En s’appuyant sur les neurosciences, une spécialiste explique comment certains parviennent à rester motivés et à atteindre durablement leurs objectifs.
Dans son ouvrage « Votre santé optimisée », la neuroscientifique Emilie Steinbach, basée en Belgique, détaille une méthode concrète pour rester motivé sur la durée. Comme le rapporte ce livre publié aux éditions Marabout, tout part du fonctionnement du cerveau et d’un travail précis sur ses motivations profondes, bien loin des injonctions à « avoir plus de volonté ».
Quand le manque de motivation vient du cerveau, pas du caractère
Selon Emilie Steinbach, docteure en biologie intégrative et neuroscientifique, se juger « paresseux » ou « sans volonté » passe à côté du sujet. Les recherches en neurosciences montrent que le manque de motivation résulte d’un ensemble de facteurs :
- un déséquilibre du système dopaminergique, souvent lié au stress ou à un épuisement mental ;
- une surcharge cognitive qui laisse peu de place à de nouveaux efforts ;
- des états dépressifs, même passagers, qui réduisent l’élan vers l’action ;
- un environnement peu favorable aux changements envisagés.
Dans ce contexte, le cerveau peine à activer l’énergie nécessaire pour tenir un objectif, qu’il s’agisse de sport, d’alimentation, de travail ou d’un projet personnel. Le problème ne vient pas seulement d’un manque de discipline : la machine cérébrale n’a ni les bons repères, ni les bons signaux de récompense.
Le manque de motivation n’est pas un défaut moral, mais le résultat d’interactions complexes entre cerveau, émotions, environnement et énergie mentale disponible.
C’est sur ce constat que la spécialiste propose une méthode pour « reprogrammer » certains de nos comportements. L’idée n’est pas de se transformer du jour au lendemain, mais de rendre le bon choix tellement évident et agréable que le cerveau le sélectionne presque naturellement.
Trouver un « pourquoi » qui touche vraiment
Pour Emilie Steinbach, tout commence par une étape que beaucoup brûlent : clarifier le sens profond de ce que l’on veut changer. Elle insiste sur la nécessité de relier chaque objectif à des valeurs personnelles fortes.
Identifiez un « pourquoi » qui résonne émotionnellement et alignez-le avec des valeurs qui comptent vraiment pour vous. C’est la clé pour des changements durables.
Un objectif vague comme « je dois me remettre au sport » a peu de chances de tenir. En revanche, un objectif relié à un bénéfice intime et concret parle davantage au cerveau. La neuroscientifique invite à formuler des raisons très personnelles, par exemple :
- « Je veux être moins essoufflé pour jouer avec mes enfants » ;
- « Je veux me sentir plus libre dans mon corps, plus souple » ;
- « Je veux réduire mon stress et mieux dormir ».
Dans cette logique, l’objectif ne repose plus sur une injonction extérieure (« il faut », « je dois »), mais sur un projet d’amélioration personnelle qui a du sens. Le cerveau identifie alors un résultat attendu concret, capable de réveiller l’envie d’agir.
Plus l’objectif est relié à une amélioration personnelle profonde, plus la motivation devient stable et accessible.
Adopter un processus méthodique plutôt qu’un coup de fouet de volonté
Une fois ce « pourquoi » clarifié, la méthode décrite dans « Votre santé optimisée » repose sur un processus très structuré. La neuroscientifique met l’accent sur la puissance de la répétition et de la planification.
Installer un contexte favorable et répétitif
Le cerveau aime ce qui revient régulièrement. Créer une routine stable l’aide à intégrer un nouveau comportement, comme la lecture quotidienne ou une activité sportive. Cela passe par des gestes concrets :
- fixer un créneau précis pour la nouvelle habitude (toujours la même heure, le même jour) ;
- réduire les obstacles pratiques (préparer la tenue de sport la veille, par exemple) ;
- simplifier le démarrage de la tâche pour limiter les hésitations.
Emilie Steinbach rappelle que chaque petite répétition compte. L’enjeu n’est pas d’être parfait, mais de créer une trace régulière dans le cerveau jusqu’à ce que le comportement devienne plus automatique.
Avec des objectifs bien définis, vous canaliserez votre énergie et augmenterez vos chances de succès. Chaque pas compte !
Modifier l’environnement pour orienter le cerveau
L’experte conseille également de jouer avec son environnement, car le cerveau réagit aux signaux visuels et aux habitudes matérielles. Un exemple simple est donné dans le livre : cacher la télécommande de la télévision dans un tiroir et placer à la place, bien en vue, un livre et une boîte de thé.
Dans cette configuration, après une journée de travail, le geste automatique « allumer la télé » devient moins évident, alors que celui de se servir un thé et d’ouvrir un livre est naturellement encouragé. L’environnement devient un allié discret du projet de lecture.
Ce type de réaménagement peut s’appliquer à d’autres objectifs : laisser ses baskets près de la porte pour faciliter une sortie sportive, préparer son sac la veille, ou retirer de la vue certains aliments ultra-transformés si l’on veut mieux manger.
Le rôle clé de la récompense immédiate
Selon les explications rapportées par Marabout, le cerveau adopte durablement un comportement lorsqu’il y trouve un bénéfice rapide, même modeste. Sans forme de satisfaction immédiate, la motivation s’épuise.
Emilie Steinbach invite donc à associer chaque nouvelle habitude à une petite récompense compatible avec l’objectif poursuivi. Il peut s’agir d’un moment agréable, d’un rituel chaleureux ou d’un simple sentiment de fierté clairement identifié.
Pour que votre cerveau adopte un comportement, il doit y trouver une satisfaction immédiate. Ajoutez une touche de plaisir à la tâche elle-même ou associez-la à une récompense.
Pour la lecture, la récompense peut être le temps au calme avec une boisson que l’on apprécie. Pour le sport, la sensation de détente après la séance, un podcast que l’on n’écoute que pendant l’effort, ou la satisfaction de cocher chaque entraînement sur un carnet.
Ce système de récompense active les circuits de la dopamine, ce neurotransmetteur associé à l’anticipation du plaisir et à la motivation. Le cerveau associe alors la nouvelle habitude à une expérience globalement positive.
Ce que cette approche change pour un lecteur en France
Les principes mis en avant par la neuroscientifique concernent le fonctionnement du cerveau humain, et s’appliquent donc aussi bien en Belgique qu’en France. Ils peuvent accompagner un large éventail d’objectifs : préparation d’un concours, reconversion professionnelle, rééquilibrage alimentaire, reprise d’un loisir, gestion du temps d’écran.
En France, ces conseils complètent le travail que peuvent mener des psychologues, des médecins généralistes ou des psychiatres lorsqu’un manque de motivation s’inscrit dans un contexte de dépression ou d’anxiété. Le recours à un professionnel de santé reste indiqué dès que la démotivation s’accompagne de tristesse durable, de perte d’envies générales ou de difficultés à fonctionner au quotidien.
La méthode décrite par Emilie Steinbach ne remplace pas un suivi médical, mais fournit des outils concrets pour structurer son quotidien et alléger la charge mentale. Elle peut également se combiner à des accompagnements déjà existants, comme un coaching ou une thérapie comportementale, en aidant à mettre en pratique les décisions prises.
Comment appliquer ces principes à un objectif personnel
Pour un lecteur français qui souhaite tester cette approche, la démarche peut se résumer en quelques étapes pratiques inspirées du livre :
Cette approche progressive réduit le risque de découragement. Le cerveau s’habitue à des changements modestes, mais réguliers, plutôt qu’à des transformations radicales rapidement abandonnées.
Comprendre quelques notions clés des neurosciences de la motivation
Pour mieux saisir le discours tenu dans « Votre santé optimisée », deux notions méritent d’être explicitées.
| Notion | Rôle dans la motivation |
|---|---|
| Dopamine | Neurotransmetteur souvent associé au plaisir anticipé, à la curiosité et à l’envie d’agir. Un déséquilibre peut rendre les efforts plus difficiles à initier. |
| Surcharge cognitive | Excès d’informations ou de tâches à gérer simultanément, qui épuise les ressources mentales. Quand le cerveau est saturé, lancer une nouvelle habitude devient plus ardu. |
En tenant compte de ces paramètres, la méthode proposée vise à alléger la charge mentale, à simplifier les choix et à stimuler de petites bouffées de satisfaction. Cela crée une dynamique ascendante, où chaque petite réussite nourrit la suivante.
Emilie Steinbach partage régulièrement des conseils dans ce sens sur son compte Instagram @TheBrainGutScientist, en prolongeant les principes présentés par Marabout dans « Votre santé optimisée ». Pour un lecteur français, ces pistes offrent un cadre concret pour redonner du sens, structurer le quotidien et rendre ses objectifs plus compatibles avec le fonctionnement réel de son cerveau.









