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Casques moto vendus en ligne : les experts en sécurité alertent sur des modèles non conformes, un programme de tests officiel lancé

Au Royaume-Uni, des casques de moto vendus en ligne portent des marquages officiels sans offrir la protection annoncée, alertent les spécialistes.

Au Royaume-Uni, des casques de moto présentés comme conformes aux normes européennes sont en réalité insuffisants en matière de protection, rapporte le site britannique spécialisé MCN. Les autorités ont mandaté un organisme indépendant pour vérifier les modèles vendus, avec un accent particulier sur ceux proposés via certaines grandes plateformes de vente en ligne.

Des casques estampillés conformes… mais dangereux

Selon TRL, une société de recherche en sécurité des transports mandatée par l’agence publique DVSA (l’équivalent britannique de la direction de la sécurité routière), des casques qui n’atteignent pas le niveau de protection indiqué sur leur marquage circulent sur le marché britannique, surtout via des places de marché en ligne.

Ross Clark-Raee, responsable des essais de sécurité chez TRL, explique que le problème ne vise pas en priorité les grandes marques ou les magasins spécialisés connus des motards. Le risque se niche plutôt dans certains recoins du commerce en ligne, où des vendeurs indépendants peuvent proposer des produits se disant homologués sans contrôle réel.

Des casques arborant des marquages de type ECE 22.06 peuvent ne jamais avoir été soumis aux essais européens correspondants, tout en étant vendus aux motards britanniques.

Pour qu’un casque soit légalement vendu au Royaume-Uni, il doit afficher un marquage d’homologation (appelé « type approval ») conforme à la norme ECE 22.06, commune à une grande partie de l’Europe. Ce marquage atteste qu’il a passé avec succès des tests de choc, de résistance et de rétention précis.

Des casques pensés pour d’autres marchés revendus au Royaume-Uni

Comment un casque marqué comme conforme peut-il en réalité échouer aux tests réglementaires ? Ross Clark-Raee décrit plusieurs scénarios observés par TRL.

Premier cas : le casque n’a jamais été conçu pour le marché européen. Il peut par exemple s’agir d’un modèle destiné uniquement à l’Amérique du Nord, conçu pour répondre aux tests locaux de type DOT (norme américaine), sans jamais être passé par un laboratoire d’homologation européen.

Ces produits peuvent ensuite être importés de manière détournée et mis en vente sur des plateformes en ligne, présentés comme compatibles avec l’usage au Royaume-Uni grâce à des marquages apposés ultérieurement ou des descriptions trompeuses.

Un casque prévu pour un autre marché peut être vendu au Royaume-Uni via des canaux de vente parallèles, sous l’apparence d’un produit parfaitement conforme aux règles européennes.

Dans un second cas, plus rare mais jugé plus sophistiqué, un modèle réellement homologué au départ peut dériver dans le temps vers une non-conformité. Il peut s’agir de casques qui reprennent des références de tests ou des numéros d’agrément obtenus par un autre produit, sans que le modèle actuel ait réellement subi ces essais dans sa configuration finale.

Un contrat de tests renforcé entre DVSA et TRL

Pour réagir à ces dérives, la DVSA a officiellement confié à TRL la mission de vérifier, par des essais en laboratoire, que les casques vendus sur le marché britannique respectent bien la norme affichée. MCN précise qu’il ne s’agit pas d’un dispositif totalement nouveau, mais de l’extension d’un travail déjà en cours depuis plusieurs années.

TRL est déjà connu des motards pour gérer le programme SHARP, un système public britannique de notation des casques moto de 1 à 5 étoiles en fonction de leurs performances en sécurité au-delà du minimum légal. La mission confiée par la DVSA est distincte : il ne s’agit plus de comparer les produits entre eux, mais de vérifier leur conformité réglementaire de base.

Les tests menés pour la DVSA reprennent les méthodes de l’homologation internationale : impacts sur différentes zones du casque, mesure de l’absorption des chocs, contrôles de la jugulaire et de la résistance de la coque. L’objectif est simple : déterminer si le produit sur les étagères correspond réellement au niveau de protection annoncé par son marquage.

Un travail d’enquête et de contrôle coordonné

Pour identifier les casques suspects, la DVSA et TRL coopèrent étroitement. La DVSA mène les investigations, repère les vendeurs problématiques et cible les modèles potentiellement non conformes, notamment sur les places de marché en ligne.

  • La DVSA repère les annonces et les vendeurs à risque.
  • TRL achète les casques et réalise les essais de choc et de résistance.
  • Les résultats sont transmis à la DVSA pour alimenter d’éventuelles poursuites.

Lorsque TRL constate un échec aux tests, ses conclusions fournissent un support technique aux enquêtes de la DVSA, qui peut alors documenter des actions administratives ou judiciaires contre les vendeurs mis en cause, notamment pour justifier des poursuites ou des sanctions.

Les essais en laboratoire servent de base factuelle pour la DVSA, qui peut s’appuyer sur ces données pour bâtir des dossiers de poursuite contre des vendeurs ou des importateurs frauduleux.

Que se passe-t-il si un casque non conforme est déjà vendu ?

Interrogé par MCN sur les suites possibles après un échec aux tests, Ross Clark-Raee reste prudent, rappelant que chaque situation doit être appréciée au cas par cas. Il indique néanmoins qu’une fois un modèle jugé non conforme, des actions de rappel ou d’information des usagers sont envisagées.

L’objectif annoncé est de contacter, autant que possible, les clients concernés et d’alerter largement sur le modèle à éviter. Cette alerte peut passer par des retraits de vente, des avis publics ou des communications ciblées lorsque les coordonnées des acheteurs sont connues.

Cette démarche vise à empêcher que des produits jugés dangereux continuent d’être utilisés sur route, alors même qu’ils donnent l’illusion de respecter la réglementation grâce à leur marquage.

Les conseils des experts britanniques pour bien choisir son casque

Pour les motards britanniques, le message délivré par TRL est clair : la prudence s’impose lors de l’achat d’un casque, surtout en ligne. Ross Clark-Raee recommande de privilégier les magasins et sites spécialisés connus, plutôt que des annonces d’origine incertaine sur de grandes plateformes généralistes.

  • Éviter les offres trop alléchantes sur des places de marché peu contrôlées.
  • Privilégier les boutiques spécialisées ou les sites de confiance liés à des enseignes reconnues.
  • Essayer le casque avant achat, lorsque c’est possible.
  • Faire mesurer son tour de tête et tester plusieurs marques.

Il conseille aussi de se faire accompagner : aller choisir son casque avec un proche, demander l’aide d’un vendeur formé, essayer plusieurs tailles et modèles. Le confort et l’ajustement sont essentiels, car un casque mal adapté protège moins bien, même s’il est correctement homologué.

Un casque bien noté et homologué ne remplacera jamais un bon essayage : taille, maintien et confort restent des critères majeurs de sécurité.

Pour compléter cette démarche, vérifier la notation SHARP, au Royaume-Uni, apporte un niveau d’information supplémentaire. Même un casque noté une étoile dans ce système dépasse déjà le seuil minimal imposé par la réglementation européenne, rappelle Ross Clark-Raee.

Où en est la France sur la sécurité des casques moto ?

En France, comme au Royaume-Uni, les casques de moto doivent respecter des normes précises. La norme ECE 22.06 s’applique progressivement aux nouveaux modèles, remplaçant l’ancienne 22.05. Tout casque moto vendu neuf doit être homologué et porter un marquage attestant cette conformité.

Les contrôles relèvent notamment de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et des forces de l’ordre. La police et la gendarmerie peuvent vérifier la présence de l’homologation lors d’un contrôle routier, tandis que la DGCCRF contrôle les distributeurs et importateurs.

Les grandes plateformes de commerce en ligne sont également soumises à des obligations en matière de sécurité des produits. Néanmoins, comme au Royaume-Uni, le fonctionnement par vendeurs tiers peut laisser passer des casques issus de circuits parallèles, notamment lorsque les produits sont importés directement depuis des pays extérieurs à l’Union européenne.

Les bons réflexes pour un motard français

Un motard circulant en France peut s’inspirer des recommandations britanniques :

  • Vérifier la présence d’un marquage d’homologation conforme (ECE 22.05 ou 22.06 selon le modèle).
  • Acheter chez des revendeurs français ou européens identifiés, évitant les importations douteuses à prix cassés.
  • Se méfier des offres très en dessous des tarifs habituels pour un casque de même catégorie.
  • Essayer le casque en magasin, ou profiter du retour gratuit en ligne pour ajuster la taille.
  • En France, il n’existe pas d’équivalent exact au système de notation SHARP, mais des tests comparatifs sont régulièrement publiés par des organismes indépendants et par la presse spécialisée. Ils permettent d’identifier les modèles offrant une meilleure protection que le minimum réglementaire.

    Pourquoi l’homologation ne fait pas tout

    Un casque portant le bon marquage ne garantit pas, à lui seul, une sécurité optimale. L’homologation fixe un seuil minimal, mais les performances peuvent varier fortement d’un modèle à l’autre.

    Des programmes comme SHARP au Royaume-Uni montrent que, parmi des casques tous officiellement conformes, les écarts de protection lors d’impacts répétés ou sur certaines zones de la tête restent significatifs. Le choix d’un casque mieux noté, bien ajusté et en bon état améliore concrètement les chances de limiter les blessures en cas d’accident.

    Autre élément clé : l’usure. Un casque ayant subi un choc important, même sans fissure visible, peut perdre une grande partie de sa capacité d’absorption. Les recommandations habituelles des spécialistes incitent à remplacer un casque après une chute sérieuse ou après plusieurs années d’usage intensif, en fonction des prescriptions du fabricant.

    Homologation, qualité réelle du produit, ajustement à la tête du motard et état du casque forment un ensemble : négliger un seul de ces éléments réduit l’efficacité globale de la protection.

    Pour un utilisateur français comme pour un motard britannique, comprendre ces enjeux aide à mieux interpréter les offres en ligne et à prioriser les bons critères d’achat. Un casque présenté comme « homologué Europe » à un tarif étonnamment bas, sans marque connue ni vendeur clairement identifié, mérite une grande prudence.

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