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Les vêtements de moto respectent la norme européenne, mais protègent de moins en moins : l’alerte de l’organisme qui les teste

Les vêtements de moto respectent la norme européenne, mais protègent de moins en moins : l'alerte de l'organisme qui les teste

En Australie, le programme indépendant MotoCAP alerte : de nombreux vêtements de moto respectent la norme européenne, mais leur niveau réel de protection recule.

Dans un article du site spécialisé espagnol SoyMotero, l’ingénieur australien Chris Hurren, porte-parole du programme d’essais MotoCAP, décrit un phénomène paradoxal : depuis l’entrée en vigueur de la norme européenne EN 17092 pour les vêtements de moto, beaucoup de produits restent conformes… tout en protégeant moins bien les motards.

Une norme européenne de sécurité qui tire les produits vers le bas

MotoCAP est un programme indépendant australien lancé en 2018. Sa mission : tester de manière neutre des équipements de motards – pantalons, blousons, gants – et publier des résultats compréhensibles pour le grand public. Le dispositif évalue notamment la protection contre les chocs, la résistance à l’abrasion et la solidité des coutures.

Selon SoyMotero, MotoCAP a testé 173 vêtements en une seule année, ce qui donne une idée de l’ampleur de son travail. Or, en analysant les résultats sur plusieurs années, les ingénieurs constatent une tendance nette : la protection diminue, alors même que les produits continuent de satisfaire les exigences minimales de la norme européenne EN 17092.

Les vêtements de moto répondent aux critères de la norme EN 17092, mais MotoCAP mesure une baisse progressive de la résistance à l’abrasion et de la qualité globale de protection.

Chris Hurren explique au média Australian Motorcycle, cité par SoyMotero, que le problème vient du niveau d’exigence de cette réglementation. Avant l’EN 17092, certains équipements offraient une protection nettement supérieure. L’arrivée d’une norme jugée « de minima » a paradoxalement encouragé certains fabricants à s’aligner sur ce plancher plutôt qu’à viser plus haut.

Comment les fabricants réduisent les coûts tout en restant “conformes”

Le constat de MotoCAP est clair : une partie de l’industrie s’est adaptée à la lettre de la norme, pas à son esprit. Les tests montrent que, année après année, certains vêtements ont vu leur performance baisser, notamment en résistance à l’abrasion, sans que leur prix ne diminue et sans qu’ils cessent pour autant d’être légalement conformes.

Selon SoyMotero, certains fabricants ont progressivement modifié matériaux, doublures ou renforts pour réduire les coûts de production. Résultat : la protection réelle chutait, tout en restant juste au-dessus du seuil fixé par l’EN 17092.

MotoCAP cite l’exemple d’un produit passé d’une résistance à l’abrasion de 3,7 secondes à seulement 1,2 seconde, sans changement de tarif et tout en continuant à satisfaire la norme européenne.

C’est justement sur ce point que les ingénieurs de MotoCAP tirent la sonnette d’alarme. La réglementation devait harmoniser et sécuriser l’offre sur le marché. Dans les faits, certains acteurs, qui auparavant cherchaient à se distinguer par un haut niveau de protection, se contentent désormais de « faire juste ce qu’il faut » pour obtenir le marquage réglementaire.

Les jeans moto dans le viseur : parfois proches d’un jean classique

La plus forte dégradation est observée sur certains jeans moto dits « monocouche », souligne SoyMotero. Extérieurement, ces pantalons ressemblent à des jeans de ville, mais ils sont censés intégrer des fibres résistantes à l’abrasion et parfois des protections aux genoux et aux hanches.

D’après MotoCAP, plusieurs de ces modèles n’offrent plus, en laboratoire, qu’une résistance similaire à celle d’un jean classique en cas de glissade. Le temps durant lequel le tissu résiste au frottement sur l’asphalte baisse fortement, alors que l’utilisateur pense être correctement équipé.

  • Matériaux plus fins ou moins techniques pour réduire les coûts.
  • Diminution des doublures internes résistantes à l’abrasion.
  • Zones de renfort réduites ou mal positionnées.
  • Niveau de protection maintenu juste au seuil imposé par la norme.

MotoCAP ne remet pas en cause la nécessité d’une réglementation. Les ingénieurs soulignent au contraire que porter un équipement homologué reste préférable à rouler sans protection. Le problème, selon eux, tient au fait qu’une norme « mal conçue » ou trop permissive peut pousser une partie du marché à converger vers la solution la plus économique, au détriment du niveau réel de sécurité.

Un asphalte de route plus agressif que celui des zones urbaines

Au fil de ses campagnes de tests, MotoCAP a également tiré un autre enseignement : l’asphalte sur route est souvent plus abrasif que le revêtement en ville. Cette différence influe fortement sur la durée de glissade supportée par un vêtement avant déchirure.

Pour MotoCAP, la rugosité de l’asphalte de route impose des exigences plus élevées aux équipements destinés aux trajets interurbains et aux grands axes que pour l’usage urbain.

Les recommandations de l’organisme tiennent donc compte du type de trajet. Un motard qui circule régulièrement sur voies rapides ou routes de campagne devrait privilégier des équipements avec une résistance à l’abrasion nettement supérieure, même si la norme EN 17092 ne fait pas toujours cette distinction aussi finement.

Type d’usage Revêtement typique Exigence conseillée par MotoCAP
Ville Asphalte souvent plus lisse Équipement homologué, niveau de résistance correct mais pas nécessairement maximal
Routes / autoroutes Asphalte plus rugueux, plus abrasif Vêtements avec forte résistance à l’abrasion, protections renforcées et zones de renfort étendues

Cette distinction intéresse directement les motards européens et français, nombreux à utiliser un même équipement pour tous les trajets, du périphérique urbain aux longues sorties du week-end.

Ce que cela change pour un motard en France

En Europe, dont la France, la norme EN 17092 fixe les critères d’homologation des vêtements de moto vendus comme équipements de protection individuelle. Les produits affichent notamment un marquage CE assorti d’un niveau de performance (A, AA, AAA, etc.). Plus le niveau est élevé, plus la résistance à l’abrasion et aux déchirures est censée être importante.

Les observations de MotoCAP, rapportées par SoyMotero, constituent un avertissement pour les utilisateurs français : se fier uniquement au marquage minimal ne garantit pas un haut niveau de sécurité. Deux pantalons homologués au même niveau peuvent offrir des protections très différentes en pratique.

Pour un motard français, l’enjeu n’est pas seulement d’acheter un équipement « conforme », mais de vérifier son niveau de performance au-delà du strict minimum réglementaire.

En France, plusieurs acteurs – assureurs, associations de motards, centres d’essais – sensibilisent déjà au choix de l’équipement. Les conseils vont dans le même sens que ceux de MotoCAP : comparer les niveaux de certification, privilégier les modèles mieux notés en abrasion, vérifier la présence de protections rigides ou semi-rigides aux zones exposées, et ne pas se contenter de l’étiquette CE la plus basse.

Comment mieux choisir son équipement malgré la norme minimale

Pour un lecteur français, les enseignements de MotoCAP peuvent se traduire par quelques réflexes pratiques lors de l’achat d’un blouson ou d’un pantalon moto :

  • Regarder non seulement le marquage CE, mais aussi le niveau précis (A, AA, AAA) et privilégier les plus exigeants pour les trajets rapides ou longs.
  • Se renseigner sur les tests indépendants disponibles, comme ceux de MotoCAP ou d’organismes européens, lorsque ces résultats sont accessibles.
  • Prêter attention aux matériaux : présence de fibres techniques connues pour leur résistance à l’abrasion, doublures internes, zones de renfort.
  • Tester le confort, car un équipement inconfortable sera moins porté, même s’il est très protecteur.
  • Les exemples relevés par MotoCAP, avec des jeans moto proches de simples jeans classiques sur le plan de la résistance, montrent que l’effet d’étiquette peut être trompeur. Un équipement « qui ressemble à un vêtement de ville » doit être examiné avec encore plus de vigilance.

    Comprendre la résistance à l’abrasion : un paramètre clé

    La résistance à l’abrasion désigne le temps durant lequel un matériau supporte une glissade sur un revêtement sans se déchirer. Dans les tests normalisés, le tissu est mis en contact avec une surface abrasive qui simule l’asphalte. Le résultat est mesuré en secondes.

    Quand MotoCAP indique qu’un pantalon est passé de 3,7 à 1,2 seconde de résistance, cela signifie qu’en cas de chute à vitesse moyenne, la peau du motard se retrouverait à nu bien plus tôt, augmentant fortement le risque de brûlures, de plaies profondes et d’infections. Cette différence de quelques secondes peut avoir des conséquences lourdes en situation réelle.

    Les ingénieurs rappellent que la protection ne se limite pas à l’abrasion : la qualité des coutures, la répartition des renforts, l’absorption des chocs ou la tenue des protections en place jouent aussi un rôle. Un vêtement très résistant au frottement mais mal conçu autour des articulations pourra laisser les genouillères ou les coques de hanches se déplacer au moment de l’impact.

    Un enjeu durable pour les usagers : garder un œil critique sur l’étiquette

    Les alertes de MotoCAP, relayées par SoyMotero, rappellent aux motards européens et français que la présence d’une norme n’exonère pas de vigilance. Une réglementation trop minimaliste peut parfois pousser le marché à s’aligner par le bas, surtout lorsque la pression concurrentielle sur les prix est forte.

    Pour l’utilisateur, l’enjeu est double : continuer à porter un équipement complet – gants, blouson, pantalon, chaussures spécifiques, protections intégrées – tout en restant exigeant sur la qualité réelle, en s’appuyant sur les tests indépendants lorsqu’ils existent et en visant des niveaux de protection supérieurs au strict minimum de la norme.

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