Un éclair unique a parcouru plus de 700 kilomètres en quelques secondes au‑dessus des États‑Unis, établissant un record mondial passé totalement inaperçu au moment des faits.
Certifié en 2025 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et rapporté par le média en ligne américain qui publie l’étude, ce gigantesque éclair n’a été repéré que grâce à des satellites spécialisés. Le phénomène, survenu en 2017 au‑dessus du cœur des États‑Unis, redéfinit ce que les scientifiques pensaient possible en matière d’orage et pose aussi une question très concrète : jusqu’où le danger de la foudre peut‑il s’étendre au‑delà d’un nuage menaçant ?
Un éclair géant qui traverse cinq États américains
Le 31 juillet 2025, l’OMM a officiellement homologué un nouveau record mondial : celui du plus long éclair jamais mesuré. Ce flash, qualifié de « megaflash », a atteint 515 miles de longueur, soit un peu plus de 700 kilomètres.
L’événement ne date pourtant pas de 2025. Il s’est produit le 22 octobre 2017, au‑dessus des Grandes Plaines d’Amérique du Nord. Le trajet de l’éclair est impressionnant : il est parti de l’est du Texas, a traversé l’Oklahoma, l’Arkansas, le Kansas, pour s’éteindre près de Kansas City, dans le Missouri.
Cet éclair record a parcouru environ 700 kilomètres en 7,39 secondes, enchaînant plus d’une centaine d’impacts nuage‑sol sur cinq États américains.
Pour visualiser ce parcours, les chercheurs cités par l’étude le comparent à la distance entre Chicago et Nashville, aux États‑Unis, ou encore entre Paris et Venise en Europe. En voiture, un tel trajet prendrait 8 à 9 heures. En avion de ligne, au moins 1 h 30. La foudre, elle, l’a couvert en un peu plus de sept secondes, à l’échelle horizontale.
Ce megaflash ne se résume pas à un seul trait lumineux. Les données montrent un système complexe, avec une multitude de branches serpentant dans les nuages et au moins 116 éclairs nuage‑sol générés par ce même phénomène.
Qu’est‑ce qu’un « megaflash » au juste ?
Dans l’imaginaire collectif, un éclair est un simple flash, bref, qui relie un nuage au sol sur quelques kilomètres avant de disparaître. Dans la réalité, la plupart des éclairs mesurent 2 à 3 miles de long, soit quelques kilomètres. Rien à voir avec les dimensions atteintes par ce record.
Les scientifiques parlent de megaflash dès qu’un éclair dépasse 60 miles de longueur, soit environ 100 kilomètres. On sort alors complètement de l’orage « classique ».
- Longueur d’un éclair « ordinaire » : 2 à 3 miles (quelques kilomètres) ;
- Seuil pour parler de megaflash : au moins 100 kilomètres ;
- Record de 2017 : 515 miles, soit plus de 700 kilomètres.
Ces phénomènes restent rares. Moins de 1 % des orages seraient capables de générer un megaflash, selon les spécialistes cités. Ils naissent dans des systèmes orageux très vastes, couvrant une surface comparable à celle de l’État du New Jersey, et qui persistent pendant plus de 14 heures dans l’atmosphère.
Un record révélé par un œil spatial ultra‑précis
Au moment où l’éclair s’est produit, aucun réseau de capteurs au sol n’a réussi à en saisir l’ampleur. Sa longueur dépassait tout simplement les capacités de mesure disponibles à l’époque.
Ce n’est que grâce aux données d’un satellite géostationnaire, plusieurs années plus tard, que son étendue réelle a pu être reconstituée. Les chercheurs se sont appuyés sur l’instrument de cartographie de la foudre du satellite américain GOES‑16, géré par l’agence océanique et atmosphérique des États‑Unis (NOAA).
Le cartographe de foudre de GOES‑16 observe environ un million d’éclairs par jour. C’est lui qui a permis de mettre au jour ce megaflash qui était passé totalement inaperçu en 2017.
Les auteurs de l’étude expliquent que des éclairs de cette ampleur ont toujours existé. La différence tient désormais à la finesse des capteurs et à la puissance des méthodes de traitement des données. En clair, le phénomène ne serait pas nouveau, c’est notre capacité à le détecter qui l’est.
Pourquoi les Grandes Plaines favorisent ces éclairs extrêmes
Si ce record a eu lieu au‑dessus du centre des États‑Unis, ce n’est pas un hasard. L’OMM rappelle que les Grandes Plaines nord‑américaines constituent l’un des plus grands « laboratoires naturels » d’orages violents au monde.
Selon l’étude citée, il n’existerait que deux grandes régions sur la planète où les megaflashes ont de fortes chances de se produire : un vaste secteur englobant le centre du Canada et des États‑Unis, et une autre zone d’intenses orages (non détaillée dans la source). Les Grandes Plaines, cette immense bande quasi plane, offrent un terrain favorable aux systèmes orageux de grande taille.
Dans le cas du record de 2017, les chercheurs décrivent de larges nuages plats, étendus de Texas à Kansas City, formant une couche peu épaisse mais très conductrice pour l’électricité. Cette structure facilite la propagation horizontale de la foudre sur des centaines de kilomètres, comme si l’éclair suivait un immense « rail » électrique à l’intérieur du nuage.
Comment naît un géant de la foudre ?
Les scientifiques s’efforcent encore de comprendre précisément le mécanisme qui permet à un éclair de s’étendre sur une telle distance. L’une des théories mises en avant dans la publication fait appel à l’image d’une réaction en chaîne.
Si un système nuageux est fortement chargé sur une grande zone, une première décharge peut en déclencher d’autres, comme une file de dominos qui tombe sans interruption.
Tant que la structure électrique du nuage s’y prête, la décharge peut continuer à se propager, en « allumant » successivement de nouveaux segments, parfois sur des centaines de kilomètres. Les auteurs suggèrent que, dans l’absolu, un megaflash pourrait atteindre la taille du nuage parent, si toutes les conditions sont réunies.
Un danger qui peut venir d’un orage très lointain
Ce type d’éclair géant change aussi la façon de voir le risque pour le public. Un spécialiste cité dans la source insiste sur un point : un éclair peut naître dans un orage situé très loin et frapper bien au‑delà de la zone où l’on entend le tonnerre.
La plupart des blessures liées à la foudre n’interviennent pas au pic de l’orage, mais juste avant ou juste après. C’est à ces moments que les gens ont tendance à sortir, à reprendre leurs activités, pensant que le pire est passé.
Le conseil rappelé par les experts est clair : attendre au moins une demi‑heure après le passage d’un orage avant de ressortir à l’extérieur.
Aux États‑Unis, la foudre tue chaque année entre 20 et 30 personnes et en blesse des centaines. L’épisode de 2017 illustre qu’un danger électrique peut arriver depuis un système orageux situé à plusieurs centaines de kilomètres.
Quelles leçons pour la France et l’Europe ?
Un lecteur français peut se demander si un tel megaflash est possible au‑dessus du territoire métropolitain. La source ne détaille pas la situation européenne, mais quelques éléments sont établis par la communauté scientifique.
La France connaît chaque année des dizaines de milliers d’éclairs, en particulier dans le Sud‑Ouest, le Massif central, les Alpes et la vallée du Rhône. Les systèmes orageux y sont parfois très organisés, mais ils atteignent rarement la taille des immenses complexes convectifs qui se forment sur les Grandes Plaines américaines.
Les mégaflashes de plus de 700 kilomètres y sont donc considérés comme beaucoup moins probables, même si des éclairs de grande longueur peuvent se produire lors de vastes systèmes orageux qui balayent plusieurs régions. Les réseaux de détection européens suivent déjà la foudre en temps réel, et les satellites météorologiques surveillent également les éclairs depuis l’espace, ce qui permettrait de repérer d’éventuels cas extrêmes.
Pour la sécurité du public en France, les recommandations restent proches de celles rappelées par les experts américains :
- s’abriter dans un bâtiment clos ou un véhicule dès que l’orage approche ;
- éviter les champs ouverts, les zones d’eau et les arbres isolés ;
- attendre au moins une trentaine de minutes après le dernier coup de tonnerre avant de reprendre les activités en plein air.
Foudre et réchauffement climatique : vers davantage de monstres électriques ?
Dans la dernière partie de la source, les chercheurs s’interrogent sur l’avenir de ces phénomènes extrêmes. Selon eux, un monde plus chaud pourrait favoriser le type de systèmes orageux qui donnent naissance aux megaflashes.
Ils estiment qu’en réchauffant l’atmosphère, le climat pourrait indirectement rendre les conditions de formation des megaflashes plus fréquentes.
Des orages plus vastes, plus intenses et plus durables augmentent la probabilité de voir apparaître des éclairs de grande longueur. Les scientifiques rappellent aussi que les systèmes de cartographie de la foudre par satellite ne sont opérationnels que depuis une dizaine d’années, ce qui est très court à l’échelle des études climatiques. Ils s’attendent à mettre au jour de nouveaux records à mesure que les données sont analysées.
La source rappelle qu’un précédent record de 477 miles, mesuré en avril 2020, a déjà été dépassé par l’événement de 2017. Les spécialistes s’attendent à voir émerger d’autres éclairs encore plus longs, invisibles jusque‑là dans la masse d’informations collectées.
Ce que révèle ce record sur la puissance de la foudre
Au‑delà de la performance chiffrée, ce megaflash souligne à quel point la foudre reste un domaine où la nature surprend encore les chercheurs. Chaque progrès dans les capteurs, les satellites et les algorithmes de traitement ouvre une fenêtre sur des phénomènes dont l’humanité n’avait jusqu’ici aucune idée.
Pour le grand public, cette découverte rappelle deux réalités : la foudre n’est pas qu’un trait brillant tombant près de nous, et le danger ne se limite pas à ce que l’on voit au‑dessus de sa tête. Un éclair peut parcourir des centaines de kilomètres dans les nuages avant de frapper loin de la zone orageuse apparente.
Pour les scientifiques, ce record fournit un cas d’école précieux pour affiner les modèles de foudre, mieux comprendre la structure électrique des nuages géants et évaluer l’impact possible des changements climatiques sur la fréquence de ces événements extrêmes. Les données déjà disponibles laissent penser que ce megaflash n’est sans doute qu’un avant‑goût de ce que les satellites révéleront dans les prochaines années.









