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Une photo prise il y a 72 ans relance l’enquête : le nom de cette Égyptienne était écrit comme celui d’un pharaon

Détail d'un ancien sceau de boue égyptien portant un serekh avec un faucon, symbole réservé au nom du pharaon.

En étudiant une vieille photo d’un sceau retrouvé en Égypte, des chercheurs australiens pensent avoir confirmé le statut royal d’une mystérieuse femme.

Une simple image en noir et blanc, prise il y a plus de 70 ans dans une tombe d’Égypte, pourrait réécrire une page de l’histoire des premiers pharaons. Selon une étude présentée dans la revue scientifique Prague Egyptological Studies et relayée par le site spécialisé Live Science, une reine du nom de Meretneith aurait bien exercé le pouvoir il y a environ 5 000 ans, même si le débat reste vif entre égyptologues.

Une souveraine du tout début de l’Égypte unifiée

Meretneith – que l’on trouve aussi sous les formes Merneith ou Meret-Neith – a vécu durant la première dynastie, à une époque où le royaume venait d’être unifié sous une seule couronne. Cette période se situe autour du XXXIe siècle avant notre ère, au tout début de ce que les spécialistes appellent l’Égypte dynastique.

Les textes et vestiges connus jusque-là suggéraient déjà que Meretneith occupait une place à part. Des inscriptions retrouvées sur différents sites la qualifient notamment de « mère du roi » et la montrent à la tête de services clés de l’administration, comme le trésor. Des fonctions très élevées, mais qui ne suffisaient pas à trancher sur un point précis : a-t-elle, oui ou non, régné comme un pharaon à part entière ?

Une série de sceaux vieux de 5 000 ans, connus uniquement grâce à une photo de 1954, devient aujourd’hui la pièce centrale d’un débat sur le premier pouvoir féminin royal en Égypte.

Treize sceaux découverts dans les années 1940… puis perdus

L’histoire commence dans les années 1940, sur le site de Saqqara, vaste nécropole située près du Caire. L’archéologue britannique William B. Emery y met au jour treize bouchons de boue, sortes de scellés apposés à l’origine sur des jarres ou des coffres pour en indiquer le propriétaire.

Ces bouchons portent des serekh, un cadre rectangulaire surmonté d’un faucon qui, dans l’Égypte ancienne, encadre le nom du roi. Emery identifie clairement deux de ces serekhs comme appartenant au roi Djer, un souverain bien attesté de la première dynastie. Il suggère alors que deux autres serekhs mentionnent une femme, Meretneith, hypothèse audacieuse pour l’époque.

En 1954, il publie une photo en noir et blanc de l’un de ces bouchons accompagnée de dessins. Mais la qualité de l’image est faible, le contour des signes peu lisible. Beaucoup de chercheurs restent sceptiques et l’idée d’une reine régnante à cette date ne s’impose pas.

Depuis, les treize scellés, comme la plaque de verre photographique d’origine, ont disparu. Susan Kelly, spécialiste d’égyptologie à l’université Macquarie en Australie, l’explique à Live Science : leur emplacement actuel est « inconnu ». Il ne reste plus qu’une unique photographie imprimée, publiée il y a plus de soixante-dix ans.

Quand le numérique s’invite dans l’étude d’une photo de 1954

C’est cette photo qu’ont reprise Susan Kelly et Crystal Miller, technicienne de la même université et aujourd’hui étudiante en bioarchéologie. Leur étude, publiée dans Prague Egyptological Studies, décrit comment elles ont eu recours à plusieurs traitements d’image pour faire « ressortir » des détails à peine visibles à l’œil nu sur le tirage d’époque.

  • Numérisation haute définition de la photo noir et blanc
  • Amélioration du contraste et de la netteté
  • Filtrages successifs pour distinguer ombres et reliefs des signes gravés
  • Création d’un « frottis » numérique simulant un relevé au crayon

À partir de ce travail, les deux chercheuses affirment avoir pu préciser la lecture de plusieurs serekhs présents sur le bouchon. Elles estiment que les deuxième et troisième serekhs portent des signes correspondant au nom de Meretneith.

« Notre technique a révélé que, dans le deuxième et le troisième serekh, les signes dans la partie réservée au nom sont cohérents avec le signe principal utilisé pour écrire le nom de Meretneith », écrit Susan Kelly dans une tribune pour le site The Conversation.

Pour les autrices, il ne s’agit pas d’une simple mention honorifique. Le fait que le nom soit placé dans le cadre du serekh, forme traditionnellement réservée au nom du roi, constitue un argument fort en faveur d’un véritable exercice du pouvoir.

Une reine qui aurait alterné entre l’ombre et la lumière

Kelly et Miller ne décrivent toutefois pas une souveraine calquée sur le modèle masculin. En examinant l’ensemble des inscriptions connues, elles soulignent que le nom de Meretneith n’apparaît pas toujours dans un serekh, comme c’est l’usage pour les rois.

Dans leur article, elles avancent l’idée d’une figure à la fois souple et centrale dans le jeu politique de la première dynastie. Meretneith aurait pu occuper alternativement la place de régente, de co-régente et de reine-mère en fonction des circonstances.

« Meretneith pouvait avoir l’avantage de monter et descendre de la plate-forme du pouvoir selon les besoins du contexte politique », écrivent les chercheuses, estimant qu’elle pouvait assumer le rôle de dirigeante lorsque nécessaire.

Le roi Den, souverain suivant, est considéré comme son fils. Certains indices archéologiques laissent penser qu’il pourrait être celui qui a fait construire et organiser la tombe de Meretneith, un honneur généralement réservé à un roi pour un autre roi.

Un possible règne partagé avec le roi Djer

L’étude va plus loin en suggérant que Meretneith aurait gouverné conjointement avec un roi nommé Djer. Les chercheurs ne sont pas en mesure d’identifier avec certitude le lien familial entre les deux, mais Susan Kelly indique à Live Science qu’il pourrait s’agir de son père.

Meretneith aurait également exercé la régence au début du règne de Den, lorsque celui-ci était trop jeune pour gouverner seul. Cette configuration, où une femme de la famille royale assure la continuité du pouvoir jusqu’à la majorité d’un prince, est bien connue à d’autres périodes de l’histoire égyptienne.

Des fouilles menées en 2023 montrent par ailleurs que la tombe de Meretneith est comparable, par sa taille et sa construction, à celles des souverains masculins. Un élément supplémentaire en faveur de son statut politique élevé.

Une interprétation contestée par une historienne allemande

Tout le milieu de l’égyptologie ne suit pas ces conclusions. Sollicitée par Live Science, Eva-Maria Engel, historienne à l’université Humboldt de Berlin, a consulté les améliorations numériques réalisées par l’équipe australienne.

Elle reste prudente et ne partage pas l’identification proposée. Selon son analyse, le sceau mentionnerait uniquement le nom du roi Djer.

Pour Eva-Maria Engel, « le sceau ne mentionne que le nom du roi Djer et Meretneith n’est pas citée du tout » sur les serekhs étudiés.

Pour autant, la chercheuse ne remet pas en cause l’influence politique de Meretneith. Elle rappelle que la reine dispose d’une tombe située parmi celles des rois précédents et suivants, et que d’autres inscriptions, indépendantes des serekhs controversés, montrent qu’elle agissait au nom de son fils Den tant qu’il n’était pas en mesure de gouverner efficacement.

Autrement dit, si l’interprétation des sceaux pose question, l’idée d’une femme occupant un rôle majeur au sommet de l’État égyptien à cette époque reste largement défendable.

Ce que révèle cette affaire sur la place des femmes au pouvoir

L’enjeu dépasse le seul cas d’une reine du IIIe millénaire avant notre ère. L’étude australienne rappelle que l’histoire de l’Égypte ancienne compte plusieurs figures féminines de tout premier plan, mais souvent mal documentées ou longtemps invisibilisées.

Contrairement à l’image parfois répandue d’un pouvoir exclusivement masculin, certaines périodes ont vu des femmes assumer le rôle de régente, de co-régente, voire de souveraine à part entière. Des cas plus tardifs, comme celui d’Hatchepsout au Nouvel Empire, sont connus, mais Meretneith repousserait cette chronologie de plusieurs siècles.

L’analyse minutieuse d’un document aussi fragile qu’une photo jaunie montre aussi comment les technologies numériques changent la recherche :

  • elles permettent de revisiter des archives anciennes sans nouvel accès aux objets originaux ;
  • elles rendent visibles des détails que l’œil ne perçoit pas sur un tirage standard ;
  • elles restent toutefois soumises à l’interprétation humaine, ce qui explique la persistance des désaccords entre spécialistes.

Ce que cela évoque pour un lecteur en France

Pour un lecteur français, l’affaire Meretneith illustre bien la manière dont les historiens réévaluent les rôles politiques féminins dans les sociétés anciennes. La France n’a pas connu de reine régnante à l’époque moderne au sens strict (les reines ont été épouses ou régentes, mais rarement reconnues comme souveraines à part entière), ce qui rend ce type de découverte particulièrement marquant.

Dans le contexte français, la régence – fonction assurée par la mère ou un proche parent du roi mineur – rappelle d’ailleurs le rôle que les chercheurs prêtent à Meretneith vis-à-vis de son fils Den. À l’instar des régentes françaises, elle aurait pu détenir un pouvoir très concret, tout en s’inscrivant officiellement dans une continuité dynastique masculine.

Le travail publié dans Prague Egyptological Studies montre enfin que la recherche académique, même centrée sur un site comme Saqqara, concerne aussi le grand public européen : il suffit parfois d’un cliché pris dans les années 1950 pour relancer un débat historique que l’on croyait clos.

Un cas d’école sur l’usage des images anciennes en archéologie

Au-delà du cas de Meretneith, cette étude illustre la façon dont les clichés anciens deviennent une source à part entière. Les archéologues accumulent depuis plus d’un siècle des milliers de photographies prises sur le terrain, souvent rangées dans des archives peu consultées.

Lorsque les objets ont été perdus, endommagés ou restent inaccessibles, ces images peuvent devenir le seul témoignage disponible. Des traitements numériques sophistiqués aident alors à :

  • corriger les défauts de prise de vue (flou, sous-exposition) ;
  • simuler des éclairages rasants pour mieux voir les reliefs ;
  • comparer automatiquement plusieurs versions d’un même motif ;
  • produire des « relevés » destinés à être étudiés et redessinés.
  • Ces méthodes ouvrent de nouvelles pistes aux équipes qui travaillent sur des collections dispersées ou incomplètes. Elles n’éliminent pas les incertitudes, mais elles fournissent des indices supplémentaires pour affiner, ou parfois contester, des lectures établies depuis longtemps.

    Dans le dossier Meretneith, ces outils n’ont pas clos le débat entre chercheurs. Ils ont en revanche permis de formuler une hypothèse plus étayée : celle d’une femme qui, il y a 5 000 ans, aurait vu son nom inscrit comme celui d’un pharaon, au cœur même des symboles du pouvoir royal égyptien.

    Questions fréquentes

    Qui était Meretneith?

    Meretneith était une femme de la première dynastie égyptienne, aux environs du XXXIe siècle avant notre ère. Elle occupait une place à part dans l'administration royale, notamment comme mère du roi et à la tête du trésor.

    Comment des chercheurs ont-ils pu étudier un sceau perdu depuis des décennies?

    Le sceau original a disparu, mais une photographie en noir et blanc en a été prise en 1954. Des chercheurs australiens ont utilisé des techniques de numérisation haute définition et de traitement d'image pour faire ressortir des détails invisibles sur le tirage original.

    Quel est l'argument principal en faveur du statut de pharaon de Meretneith?

    Le nom de Meretneith apparaît dans un serekh, un cadre rectangulaire traditionnellement réservé au nom du roi dans l'Égypte ancienne, ce qui suggère un véritable exercice du pouvoir royal.

    Tous les égyptologues sont-ils d'accord avec cette conclusion?

    Non, le débat reste vif. Certains chercheurs, comme Eva-Maria Engel de l'université Humboldt de Berlin, contestent cette interprétation et affirment que le sceau ne mentionne que le nom du roi Djer.

    Quel rôle politique aurait exercé Meretneith selon cette étude?

    L'étude suggère qu'elle aurait alterné entre régente, co-régente et reine-mère selon les circonstances politiques, gouvernant conjointement avec le roi Djer et assurant la régence au début du règne de Den.
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