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Routier depuis des années, il teste le travail de bureau pendant plusieurs jours : « Je ne le recommande pas »

Routier depuis des années, il teste le travail de bureau pendant plusieurs jours : « Je ne le recommande pas »

En Espagne, un chauffeur poids lourd raconte comment quelques jours passés derrière un bureau ont bousculé son regard sur le travail administratif.

Dans une série de vidéos publiées sur TikTok, le routier espagnol Alex Tensso explique pourquoi il a très vite renoncé à l’idée de troquer son camion pour un poste d’employé de bureau. Son témoignage, relayé par le média en ligne Infobae, met en lumière la charge mentale et l’ennui que peuvent générer certains emplois administratifs, souvent perçus comme plus « confortables » depuis l’extérieur.

Un routier qui pensait trouver plus de confort au bureau

Depuis des années, Alex Tensso vit au rythme de la route. Habitué aux longues heures de conduite, aux chargements et déchargements, il imaginait le travail de bureau comme un environnement bien plus doux. Dans sa tête, un poste administratif rimait avec climatisation, chaise confortable et efforts physiques limités.

Il raconte sur TikTok avoir accepté de passer plusieurs jours dans un service administratif, en Espagne, pour tester cette autre vie professionnelle. L’expérience devait confirmer son idée d’un job plus simple, à l’abri des intempéries et de la fatigue physique.

Le chauffeur s’attendait à « être là avec la climatisation, bien installé sur la chaise », mais il a trouvé la réalité bien différente.

Dès les premiers jours, Alex Tensso découvre un univers où l’on ne porte pas de charges, certes, mais où l’on porte beaucoup d’informations en tête. Il insiste sur la quantité de données à mémoriser, de procédures à suivre, de tâches à enchaîner sans relâcher sa concentration.

« Horrible expérience, je ne le recommande pas » : une charge mentale sous-estimée

Le routier reconnaît avoir largement sous-estimé l’exigence cognitive de ce type de poste. Lui qui pensait passer ses journées assis, « la mar de a gusto », se retrouve submergé mentalement.

Dans une vidéo, il s’adresse directement aux employés de bureau :

« Pour tous ceux qui travaillez dans un bureau huit heures par jour, tous les jours, mon respect. Je pensais que votre métier était beaucoup plus simple, que vous seriez ici avec la climatisation, bien à l’aise sur la chaise et rien à voir. Il faut se rappeler énormément de choses, la tête semble prête à exploser. Je ne suis pas habitué à ça et ça devient trop pour moi et, pour moi, mieux vaut le camion. Je monte dans le camion avant de rester dans un bureau. Expérience horrible, je ne le recommande pas, mais félicitations à ceux qui êtes dans un bureau. »

Ses mots résument le choc ressenti : les journées lui paraissent longues, répétitives, et surtout mentalement épuisantes. Il parle d’une sensation de « boule » qui grossit, une difficulté à digérer cette nouvelle routine cognitive, très différente des réflexes acquis derrière un volant.

Il ne cherche pourtant pas à dénigrer le travail de bureau. Au contraire, son message se veut respectueux. Il admet qu’il avait des préjugés et que l’essai l’a obligé à revoir son jugement sur ce qu’endurent celles et ceux qui passent leurs journées devant un écran.

Abandon du bureau, mais respect renforcé pour les employés administratifs

À l’issue de cette immersion, Alex Tensso tranche : il ne veut pas continuer. Il préfère la fatigue physique et la solitude de la route à l’intensité mentale et à la répétition des tâches derrière un écran.

Il explique lier son rejet à deux facteurs principaux :

  • la nécessité de retenir beaucoup d’informations en permanence ;
  • l’obligation de rester concentré sans relâche pendant toute la journée.

Le chauffeur insiste sur un point : il ne s’agit pas d’une critique gratuite, mais d’un aveu d’incompatibilité personnelle. Il dit avoir pris conscience qu’il n’est « pas fait » pour ce format de travail, tout en adressant ses « félicitations » à ceux qui tiennent ce rythme au quotidien.

L’essai de quelques jours lui suffit pour conclure : « Pour moi, mieux le camion ».

Son témoignage met en évidence un phénomène souvent invisible : on surestime parfois la pénibilité des métiers physiques tout en minimisant l’usure psychique des emplois de bureau.

Un ennui invisible mais coûteux pour les entreprises espagnoles

Le passage d’Alex Tensso au bureau met aussi en lumière un autre facteur rarement pris au sérieux : l’ennui au travail. Il confie ne pas s’attendre à ressentir un tel sentiment de monotonie, lui qui est habitué à des journées rythmées par les kilomètres, les arrêts et les imprévus de la route.

En Espagne, ce n’est pas un cas isolé. Selon l’« Informe sobre el Estado de las Personas en la Empresa », réalisé par l’organisme Dathum à partir des données de 31 257 travailleurs, issus de 15 secteurs et suivis sur cinq ans (entre 2021 et 2026), l’ennui professionnel représente un coût organisationnel deux fois supérieur à celui du stress dans les entreprises espagnoles.

Le rapport souligne que l’ennui au travail coûte deux fois plus cher aux entreprises espagnoles que le stress, tout en restant largement ignoré des politiques de ressources humaines.

Le document précise pourtant que l’ennui figure à peine dans les systèmes de gestion du personnel. La conclusion jugée la plus inquiétante par les auteurs n’est pas que les organisations gèrent mal ce problème, mais qu’elles « ne le voient pas » depuis des années.

Quand les salariés restent présents… mais déconnectés

Dathum estime que 12,6 % de la main-d’œuvre espagnole se trouve depuis deux années consécutives en « zone d’ennui », un état décrit comme un déficit de défi, de stimulation et de sens dans le travail. À l’inverse, seulement 4,6 % se situe en « zone de stress », alors que c’est ce dernier qui concentre l’essentiel des budgets de bien-être au travail.

Le salarié en zone d’ennui reste physiquement présent, continue de remplir ses tâches, assiste aux réunions. Mais il n’est plus réellement impliqué. Son engagement s’érode, sa créativité disparaît, sa motivation s’effrite, sans que cela ne soit forcément visible à court terme.

Dans les cas les plus marqués, des spécialistes parlent de « boreout », un épuisement professionnel lié à l’absence de stimulation, à des tâches trop répétitives ou dépourvues de sens. L’article d’Infobae rappelle que des routines monotones peuvent mener à frustration, lassitude profonde et sentiment d’inutilité.

Quelles réalités similaires pour les travailleurs de bureau en France ?

En France aussi, les employés de bureau évoquent souvent la fatigue mentale liée aux écrans et à la surcharge d’informations. Les équivalents des études citées en Espagne montrent régulièrement une montée des risques psychosociaux, avec un intérêt croissant pour la question du sens au travail.

Les métiers administratifs, de gestion ou de services partagent plusieurs caractéristiques avec la situation décrite par Alex Tensso :

  • une forte concentration sur des tâches répétitives ou très normées ;
  • une pression de délais ou d’objectifs parfois peu visibles de l’extérieur ;
  • une charge cognitive soutenue (multiplication des outils numériques, des dossiers, des mails) ;
  • un risque d’ennui ou de lassitude quand les missions manquent de variété ou de perspective.

En France, la prévention de ces risques relève notamment des services de ressources humaines, des représentants du personnel et de la médecine du travail. Sans avancer de chiffres précis, qui varient selon les études, les organismes de santé au travail alertent depuis plusieurs années sur les conséquences possibles : démotivation, absentéisme, reconversions forcées ou départs précipités.

Comme en Espagne, les signaux faibles de l’ennui au travail restent parfois moins repérés que ceux du stress, alors qu’ils peuvent avoir un impact durable sur l’engagement des salariés.

Pour les employés de bureau français, le témoignage d’Alex Tensso agit comme un miroir inversé : un travailleur physique qui, en découvrant l’univers des open spaces, mesure la difficulté mentale de ce quotidien et choisit finalement de retourner à son camion.

Comment mieux appréhender la pénibilité mentale au bureau ?

Le cas de ce routier espagnol illustre un point souvent méconnu : la pénibilité ne se limite ni au port de charges lourdes ni aux horaires décalés. Elle peut aussi prendre la forme d’une accumulation d’informations, de procédures, de mails, ou d’une répétition sans horizon clair.

Pour les salariés comme pour les employeurs, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées par les spécialistes :

  • Donner davantage de visibilité sur le sens du travail et son utilité concrète.
  • Introduire plus de variété dans les tâches, quand l’organisation le permet.
  • Former les managers à repérer l’ennui chronique, pas seulement le stress aigu.
  • Permettre des temps de pause réelle loin des écrans.
  • Faciliter les mobilités internes lorsque des signes de lassitude durable apparaissent.

À travers son essai avorté dans un bureau, Alex Tensso rappelle enfin qu’un métier peut sembler attirant vu de l’extérieur, tant qu’on ne l’a pas pratiqué. L’expérience, même courte, révèle souvent une autre forme d’effort : ici, moins de kilomètres, mais davantage de données, de concentration continue et de monotonie possible. Un contraste qui amène ce routier à un constat clair : chacun son environnement, et pour lui, ce sera la cabine de son camion plutôt que l’écran d’un ordinateur.

Questions fréquentes

Pourquoi un routier a-t-il testé le travail administratif ?

Alex Tensso imaginait que le travail de bureau serait plus doux et confortable que son métier de routier, avec climatisation et efforts physiques limités. Il a voulu vérifier cette hypothèse en passant plusieurs jours dans un service administratif espagnol.

Qu'a découvert le routier lors de son expérience au bureau ?

Il a constaté que le travail administratif exige une charge mentale considérable : mémoriser énormément d'informations, suivre des procédures complexes et maintenir une concentration sans relâche pendant toute la journée. Cette intensité cognitive l'a dépassé et l'a submergé mentalement.

Qu'est-ce que la « zone d'ennui » selon l'étude Dathum ?

C'est un état où le salarié reste physiquement présent mais manque de défi, de stimulation et de sens dans son travail. Il continue ses tâches sans véritable engagement, son engagement s'érode et sa créativité disparaît sans être visible à court terme.

Pourquoi l'ennui professionnel coûte-t-il plus cher que le stress aux entreprises ?

L'article n'explique pas les mécanismes précis, mais note que l'ennui reste largement ignoré des politiques de ressources humaines et n'est pas « vu » par les organisations depuis des années, ce qui empêche sa gestion.

Quel est le message principal d'Alex Tensso à la fin de son expérience ?

Il exprime du respect pour les employés de bureau et reconnaît avoir sous-estimé la difficulté de leur travail. Il conclut toutefois que cette charge mentale ne lui convient pas et qu'il préfère retourner à son métier de routier.
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