EUROTEL

Les mensonges « pour protéger l’autre » abîment le couple autant que les mensonges égoïstes, selon une nouvelle étude

Les mensonges « pour protéger l'autre » abîment le couple autant que les mensonges égoïstes, selon une nouvelle étude

Une étude menée au Danemark auprès de centaines d’Américains montre que les mensonges dits « bienveillants » fragilisent aussi profondément la relation de couple.

Réalisée par l’Université de Copenhague et présentée par le site d’actualités scientifiques StudyFinds, cette recherche s’appuie sur les récits détaillés de 656 adultes vivant aux États‑Unis. Elle montre que les mensonges destinés à « épargner » le partenaire ne protègent en réalité ni la confiance ni la solidité du couple.

Une vaste enquête sur les petits et grands mensonges amoureux

Les chercheurs de l’Université de Copenhague ont demandé à 656 adultes américains, recrutés via la plateforme de sondage Prolific, de raconter un moment précis où ils avaient été malhonnêtes avec un partenaire amoureux. La plupart étaient engagés dans une relation d’au moins quatre mois ; d’autres évoquaient une relation passée, et une minorité encore peu expérimentée devait décrire ce qu’elle imaginerait cacher à un futur partenaire.

Chaque participant devait fournir un récit d’au moins 200 mots sur l’épisode de malhonnêteté, puis 100 mots supplémentaires sur ses conséquences. Les âges allaient de 18 à 83 ans et la majorité se définissait comme hétérosexuelle.

Sur plusieurs centaines d’histoires, un même fil rouge : la malhonnêteté use la confiance, bloque les échanges et crée de la distance, quel que soit le sujet du mensonge.

L’article scientifique, publié dans la revue Personal Relationships, ambitionne de dresser une sorte de cartographie de la malhonnêteté en couple : comment on ment, sur quoi, pourquoi, et ce que cela produit à court et à long terme.

Quatre grandes formes de malhonnêteté dans le couple

En analysant les récits, les chercheurs ont distingué quatre grandes formes de malhonnêteté en contexte amoureux :

  • Le mensonge direct : affirmer quelque chose de faux, des « petits mensonges » (compliment forcé sur un plat raté) aux dénis frontaux (« je n’ai pas eu de liaison »).
  • La rétention d’information : ne pas dire quelque chose que l’autre aimerait savoir, garder un secret, rester silencieux sur un sujet important.
  • La tromperie par le comportement : effacer des messages, cacher des objets, adopter une attitude très calme pour masquer une faute. Un participant décrit l’effort constant pour « maintenir une façade de normalité ».
  • L’infidélité : comprise largement, incluant non seulement les relations physiques, mais aussi les liaisons émotionnelles et les échanges sexuels en ligne (sextos, conversations intimes à distance).

Les formes se mélangent souvent : une liaison cachée suppose par exemple des mensonges directs, de l’omission et des comportements destinés à tout dissimuler.

Les huit grands sujets sur lesquels les couples mentent

Autre volet du travail : ce sur quoi portent ces mensonges. Huit thèmes principaux ressortent de l’analyse :

  • les émotions ;
  • l’image de soi et le passé personnel ;
  • la santé physique et mentale ;
  • la sexualité ;
  • l’argent ;
  • les déplacements et lieux fréquentés ;
  • les relations sociales ;
  • les fautes et transgressions.

L’argent revient très souvent. Certains participants racontent avoir caché des dépenses, minimisé leurs revenus ou gardé des comptes bancaires secrets. L’un d’eux reconnaît avoir menti « à de nombreuses reprises » sur le montant réellement touché à chaque paie.

Le sexe est un autre terrain classique. On ment sur son passé sexuel, ses envies, ou son niveau de satisfaction. Une femme raconte ainsi simuler régulièrement ses orgasmes, disant ressentir une « pression à faire semblant » et ne plus avoir « l’énergie pour lutter » en abordant réellement le sujet.

La santé n’est pas épargnée. Un participant explique avoir caché à sa femme une grave maladie des reins, craignant que sa belle-famille n’ait pas accepté la relation si elle avait connu ce problème médical.

Qu’il s’agisse d’argent, de sexe ou de santé, les secrets touchent au cœur même de l’intimité et de la sécurité au sein du couple.

Un mensonge en entraîne un autre : la mécanique de la « combustion lente »

De nombreux témoignages décrivent un effet boule de neige. Une fois un mensonge posé, le partenaire malhonnête se met à soupçonner le sien de mentir aussi, comme si la confiance était abîmée dans les deux sens. Il faut ensuite inventer des versions, combler les trous du récit, rester « sur ses gardes » en permanence.

Les chercheurs ont baptisé un de ces scénarios fréquents « The Slowburn », la « combustion lente ». Juste après le mensonge, la personne ressent parfois un soulagement ou un frisson excitant. Puis, semaine après semaine, ce soulagement se transforme en culpabilité, en honte, en regret, qui s’accumulent et pèsent lourd sur la relation.

Fait marquant : les dégâts ne supposent même pas que le mensonge soit découvert. Même non démasqués, de nombreux participants disent s’être éloignés émotionnellement, être devenus plus méfiants, ou avoir changé de comportement avec l’autre.

« La confiance, c’est comme la colle qui maintient un couple », résume un participant. Une fois cette colle fragilisée, les liens se craquellent, parfois sans bruit.

Les mensonges « pour protéger l’autre » ne protègent pas la relation

Les auteurs de l’étude distinguent deux grands types de motivations :

  • Les mensonges auto-protecteurs : éviter des conséquences pour soi (conflit, honte, rupture, perte d’image).
  • Les mensonges pour protéger le partenaire : prétendre cacher une réalité jugée trop douloureuse ou anxiogène pour l’autre, comme des difficultés financières ou un diagnostic médical.

L’équipe parle toutefois de « supposée protection du partenaire ». Car au fond, seul le menteur sait si son objectif premier est vraiment de ménager l’autre ou de se rendre la situation plus confortable à lui-même.

Les récits montrent que l’intention affichée compte peu : mensonge « bienveillant » ou purement égoïste, l’impact sur le couple reste globalement le même.

Dans la majorité des histoires, la malhonnêteté finit par entamer la confiance, augmenter la distance, multiplier les disputes et, pour beaucoup de couples, précipiter une rupture. Prétendre « éviter de faire souffrir » peut ainsi créer une douleur plus profonde et diffuse, liée à l’impression que la relation reposait sur une réalité trafiquée.

Quelques couples ont transformé le mensonge en occasion de dialogue

Tout n’est pas noir : une minorité de participants racontent que la découverte du mensonge a finalement servi de déclencheur positif. Les chercheurs parlent alors de « lien réparé ».

Être pris en flagrant délit a parfois forcé des discussions longtemps repoussées. Certains couples disent en avoir tiré un bénéfice durable, avec plus de franchise et une meilleure compréhension mutuelle. L’un évoque des « résultats positifs au fil des années », un autre assure que l’épisode « a rendu la relation plus solide ».

Ce type d’issue reste toutefois minoritaire dans l’échantillon, loin derrière les récits de fiançailles rompues, de divorces, ou de longues périodes de tension et de méfiance.

Que vaut cette étude et quelles limites annonce-t-elle ?

Les auteurs soulignent eux‑mêmes plusieurs limites. Leurs données proviennent exclusivement de personnes vivant aux États‑Unis, ce qui empêche d’affirmer que ces mécanismes se retrouvent à l’identique dans d’autres cultures. La majorité des participants sont en couple monogame et hétérosexuel, ce qui limite l’extension des résultats à d’autres formes de relations, comme les couples polyamoureux.

Le travail repose aussi sur l’auto‑déclaration : chacun raconte sa propre malhonnêteté, avec le risque de minimiser ou d’édulcorer certains faits pour se présenter sous un jour plus favorable. Sur le plan statistique, la méthode adoptée ne permet pas de calculer un indicateur classique d’accord entre les différents codeurs qui ont classé les récits.

Enfin, l’étude se concentre sur les formes, les contenus, les motivations dominantes et les conséquences des mensonges, sans analyser en détail ce qui pousse, en amont, à devenir malhonnête, ni le rôle précis des parcours de vie et des histoires amoureuses antérieures.

Ce que cela signifie pour les couples en France

Les chercheurs n’ont pas inclus de participants français, mais plusieurs constats parlent directement aux couples de l’Hexagone. Les champs sensibles identifiés – argent, sexualité, santé, vie sociale – correspondent à des sujets qui génèrent aussi beaucoup de tensions dans les études menées en France.

En France, les professionnels de la relation de couple (thérapeutes conjugaux, psychologues, conseillers familiaux) insistent régulièrement sur l’importance de la transparence progressive : tout ne doit pas être dit brutalement, mais certaines zones d’ombre récurrentes créent à la longue un climat d’insécurité émotionnelle. La recherche danoise vient illustrer ce mécanisme par des récits concrets.

Pour un couple français, l’enjeu ne se limite pas aux infidélités spectaculaires. Cacher des dettes, taire un burn-out, prétendre être satisfait sexuellement alors que l’on ne l’est pas, ou minimiser une relation jugée menaçante pour le couple peuvent produire, à terme, la même érosion de la confiance.

Type de mensonge Risque principal pour le couple
Mensonge « blanc » répété Impression de jouer un rôle, perte d’authenticité
Omission sur l’argent Crise de confiance, sentiment de trahison matérielle
Secret sur la santé mentale ou physique Isolement, incompréhension des réactions de l’autre
Infidélité cachée (en ligne ou physique) Rupture de la confiance, remise en cause globale de la relation

Comment limiter les dommages des secrets au quotidien

La recherche ne propose pas de « recette » pour un couple sans mensonge. Elle rappelle toutefois que la différence entre un mensonge pour soi et un mensonge « pour protéger l’autre » ne suffit pas à éviter les dégâts. Pour un lecteur français, plusieurs pistes pratiques se dégagent :

  • Identifier les sujets tabous du couple : argent, sexualité, famille, passé amoureux… Les domaines où l’on évite systématiquement de parler sont souvent ceux où la tentation de mentir apparaît.
  • Remplacer le mensonge frontal par un accord clair sur les limites : certains couples se mettent d’accord pour garder une part de jardin secret (par exemple, leur passé antérieur à la rencontre), mais sans maquiller la réalité actuelle.
  • Consulter tôt un professionnel : face à des secrets lourds (addiction, maladie, endettement), une thérapie de couple ou un accompagnement individuel permet souvent d’organiser la révélation de façon moins destructrice.
  • Un élément ressort en filigrane de l’étude : plus un mensonge dure, plus il devient coûteux à avouer, et plus ses conséquences s’étendent. L’« effet combustion lente » décrit par les participants montre que l’usure commence bien avant une éventuelle découverte.

    Cette recherche offre enfin un éclairage sur la notion de « petit mensonge pour ne pas blesser ». Derrière cette expression rassurante se cachent parfois de véritables renoncements à la sincérité. À terme, accepter un certain niveau de malaise dans la discussion – annoncer une vérité inconfortable, avouer une peur, dire un désaccord – semble moins destructeur que de laisser s’installer une illusion de sécurité qui, silencieusement, ronge la confiance partagée.

    Questions fréquentes

    Quelle est la différence entre un mensonge bienveillant et un mensonge égoïste selon l'étude ?

    L'étude distingue les mensonges auto-protecteurs (éviter des conséquences pour soi) des mensonges prétendument pour protéger le partenaire (cacher une réalité jugée trop douloureuse). Cependant, l'intention affichée compte peu : dans les deux cas, l'impact sur le couple reste globalement le même.

    Quels sont les sujets sur lesquels les couples mentent le plus ?

    Les huit thèmes principaux sont les émotions, l'image de soi et le passé personnel, la santé physique et mentale, la sexualité, l'argent, les déplacements, les relations sociales, et les fautes ou transgressions. L'argent et le sexe reviennent particulièrement souvent.

    Qu'est-ce que la « combustion lente » décrite par les chercheurs ?

    C'est un scénario fréquent où le mensonge provoque d'abord un soulagement chez le menteur, puis se transforme progressivement en culpabilité, honte et regret qui s'accumulent semaine après semaine et pèsent lourd sur la relation, sans même que le mensonge soit découvert.

    Est-il possible de transformer un mensonge découvert en opportunité positive pour le couple ?

    Oui, mais c'est rare. Une minorité de participants racontent que la découverte a servi de déclencheur à des discussions longtemps repoussées, renforçant la franchise et la compréhension mutuelle. Cependant, cette issue reste bien moins fréquente que les ruptures ou les périodes de méfiance.

    Le mensonge doit-il être découvert pour endommagér la relation ?

    Non. L'étude montre que même non démasqués, de nombreux participants se sont éloignés émotionnellement, sont devenus plus méfiants, ou ont changé de comportement avec le partenaire, la culpabilité intériorisée fragilisant les liens sans bruit.
    Défiler vers le haut