Aux États-Unis, l’Arizona vient de redéfinir ce que les motards peuvent faire entre les files de voitures, et ce qui devient désormais interdit.
Un article du site spécialisé RideApart détaille une évolution importante du code de la route en Arizona : l’État encadre beaucoup plus strictement la circulation des motos entre les files de voitures. Cette pratique, très débattue dans le monde entier, est désormais considérée comme de la « conduite dangereuse » lorsqu’elle est trop large, mais reste autorisée dans un cadre précis appelé « lane filtering », proche de ce que les motards français connaissent dans les embouteillages.
Ce que change la nouvelle loi en Arizona
L’Arizona vient de modifier sa législation routière, à travers l’« Arizona Revised Statute 28-693 ». Le texte revoit la manière dont l’État qualifie la circulation entre les files, avec un objectif clair : encadrer plus strictement le comportement des motards tout en conservant une marge de manœuvre limitée dans les bouchons.
RideApart explique que le législateur a révisé une loi déjà existante, et que la circulation dite « lane splitting » est désormais assimilée à un délit de « conduite dangereuse » (« reckless driving »), classé en délit mineur de niveau II (Class II Misdemeanor) dans le droit pénal local.
En Arizona, le fait de remonter les files à moto à vitesse soutenue ou de dépasser les voitures dans leur propre voie est désormais considéré comme de la conduite dangereuse.
Concrètement, la loi précise à l’alinéa B que, sauf exception, « le conducteur d’une moto ne doit pas dépasser et dépasser dans la même voie occupée par le véhicule dépassé ». L’alinéa C ajoute qu’un motocycliste « ne doit pas circuler entre les voies de circulation ou entre deux rangées adjacentes de véhicules », là encore sauf exception.
Ces deux points interdisent donc clairement la version la plus large de la circulation entre les files, ce que les motards appellent généralement le « splitting » : se faufiler à allure soutenue entre deux voies de circulation occupées par des voitures en mouvement.
Lane splitting interdit, lane filtering toléré : la nuance clé
La même loi introduit toutefois un bémol important avec le fameux « sous-paragraphe F ». C’est ce passage qui fait toute la différence pour les motards arizoniens : la pratique dite de « lane filtering » demeure autorisée, mais dans un cadre très précis.
Le texte prévoit que le conducteur d’une moto à deux roues peut dépasser un véhicule arrêté, dans la même direction et dans la même voie, et peut circuler entre les voies de circulation si deux conditions cumulatives sont remplies :
la manœuvre doit être réalisée « de manière sûre » ;
le motard respecte deux contraintes de vitesse et de type de route.
Ces contraintes sont détaillées ainsi :
Condition
Exigence légale en Arizona
Type de voie
Rue comportant au moins deux voies contiguës dans le même sens
Limitation de vitesse de la rue
Limite affichée ne dépassant pas 45 miles/heure (environ 72 km/h)
Vitesse du motard en filtrant
Vitesse de la moto ne dépassant pas 15 miles/heure (environ 24 km/h)
Autrement dit, le motard a le droit de remonter une file de voitures à l’arrêt jusqu’au feu rouge, mais uniquement sur des axes urbains limités à 45 mph ou moins, et sans dépasser 15 mph pendant la manœuvre. Il s’agit donc d’une circulation très lente, destinée surtout à rejoindre l’avant de la file au feu.
L’Arizona interdit la circulation entre les files à vive allure, mais autorise une remontée de file lente, sur des rues urbaines limitées et avec des voitures à l’arrêt.
RideApart résume la situation : si vous êtes sur une « surface street » — une rue classique en ville — avec des voitures immobilisées jusqu’au feu, vous pouvez vous glisser entre les rangées pour vous placer devant… à condition de respecter les vitesses fixées et le type de route autorisé.
Pourquoi la loi fait autant réagir les motards
L’auteur de l’article sur RideApart, motard lui-même et ancien habitant de Los Angeles, raconte son expérience personnelle de la circulation entre les files. Dans la métropole californienne, il a utilisé pendant des années la possibilité de circuler entre les voitures pour réduire drastiquement ses temps de trajet.
Son exemple est parlant : pour se rendre à son travail, il devait parcourir un trajet qui pouvait lui prendre jusqu’à trois heures en voiture dans les bouchons. En passant à la moto et en profitant de la circulation entre les files, ce même trajet ne lui prenait plus que 45 minutes environ.
Il souligne que cette pratique allège les embouteillages pour l’ensemble des usagers, tout en donnant aux motards la possibilité de se placer dans des zones où ils sont mieux visibles, notamment à l’avant d’une file au feu rouge. L’auteur rappelle toutefois que cette manière de circuler reste risquée : il dit avoir été percuté à deux reprises par des automobilistes inattentifs ou agacés de voir un motard les « doubler » alors qu’ils étaient bloqués.
Pour lui, limiter fortement le lane splitting sur les grands axes, là où les bouchons sont massifs, est un contresens. Il estime que les autoroutes urbaines seraient au contraire des lieux pertinents pour laisser filer les motos entre des voitures à l’arrêt, afin de désengorger les axes les plus chargés et d’éviter les collisions par l’arrière, fréquentes lorsque tous les véhicules sont « pare-chocs contre pare-chocs ».
Les risques encourus en cas d’infraction en Arizona
Avec cette révision du texte, un motard surpris en train de remonter les files hors des conditions prévues par la loi s’expose désormais à une qualification de « reckless driving ». Dans le système américain, cette infraction de classe II équivaut à un délit routier, plus grave qu’une simple contravention.
L’article rappelle que les forces de l’ordre ont désormais un fondement clair pour « vous arrêter si elles vous surprennent », comme le formule RideApart. L’auteur conclut d’ailleurs sur un ton volontairement provocateur en prévenant les habitants de l’État qu’ils « ne peuvent plus splitter » et qu’ils risquent de se retrouver avec un casier, même si la formulation finale (« felony ») apparaît plus comme une exagération journalistique que comme une précision juridique.
Lane splitting, lane filtering : de quoi parle-t-on exactement ?
Pour un lecteur français, les termes américains utilisés dans la loi peuvent sembler flous. Deux notions principales sont distinguées :
Lane splitting : circulation entre deux voies de circulation parallèles, alors que les véhicules autour ne sont pas forcément à l’arrêt. Le motard roule souvent nettement plus vite que le flux, ce qui augmente les risques de changement de voie soudain d’une voiture.
Lane filtering : remontée de file à basse vitesse, lorsque les voitures sont à l’arrêt ou quasi à l’arrêt, essentiellement pour se placer en tête de file au feu ou dans un bouchon dense.
C’est cette seconde pratique que l’Arizona tolère désormais dans un cadre légal précis, tandis que la première est officiellement assimilée à une conduite dangereuse.
Ce que ferait un motard français dans une situation comparable
En France, la circulation inter-files ne figure pas comme telle dans le code de la route, mais elle a fait l’objet d’expérimentations encadrées dans plusieurs régions, sous l’égide de la Sécurité routière. L’idée était déjà similaire à celle de l’Arizona : autoriser les motos à remonter les files dans les bouchons, sur des axes bien définis, avec une vitesse limitée et des conditions de sécurité strictes.
Les règles françaises testées distinguaient généralement :
un différentiel de vitesse limité entre la moto et les voitures ;
des axes précisément identifiés (souvent des voies rapides urbaines) ;
une interdiction de circuler entre les files dès que le trafic redevient fluide.
L’Arizona adopte une logique proche, mais en restreignant la pratique aux rues urbaines limitées à 45 mph, et en fixant une vitesse maximale très basse pour le motard (15 mph). L’encadrement américain apparaît donc encore plus serré que les expérimentations françaises, qui visaient avant tout les grands axes périurbains.
Pour les lecteurs français, la comparaison met en lumière un même dilemme : chercher à améliorer la fluidité de la circulation et la sécurité des motards, sans encourager des comportements à haut risque ni créer de tensions inutiles avec les automobilistes.
Un équilibre délicat entre fluidité et sécurité
En toile de fond, cette réforme en Arizona illustre une question centrale pour toutes les grandes métropoles : comment gérer les deux-roues motorisés dans un trafic saturé. D’un côté, les autorités veulent limiter les prises de risques extrêmes, comme le fait de slalomer rapidement entre des voitures qui roulent encore. De l’autre, elles savent que laisser des motos coincées dans les embouteillages augmente aussi les risques de collisions par l’arrière et aggrave les bouchons.
La solution retenue par l’Arizona repose sur une ligne de crête : autoriser une remontée de file lente, très encadrée, tout en sanctionnant sévèrement toute forme de circulation inter-files jugée agressive. Cette approche nécessite toutefois une bonne compréhension de la règle par les motards, mais aussi par les automobilistes, qui doivent s’habituer à voir des deux-roues se glisser à très basse vitesse entre les colonnes de voitures à l’arrêt.
Pour les usagers de la route, motards comme automobilistes, ces évolutions rappellent qu’une même manœuvre peut être considérée comme un outil de fluidification lorsqu’elle est lente et prévisible, ou comme un comportement dangereux lorsqu’elle est répétée à haute vitesse sans visibilité. Les nouvelles règles de l’Arizona cherchent explicitement à tracer cette frontière, au risque de frustrer une partie des motards habitués à des pratiques plus permissives dans d’autres États américains.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Quelle est la différence entre le lane splitting et le lane filtering en Arizona ?
Le lane splitting, circulation entre deux voies occupées par des véhicules en mouvement, est désormais interdit et considéré comme de la conduite dangereuse. Le lane filtering, remontée lente de file à l'arrêt limitée à 15 mph sur certaines rues urbaines, reste autorisé sous conditions strictes.
Sur quelles routes le lane filtering est-il autorisé en Arizona ?
Le lane filtering est autorisé uniquement sur les rues comportant au moins deux voies contiguës dans le même sens avec une limitation de vitesse affichée ne dépassant pas 45 miles/heure (environ 72 km/h). Le motard ne doit pas dépasser 15 mph pendant la manœuvre.
Quelles sont les sanctions en cas de violation de la nouvelle loi ?
Un motard surpris en train de remonter les files hors des conditions prévues s'expose à une qualification de « reckless driving » (conduite dangereuse), classée en délit mineur de niveau II, plus grave qu'une simple contravention.
Pourquoi certains motards contestent-ils cette nouvelle loi ?
Les motards estiment que l'interdiction du lane splitting sur les grands axes est contreproductive, car cette pratique réduit les embouteillages et permet aux motos de se placer dans des zones plus visibles, notamment à l'avant des files aux feux rouges, réduisant ainsi les risques de collision par l'arrière.
Cette loi s'applique-t-elle à toutes les routes de l'Arizona ?
Non, le lane filtering autorisé s'applique uniquement aux rues urbaines spécifiques (« surface streets ») avec une limite de vitesse affichée maximale de 45 mph. Les autoroutes et axes rapides sont exclus du cadre permissif.