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Une carte de l’Univers vieille de 3 000 ans découverte sur un site maya : l’identité d’une femme reste un mystère

Vue aérienne du site archéologique d'Aguada Fénix avec ses fosses cruciformes entrelacées sculptant un vaste plateau au Mexique.

Au Mexique, un immense complexe maya vieux de 3 000 ans intrigue les archéologues, qui y voient une représentation matérielle de l’Univers.

Mis au jour dans l’État de Tabasco, au sud-est du Mexique, ce site monumental baptisé Aguada Fénix intrigue les chercheurs, rapporte le média scientifique britannique BBC Science Focus. Ils y voient une sorte de carte de l’Univers à l’échelle d’un paysage entier, mais aussi le reflet d’une société étonnamment égalitaire pour l’époque. Au cœur de cette histoire, une mystérieuse figurine de femme en jade soulève de nombreuses questions.

Un plateau géant et des fosses en croix, comme un plan de l’Univers

Aguada Fénix a été repéré depuis les airs grâce à une technologie laser, dite Lidar, capable de percer la couverture végétale dense de la jungle mexicaine. Les chercheurs de l’université d’Arizona ont ainsi commencé, en 2020, à distinguer une structure inattendue : une vaste plateforme, entaillée par une immense fosse en forme de croix, appelée « cruciforme ».

En poursuivant les relevés et les fouilles, les archéologues ont compris qu’il ne s’agissait pas d’un élément isolé. Plusieurs cruciformes, emboîtés et reliés entre eux par des canaux, sculptent littéralement le plateau. Le volume total de ces excavations dépasse 3,8 millions de mètres cubes, soit l’équivalent d’environ une fois et demie la pyramide de Khéops ou plus de 1 500 piscines olympiques.

Ce vaste ensemble de fosses cruciformes, organisé comme un schéma géométrique, est interprété comme un « cosmogramme », une carte symbolique de l’Univers à l’échelle du paysage.

Ces aménagements ne semblent pas avoir été conçus pour l’habitation. Ils dessinent plutôt un espace rituel et communautaire, pensé pour accueillir des foules, observer le ciel et organiser la vie collective autour d’un ordre cosmique.

Des pigments colorés alignés sur les quatre points cardinaux

La clé de lecture de ce « cosmogramme » réside dans de minuscules indices minéraux. Dans les cruciformes, les chercheurs ont en effet retrouvé des pigments colorés soigneusement disposés, que l’étude publiée dans la revue Science Advances interprète comme le reflet d’une conception de l’Univers centrée sur les quatre points cardinaux.

Chaque direction semble associée à une couleur et à une matière particulière :

  • Le nord est marqué par un bleu vif à base d’azurite.
  • Le sud est associé à un jaune ocre.
  • L’est est signalé par un vert de malachite.
  • L’ouest est représenté par des coquillages nacrés, auxquels aurait pu s’ajouter un pigment rouge aujourd’hui disparu.

Pour le spécialiste indépendant de la civilisation maya James A. Doyle, cité par BBC Science Focus, « les formes cruciformes et le symbolisme des couleurs encodés dans l’architecture sont l’incarnation physique des notions de la manière dont le plan terrestre était organisé, gouverné par les points cardinaux ».

Ce système coloré, parmi les plus anciens exemples de pigments rituels connus en Mésoamérique, relierait le sol, l’eau et le ciel. Doyle souligne que « le barrage et les canaux soulignent l’importance de l’eau, à la fois pratique et symbolique, ce qui se reflète aussi dans les pigments bleu-vert, les coquillages et les offrandes de pierre verte ».

Une construction titanesque sans palais ni roi visible

L’un des aspects les plus surprenants d’Aguada Fénix tient au contexte social dans lequel ce gigantesque aménagement semble avoir été réalisé. À la différence d’autres centres mayas plus tardifs, les chercheurs n’ont trouvé ici ni palais, ni résidences élitaires, ni trace claire d’un pouvoir centralisé.

Pour James A. Doyle, certaines des structures d’Aguada Fénix figurent « parmi les plus grandes jamais construites dans la région ». Selon les estimations des archéologues, il aurait fallu mobiliser au moins un millier de personnes, pendant plusieurs années, pour creuser le substrat rocheux et mettre en forme ce cosmogramme.

Les indices suggèrent un chantier porté par une communauté sans hiérarchie apparente, où l’effort collectif ne semble pas imposé par une élite, mais partagé au sein d’une société relativement égalitaire.

Ce vaste plateau aurait servi à accueillir des rassemblements à grande échelle : observations astronomiques communes, transmission de connaissances liées au calendrier, échanges commerciaux, sociabilité quotidienne, mais aussi rituels sacrés. Aguada Fénix apparaît alors comme un lieu de convergence, davantage que comme le siège d’un pouvoir royal.

Jade et animaux : des sculptures ancrées dans le vécu

Outre les pigments, les fouilles ont livré plusieurs sculptures en jade. Fait notable, ces œuvres ne mettent pas en avant de divinités imposantes ni de souverains identifiables, comme ce sera le cas plus tard dans l’aire maya.

Les archéologues ont identifié principalement des figurations d’animaux, reflet direct du milieu naturel et des expériences quotidiennes plutôt que d’un panthéon hiérarchisé ou d’un culte royal. Cette orientation renforce l’idée d’une société où la nature et les phénomènes observables occupent une place centrale dans la pensée religieuse et cosmologique.

Une femme en train d’accoucher, au cœur des interrogations

Parmi les pièces exhumées, un artefact retient particulièrement l’attention : une sculpture en jade interprétée comme la représentation d’une femme en train d’accoucher. Son identité et son statut restent totalement inconnus.

Pour James A. Doyle, cette figure pourrait bien bousculer l’image d’une communauté strictement égalitaire. Il s’interroge : « Et si elle avait été une dirigeante puissante, comme nous le savons pour de nombreuses sociétés plus tardives en Mésoamérique, dans la région circum-caribéenne et dans les Andes centrales ? »

Cette femme de jade pourrait être une simple figure symbolique liée à la fertilité ou, au contraire, le portrait stylisé d’une dirigeante oubliée. Les données actuelles ne permettent pas de trancher.

Doyle estime que « avec davantage de fouilles, et une connaissance élargie des peuples qui ont construit Aguada Fénix, l’image des disparités dans l’accumulation des biens ou de l’influence deviendra plus claire ». L’artefact cristallise aujourd’hui les débats sur la place des femmes, le pouvoir et les inégalités au sein de cette communauté précoce.

À quoi servait un « cosmogramme » pour les anciens Mayas ?

Dans les sociétés mésoaméricaines, l’organisation de l’espace reflétait souvent celle du cosmos. Un cosmogramme comme Aguada Fénix remplissait probablement plusieurs fonctions à la fois :

  • visualiser la structure de l’Univers tel qu’il était conçu, avec ses directions sacrées et ses forces associées ;
  • offrir un cadre monumental aux rituels collectifs liés au cycle du temps et aux mouvements du soleil ;
  • servir de repère politique et identitaire pour une population dispersée dans la région ;
  • organiser la gestion de l’eau et des ressources, matérialisée ici par les canaux et le barrage.

Dans cette perspective, les pigments, les coquillages et les objets en jade fonctionnent comme autant de marqueurs symboliques. Ils rappellent que le ciel, la terre, l’eau et les êtres vivants formaient un ensemble inséparable, où chaque direction et chaque couleur renvoyait à une dimension du sacré.

Comment ce type de recherche parle-t-il à un lecteur français ?

Pour un lecteur en France, des sites comme Aguada Fénix peuvent évoquer les grands ensembles préhistoriques européens, à l’image de Carnac ou de Stonehenge au Royaume-Uni, également mentionné par BBC Science Focus dans d’autres articles. Dans ces cas aussi, de vastes monuments collectifs ont été érigés sans que l’on connaisse avec précision l’organisation politique de ceux qui les ont construits.

En France, la recherche archéologique sur ces sites associe des méthodes comparables à celles utilisées au Mexique : relevés aériens, analyse fine des sédiments, étude des pigments et des matériaux, modélisation 3D. Les scientifiques tentent de comprendre comment les sociétés anciennes structuraient l’espace, le temps et leurs croyances à travers l’architecture.

Les notions de « carte de l’Univers » ou de cosmogramme intéressent aussi les historiens des religions et les anthropologues. Elles permettent d’interroger la manière dont un groupe humain inscrit sa vision du cosmos dans un paysage, que ce soit dans la jungle mésoaméricaine, sur les plateaux bretons ou au pied des Alpes.

Que nous apprend Aguada Fénix sur les sociétés anciennes ?

L’étude du site mexicain met en lumière plusieurs points utiles pour comprendre les sociétés du passé, au-delà du seul cas maya :

  • Un ouvrage gigantesque n’implique pas forcément une monarchie puissante. Une communauté sans hiérarchie formelle peut aussi mobiliser des ressources considérables, si les croyances et les objectifs sont partagés.
  • L’absence de palais ou de tombe monumentale ne signifie pas l’absence d’inégalité. Des indices subtils, comme une figurine en jade, peuvent révéler des statuts différenciés.
  • Les couleurs, les matériaux et l’orientation d’un site sont des clés précieuses pour saisir la vision du monde de ses bâtisseurs.
  • Pour les archéologues, Aguada Fénix devient ainsi un laboratoire à ciel ouvert. Chaque pigment, chaque fossé, chaque objet exhumé permet de tester des hypothèses sur la manière dont les premières communautés agricoles et rituelles de Mésoamérique organisaient leur vie sociale autour d’un cosmos ordonné.

    La figurine de femme en train d’accoucher illustre enfin la difficulté à lire le passé à partir de rares vestiges. Elle peut représenter la puissance vitale de la maternité, une ancêtre fondatrice ou une cheffe politique. Tant que les fouilles et les analyses se poursuivent, son identité demeure un point d’interrogation, au centre d’un paysage pensé comme une carte de l’Univers il y a 3 000 ans.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce qu'un cosmogramme maya ?

    Un cosmogramme est une représentation matérielle de l'Univers qui reflète la manière dont les anciens Mayas concevaient l'organisation du cosmos. Aguada Fénix visualise cette structure à travers des formes cruciformes, des pigments colorés associés aux quatre points cardinaux, et des canaux symbolisant l'importance de l'eau.

    Comment les archéologues ont-ils découvert ce site caché sous la jungle ?

    Les chercheurs de l'université d'Arizona ont utilisé la technologie Lidar, un système laser capable de percer la dense végétation jungle mexicaine pour révéler les structures enfouies. À partir de 2020, cette technologie a permis de distinguer les fosses cruciformes et la vaste plateforme.

    Quel était le statut social des personnes qui ont construit Aguada Fénix ?

    Contrairement aux civilisations mayas ultérieures, aucun palais, résidence élitaire ni trace claire de pouvoir centralisé n'a été découvert, suggérant une société relativement égalitaire où l'effort collectif n'était pas imposé par une élite. Cependant, la figurine en jade d'une femme en train d'accoucher pose des questions sur cette égalité.

    Pourquoi les quatre couleurs de pigments découvertes sont-elles importantes ?

    Les pigments colorés (azurite bleue au nord, ocre jaune au sud, malachite verte à l'est, coquillages nacrés à l'ouest) révèlent que les anciens Mayas organisaient leur conception de l'Univers autour des quatre points cardinaux, avec des symboliques et matières associées à chaque direction.

    Qui était la femme représentée dans la figurine en jade ?

    Son identité reste totalement inconnue. Elle pourrait être une simple figure symbolique liée à la fertilité ou, selon certains chercheurs, le portrait stylisé d'une dirigeante oubliée. Des fouilles supplémentaires seraient nécessaires pour résoudre ce mystère.
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