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Des chercheurs interrogent 5 117 personnes sur le déjà-vu, les voix et les visions : ces expériences ne sont pas des signes de maladie

Des chercheurs interrogent 5 117 personnes sur le déjà-vu, les voix et les visions : ces expériences ne sont pas des signes de maladie

Une vaste enquête menée au Brésil montre que déjà-vu, voix ou visions touchent une majorité de personnes, sans annoncer forcément un trouble mental.

Une étude publiée dans la revue scientifique PLOS One et relayée par le média américain VICE s’est penchée sur ces moments que beaucoup taisent : impression de présence, voix dans une pièce vide, visions fugaces. Réalisée au Brésil, elle bouscule l’idée que ces phénomènes relèvent forcément de la folie ou du paranormal inquiétant.

Une enquête inédite sur 5 117 personnes au Brésil

Pour cette étude, des psychologues sociaux de l’Institut D’Or pour la Recherche et l’Éducation (IDOR), basé au Brésil, ont interrogé 5 117 personnes. Ils se sont appuyés sur un questionnaire structuré, l’« Inventory of Nonordinary Experiences », un outil de 47 questions qui passe en revue 38 types d’expériences dites « non ordinaires ».

Les participants devaient indiquer s’ils avaient déjà vécu certains événements précis, puis préciser le contexte : quand, comment, dans quel état d’esprit, à quelle fréquence, et avec quelles conséquences sur leur vie.

Les chercheurs confirment que des expériences comme le déjà-vu, les voix ou les visions concernent largement la population générale, sans s’accompagner d’un trouble mental chez la plupart des personnes.

Les expériences étudiées couvraient un spectre très large : de simples impressions étranges jusqu’aux visions les plus marquantes.

  • Déjà-vu, ou impression d’avoir déjà vécu une scène.
  • Sentiment très net de présence de quelqu’un, parfois d’une personne décédée.
  • Voix entendues dans une pièce pourtant vide.
  • Visions ou images très vives sans cause évidente.
  • Sensations de sortie hors du corps.
  • Rêves lucides, où l’on sait que l’on rêve.
  • Impression d’avoir vécu des vies antérieures.
  • Expériences proches de la mort ou vécues comme telles.
  • Emotions soudaines et intenses de joie, d’émerveillement ou de peur.

Les chercheurs ne cherchaient pas à « prouver » le paranormal, mais à comprendre la manière dont ces phénomènes s’inscrivent dans la vie de tous les jours et ce qu’ils signifient pour ceux qui les vivent.

Des expériences fréquentes, souvent brèves et gérables

L’étude montre que ces phénomènes sont loin d’être marginaux. Selon les données rapportées par VICE, plus de 60 % des répondants ont indiqué que leurs expériences se produisaient alors qu’ils étaient éveillés et bien conscients. Autrement dit, il ne s’agissait pas uniquement de rêves, ni d’états de semi-conscience.

Près de 40 % des personnes déclaraient être seules au moment de l’événement. Le caractère intime de ces expériences contribue probablement au fait qu’elles restent peu partagées, voire cachées par peur du jugement.

En matière de fréquence :

Fréquence déclarée Part des répondants
Une seule fois dans la vie Environ 30 %
Deux à trois fois 38 %
Durée difficile à estimer 19 %

Une partie significative des personnes interrogées ne savait pas combien de temps avait duré l’expérience, signe que ces moments peuvent paraître à la fois intenses et insaisissables.

Des ressentis plutôt positifs et un impact bénéfique

Contrairement à l’image angoissante souvent véhiculée, la majorité des participants n’associe pas ces phénomènes à quelque chose de négatif. Près de la moitié déclare avoir ressenti de la joie ou un bien-être lors de ces épisodes. Et environ la moitié parle aussi d’effets positifs ou très positifs sur leur vie par la suite.

Moins de 15 % des personnes interrogées ont décrit des conséquences négatives liées à ces expériences inhabituelles.

Pour beaucoup, ces moments deviennent une source de sens, un moteur de réflexion personnelle ou spirituelle, parfois une étape de remise en question constructive. Le psychologue Ronald Fischer, auteur principal de l’étude, cité par VICE, souligne que ces vécus « sont bien plus fréquents dans la population générale que ne le laisseraient penser les taux de diagnostics cliniques » et que la plupart des personnes concernées « ne sont pas en mauvaise santé » psychique.

Il insiste : pour nombre de participants, ces expériences se révèlent « porteuses de sens » et peuvent favoriser « la croissance personnelle et la compréhension de soi ». L’objectif des chercheurs est aussi clair : réduire la stigmatisation qui entoure le fait de parler de ces phénomènes, souvent assimilés à la folie ou moqués comme de simples « histoires de fantômes ».

Hasard, personne, divinité : qui est responsable ?

L’étude interrogeait également la façon dont les participants expliquent ce qui leur est arrivé. Sur cette question, les réponses se répartissent en plusieurs grandes catégories :

  • 41 % parlent de simple « hasard ».
  • 36 % estiment que « personne » n’est responsable, sans cause distincte.
  • 16 % attribuent l’expérience à un dieu ou à des dieux.

Ce partage illustre la diversité des interprétations, entre lecture rationnelle, vision spirituelle ou absence totale d’explication. Les chercheurs ne tranchent pas : ils décrivent ce que les gens vivent et comment ils le comprennent, sans chercher à imposer un sens unique.

Des expériences banales… mais rarement racontées

Cette enquête rejoint une autre donnée citée par VICE : un sondage YouGov, réalisé en 2025, indiquait que 60 % des Américains affirment avoir vécu au moins un événement qu’ils jugent « paranormal ». Parmi eux, 35 % évoquent la sensation très nette qu’« quelqu’un » ou « quelque chose » se trouvait près d’eux. D’autres parlent de voix, de bruits sans source ou d’odeurs inconnues.

Ces phénomènes se révèlent donc très répandus, aux États-Unis comme au Brésil. Pourtant, ils font rarement l’objet de discussions ouvertes. Beaucoup craignent d’être pris pour des personnes « fragiles » ou en plein délire, ce qui renforce le silence autour de ces sujets.

Que signifient ces résultats pour la France ?

En France, les impressions de déjà-vu, les rêves très réalistes ou les sensations de présence restent fréquentes dans les conversations privées, mais s’exposent peu dans les cabinets médicaux. Les psychiatres et psychologues distinguent ces épisodes isolés de véritables symptômes de pathologie mentale sévère.

Dans les services hospitaliers spécialisés ou en psychiatrie de ville, les professionnels s’intéressent surtout au contexte global : répétition des phénomènes, souffrance associée, impact sur le travail ou la vie sociale, histoire personnelle. Un simple déjà-vu ou une impression de présence, isolés et non envahissants, ne suffisent pas à parler de maladie.

Les résultats de l’équipe brésilienne renforcent une idée déjà présente en France : ce que l’on prend parfois pour un « signe de folie » peut n’être qu’un phénomène humain ordinaire, tant qu’il reste ponctuel et supportable.

Lorsqu’un trouble psychiatrique existe, ces expériences s’inscrivent généralement dans un ensemble plus large : angoisses importantes, repli social, idées délirantes structurées ou changement net de comportement. En France, la prise en charge passe alors par les structures classiques : médecins généralistes, psychiatres libéraux, centres médico-psychologiques, services hospitaliers, selon la gravité.

L’étude brésilienne apporte donc un argument supplémentaire pour distinguer, y compris dans le discours public, entre :

  • Des phénomènes ponctuels, souvent neutres ou positifs.
  • Des symptômes persistants, associés à une souffrance et à une altération du quotidien.
  • Comment réagir face à ces expériences inhabituelles ?

    Les chercheurs de l’IDOR ne donnent pas de protocole à suivre, mais leurs résultats éclairent quelques repères utiles. Si une personne vit un déjà-vu marquant, entend une voix isolée ou ressent une présence sans explication, cela n’implique pas automatiquement une maladie. L’étude montre que la plupart des gens traversent ces épisodes, s’en remettent rapidement et en retirent parfois un bénéfice, comme une réflexion nouvelle sur leur vie.

    En revanche, lorsque ces expériences se répètent souvent, deviennent angoissantes, perturbent le sommeil, le travail ou les relations, un accompagnement spécialisé reste recommandé en France. Le rôle des professionnels est alors d’évaluer l’ensemble de la situation, pas de juger l’expérience elle-même comme « normale » ou « anormale » sur le seul critère de son contenu.

    Déjà-vu, voix, visions : quelques repères pour mieux comprendre

    Le déjà-vu, par exemple, se définit comme l’impression intense d’avoir déjà vécu une scène, dans un lieu pourtant nouveau. Des travaux en neurosciences l’associent souvent à des décalages brefs dans le traitement de l’information par le cerveau, sans lien nécessaire avec un trouble psychiatrique.

    Les voix entendues sans source identifiable peuvent, elles, recouvrir plusieurs réalités : souvenirs intrusifs, pensées très vives perçues comme étrangères, ou encore phénomène isolé lié à la fatigue, au stress ou à une émotion très forte. L’étude rapportée par VICE montre que ces expériences n’entraînent pas systématiquement de conséquences négatives, ni de diagnostic.

    Un point central ressort de ces travaux brésiliens : ces phénomènes existent, concernent une large partie de la population, et n’annoncent pas automatiquement une maladie mentale. Leur impact dépend de leur fréquence, de la détresse qu’ils provoquent et de la manière dont chacun parvient à les intégrer dans son histoire personnelle.

    Questions fréquentes

    Est-ce que le déjà-vu ou les voix sont des signes de maladie mentale ?

    Non, selon cette étude. Ces expériences sont fréquentes dans la population générale et ne signalent un trouble que si elles s'accompagnent d'autres symptômes sévères comme l'angoisse importante, le repli social ou des idées délirantes structurées.

    Combien de personnes vivent ces expériences extraordinaires ?

    L'étude brésilienne montre que ces phénomènes sont loin d'être marginaux. Un sondage américain rapporte que 60 % des Américains affirment avoir vécu au moins un événement qu'ils jugent paranormal.

    Ces expériences sont-elles plutôt négatives ou positives pour ceux qui les vivent ?

    Elles sont majoritairement positives. Près de la moitié des participants rapportent de la joie ou un bien-être lors de ces épisodes, et environ la moitié parle d'effets positifs sur leur vie par la suite.

    Pourquoi les gens ne parlent pas de ces expériences ?

    Beaucoup craignent d'être jugés comme fragiles ou en délire, ce qui renforce le silence autour de ces sujets, bien qu'ils soient en réalité très courants.

    Comment les gens expliquent-ils ces phénomènes ?

    Les réponses sont diverses : 41 % les attribuent au hasard, 36 % estiment qu'il n'y a pas de cause distincte, et 16 % les rapportent à une divinité ou des forces supérieures.
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