Une équipe de chercheurs a mesuré jusqu’où les requins entendent un cri humain au large des côtes australiennes, et comment ils réagissent réellement.
Une récente étude scientifique menée en Australie, relayée par un média anglophone spécialisé dans l’actualité scientifique, bouscule l’image du requin de cinéma. Les chercheurs se sont demandé si un nageur paniqué, qui hurle dans l’eau, attire vraiment ces prédateurs. Leur travail montre que le mythe hollywoodien d’un requin qui fonce sur un cri ne colle pas à ce que les animaux font dans l’océan.
Une expérience inédite sur l’ouïe des requins
Les recherches se sont déroulées au large des côtes australiennes, dans des zones où les requins sont régulièrement observés. L’équipe a utilisé des haut-parleurs subaquatiques pour diffuser différents types de sons, dont des enregistrements de cris humains et des bruits de comportements supposés « paniqués » dans l’eau.
Objectif : mesurer à quelle distance ces sons restent détectables pour les requins et observer, grâce à des caméras et des balises, comment ils réagissent réellement.
Les scientifiques ont déterminé que les requins pouvaient encore percevoir les sons testés jusqu’à environ 74 mètres, une portée bien supérieure à ce que de nombreux baigneurs imaginent.
Cette distance de 74 mètres ne signifie pas que le requin distingue un mot ou identifie un cri humain. Elle indique que l’animal perçoit une perturbation sonore exploitable, au-dessus du bruit de fond de la mer (vagues, vent, autres animaux, activité humaine).
Comment l’étude a été menée sur le terrain
Les chercheurs ont combiné plusieurs outils : hydrophones pour mesurer le volume du son dans l’eau, caméras sous-marines, et parfois des requins équipés de balises pour suivre leurs déplacements. Les tests ont été réalisés en conditions réelles, avec des animaux libres, et non en bassin.
- Diffusion de cris humains et de sons de nage panique depuis un bateau.
- Mesure de la propagation acoustique jusqu’à 74 mètres.
- Observation du nombre de requins approchant, s’éloignant ou restant indifférents.
Les individus observés appartenaient à plusieurs espèces côtières connues pour interagir avec l’humain, comme le grand requin blanc ou le requin tigre, très présents dans les eaux australiennes.
Les requins entendent, mais ne réagissent pas comme dans les films
Le résultat central de l’étude tient en une phrase : oui, les requins entendent très bien un cri, mais ils ne se ruent pas automatiquement sur sa source. Dans de nombreuses situations, ils semblent même éviter la zone agitée.
Loin de déclencher une charge agressive, le cri humain et les sons de panique ont souvent conduit les requins à rester à distance, à faire demi-tour ou à se montrer seulement curieux, sans approcher à proximité immédiate.
Les chercheurs ont observé plusieurs types de réactions :
- Des requins qui ralentissent et tournent autour de la zone sonore sans s’en rapprocher.
- Des individus qui s’éloignent clairement après le début des cris diffusés.
- Une minorité d’animaux qui s’approchent brièvement, avant de repartir.
Rien à voir avec la mise en scène de films comme « Les Dents de la mer », où le moindre mouvement ou hurlement semble attirer automatiquement le prédateur.
Pourquoi les requins n’aiment pas forcément le « bruit du chaos »
Pour les scientifiques australiens, ces sons évoquent moins une proie facile qu’un environnement perturbé. Une grande agitation peut signifier un danger, un bateau, un groupe compact de nageurs ou un milieu où il est difficile de chasser efficacement.
Les requins, prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, n’ont aucun intérêt à se blesser ou à gaspiller de l’énergie dans une zone bruyante et imprévisible. Ils exploitent d’autres signaux plus fiables : odeur de sang, mouvements irréguliers d’un animal isolé, contrastes visuels.
Dans la hiérarchie des signaux sensoriels chez le requin, l’odorat et la perception des vibrations l’emportent largement sur la simple présence d’un cri humain.
Le cri peut donc être entendu jusqu’à plusieurs dizaines de mètres, mais il n’est qu’un élément parmi d’autres, rarement décisif à lui seul.
Ce que cela change pour les baigneurs et surfeurs en Australie
Pour un nageur australien qui craint l’attaque de requin, ces résultats apportent un éclairage rassurant sur un point précis : crier ne vous transforme pas en appât sonore irrésistible. L’étude montre qu’un cri ne constitue pas un « aimant à requins ».
Attention, les scientifiques rappellent néanmoins que le risque zéro n’existe pas. Les attaques restent rarissimes, mais lorsque des humains sont victimes de morsures, d’autres facteurs entrent en jeu : présence de poissons appâtés par la pêche, eau trouble, activité intense de surf ou de planche dans une zone fréquentée par les prédateurs.
Les autorités côtières australiennes s’appuient sur des réseaux de surveillance, des filets anti-requins dans certaines zones et, parfois, des drones pour suivre la présence de gros spécimens près des plages les plus fréquentées.
Et en France : quelle réalité du risque requin ?
Pour un lecteur français, l’image du requin reste souvent associée aux grands squales australiens ou sud-africains. Sur les côtes métropolitaines (Atlantique, Manche, Méditerranée), les attaques sur l’humain sont exceptionnelles et concernent en majorité des espèces plus petites ou désorientées.
En France hexagonale, les autorités maritimes – préfectures maritimes, services de secours et mairies littorales – ne mettent pas en place de dispositifs massifs de lutte contre les requins, justement parce que le risque est jugé extrêmement faible. Les messages de prévention se concentrent davantage sur les courants, les méduses, la météo marine ou les collisions avec des embarcations.
La situation est différente dans une collectivité française de l’océan Indien, La Réunion. Là, la présence de requins bouledogues et tigres a entraîné des attaques plus nombreuses, principalement sur des surfeurs. L’État français et les autorités locales y ont développé des mesures spécifiques : zones de baignade surveillées, filets, patrouilles, signalisation renforcée, fermeture ponctuelle de certains spots de surf.
Que l’on se trouve en Australie ou dans un territoire français exposé, les autorités rappellent que la meilleure protection reste le respect strict des consignes locales et des zones de baignade surveillées.
Les conclusions de l’étude australienne sur le cri humain ne modifient pas directement ces règles en France, mais elles participent à corriger une idée reçue diffusée partout dans le monde par le cinéma.
Un sens de l’ouïe adapté à la vie marine
Sur le plan biologique, l’étude met aussi en lumière la finesse du système sensoriel des requins. Leur oreille interne est capable de détecter des basses fréquences très bien transmises par l’eau. Ces signaux sont liés aux vibrations des proies, aux déplacements d’autres animaux ou aux bruits des vagues se brisant sur les rochers.
Les requins disposent également d’une ligne latérale, un réseau de capteurs le long du corps qui perçoit les mouvements et turbulences de l’eau. À courte distance, d’autres structures, les ampoules de Lorenzini, détectent les champs électriques émis par les muscles des proies.
| Sens | Rôle principal chez le requin |
|---|---|
| Odorat | Repérer des traces de sang ou de proies à grande distance |
| Ouïe | Détecter des sons et vibrations basses fréquences, signalant une activité |
| Ligne latérale | Percevoir les mouvements d’eau proches, utiles pour la chasse |
| Vision | Identifier et cibler une proie à moyenne distance |
| Sens électrique | Localiser finement une proie très proche, même dans l’obscurité |
Dans ce contexte, le cri humain, même audible jusqu’à 74 mètres, représente un signal parmi d’autres, souvent moins pertinent que l’odeur ou la vibration d’un poisson blessé.
Que faire si vous apercevez un requin en mer ?
Les recommandations diffusées par les autorités maritimes et les spécialistes du comportement des requins convergent largement, que ce soit en Australie ou dans les zones françaises concernées.
- Rester calme autant que possible, sans agitations brusques.
- Garder le requin dans son champ de vision et se diriger tranquillement vers le rivage ou le bateau.
- Rester groupé si l’on nage à plusieurs, plutôt que de s’éparpiller.
- Suivre les indications des sauveteurs ou des autorités sur la plage.
Les scientifiques australiens insistent sur un point : hurler n’augmente pas mécaniquement le danger, mais une agitation incontrôlée peut rendre la situation plus confuse et compliquer les secours éventuels. La meilleure stratégie reste l’anticipation : choisir des zones surveillées, vérifier les panneaux et s’informer sur les conditions locales avant de se mettre à l’eau.
Cette étude sur l’ouïe des requins rappelle enfin que ces animaux restent des espèces sauvages, essentielles à l’équilibre des écosystèmes marins. Comprendre ce qu’ils entendent, comment ils réagissent aux sons humains et dans quelles limites, permet d’affiner les règles de baignade et de limiter les interactions à risque, sans alimenter la peur irrationnelle.









