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Des chercheurs chinois créent des plantes lumineuses avec de l’ADN de luciole : elles pourraient un jour remplacer les lampadaires

Des chercheurs chinois créent des plantes lumineuses avec de l'ADN de luciole : elles pourraient un jour remplacer les lampadaires

En Chine, des scientifiques modifient le génome de plantes pour les faire briller la nuit, ouvrant la voie à un éclairage urbain inédit.

En Chine, une jeune biotech teste une idée qui ressemble à de la science-fiction : remplacer une partie de l’éclairage public par des plantes naturellement lumineuses. Le projet, présenté notamment par le média européen Euronews et issu des travaux de l’entreprise chinoise Magicpen Bio, s’appuie sur l’ADN de lucioles et de champignons bioluminescents pour transformer des fleurs ordinaires en « lampes » vivantes.

Des fleurs qui brillent sans électricité en Chine

Magicpen Bio, une société de biotechnologie basée en Chine, affirme avoir réussi à faire briller dans l’obscurité plus de vingt espèces de plantes. Orchidées, tournesols ou encore chrysanthèmes émettent désormais une lumière visible, sans branchement, sans batterie ni panneau solaire.

Ces plantes modifiées se comportent comme de petites lanternes autonomes : elles produisent leur propre lumière en continu, à partir de leur métabolisme.

Ces premières démonstrations ont été présentées au Forum de Zhongguancun, à Pékin, un rendez-vous majeur de l’innovation technologique en Chine. Les visiteurs ont pu observer des chrysanthèmes et des orchidées bien réels, éclairant une pièce dans la pénombre avec une lueur douce et stable.

Contrairement à des dispositifs lumineux classiques, ces végétaux n’ont pas besoin de charge quotidienne sous lampe ou de traitement spécifique : ils poussent et brillent en se contentant d’eau et d’engrais, comme des plantes de jardin ordinaires.

Le rêve d’un enfant de la campagne devenu projet de ville du futur

À l’origine de ce projet, on trouve le parcours de Li Renhan, fondateur de Magicpen Bio et docteur de l’Université agricole de Chine. Il raconte à Euronews avoir grandi dans la campagne chinoise, dans une famille modeste.

« Je suis né à la campagne. À l’époque, ma famille n’avait pas d’argent, alors la nuit, je ne pouvais rien faire d’autre que m’allonger dans un hamac dans le bosquet de bambous de mon grand-père pour me rafraîchir. Des lucioles se posaient souvent sur mes bras », explique-t-il au média européen.

Ces souvenirs l’ont rattrapé des années plus tard, lorsqu’il étudiait l’édition génétique. Une question l’obsède alors : et si l’on pouvait transférer les instructions génétiques qui permettent à une luciole de briller dans le génome d’un tournesol ou d’une orchidée ?

Il monte une équipe pour tester cette intuition. Leur ambition va rapidement au-delà de la simple curiosité scientifique.

« Nous voulions transférer des gènes d’animaux, comme ceux des lucioles, dans des plantes pour qu’elles puissent aussi briller la nuit. Nous voulons apporter cette technologie au tourisme culturel et à l’économie nocturne. Imaginez une vallée remplie de plantes lumineuses dans le noir, ce serait comme amener l’univers du film aux paysages fluorescents sur Terre », décrit Li Renhan.

Comment fonctionne la lumière vivante des plantes

La bioluminescence, qu’il s’agisse de lucioles ou de champignons luisants au fond des forêts, repose sur une réaction chimique très précise. Une enzyme agit sur une molécule émettrice de lumière et libère de l’énergie sous forme de photons, donc de lumière visible.

Les chercheurs de Magicpen Bio ont isolé les séquences génétiques responsables de ce mécanisme, à partir d’insectes lumineux et de champignons bioluminescents. À l’aide d’outils d’édition du génome, ils ont ensuite inséré ces gènes dans l’ADN de plantes communes.

Résultat : la plante produit en continu les enzymes et les molécules nécessaires à la réaction lumineuse, ce qui génère une lueur naturelle et permanente dans l’obscurité.

Dans cette approche, la lumière ne vient pas d’un dispositif externe : elle se trouve intégrée au fonctionnement même du végétal. Pas de câblage, pas de cellule photovoltaïque cachée, mais un circuit biologique complet qui fonctionne tant que la plante reste en vie.

Quelles applications pour ces plantes lumineuses ?

Pour Li Renhan, l’intérêt dépasse largement le simple effet « waouh » pour réseaux sociaux. Il évoque un usage dans :

  • les parcs urbains, où des allées pourraient être balisées par des massifs lumineux ;
  • le tourisme nocturne, avec des jardins ou vallées illuminés par la végétation ;
  • des installations artistiques ou des évènements, sans infrastructures lourdes d’éclairage.

« Au-delà du tourisme, nous pourrions aussi les utiliser dans les parcs urbains sans besoin d’électricité. Ces plantes n’ont pas besoin d’électricité. Elles ont seulement besoin d’eau et d’engrais. Elles économisent de l’énergie, réduisent les émissions et peuvent éclairer les villes la nuit », avance le chercheur.

Une ruée mondiale vers les plantes qui brillent

Magicpen Bio s’inscrit dans un mouvement plus large, avec l’émergence de projets d’éclairage « vivant » dans plusieurs pays. En 2024, une autre start-up de biotechnologie, basée aux États-Unis, a commercialisé une petunia lumineuse issue de gènes de champignon. Cette plante vise plutôt le marché de la décoration intérieure et des jardins privés.

La différence majeure avancée par Magicpen Bio tient à l’échelle : là où les précédents projets concernaient une seule espèce destinée au rebord de fenêtre, l’entreprise chinoise revendique l’édition de plus de vingt variétés végétales, avec en ligne de mire des espaces publics entiers.

D’autres chercheurs adoptent encore une autre stratégie. Une équipe de l’Université agricole du sud de la Chine a ainsi créé récemment des plantes grasses brillantes en injectant dans leurs feuilles des nanoparticules métalliques, comme le strontium ou l’aluminium. Ces plantes absorbent la lumière du jour et restituent un « aprèsglow » la nuit, sans modification de leur ADN.

Approche Principe Type de plante
Édition génétique (Magicpen Bio) Insertion de gènes de bioluminescence dans l’ADN Orchidées, tournesols, chrysanthèmes, etc.
Gènes de champignon lumineux Transfert de voies biochimiques de champignons à fleurs ornementales Petunias décoratifs
Nanoparticules métalliques Injection de particules qui emmagasinent puis restituent la lumière Plantes grasses ornementales

Quelles questions écologiques ces lampes végétales posent-elles ?

Transformer un parc en jardin phosphorescent ne reste pas sans conséquences possibles sur les écosystèmes. Le projet chinois ouvre de nombreuses interrogations auxquelles la communauté scientifique commence à peine à répondre.

  • Impact sur les insectes nocturnes : les villes perturbent déjà l’orientation de nombreux insectes à cause des lampadaires classiques. Une prairie de fleurs luminescentes pourrait modifier encore davantage leurs comportements de reproduction ou de pollinisation.
  • Diffusion des gènes dans la nature : si des graines de ces plantes s’échappent d’un jardin expérimental, elles peuvent se croiser avec des espèces sauvages proches. La bioluminescence pourrait alors apparaître dans des populations non contrôlées.
  • Gestion à long terme : qui surveillera ces plantes dans l’espace public, et selon quelles règles, si elles se répandent hors des zones prévues ?

Les scientifiques parlent, dans ce cas, d’une sorte d’expérience de plein air à grande échelle. En faisant briller les feuilles, l’humanité ne se contente plus d’observer l’évolution naturelle : elle oriente elle-même une nouvelle caractéristique biologique dans l’environnement.

Ce que cela pourrait signifier pour l’éclairage en France

En France, l’éclairage public repose aujourd’hui sur des lampadaires classiques, de plus en plus équipés de diodes basse consommation. Les collectivités locales testent parfois des solutions innovantes : réduction de l’intensité la nuit, éclairage adaptatif, ou mise en place de corridors sombres pour protéger la faune nocturne.

L’utilisation de plantes génétiquement modifiées pour l’éclairage n’est pas d’actualité dans l’espace public français. Les organismes chargés de la sûreté sanitaire et environnementale, comme l’Agence nationale de sécurité sanitaire ou l’autorité dédiée aux biotechnologies, appliquent des règles strictes aux organismes génétiquement modifiés.

Dans un cadre expérimental, de telles plantes pourraient un jour être étudiées dans des serres ou des sites très contrôlés, comme c’est déjà le cas pour d’autres cultures génétiquement modifiées. Leur diffusion à l’air libre, en revanche, se heurterait aujourd’hui à des procédures longues et encadrées, notamment en raison des risques de dissémination dans les milieux naturels.

Pour un lecteur français, ces travaux chinois donnent un aperçu des pistes que certains pays envisagent pour réduire la consommation énergétique des villes, tout en créant de nouvelles formes de paysages nocturnes. Ils posent aussi la question de l’acceptabilité sociale : un jardin public éclairé par des fleurs modifiées génétiquement serait-il bien accueilli par la population ?

Comment la bioluminescence fonctionne, en termes simples

Pour comprendre ces expériences, il faut revenir à la base du phénomène. La bioluminescence repose sur deux éléments clés :

  • une enzyme, souvent appelée luciférase dans le cas des lucioles ;
  • une molécule dite luciférine, qui émet de la lumière lorsqu’elle est transformée.
  • Lorsque la luciférase agit sur la luciférine, dans un milieu riche en oxygène, la réaction chimique produit de l’énergie qui s’échappe sous forme de lumière. Ce principe varie selon les espèces, mais l’idée générale reste la même.

    En transférant les gènes qui codent ces molécules dans une plante, les chercheurs construisent une sorte de « chaîne de montage » interne : la plante fabrique en continu les composants nécessaires à la réaction lumineuse. Tant que le végétal reste en bonne santé et dispose de nutriments, la lueur persiste.

    À terme, une telle technologie pourrait se combiner à d’autres innovations urbaines : pavés qui stockent la lumière le jour, bâtiments à faible consommation, capteurs intelligents pour adapter les besoins d’éclairage. Les plantes lumineuses ne suffiraient pas à remplacer tous les lampadaires, mais elles pourraient compléter l’arsenal de solutions destinées à réduire l’empreinte énergétique des villes tout en transformant l’esthétique des nuits urbaines.

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