Du lit en V imaginé par le créateur de la méthode Pilates à un robot distributeur de tomates pour marathoniens au Japon, ces inventions bizarres racontent une autre histoire du progrès.
Le site de la BBC a recensé quinze inventions aussi réelles qu’insolites, conçues entre les années 1870 et les années 2010, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne ou encore au Japon. Toutes prétendaient répondre à un besoin précis, mais la plupart ont surtout marqué les esprits par leur étrangeté… et leur échec commercial.
Des oreilles de chat contrôlées par le cerveau au robot à tomates
Des oreilles de chat qui bougent avec vos émotions
Premier exemple cité par la BBC : les Necomimi, des oreilles de chat animées par vos ondes cérébrales. Lancé au Japon en 2011, ce serre-tête high-tech analyse la concentration de l’utilisateur. Quand il se concentre, les oreilles se dressent. Quand il se détend, elles retombent.
Les Necomimi, mélange de gadget d’IA simplifiée et de culture cosplay, utilisent les signaux cérébraux pour transformer vos émotions en langage gestuel… avec des oreilles de chat.
Malgré leur côté déroutant, ces oreilles restent prisées des fans de cosplay au Japon et se vendent encore, aux alentours de 90 livres sterling, selon la BBC.
Tomatan, le robot sac à dos qui vous nourrit en courant
Autre folie japonaise : Tomatan, un robot-porteur de tomates imaginé par le fabricant de jus Kagome. L’appareil se porte comme un sac à dos. Pendant un marathon, de petits bras articulés amènent des tomates à la bouche du coureur.
Le but affiché : permettre aux marathoniens de manger ce légume riche en eau et en nutriments sans s’arrêter. Le prototype a surtout servi d’outil promotionnel et n’a jamais été commercialisé. L’objet reste une curiosité emblématique du marketing à la japonaise.
Se déplacer autrement : monoroue, voiture sous-marine et vélo suspendu
La moto à une seule roue qui « gerbilise »
Dans les années 1930, au Royaume-Uni, l’inventeur John Archibald Purves présentait la Dynasphere, une moto-monoroue géante. Le conducteur s’assoit à l’intérieur d’un énorme cercle de près de trois mètres de diamètre.
- Vitesse maximale : environ 48 km/h
- Motorisation : essence ou prototype électrique
- Principal défaut : maniabilité et sécurité catastrophiques
Le phénomène le plus inquiétant, décrit par la BBC, s’appelle « gerbiling » : en cas de freinage brusque ou d’accélération, le conducteur se retrouve projeté à l’intérieur de la roue, comme un hamster dans sa roue de plastique. De quoi refroidir les amateurs.
Une voiture qui se transforme en sous-marin
Inspirée d’un film de James Bond sorti en 1977, l’entreprise allemande Rinspeed a conçu à la fin des années 2000 la sQuba, une voiture électrique capable de rouler puis de plonger sous l’eau comme un sous-marin.
La sQuba, voiture électrique expérimentale, pouvait s’immerger jusqu’à 10 mètres de profondeur et avancer à environ 3 km/h sous l’eau.
Alimenté par des batteries lithium-ion rechargeables, ce prototype zéro émission a beaucoup fait parler de lui lors de sa présentation à Genève en 2008. Malgré cette exposition, il n’a jamais dépassé le stade de la démonstration.
Le vélo Fliz, quand on court suspendu à un cadre
Le concept allemand Fliz, photographié en 2012, ressemble à un vélo… mais fonctionne plutôt comme une trottinette. L’utilisateur ne s’assoit pas sur une selle : il est suspendu dans un harnais fixé à un cadre en fibre de carbone. Les pieds touchent le sol pour propulser l’engin, comme sur les tous premiers vélos sans pédales inventés au XIXe siècle.
Ce système, qui remet au goût du jour la « draisienne » historique, se veut léger et original, mais n’offre guère d’avantage pratique par rapport à un vélo classique ou une trottinette moderne.
Dormir, lire, éternuer : quand le confort vire à l’absurde
Le lit en V de Joseph Pilates, une autre idée du repos
Avant de devenir un nom connu dans les salles de sport, l’Allemand Joseph Pilates a aussi déposé des brevets de literie. Installé aux États-Unis, il conçoit vers 1930 un lit en forme de V, sans ressorts, pour selon lui mieux soutenir le dos, les bras et les jambes.
Le lit en V de Joseph Pilates devait corriger les défauts de confort des lits classiques et maintenir la colonne vertébrale bien droite pendant le sommeil.
Malgré les convictions de son inventeur, le public n’adopte pas ce lit très atypique. Sa méthode d’exercices connaîtra en revanche un succès mondial, jusqu’aux cours de Pilates proposés dans de nombreuses salles françaises aujourd’hui.
Des lunettes pour lire allongé sans lever la tête
Dès 1936, les lunettes Hamblin promettaient une lecture tranquille au lit. Grâce à un système de miroirs comparable à un périscope, elles renvoient l’image à 45 degrés, permettant de lire un livre posé sur le buste ou sur le lit tout en restant allongé.
Ce principe existe toujours sous forme de lunettes prismatiques, proposées notamment aux personnes souffrant de douleurs cervicales. À l’époque, l’objet reste toutefois une curiosité.
Le « hayfever hat », le chapeau-mouchoir géant
Au Japon, Kenji Kawakami, fondateur de la « Société internationale de Chindogu », assume le principe de l’invention inutile. Parmi ses centaines de « gadgets impossibles à utiliser vraiment », la BBC met en avant le « hayfever hat ». Ce chapeau porte un rouleau de papier qui descend devant le visage, pensé pour les personnes souffrant du rhume des foins.
À tout moment, l’utilisateur peut tirer un morceau de papier pour se moucher. L’idée règle un vrai problème, mais au prix d’un look pour le moins improbable. Kawakami a aussi imaginé des mini-parapluies pour chaussures ou des entonnoirs pour collyres.
Objets du quotidien revisités : moustache, céréales, sieste et animaux de compagnie
Un bouclier pour moustache, breveté au XIXe siècle
En 1876, aux États-Unis, Virgil Gates dépose un brevet pour un « moustache shield » : un petit bouclier en caoutchouc ou métal, maintenu derrière les oreilles par des élastiques, pour protéger la moustache pendant les repas.
L’accessoire vise surtout les moustaches en guidon, très à la mode à la fin du XIXe siècle. Il doit les tenir à l’écart des boissons et des sauces. L’idée restera marginale, l’objet n’ayant manifestement pas séduit les porteurs de moustaches de l’époque.
Le coussin de sieste intégral
La marque Ostrichpillow a, elle, imaginé un « napping pillow » enveloppant totalement la tête pour s’assoupir sur un bureau ou une table. Ce gros coussin masque la lumière, atténue les bruits et cale le crâne, tout en laissant des ouvertures pour respirer.
Le confort semble réel, mais l’usage au bureau pose rapidement la question… de la tolérance des collègues et de la hiérarchie, surtout pendant les réunions.
Un appareil pour servir les céréales avec une grue sur la tête
Au Royaume-Uni, l’artiste et inventeur Dominic Wilcox a collaboré avec Kellogg’s pour créer le « Crane Head Cereal Serving Device ». Cette « grue » miniature se porte comme un casque. En actionnant des pistons, l’utilisateur déplace un bras mécanique qui attrape des céréales dans une boîte et les verse dans un bol, avant d’y projeter du lait.
Porté sur la tête, l’appareil de Dominic Wilcox transforme le simple service du petit-déjeuner en performance de manutention entièrement manuelle… et totalement inutile.
Là encore, le dispositif n’a jamais été mis en vente. Il illustre surtout la tendance au gadget conceptuel, pensé pour faire parler d’une marque plutôt que pour être réellement adopté à la maison.
Pet Rock, l’animal de compagnie qui ne bouge pas
Aux États-Unis, en 1975, le Pet Rock fait fureur pendant quelques mois. Il s’agit littéralement d’un caillou vendu comme animal de compagnie, avec une petite boîte ventilée et de la « litière ». Aucun entretien, aucune nourriture, aucun vétérinaire : l’argument marketing joue sur l’absurdité assumée du concept.
Le jouet se vend à plus d’un million d’exemplaires avant que la mode ne retombe six mois plus tard. Le Pet Rock disparaît début 1976, laissant derrière lui l’un des cas d’école du marketing farfelu.
Quand la sécurité dérape : pneus lumineux, chat mécanique et cage à bébé
Des pneus qui s’illuminent… et qui fondent
Goodyear a, dans les années 1960, expérimenté des pneus translucides, éclairés de l’intérieur par des ampoules. L’idée était d’offrir différents coloris pour les voitures, avec des roues qui brillent la nuit. Sur les photos d’archives, une femme profite même de cette lumière pour ajuster ses bas.
Problème : sur route mouillée, ces pneus se comportent mal. Sous un freinage appuyé, ils ont aussi tendance à chauffer et à se déformer, voire à « fondre ». Des contraintes de sécurité suffisantes pour abandonner le projet.
Un chat mécanique qui miaule pour chasser les rongeurs
Dans les années 1960 au Japon, un appareil reproduisant le miaulement d’un chat toutes les six secondes voit le jour. Les yeux de ce faux félin s’éclairent à chaque cri. Sa fonction annoncée : faire fuir rats et souris dans les maisons et entrepôts.
Les rongeurs ne se laissent pas berner. L’appareil ne remplit pas sa mission et, bien sûr, ne remplace en rien un vrai animal de compagnie, capable de câlins comme de chasse.
La cage à bébé, accrochée à l’extérieur des fenêtres
Dans les années 1930, à Londres et New York, des « baby cages » sont imaginées pour les familles vivant en appartement sans jardin. Il s’agit de cages métalliques suspendues à l’extérieur d’une fenêtre, dans lesquelles on installait le bébé pour qu’il « prenne l’air » au-dessus de la rue.
Ces cages, testées dans certaines grandes villes, devaient offrir de l’« air frais » aux tout-petits… au prix d’une exposition vertigineuse au vide.
Présentée en 1934 dans les archives britanniques, cette pratique ne séduit finalement que très peu de parents et sera rapidement abandonnée. Elle reste aujourd’hui une illustration frappante de l’écart entre l’intention (la santé de l’enfant) et la perception moderne de la sécurité.
La situation en France : où voient-on ces inventions et que disent-elles de l’innovation ?
En France, ces objets se croisent surtout dans les musées techniques, les expositions sur le design ou les médias. Des institutions comme le musée des Arts et Métiers à Paris présentent régulièrement des prototypes et brevets oubliés, qui rappellent que l’innovation passe aussi par des impasses.
On retrouve un esprit proche du « Chindogu » japonais dans certaines créations de designers français ou européens, montrées lors de foires ou de salons. L’objectif n’est pas toujours de mettre un produit en vente, mais de questionner nos habitudes : pourquoi mange-t-on devant la télévision, pourquoi dort-on sur un lit rectangulaire, pourquoi le petit-déjeuner suit-il toujours les mêmes gestes ?
Les réglementations françaises et européennes limitent aujourd’hui la mise sur le marché d’objets susceptibles de présenter un risque manifeste, comme la cage à bébé suspendue ou des pneus fragilisés par leur matériau. Avant d’être vendus, de nombreux produits doivent passer par des normes de sécurité, des homologations ou des certifications, que gèrent par exemple des organismes comme l’Afnor ou des agences de sécurité sanitaire.
Ce que ces inventions apprennent aux designers d’aujourd’hui
Ces quinze objets montrent à quel point l’innovation peut dériver quand le besoin réel n’est pas clair. Certains, comme le Pet Rock ou le robot Tomatan, fonctionnent d’abord comme coups de communication. D’autres, comme le lit en V ou les lunettes pour lire allongé, tentent honnêtement de répondre à un inconfort, mais manquent d’ergonomie ou de compréhension de l’usage quotidien.
Pour un designer ou un ingénieur, ces échecs restent précieux. Ils rappellent plusieurs règles simples :
À l’inverse, certains principes mis en œuvre dans ces objets ont été recyclés ailleurs. L’idée d’un véhicule amphibie a influencé d’autres projets, l’analyse des ondes cérébrales se retrouve aujourd’hui dans des casques d’interface cerveau-machine, et le besoin de sieste au travail nourrit des recherches sur les espaces de repos en entreprise.
Pour un lecteur français, ces inventions rappellent enfin que derrière chaque objet banal – un fauteuil ergonomique, une trottinette, un lit ou un masque anti-allergies – se cache tout un cimetière de prototypes ratés. Sans ces essais extravagants, les produits vraiment utiles auraient peut-être mis plus de temps à voir le jour.









