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Cet édulcorant très répandu pourrait augmenter le risque de maladies cardiovasculaires, alertent des chercheurs

Aux États-Unis et en Europe, une étude publiée en 2023 relance les interrogations sur un édulcorant présent dans de nombreux produits sans sucre.

Le média scientifique néerlandais Scientias.nl rapporte les travaux d’une équipe menée par le chercheur Stanley Hazen. Leur étude établit une association entre des taux élevés d’érythritol dans le sang et un risque accru d’accident cardiovasculaire. Les chercheurs appellent à approfondir les recherches, en particulier chez les personnes déjà fragiles sur le plan métabolique ou cardiaque.

Un ingrédient courant dans les produits sans sucre

L’érythritol est un édulcorant utilisé pour apporter une saveur sucrée tout en limitant les calories. On peut le retrouver dans des boissons allégées, des confiseries sans sucre, des produits de petit-déjeuner ou encore des édulcorants de table.

Cette substance existe naturellement à très faibles quantités dans certains aliments, dont des fruits, des produits fermentés et certains champignons. Elle peut aussi être produite par fermentation du maïs. Cette origine contribue à son image de produit naturel.

Stanley Hazen nuance fortement cette perception dans son échange avec Scientias.nl. « Bien qu’il soit présent dans certains fruits et même produit par notre propre corps, il ne s’agit dans ce cas que de très petites quantités », explique le chercheur.

Dans les aliments transformés, les concentrations utilisées pour sucrer sans sucre peuvent être très éloignées de celles observées naturellement.

L’érythritol apporte très peu de calories. Cette caractéristique explique son succès auprès des consommateurs qui souhaitent réduire leur consommation de sucre, ainsi que dans les produits destinés aux personnes suivant un régime alimentaire particulier.

Une étude menée auprès de plus de 4 000 personnes

Pour leurs travaux, Stanley Hazen et ses collègues ont analysé des échantillons sanguins de plus de 4 000 personnes vivant aux États-Unis et en Europe. Ils ont observé que les participants présentant les niveaux d’érythritol les plus élevés avaient davantage de risques de subir une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral.

Ce résultat ne signifie pas à lui seul que l’érythritol provoque directement ces événements. L’étude met en lumière un lien qui demande à être confirmé et précisé. Les chercheurs ont aussi étudié l’effet d’une boisson sucrée avec cet édulcorant.

« Notre étude montre que lorsque les participants consomment une boisson sucrée avec de l’érythritol, cela peut entraîner des niveaux considérablement élevés, qui restent détectables pendant des jours », affirme Stanley Hazen. Selon lui, ces niveaux dépasseraient largement le seuil associé au risque de coagulation.

Le rôle des plaquettes sanguines

L’équipe s’est particulièrement intéressée aux plaquettes sanguines. Ces cellules jouent un rôle majeur dans l’arrêt d’un saignement lorsqu’une blessure survient. Elles participent à la formation d’un caillot, un mécanisme utile dans ce contexte.

Le problème survient lorsque ce mécanisme devient trop actif et qu’un caillot se forme dans un vaisseau sanguin. Un tel caillot peut gêner ou bloquer la circulation sanguine et contribuer à un accident vasculaire cérébral ou à une crise cardiaque.

Stanley Hazen avance une explication : l’érythritol rendrait les plaquettes « plus collantes et plus sujettes à former des caillots ». Il précise qu’elles deviendraient ainsi « hyperréactives ».

  • L’érythritol serait peu métabolisé par l’organisme.
  • Il circulerait dans le sang avant d’être évacué dans les urines.
  • Durant cette circulation, il pourrait modifier le comportement des plaquettes, selon les résultats rapportés.

Des interrogations pour les personnes déjà à risque

Les auteurs soulignent une difficulté particulière : les produits contenant des édulcorants sont souvent choisis par des personnes en surpoids, diabétiques ou atteintes de maladies cardiovasculaires. Or ces publics peuvent déjà présenter un risque plus élevé de crise cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral.

« Les édulcorants comme l’érythritol ont rapidement gagné en popularité ces dernières années, mais des recherches plus approfondies doivent être menées sur leurs effets à long terme », insiste Stanley Hazen.

Les chercheurs demandent donc des études complémentaires afin de déterminer dans quelle mesure cet édulcorant peut influencer le risque cardiovasculaire. Ils souhaitent notamment mieux évaluer son impact chez les personnes ayant déjà des antécédents ou des facteurs de risque.

Les résultats constituent un signal d’alerte scientifique, pas une preuve définitive permettant d’attribuer à l’érythritol une cause directe de maladie cardiovasculaire.

Quelle est la situation en France ?

En France comme dans l’ensemble de l’Union européenne, l’érythritol est autorisé comme additif alimentaire sous le numéro E968. L’Autorité européenne de sécurité des aliments évalue les additifs utilisés dans les denrées commercialisées sur le marché européen.

La présence d’un numéro précédé de la lettre E indique qu’un additif est autorisé au niveau européen. Cette autorisation ne signifie pas que tous les aliments qui en contiennent présentent le même intérêt nutritionnel. Un produit sans sucre peut aussi être très transformé ou contenir d’autres ingrédients dont la consommation mérite d’être surveillée.

Les personnes ayant une maladie cardiovasculaire, un diabète ou une alimentation médicalement encadrée peuvent demander conseil à leur médecin ou à un professionnel de santé avant de modifier leurs habitudes. Cette précaution est d’autant plus utile lorsqu’un produit sans sucre est consommé quotidiennement.

Sucre, miel ou édulcorant : la prudence reste de mise

Interrogé sur le choix entre un édulcorant et le sucre, Stanley Hazen répond : « À l’heure actuelle, je conseillerais à mes patients d’utiliser du sucre ou du miel, mais avec modération. » Cette recommandation reflète son appréciation au vu de ses travaux et ne dispense pas d’un avis médical personnalisé.

Le sucre consommé en excès est lui aussi associé à des effets défavorables pour la santé, dont le surpoids et le diabète de type 2. Remplacer systématiquement le sucre par des édulcorants ne doit donc pas faire oublier l’enjeu central : réduire progressivement le goût très sucré dans l’alimentation quotidienne.

Lire les étiquettes peut aider

Pour identifier l’érythritol, le consommateur peut regarder la liste des ingrédients. Il peut apparaître sous son nom ou sous la mention E968. Les produits concernés sont souvent présentés comme « sans sucre », « réduit en sucre » ou adaptés à certains régimes.

Varier les aliments peu transformés, limiter les boissons très sucrées ou très édulcorées et réserver les produits au goût intensément sucré à des consommations occasionnelles constituent des repères simples. Ils permettent de ne pas remplacer une habitude excessive par une autre, alors que les effets à long terme de certains édulcorants font encore l’objet de recherches.

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