À moins de deux heures de Rome, une minuscule île italienne du Latium, protégée et quasi inhabitée, offre des paysages dignes des Cyclades grecques.
Au large des côtes du Latium, en Italie, une île volcanique presque déserte attire les amateurs de mer transparente et de nature brute. Reportée par un média de tourisme italien, l’histoire de Palmarola, joyau des îles Pontines, décrit un territoire sans routes, sans grands hôtels ni vacarme urbain, où l’on accède uniquement par bateau et où la vie se concentre autour de quelques criques spectaculaires.
Où se trouve Palmarola, la « petite Grèce » du Latium
Palmarola se situe dans le golfe de Gaète, en plein mer Tyrrhénienne, à l’ouest de Rome. L’île appartient à l’archipel italien des îles Pontines, au large du Latium. Elle se trouve à environ 7 milles marins de Ponza, l’île voisine la plus connue, soit une quarantaine de minutes de navigation selon le type de bateau.
Avec à peine 1,3 km² de surface et environ 8 km de côtes, Palmarola forme l’extrémité la plus occidentale et la plus sauvage de l’archipel. Son relief est constitué de falaises de tuf abruptes, de pointes rocheuses et de criques minuscules, accessibles uniquement par la mer.
Palmarola est classée réserve naturelle protégée depuis 1998 et ne possède ni routes, ni voitures, ni véritable village, ce qui limite fortement la fréquentation et préserve son caractère sauvage.
Ce décor, où le blanc des falaises volcaniques se mêle au vert dense du maquis méditerranéen et au bleu éclatant de l’eau, rappelle fortement les îles grecques des Cyclades. D’où son surnom de « petite Grèce » du Latium, souvent repris par les opérateurs locaux. L’océanographe Jacques-Yves Cousteau aurait qualifié Palmarola de « plus belle île de Méditerranée », ce qui participe à sa réputation de paradis discret au large de l’Italie centrale.
Une île sans routes ni hôtels : comment s’y rendre et s’y organiser
Palmarola n’a ni port commercial pour ferries, ni desserte régulière de ligne. L’accès se fait exclusivement en bateau, depuis Ponza principalement, qui sert de base logistique. Les traversées organisées durent en général entre 40 et 50 minutes, avec un trajet déjà panoramique le long des falaises ponzaines avant d’atteindre les reliefs de Palmarola.
Les excursions en bateau au départ de Ponza
L’option la plus courante consiste à réserver une excursion en bateau auprès des bateliers ou compagnies locales basées au port de Ponza. Les départs se font en général du Molo Musco, le quai principal de l’île.
- Durée typique : une journée complète, de la fin de matinée jusqu’en fin d’après-midi.
- Programme : tour intégral de l’île, avec plusieurs arrêts baignade dans les criques.
- Services : présence d’un guide local, commentaires sur la géologie, l’histoire, les légendes de pirates.
- Repas : souvent inclus, avec un déjeuner simple à base de poisson, pris à bord à l’ombre d’un auvent.
Ces sorties s’adressent aux visiteurs qui veulent profiter des lieux sans se soucier de la navigation. Elles permettent de repérer les principaux sites de Palmarola en une journée, tout en limitant l’impact sur l’environnement grâce à un nombre contrôlé d’embarcations.
Naviguer en autonomie : location de zodiac et « camping nautique »
Pour des voyageurs plus expérimentés en mer, il est possible de louer un semi-rigide à Ponza pour rejoindre Palmarola en autonomie. Cette solution attire ceux qui souhaitent choisir leurs horaires et s’attarder dans une crique précise, loin des groupes.
À l’ancre, certains propriétaires de bateaux habitables pratiquent ce que les Italiens appellent le « camping nautique » : passer la nuit à bord, dans une rade abritée de Palmarola. Sans lumière artificielle, avec pour seul bruit le ressac et pour plafond un ciel rempli d’étoiles, l’expérience renforce le sentiment d’isolement.
Sur Palmarola, la nuit se passe soit sur un bateau au mouillage, soit dans quelques anciennes habitations creusées dans la roche : aucune structure hôtelière classique n’existe sur l’île.
Criques, grottes et falaises : les sites emblématiques de Palmarola
L’île ne dispose pas de longues plages de sable. Le littoral se compose surtout de galets, d’éboulis de tuf, de grottes marines et de pitons rocheux. Plusieurs lieux sont considérés comme incontournables par les bateliers qui y passent presque chaque jour en été.
Cala del Porto, seul véritable point de débarquement
Cala del Porto, aussi appelée Spiaggia O’ Francese ou plage de la Magicienne Circé, est la principale anse de Palmarola. Protégée par le faraglione de San Silverio, c’est l’unique endroit où les bateaux peuvent vraiment débarquer les passagers et où l’on peut marcher sur la grève blanche.
Derrière la plage, les parois de tuf se dressent à pic, couvertes de fleurs sauvages. L’eau y est si transparente que les bateaux donnent l’impression de flotter dans le vide. En été, cette crique minuscule concentre l’activité humaine de l’île : quelques maisonnettes troglodytes, un restaurant, quelques embarcations au mouillage.
La « Cattedrale », un mur de lave aux allures de nef gothique
À la pointe nord, un gigantesque mur de roche volcanique attire les plongeurs et amateurs de géologie : la « Cattedrale ». Il s’agit d’une falaise structurée en colonnes basaltiques sombres, verticales, qui évoquent par leur forme l’architecture d’une cathédrale. À ses pieds, les fonds clairs et riches en poissons se prêtent au snorkeling avec masque et tuba.
Cala Brigantina, ancien repaire de corsaires
Plus au sud, Cala Brigantina apparaît comme une baie encaissée, invisible ou presque depuis le large. Elle est protégée par un long rocher plat, surnommé Scoglio Suvace, « la sole », à cause de sa silhouette allongée.
Cette anse servait autrefois de cachette aux pirates et corsaires qui guettaient les navires marchands dans la région. Aujourd’hui, la crique séduit par son eau vert émeraude et bleue changeante, ceinte de falaises qui protègent du vent.
Faraglioni de Mezzogiorno et grottes marines
À l’extrême sud de Palmarola, les Faraglioni di Mezzogiorno forment un ensemble de rochers monumentaux, dont un immense piton percé par une arche naturelle d’environ vingt mètres de haut. Les petites embarcations parviennent à passer sous ce pont rocheux, ce qui en fait une halte symbolique lors des tours de l’île.
À proximité, plusieurs grottes marines ponctuent les falaises. La Grotta del Gatto abrite une source d’eau douce. Les Grotte delle Galere, aux parois riches en obsidienne, reflètent la lumière en nuances sombres et brillantes.
| Site | Particularité | Accès |
|---|---|---|
| Cala del Porto | Seule plage accessible à pied, petit « centre » de l’île | Bateau + débarquement sur la grève |
| La Cattedrale | Colonnes de lave noires, falaises verticales | Bateau, baignade et snorkeling |
| Cala Brigantina | Ancien repaire de corsaires, eau émeraude | Bateau, mouillage dans la baie |
| Faraglioni de Mezzogiorno | Arche naturelle, grottes marines | Bateau de petite taille |
Vivre sur l’île : maisons-grottes, restaurant unique et vie rustique
Palmarola est l’un des derniers lieux en Italie où un séjour peut se dérouler avec une quasi absence de confort moderne. Pas d’hôtels, pas de résidences balnéaires, pas de réseau de routes.
À partir du XVIIIᵉ siècle, agriculteurs et pêcheurs de Ponza ont commencé à exploiter les rares terrasses cultivables de Palmarola. Pour se protéger des intempéries et des attaques de pirates, ils ont creusé des habitations dans la falaise de tuf surplombant Cala del Porto : les « Case Grotta », maisons-grottes sommaires mais astucieuses.
Ces logements troglodytes se reconnaissent à leurs portes et petites fenêtres peintes en blanc et bleu. Ils sont encore utilisés l’été par quelques familles ou loués à des visiteurs. Le confort y reste volontairement basique : éclairage à la bougie ou à la torche, récupération d’eau douce par citernes, pas de climatisation. En contrepartie, la mer se trouve à quelques mètres, et la nuit reste silencieuse.
Au même endroit se trouve le principal point d’accueil de l’île : un restaurant-affittacamere appelé O’ Francese, unique structure commerciale de Palmarola. On y sert du poisson pêché le matin même autour de l’île, préparé simplement. Quelques chambres sont proposées, dans une ambiance informelle, loin des standards des stations balnéaires.
Histoire, spiritualité et nature : l’autre visage de Palmarola
Palmarola ne se résume pas à ses criques. Son nom ancien, Palmaria, vient de la présence de la palmier nain (Chamaerops humilis), seule espèce de palmier autochtone du continent européen. Cette plante ponctue les pentes escarpées et témoigne d’un écosystème méditerranéen préservé.
L’île a également été exploitée dès la préhistoire pour ses gisements d’obsidienne, un verre volcanique noir très tranchant. Des groupes humains venus du promontoire du Circeo, sur la côte italienne, y naviguaient déjà pour y extraire cette roche indispensable à la fabrication d’outils et d’armes.
Palmarola porte aussi la mémoire de l’exil de saint Silverio, pape du VIᵉ siècle. D’après les sources historiques, il aurait été déposé puis envoyé sur l’île en 537, sur ordre des autorités byzantines. Il y serait mort dans la misère l’année suivante. Aujourd’hui, une petite chapelle blanche lui est dédiée au sommet du faraglione de San Silverio, le grand rocher qui surveille Cala del Porto.
Saint Silverio, patron de l’archipel pontin, est considéré par les marins locaux comme un protecteur des navigateurs et des naufragés. Une lampe à huile reste allumée en permanence dans la chapelle qui lui est consacrée.
Chaque année, des fidèles montent l’escalier taillé dans la roche pour honorer sa mémoire, dans un paysage qui n’a pratiquement pas changé depuis des siècles.
Ce que changerait un séjour à Palmarola pour un voyageur français
Pour un visiteur venu de France, Palmarola offre une expérience très différente de nombreux littoraux méditerranéens plus fréquentés. La protection en tant que réserve naturelle restreint fortement les constructions : là où la côte française compte des campings, hôtels et ports de plaisance, Palmarola reste quasi vide d’infrastructures.
Sur le plan réglementaire, l’île italienne rappelle certains espaces protégés français comme les calanques de Cassis-Marseille ou les îles de Port-Cros et Porquerolles, classées parc national. L’accès y est encadré, la construction limitée, et le mouillage soumis à des règles destinées à préserver les fonds marins.
La grande différence tient au niveau de services : en France, même dans les parcs naturels marins, on trouve en général des sentiers, des points d’information, parfois un contrôle d’accès. À Palmarola, la gestion reste minimale : pas de village, pas de route, quasi aucun service public sur place. Tout passe par Ponza, l’équivalent, pour un Français, d’une « base arrière » comme Hyères pour les îles d’Or ou Marseille pour les calanques.
Conseils pratiques et précautions pour profiter d’une île aussi préservée
Un séjour à Palmarola demande d’anticiper certains points. L’absence de commerce en dehors du restaurant, le manque d’ombre naturelle sur les falaises et l’isolement relatif obligent à une organisation précise.
- Prévoir suffisamment d’eau et de protection solaire, surtout pour une journée complète en mer.
- Respecter les règles de mouillage pour ne pas abîmer les fonds marins, en se renseignant auprès des bateliers locaux.
- Limiter les déchets et les rapporter à Ponza, les installations pour les traiter étant inexistantes sur l’île.
- Être conscient que l’accès à terre se fait par des criques étroites et parfois glissantes, ce qui demande une certaine agilité.
Pour les amateurs de snorkeling, l’intérêt principal réside dans la clarté de l’eau et la variété des reliefs sous-marins : tombants rocheux, failles, grottes peu profondes. Les bateliers italiens connaissent bien les zones exposées aux courants ou celles à éviter en cas de vent, et leurs conseils restent précieux pour limiter les risques.
Enfin, le contraste entre Palmarola et l’agitation de Rome, située à environ deux heures de route et de bateau, illustre le potentiel de ces petites îles méditerranéennes encore relativement préservées. Une journée ou une nuit passée au mouillage dans une de ses criques permet de mesurer ce que signifie réellement une île « sans hôtels ni routes », à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes françaises.









