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D’ici 2045, 84 000 milliards de dollars changent de mains : les jeunes adultes pourraient voir leur situation basculer

Mal-logement, emplois précaires et salaires insuffisants pèsent aujourd’hui sur les jeunes adultes, dont le poids économique pourrait pourtant fortement progresser.

Ils peinent à signer un bail, repoussent parfois leur projet d’enfant et refusent plus volontiers les postes qu’ils jugent vides de sens. Les jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 semblent partir avec un handicap sérieux. Une étude de Bank of America dessine pourtant une trajectoire bien différente pour les prochaines décennies, portée par leur arrivée sur le marché du travail et par une vaste transmission de patrimoine.

Une situation quotidienne souvent sous tension

Le décalage est frappant. Une partie de ces jeunes adultes possède des diplômes élevés, maîtrise les outils numériques et entre dans des secteurs en transformation rapide. Pourtant, cette génération vit aussi de plein fouet la hausse des loyers, des prix alimentaires, de l’énergie et des transports.

Dans les grandes villes, accéder à un logement autonome relève souvent du parcours d’obstacles. Les dossiers demandés par les propriétaires se multiplient : contrat stable, revenus élevés, garant, dépôt de garantie. Beaucoup restent plus longtemps chez leurs parents, vivent en colocation ou s’éloignent des centres-villes, avec des trajets quotidiens plus longs.

Le coût de la vie peut désormais représenter jusqu’à 146 % d’un salaire minimum, selon les données reprises par l’étude.

Cette pression financière explique en partie le rapport plus prudent de cette tranche d’âge au travail. Les jeunes actifs ne refusent pas nécessairement l’effort. Ils cherchent davantage un salaire permettant de vivre, des horaires compatibles avec une vie personnelle et une mission qu’ils peuvent juger utile.

Le sens au travail devient un critère concret

La rémunération demeure centrale, surtout face aux dépenses contraintes. Mais elle n’est plus le seul facteur de choix. Un poste mal payé, avec peu de perspectives, des horaires instables ou une hiérarchie rigide peut être quitté rapidement. Cette attitude est parfois interprétée comme du désengagement. Elle traduit aussi une forme de calcul : accepter n’importe quel emploi ne garantit plus l’accès à l’indépendance financière.

  • Un revenu doit couvrir le logement et les dépenses courantes.
  • Le télétravail ou la souplesse des horaires peuvent éviter des frais de transport élevés.
  • Les perspectives d’évolution comptent face à l’inflation.
  • L’utilité sociale ou environnementale de l’employeur influence certains choix.

Face à l’impossibilité d’acheter un appartement ou une maison dans l’immédiat, ces jeunes orientent aussi leurs dépenses autrement. Voyages, loisirs, bien-être, formation, abonnements numériques ou achats sur internet prennent une place importante. Ce ne sont pas toujours des dépenses légères : elles reflètent parfois le sentiment que les grands projets patrimoniaux restent hors d’atteinte à court terme.

Des montants qui pourraient changer l’équilibre économique

Bank of America estime que les jeunes adultes concernés ont déjà accumulé environ 9 000 milliards de dollars de richesse dans le monde sur une période de deux ans. La banque anticipe 36 000 milliards de dollars à l’horizon 2030, puis près de 74 000 milliards en 2040.

Ces projections ne signifient pas que chaque jeune deviendra fortuné. Elles mesurent une masse globale de revenus, d’actifs financiers, de biens et d’héritages détenus par une population qui devrait représenter près de 30 % des habitants de la planète au cours de la prochaine décennie.

La progression annoncée repose moins sur un enrichissement instantané que sur l’effet combiné de l’emploi, de la démographie et de la transmission des patrimoines familiaux.

La richesse de cette population aurait progressé de 8 % sur un mois de février étudié par l’établissement financier. La tendance doit être observée avec prudence, car elle dépend des marchés financiers, du niveau des salaires, de l’immobilier et des politiques fiscales. Elle montre tout de même que cette classe d’âge commence à peser davantage dans les flux économiques.

Le grand transfert de patrimoine au cœur des prévisions

Le point décisif se situe dans les héritages à venir. Selon les estimations citées par Bank of America, près de 84 000 milliards de dollars pourraient passer des générations plus âgées vers les suivantes d’ici 2045. Cette somme inclut des biens immobiliers, de l’épargne, des placements et des entreprises familiales.

Les personnes nées avant les années 1980 ont souvent acheté un logement dans un contexte de prix bien plus accessibles. La hausse de la valeur immobilière dans de nombreux pays a renforcé leur patrimoine. Lorsque ces actifs seront transmis, une partie des jeunes adultes pourrait recevoir des capitaux qu’ils n’auraient pas pu constituer uniquement avec leur salaire.

Une transmission très inégale selon les familles

Cette perspective comporte une limite majeure : tous les ménages ne possèdent pas un patrimoine à transmettre. Un héritage peut financer un apport immobilier, rembourser un prêt ou soutenir la création d’une entreprise. Pour d’autres, l’aide familiale sera inexistante. Le grand transfert risque donc aussi d’accentuer les écarts entre ceux qui reçoivent un capital et ceux qui doivent tout bâtir seuls.

Horizon envisagé Montant global estimé Facteur principal
À court terme 9 000 milliards de dollars Entrée dans la vie active et actifs déjà détenus
2030 36 000 milliards de dollars Hausse des revenus et montée en puissance démographique
2040 74 000 milliards de dollars Accumulation d’actifs et héritages
2045 84 000 milliards de dollars transmis Transmission intergénérationnelle de patrimoine

Bank of America indique qu’environ 38 % des jeunes de cette classe d’âge pourraient bénéficier d’une part de ces transmissions. Une part importante des sommes irait aussi à leurs aînés, nés entre le milieu des années 1960 et la fin des années 1990. Le mouvement serait donc progressif, et non concentré sur une seule période.

Une consommation appelée à évoluer

Lorsque leurs revenus et leurs actifs augmenteront, les jeunes adultes pourraient imposer leurs habitudes de consommation. Ils accordent déjà une attention particulière aux services numériques, à la livraison, à la seconde main, aux marques engagées et aux expériences plutôt qu’à la seule possession de biens.

Pour les entreprises, l’enjeu dépasse la publicité. Il faudra adapter les produits, les moyens de paiement, les conditions de travail et la transparence des prix. Un consommateur qui compare tout en ligne et qui se méfie des promesses floues peut rapidement changer d’enseigne.

La notion de patrimoine mérite aussi d’être précisée. Elle ne désigne pas uniquement un compte bancaire bien rempli. Elle comprend un logement, des placements, une assurance-vie, une entreprise, des terrains ou des objets de valeur. Un jeune qui reçoit une somme d’argent peut choisir de l’utiliser comme apport, de l’investir progressivement ou de conserver une réserve de sécurité.

Le risque existe aussi : recevoir un capital dans un contexte de loyers élevés et de taux de crédit variables ne règle pas tous les problèmes. Un achat immobilier mal préparé, un endettement trop lourd ou une succession complexe peuvent fragiliser une situation. L’accompagnement bancaire, juridique ou notarial peut alors éviter que cette transmission ne se transforme en faux départ.

Entre difficultés présentes et perspectives patrimoniales, cette génération avance donc sur une ligne instable. Son avenir financier dépendra des héritages, mais aussi de sa capacité à obtenir des emplois correctement rémunérés, à se loger et à transformer un éventuel capital reçu en sécurité durable.

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