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Des archéologues exhument un phallus de pierre de 15 cm dans une forteresse médiévale : son usage réel n’a rien d’érotique

Phallus de pierre sculptée de 15 centimètres avec stries d'usure, posé sur fond archéologique neutre

Dans une forteresse du nord de l’Espagne, des archéologues ont mis au jour un objet médiéval inattendu, taillé dans la pierre et riche en symboles.

Dans la région de Galice, en Espagne, une équipe d’archéologues a mis à jour un objet pour le moins surprenant lors de fouilles menées sur une ancienne tour médiévale. Comme le rapporte le site britannique Indy100, ce phallus de pierre de 15 centimètres, découvert à la forteresse de Torre de Meira, n’avait pourtant rien d’un accessoire érotique caché par des soldats lubriques.

Un pénis de pierre de 15 cm au cœur d’une tour du XIVe siècle

La découverte remonte à juin 2023. Depuis trois ans, la coopérative d’archéologues Árbore Arqueoloxía fouille les ruines d’une tour du XIVe siècle, la Torre de Meira, dans la province de Pontevedra, en Galice. C’est dans ce contexte qu’a surgi, parmi les pierres et les décombres, un objet dont la forme ne laissait guère de doute : un pénis sculpté dans la roche, d’environ 6 pouces de long, soit 15 centimètres.

Dans l’Antiquité, en particulier dans l’Empire romain, les représentations de sexe masculin étaient fréquentes. On les retrouvait sous forme d’amulettes, de bas-reliefs, de fresques ou de petits objets, souvent liés à la fertilité ou à la protection. Le média culturel Hyperallergic, cité par Indy100, rappelle que ces artefacts étaient alors très courants, bien plus qu’aujourd’hui.

À Torre de Meira, le phallus de pierre ne servait ni de talisman, ni d’ornement érotique, mais d’outil fonctionnel destiné aux soldats.

À première vue, l’objet pouvait passer pour un symbole de virilité ou un clin d’œil obscène gravé par des occupants de la forteresse. Les travaux menés sur le site ont pourtant conduit les spécialistes à une interprétation bien différente.

Un affûteur sophistiqué pour les épées des soldats

Ce sont les traces visibles sur la surface de la pierre qui ont mis les chercheurs sur la voie. Le pénis présente une série de stries, comme des griffures répétées, orientées de manière régulière le long de sa longueur. Pour les archéologues, il s’agit de marques d’usure typiques d’un outil de taille ou d’affûtage.

En analysant ces rayures, les spécialistes ont conclu que l’objet avait servi de pierre à aiguiser, probablement utilisée par les soldats stationnés dans la tour pour entretenir le tranchant de leurs épées et autres armes blanches. La forme phallique ne serait donc pas un simple détail anecdotique, mais une façon de matérialiser un lien symbolique très fort dans la société médiévale.

Interrogé par Hyperallergic, l’archéologue Darío Peña, membre d’Árbore Arqueoloxía, explique que cette trouvaille donne une matérialité concrète à un imaginaire largement répandu à l’époque.

Selon Darío Peña, ce pénis de pierre « matérialise l’association symbolique entre la violence, les armes et la masculinité », une association déjà présente au Moyen Âge et encore vivace aujourd’hui.

Dans un espace militaire comme la Torre de Meira, cette fusion entre arme, force virile et domination guerrière prend un relief particulier. L’objet servait à rendre les lames « plus tranchantes », tout en affichant, de façon très explicite, une idée de puissance masculine.

Les phallus dans l’archéologie : entre protection, moquerie et sexualité

La découverte de ce phallus affûteur s’inscrit dans une série de mises au jour récentes autour de représentations sexuelles dans l’archéologie européenne. Indy100 rappelle qu’en début d’année 2023, des chercheurs ont identifié ce qui pourrait être le premier godemichet romain connu, daté de l’époque antique.

Les pénis sculptés ou gravés remontent parfois à plus de 2 000 ans. Certains apparaissent comme de simples graffitis moqueurs, destinés à ridiculiser un individu ou à marquer un territoire. D’autres, au contraire, sont interprétés comme des symboles de protection, proches du « fascinum » romain, ce sexe masculin stylisé censé conjurer le mauvais œil.

  • Graffitis insultants ou humoristiques dans des lieux publics ou militaires.
  • Amulettes et pendentifs contre le malheur ou la jalousie.
  • Décors architecturaux sur des façades, ponts ou thermes.
  • Objets potentiellement sexuels, comme le supposé godemichet romain.

À Torre de Meira, l’usage est encore différent : le pénis de pierre ne se limitait pas à un symbole. Il remplissait une fonction pratique dans la vie quotidienne des soldats, en même temps qu’il rappelait, de manière insistante, les valeurs viriles associées au métier des armes.

Une lecture culturelle de la virilité médiévale

La remarque de Darío Peña souligne un point central de cette découverte. Dans la culture médiévale européenne, la virilité physique, la capacité à porter les armes et à exercer la violence légitime étaient étroitement liées. Un objet qui sert à aiguiser les instruments de guerre en reprenant la forme de l’organe sexuel masculin exprime cette fusion de façon directe.

Pour les archéologues, ce type d’artefact ouvre une fenêtre sur l’imaginaire des hommes qui occupaient ces lieux : des soldats pour qui la force, l’agressivité et la masculinité formaient un tout cohérent. L’association entre « armes » et « virilité » reste d’ailleurs présente dans certains discours et représentations contemporaines, que ce soit dans la publicité, le cinéma ou le vocabulaire courant.

Ce que cette découverte dit de l’Espagne médiévale

La Galice, où se trouve la forteresse de Torre de Meira, est une région du nord-ouest de l’Espagne, marquée par une histoire médiévale dense, faite de seigneuries, de fortifications et de conflits locaux. Une tour du XIVe siècle comme celle-ci avait avant tout une fonction défensive et symbolique : surveillance du territoire, contrôle des routes, affirmation du pouvoir d’un seigneur ou d’une lignée.

Dans cet environnement, les armes n’étaient pas qu’un outil militaire. Elles signaient un statut social, distinguaient les combattants du reste de la population et reflétaient l’ordre féodal. Trouver un objet d’entretien des épées dans les ruines d’une telle tour reste logique. Que cet objet prenne la forme d’un pénis suggère un imaginaire guerrier où le corps masculin, la violence et l’autorité s’entremêlent.

À Torre de Meira, le pénis de pierre éclaire à la fois le quotidien des soldats et les codes symboliques de la noblesse guerrière en Espagne médiévale.

La datation du site au XIVe siècle permet de situer cette pratique dans un contexte précis : celui d’une péninsule Ibérique encore marquée par les conflits entre royaumes chrétiens et musulmans, les rivalités internes et les recompositions du pouvoir.

Et en France, comment l’archéologie traite ces symboles sexuels ?

Les archéologues travaillant en France rencontrent eux aussi des représentations sexuelles dans les fouilles, qu’il s’agisse de sites gallo-romains, médiévaux ou modernes. Musées et services régionaux d’archéologie conservent régulièrement des objets érotiques ou obscènes, parfois mis à l’écart dans les réserves, parfois présentés avec un discours scientifique.

On retrouve des parallèles avec la situation espagnole :

  • Des phallus sculptés ou gravés dans des contextes romains, associés à la protection ou à la fécondité.
  • Des graffitis à caractère sexuel sur des murs, des céramiques ou des objets en métal.
  • Des statuettes ou reliefs potentiellement liés à des cultes de fertilité.

Dans les fouilles préventives en France, encadrées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et les services de l’État, ce type d’objet est analysé au même titre que les autres vestiges. Les archéologues cherchent à comprendre son usage réel, son contexte, et ce qu’il dit de la société qui l’a produit, plutôt que de le réduire à une curiosité amusante.

Les interprétations restent prudentes : attribuer une fonction érotique ou rituelle à un objet demande des indices clairs. Comme en Espagne pour le phallus de Torre de Meira, ce sont souvent les traces d’usage, le lieu de découverte et les comparaisons avec d’autres sites qui orientent l’analyse.

Pourquoi un simple outil peut changer la lecture d’un site

Un objet comme ce phallus de pierre n’apporte pas seulement une anecdote croustillante aux visites guidées. Il permet de mieux cerner la vie quotidienne et mentale des occupants d’un lieu fortifié. La combinaison d’un usage très concret (aiguiser les armes) et d’une forte charge symbolique (la virilité guerrière) fournit aux chercheurs un indice précieux sur la manière dont les hommes de l’époque pensaient leur propre rôle.

Dans l’archéologie, les outils d’aiguisage sont souvent discrets : pierres à affûter, molettes, fragments de roche usés. Ici, la forme rend l’objet immédiatement lisible, y compris pour le grand public. Ce genre de trouvaille offre donc un support efficace pour expliquer au visiteur comment les archéologues interprètent les traces d’usure, reconstituent les gestes et discutent les hypothèses.

Aspect étudié Apport du phallus de Torre de Meira
Vie quotidienne des soldats Entretien régulier des armes dans la forteresse
Symbolique sociale Lien affiché entre masculinité, violence et pouvoir
Pratiques matérielles Usage d’outils en pierre sculptés pour l’affûtage

Pour un lecteur français, cette découverte rappelle aussi que l’archéologie ne se limite pas aux trésors spectaculaires ou aux grandes batailles. Un objet de 15 centimètres, au dessin volontairement explicite, peut en dire long sur la façon dont une société associe le corps, la guerre et l’autorité masculine, hier comme aujourd’hui.

Questions fréquentes

À quoi servait réellement ce phallus de pierre ?

C'était une pierre à aiguiser utilisée par les soldats pour entretenir le tranchant de leurs épées et autres armes blanches. Les stries visibles sur sa surface sont des marques d'usure typiques d'un outil d'affûtage.

Pourquoi avoir choisi une forme phallique pour une pierre à aiguiser ?

Selon l'archéologue Darío Peña, cette forme matérialise l'association symbolique forte entre la violence, les armes et la masculinité dans la société médiévale, permettant de fusionner l'usage pratique de l'objet avec les valeurs viriles associées au métier des armes.

Quand et où cette découverte a-t-elle été faite ?

La découverte remonte à juin 2023 à la forteresse de Torre de Meira, une tour du XIVe siècle située dans la province de Pontevedra, en Galice, au nord-ouest de l'Espagne.

Que dit cette découverte sur l'imaginaire des soldats médiévaux ?

Elle ouvre une fenêtre sur l'imaginaire des hommes qui occupaient cette forteresse : des soldats pour qui la force, l'agressivité et la masculinité formaient un ensemble cohérent et indissociable de leur identité guerrière.

Existait-il d'autres représentations phalliques au Moyen Âge ?

Oui, bien que moins fonctionnelles. Les représentations sexuelles médiévales pouvaient être des graffitis moqueurs, des symboles de protection, ou des décors architecturaux, mais le phallus affûteur de Torre de Meira est unique par sa double fonction pratique et symbolique.
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