaire équivalent à moins de 40 000 dollars. L’obtention de cinq étoiles sous protocole 2026 renforce clairement ses arguments face aux compactes électriques déjà présentes sur le marché.
Geely E2 : la star chinoise à prix serré
La deuxième voiture passée au crible est la Geely E2. Ce modèle a été la voiture la plus vendue en Chine l’an dernier, un marché où la concurrence électrique est particulièrement féroce. Son arrivée en Europe est donc très observée.
La Geely E2 affiche :
- une longueur d’environ 4,10 m, proche d’une citadine polyvalente européenne ;
- une batterie de 35 kWh ;
- un moteur électrique de 114 chevaux ;
- un prix annoncé à partir de 19 490 euros sur certains marchés européens.
New Atlas rappelle que Geely n’est pas un inconnu : le groupe chinois possède notamment Volvo. La E2 a d’ailleurs été repérée récemment à son arrivée chez des concessionnaires en Belgique, étape clé avant sa commercialisation officielle en Europe.
Malgré son prix d’appel inférieur à 20 000 euros, la Geely E2 obtient la note maximale de cinq étoiles, avec « une excellente protection globale » selon Euro NCAP.
Leapmotor B05 : des scores supérieurs aux stars européennes
Troisième modèle examiné : la Leapmotor B05, portée par Stellantis, qui vise directement des compacts comme la Renault Mégane électrique ou la Volkswagen Golf. Sur les différents volets de l’évaluation Euro NCAP, la B05 fait mieux que ces références dans chaque catégorie mentionnée par New Atlas.
Son point fort le plus marquant concerne la protection en cas de choc, avec un score de 92 % dans les notes détaillées d’Euro NCAP. Là encore, il s’agit d’un véhicule électrique à hayon, mais cette fois avec un moteur de 213 chevaux entraînant les roues arrière.
La fiche technique met également en avant :
- une batterie de 67,1 kWh ;
- une autonomie revendiquée de 482 km en cycle WLTP ;
- une puissance de recharge de 174 kW, permettant de passer de 10 à 80 % en environ 24 minutes.
Pour Leapmotor, cette bonne note n’est pas un coup d’éclat isolé. New Atlas rappelle que les modèles B10 et C10 du même constructeur ont déjà obtenu cinq étoiles à Euro NCAP, tout comme d’autres véhicules de Geely, notamment les Starray et EX5.
Les idées reçues sur la sécurité des voitures chinoises bousculées
Le site anglo-saxon souligne le contraste avec les débuts souvent difficiles des voitures chinoises en matière de sécurité. Durant les premières années d’arrivée de ces véhicules sur le marché européen, de nombreux modèles, en particulier parmi les nouvelles électriques, avaient donné des résultats catastrophiques en crash-test, certains se déchirant littéralement sous l’effet des chocs.
En quelques années, les constructeurs chinois sont passés d’échecs retentissants en crash-tests à une série de modèles cinq étoiles, y compris avec les futures normes 2026.
Ce basculement se voit aussi dans les chiffres de vente. Euro NCAP indique que :
- 7 % de toutes les voitures neuves vendues dans l’Union européenne sont désormais des modèles produits en Chine ;
- au Royaume-Uni, cette part atteint près de 10 %.
Autre indicateur significatif : le nombre de véhicules chinois soumis volontairement aux tests Euro NCAP a environ triplé depuis 2021. L’organisme y voit le signe d’une stratégie assumée des constructeurs, qui cherchent à répondre point par point aux exigences de sécurité des consommateurs européens.
Ce que ces résultats changent pour les automobilistes français
Pour un acheteur français, ces notes attribuées en Europe constituent un repère direct. Euro NCAP teste aussi bien les modèles vendus en France que ceux qui sont uniquement prévus sur d’autres marchés européens, avec une grille commune.
Quand un modèle électrique chinois comme la Leapmotor B05 ou la Geely E2 obtient cinq étoiles, il se situe donc, en termes de sécurité, sur la même échelle qu’une Peugeot, une Renault ou une Volkswagen évaluée la même année, avec les mêmes protocoles.
En France, les autorités ne réalisent pas elles-mêmes de crash-tests comparables à ceux de l’Euro NCAP. Les règles de base sont fixées par la réglementation européenne (homologation, dispositifs de sécurité obligatoires), mais ce sont les résultats de l’Euro NCAP qui servent de référence pour mesurer le niveau de protection réel d’un modèle en cas d’accident.
Les automobilistes français peuvent ainsi comparer :
| Type d’information | Ce qui vaut pour la France |
|---|---|
| Nombre d’étoiles | Score Euro NCAP commun à tous les pays européens, y compris la France |
| Année du protocole | Critère crucial : une voiture cinq étoiles avec le protocole 2026 est testée plus durement qu’un modèle cinq étoiles selon un protocole ancien |
| Origine du véhicule | Qu’il soit produit en Chine, en Europe ou ailleurs, il est jugé sur les mêmes scénarios d’accident |
Pour un conducteur français tenté par une voiture électrique importée de Chine, ces nouveaux résultats Euro NCAP constituent donc un argument fort pour juger de la sécurité, au-delà des débats politiques ou des questions de protectionnisme industriel.
Comment lire une note Euro NCAP face aux modèles chinois
Les cinq étoiles résument un ensemble d’évaluations détaillées. Euro NCAP prend notamment en compte :
- la protection des adultes à bord ;
- la protection des enfants ;
- la protection des usagers vulnérables (piétons, cyclistes) ;
- l’efficacité des aides à la conduite (freinage d’urgence, maintien dans la voie, etc.).
Un modèle comme la Leapmotor B05, avec 92 % en protection lors des crash-tests, se situe ainsi parmi les bons élèves de sa catégorie. La comparaison avec des références comme la Renault Mégane électrique ou la Volkswagen Golf montre que les constructeurs chinois ne se contentent plus d’atteindre le minimum réglementaire, ils visent le haut du classement.
Pour un acheteur, l’enjeu consiste à : vérifier le millésime des tests, comparer les sous-notes par catégorie (adultes, enfants, aides à la conduite) et tenir compte de la présence ou non d’options de sécurité. L’exemple de la Cupra Raval, qui n’obtient cinq étoiles qu’avec un pack de sécurité optionnel, illustre ce dernier point : deux versions du même modèle peuvent offrir un niveau de protection très différent.
Autonomie, recharge, prix : un équilibre global à évaluer
Au-delà de la seule sécurité, les modèles électriques chinois testés par Euro NCAP affichent des fiches techniques agressives. L’Aion UT et la Leapmotor B05 rivalisent en autonomie avec les compactes européennes équivalentes, tandis que la Geely E2 tente un coup fort avec un prix d’accès autour de 19 490 euros, tout en conservant cinq étoiles de sécurité.
Pour un foyer français, l’arbitrage se fait entre plusieurs critères :
- le budget global, y compris le coût d’achat et l’accès éventuel à des aides nationales ou locales ;
- l’usage prévu (trajets urbains, périurbains, longs parcours) et l’autonomie nécessaire ;
- la sécurité mesurée par Euro NCAP ;
- la disponibilité du réseau après-vente et la garantie proposée par l’importateur.
Les résultats publiés par Euro NCAP et relayés par New Atlas montrent que la sécurité ne constitue plus automatiquement un point faible pour les voitures électriques produites en Chine. Le débat sur ces modèles en France se déplacera donc de plus en plus vers d’autres thèmes : coût total d’usage, empreinte environnementale liée à la production et conditions de concurrence avec l’industrie européenne.









