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L’État détient 210 milliards d’euros d’actions dans 87 entreprises : la Cour des comptes propose d’en vendre une partie pour réduire la dette

Salle de réunion éclairée montrant des dossiers, des cafés et un écran affichant le chiffre 210 milliards d'euros représentant le portefeuille d'actions de l'État

Un matin de semaine, dans la lumière blafarde d’une salle de réunion de Bercy, un écran géant affiche une suite de chiffres qui donnent presque le vertige : 210 000 000 000. Autour de la table, des dossiers épais, quelques cafés refroidis, et cette même question qui revient, comme un refrain un peu gênant : que faire de ce trésor d’actions que l’État détient dans 87 entreprises, publiques ou cotées en Bourse ? Au même moment, dans le métro, des millions de Français scrutent le prix de la baguette, de l’essence, du loyer. Deux réalités qui semblent ne jamais se croiser.
Pourtant, c’est la même histoire : celle de la dette, des services publics et de notre avenir commun.
Un rapport de la Cour des comptes vient de glisser une idée sur la table : vendre une partie de ces actions pour alléger la dette. Une phrase sèche, mais qui peut tout changer.
La suite, elle, est beaucoup moins simple.

Un trésor caché dans les comptes publics

On oublie souvent qu’en face, l’État possède aussi des actifs très concrets : des parts dans EDF, Engie, Orange, la SNCF, Aéroports de Paris, des banques, des groupes industriels. Sur le papier, ce portefeuille d’actions vaut environ 210 milliards d’euros. Un chiffre gigantesque, presque irréel. Pourtant, derrière ces colonnes de données, il y a des dividendes qui tombent chaque année, des milliers d’emplois, et parfois même des souvenirs d’enfance liés à une marque nationale.

Dans son dernier rapport, la Cour des comptes a mis les pieds dans le plat : avec une dette publique qui flirte avec les 3 200 milliards d’euros, la France ne peut plus se permettre de laisser dormir ce patrimoine financier sans se poser de questions. Les magistrats financiers rappellent que les seules charges d’intérêts dépassent déjà les 50 milliards par an, l’équivalent du budget de plusieurs ministères réunis. *Un peu comme une famille qui paierait chaque mois un crédit énorme sans jamais regarder ce qu’elle a au grenier.* Ils proposent donc de vendre une partie des actions détenues par l’État, de manière ciblée, pour réduire la dette et libérer de la marge de manœuvre budgétaire.

Cette idée n’est pas totalement nouvelle. Dans les années 1990 et 2000, la France a déjà mené de vastes privatisations, parfois applaudies, parfois amèrement regrettées. Cette fois, le débat se déplace : la question n’est plus seulement de savoir s’il faut « plus ou moins d’État », mais si ce portefeuille d’actions rapporte vraiment autant qu’il coûte en risques politiques et financiers. Car en gardant des participations dans 87 entreprises, les pouvoirs publics s’exposent aux crises sectorielles, aux retournements de marché, aux besoins de recapitalisation. *Garder tout, tout le temps* a un prix. Et soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cela tous les jours dans sa propre vie.

Faut-il vendre l’argenterie pour rembourser les dettes ?

Derrière cette proposition de la Cour des comptes, une image revient souvent dans le débat public : celle de la famille qui vend l’argenterie pour payer ses factures. Beaucoup de Français ressentent confusément qu’abandonner des parts dans EDF, dans les infrastructures énergétiques ou les transports, c’est renoncer à un morceau de souveraineté. Une sorte de renoncement irréversible. *Une fois que c’est vendu, c’est vendu.* On le sait pour un appartement ou une maison de famille, on le sait aussi pour des participations stratégiques. L’idée de solder ces actifs pour éponger une partie de la dette inquiète autant qu’elle séduit.

Un exemple cristallise ces tensions : les aéroports. Lorsque l’idée de privatiser Aéroports de Paris a surgi, une partie de l’opinion s’est braquée. Une pétition citoyenne, des tribunes, des débats houleux au Parlement. Pourtant, sur un plan strictement financier, céder une portion de ces actifs aurait pu rapporter plusieurs milliards à l’État, de quoi abaisser la dette et financer d’autres priorités. Même schéma pour Engie ou pour certaines sociétés d’autoroutes : leur valeur en Bourse attire les investisseurs, alors que les caisses publiques cherchent de l’oxygène. Entre rendement immédiat et contrôle de long terme, la balance ne tombe jamais au même endroit selon qu’on se place du côté des économistes, des salariés ou des usagers.

La Cour des comptes avance un raisonnement assez simple : tant que l’État détient un portefeuille aussi large, il reste exposé aux aléas des marchés, sans garantie de surperformance par rapport à d’autres investissements publics possibles, comme l’éducation, la transition énergétique ou la santé. Vendre une partie des actions les moins stratégiques pourrait permettre de réduire la dette de façon ciblée, *sans toucher aux secteurs jugés vitaux*. L’argument est technocratique sur le papier, mais il touche à quelque chose de très concret : chaque euro d’intérêt économisé, ce sont des marges supplémentaires pour financer des politiques publiques. La vraie question devient alors : quelles entreprises sont vraiment « stratégiques », et qui en décide ?

Comment suivre, en tant que citoyen, ce que l’État fait de ce patrimoine ?

Face à ces chiffres gigantesques, on se sent parfois spectateur d’un film dont on ne comprend pas tous les dialogues. Pourtant, il existe un réflexe simple : regarder, régulièrement, ce que publie l’Agence des participations de l’État (APE). Cet organisme met en ligne la liste des entreprises détenues, les pourcentages de participation, les dividendes reçus. En quelques minutes, on peut voir que l’État est encore actionnaire d’EDF, mais aussi d’Air France-KLM, de la Française des Jeux, de la SNCF, de la Poste. Ce n’est pas un geste spectaculaire, mais c’est un début pour reprendre la main sur le débat. *Lire deux pages de rapport, une fois par an, peut suffire à changer notre regard.*

Un autre réflexe consiste à suivre, dans l’actualité, les projets de privatisation ou de cession partielle qui reviennent régulièrement sur la table. On repère vite certains schémas : l’urgence budgétaire mise en avant, l’idée de « moderniser » la gouvernance, les promesses de meilleur service pour l’usager. L’erreur fréquente serait de ne s’y intéresser qu’au moment où la polémique éclate, quand tout est déjà ficelé. En gardant un œil sur ces sujets au fil de l’eau, on voit apparaître les lignes rouges, celles qui concernent l’énergie, les transports, la défense, et celles qui paraissent plus négociables. *Un peu comme lorsqu’on suit le budget de son foyer mois après mois, au lieu d’ouvrir ses comptes juste avant le découvert.*

Les experts rappellent souvent que l’État ne doit pas être un actionnaire comme les autres. Il concentre des enjeux de souveraineté, d’emploi, de cohésion territoriale. Cela ne l’empêche pas d’être plus transparent dans ses choix, au contraire. Comme le résume un économiste spécialisé dans les finances publiques :

« La vraie question n’est pas de savoir si l’État doit vendre ou garder, mais pourquoi il détient encore telle ou telle participation, et ce qu’il en attend à dix ou vingt ans. Sans cette boussole, on navigue au gré des crises. »

Pour suivre concrètement ce débat et y prendre part, quelques repères simples peuvent aider :

  • Surveiller chaque année la valeur totale du portefeuille de l’État et les dividendes encaissés.
  • Identifier les entreprises dites « stratégiques » et celles dont la présence publique pose question.
  • Comparer les recettes potentielles d’une vente avec le poids de la dette et des intérêts annuels.
  • Observer l’impact social et territorial des cessions passées, sans nostalgie ni naïveté.
  • Lire les recommandations de la Cour des comptes sans les sacraliser, mais sans les balayer d’un revers de main.

Un débat qui touche à l’argent, mais aussi à la confiance

Au fond, cette histoire de 210 milliards d’euros en actions ne parle pas seulement de tableaux Excel et de ratios financiers. Elle parle de confiance. Confiance dans la capacité de l’État à gérer un patrimoine commun sans le dilapider. Confiance dans les marchés pour prendre le relais sans sacrifier les usagers. Confiance, enfin, dans notre aptitude collective à discuter d’argent public sans tomber dans les caricatures, ni dans l’angoisse permanente. Nous connaissons tous ce moment où l’on ouvre son relevé de compte avec une pointe de peur au ventre. Pour un pays, c’est pareil, juste à une autre échelle.

La Cour des comptes a lancé une idée qui bouscule : vendre une partie des actions détenues par l’État pour réduire la dette et alléger la charge des intérêts. Certains y voient une mesure de bon sens, d’autres un risque de vendre trop vite ce qui a été construit sur des décennies. *La vérité se situe peut-être dans un entre-deux : réexaminer, une à une, ces 87 participations, sans tabou ni réflexe idéologique.* À l’heure où chaque euro compte, la manière dont ce patrimoine sera géré dira beaucoup de notre rapport à l’avenir, à la solidarité et à ce que nous acceptons – ou non – de laisser aux générations suivantes.

Point essentiel Détail Valeur ajoutée pour le lecteur
Portefeuille de 210 milliards d’euros L’État détient des actions dans 87 entreprises, des infrastructures aux groupes cotés Mieux comprendre l’ampleur réelle du patrimoine public, au-delà du seul chiffre de la dette
Proposition de cessions ciblées La Cour des comptes suggère de vendre une partie des participations pour réduire la dette Saisir les enjeux concrets des arbitrages entre souveraineté, rendement et finances publiques
Rôle actif du citoyen Consulter les rapports de l’APE, suivre les débats sur les privatisations, interroger les choix Passer du statut de simple spectateur à celui d’observateur éclairé des décisions de l’État

Questions fréquentes

Quelles sont les principales entreprises dans lesquelles l'État détient des actions ?

L'État est actionnaire d'EDF, Engie, Orange, la SNCF, Aéroports de Paris, Air France-KLM, la Française des Jeux, la Poste et de nombreux autres groupes industriels et bancaires. La liste complète des participations et des pourcentages de détention est accessible via l'Agence des participations de l'État.

Combien l'État devrait-il vendre de ces actions selon la Cour des comptes ?

La Cour des comptes propose de vendre « une partie » des actions de manière ciblée, sans préciser un montant exact. L'objectif est de réduire la dette tout en préservant les secteurs jugés stratégiques, comme l'énergie, les transports et la défense.

Pourquoi cette proposition inquiète-t-elle tant de Français ?

Beaucoup craignent qu'une privatisation partielle représente une perte de souveraineté et un renoncement irréversible sur des secteurs vitaux. L'exemple historique d'Aéroports de Paris a montré que ces débats suscitent des réactions fortes, avec pétitions et débats parlementaires intenses.

Comment un citoyen peut-il suivre ce qui se fait du patrimoine d'actions de l'État ?

L'Agence des participations de l'État (APE) publie en ligne la liste des entreprises détenues, les pourcentages de participation et les dividendes reçus. Consulter régulièrement ces rapports permet de mieux comprendre les choix publics et les débats de privatisation qui reviennent à l'agenda.

Quelle est la part des intérêts de la dette dans le budget public ?

Les charges d'intérêts dépassent déjà les 50 milliards d'euros par an, l'équivalent du budget de plusieurs ministères réunis. Chaque euro économisé sur ces intérêts libérerait des marges pour financer d'autres politiques publiques comme l'éducation ou la santé.
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