Une jeune marque espagnole prépare un petit véhicule électrique urbain très léger, conçu avec des matériaux naturels et destiné aux grandes villes européennes.
Présenté par le média économique espagnol qui détaille son industrialisation, le Liux Big se veut un quadricycle électrique radicalement économe, bâti avec des biocomposites à base de fibres de lin. Conçu et produit en Espagne, il doit être commercialisé en Europe à partir de 2027 avec jusqu’à 270 km d’autonomie annoncée et un tarif inférieur à 18 000 euros.
Un quadricycle léger conçu pour la ville et accessible dès 16 ans
Liux est une entreprise espagnole de mobilité durable fondée en 2021. Son ambition affichée : fabriquer des voitures urbaines « les plus efficientes et durables possible ». Son premier modèle, le Liux Big, arrive en fin de phase de certification pour pouvoir circuler librement en Europe.
Le Liux Big n’est pas homologué comme une voiture particulière classique. Il appartient à la catégorie L7e, c’est‑à‑dire celle des quadricycles lourds. Cette classification encadre son poids et sa puissance, mais lui ouvre aussi la conduite dès 16 ans, avec les permis appropriés selon les pays.
Sur le plan des performances, ce biplace urbain revendique une vitesse de pointe de 90 km/h. L’accélération de 0 à 50 km/h prend 4,6 secondes, ce qui suffit pour suivre sans difficulté le trafic en agglomération et sur les voies limitées à 80 ou 90 km/h.
Quadricycle L7e 100 % électrique, le Liux Big est limité à 90 km/h mais se conduit à partir de 16 ans et vise un usage urbain intensif.
Une carrosserie en fibre de lin plutôt qu’en acier ou en plastique
La singularité du projet Liux vient de ses matériaux. Le Big est fabriqué à partir de matériaux recyclables, en priorité des biocomposites à base de fibre de lin et d’autres fibres naturelles. Là où la plupart des véhicules reposent sur la tôle d’acier ou des plastiques renforcés, Liux opte pour une combinaison châssis‑carrosserie extrêmement légère.
Selon l’entreprise, la fibre de lin offre un avantage structurel en cas de choc. Contrairement aux composites en fibre de carbone susceptibles de se fragmenter en éclats tranchants, les composites à fibres naturelles absorbent progressivement l’énergie sans se désagréger. Cela peut donner un comportement plus prévisible lors des collisions et limiter certains risques liés aux débris.
Une stratégie industrielle autour des biocomposites
Liux a développé un procédé de fabrication en moule fermé. Ce choix, assez différent du pressage à grand volume des pièces de carrosserie en métal, vise à comprimer les coûts industriels et à accroître l’efficacité des opérations.
- Investissements en outillage réduits par rapport à l’emboutissage de grandes pièces métalliques.
- Chaîne de fabrication plus flexible et plus facilement scalable.
- Consommation d’énergie moindre pour la production de carrosserie.
Ce mode de production permettrait, selon la marque, d’atteindre une productivité élevée tout en maintenant un bon niveau de qualité, condition indispensable pour passer de la série limitée à la fabrication de masse.
Un châssis ultraléger et une empreinte carbone réduite
Le cœur technique du Big repose sur un châssis supérieur en composite de fibre de lin pesant seulement 45 kg. La grande majorité du poids du véhicule se concentre volontairement dans la partie basse : zones de sécurité, structures d’absorption des chocs, moteur électrique et batterie.
Cette architecture répond à l’un des défis majeurs de la voiture électrique : le surpoids. En allégeant drastiquement la partie supérieure, Liux cherche à conserver de la sécurité passive tout en réduisant la masse totale, ce qui améliore l’autonomie et la tenue de route.
Liux affirme avoir un châssis et une carrosserie jusqu’à 50 % plus légers que les structures conventionnelles, avec une réduction d’au moins 60 % de la « trace » de CO₂.
La fibre de lin présente un autre intérêt : il s’agit d’une culture européenne, ce qui, selon la marque, simplifie la chaîne d’approvisionnement et réduit les dépendances lointaines. Liux a même choisi de laisser certaines parties du monocorps visibles à l’intérieur, avec le textile de lin apparent au plafond dans son état naturel, pour en faire un élément de design.
Jusqu’à 270 km d’autonomie pour un coût d’usage très faible
Côté batterie, le Liux Big adopte une architecture modulaire et annonce une efficacité énergétique « doublée » par rapport à la moyenne du marché. Long de 2,7 mètres, ce biplace doit être proposé avec deux capacités :
| Capacité de batterie | Autonomie annoncée (homologation) |
|---|---|
| 15 kWh | 215 km |
| 20 kWh | 270 km |
Ces chiffres le placeraient parmi les véhicules électriques urbains les plus sobres de son segment. La consommation moyenne annoncée est de 7 kWh/100 km, largement inférieure à celle d’une citadine électrique classique.
En se basant sur un tarif de l’électricité domestique de 0,20 €/kWh, Liux calcule un coût énergétique d’environ 1,40 euro pour 100 km. Une telle sobriété permettrait de se contenter d’une prise domestique standard pour la recharge, sans dépendre des bornes rapides.
Avec 7 kWh/100 km, Liux annonce un coût d’environ 1,40 € pour 100 km sur prise domestique, soit un niveau de dépense très bas pour un usage quotidien.
Un prix cible sous les 18 000 euros
Le quadricycle doit être commercialisé à un tarif inférieur à 18 000 euros. La marque met en avant la réduction des coûts d’outillage liée aux biocomposites et l’efficience énergétique pour justifier ce positionnement.
Ce prix reste élevé par rapport aux petits quadricycles thermiques ou aux scooters électriques, mais il se rapproche de certaines citadines électriques d’entrée de gamme, avec un argument fort : une autonomie très confortable pour un véhicule aussi compact.
Une nouvelle usine automobile en Castille‑La Manche
Pour produire le Big, Liux a lancé un projet industriel d’envergure en Espagne avec un investissement prévu de 30 millions d’euros sur cinq ans. Une nouvelle installation a été inaugurée à Elche, dans la province d’Alicante, pour le développement des carrosseries, la production en série et l’assemblage final.
Le montage final du Big doit avoir lieu dans l’usine de la marque à Azuqueca de Henares, dans la communauté autonome de Castille‑La Manche. Selon l’article espagnol, il s’agit de la première usine de production de véhicules installée dans cette région depuis un siècle, et de la première nouvelle usine automobile construite en Espagne depuis 30 ans.
- Superficie totale : 6 000 m².
- Capacité maximale : 15 000 véhicules par an à partir de 2028.
- Emploi : 185 postes directs et environ 300 indirects.
Les installations intègrent des zones de production, un pôle de recherche et développement, ainsi que des bureaux. Liux souhaite aussi proposer ses procédés à d’autres constructeurs intéressés par cette approche des biocomposites.
Lancement envisagé en 2027 en Espagne, France et Italie
La marque n’a pas encore fixé officiellement une date précise de commercialisation. Le calendrier communiqué évoque une arrivée en 2027. Trois marchés européens sont ciblés en priorité : l’Espagne, la France et l’Italie.
Ces pays présentent une forte densité urbaine et un marché déjà réceptif aux quadricycles électriques, notamment pour les déplacements de courte et moyenne distance. Pour renforcer son déploiement, Liux a recruté comme directeur commercial Jordi Cuesta, ancien dirigeant de BYD et ex‑cadre chez Ford, Seat et au sein du groupe Volkswagen.
La France fait partie des trois premiers pays visés pour le lancement du Liux Big, aux côtés de l’Espagne et de l’Italie.
Ce que cela représente pour un conducteur en France
En France, les quadricycles légers et lourds existent déjà, avec des modèles connus comme ceux de Ligier ou Aixam, ainsi que quelques offres électriques. Le Liux Big s’inscrit dans ce marché, mais en mettant l’accent sur les matériaux biosourcés et une très grande autonomie pour sa catégorie.
L’homologation L7e impose des limites de poids et de puissance et ouvre la conduite plus tôt qu’une voiture classique. En France, la réglementation sur ce type de véhicule – permis, assurance, circulation – relève notamment du ministère chargé des transports et de l’homologation européenne. Les collectivités locales peuvent ensuite adapter le stationnement ou les aides éventuelles à l’achat de véhicules électriques.
Pour un automobiliste français, l’intérêt principal de ce type de quadricycle électrique serait :
- un coût d’usage très faible sur des trajets pendulaires quotidiens,
- une autonomie suffisante pour plusieurs jours de trajets urbains sans recharge,
- un gabarit réduit facilitant le stationnement en centre‑ville,
- une empreinte environnementale revendiquée plus faible grâce aux matériaux naturels.
Biocomposites et véhicules urbains : quelles perspectives ?
Les biocomposites désignent des matériaux composites dont au moins une partie des fibres de renfort est d’origine biologique, comme le lin, le chanvre ou d’autres fibres végétales. Dans l’automobile, ils sont parfois utilisés pour des garnitures intérieures. Liux va plus loin en en faisant un élément structurel central du véhicule.
L’allègement qu’ils permettent a un impact direct sur la consommation énergétique des véhicules électriques. Moins de masse à déplacer signifie moins d’énergie nécessaire pour parcourir la même distance, ce qui allonge l’autonomie ou permet de réduire la taille de la batterie.
Cette approche comporte aussi des enjeux :
- assurer une durabilité suffisante des matériaux dans le temps (humidité, UV, température) ;
- garantir des comportements prévisibles en cas de choc ;
- industrialiser la production à grande échelle tout en gardant des coûts compétitifs.
Pour les villes, l’arrivée de quadricycles électriques légers très efficients comme le Liux Big pourrait contribuer à réduire le bruit, la pollution locale et l’encombrement, surtout si ces véhicules remplacent des voitures plus grosses pour les petits trajets répétés.
Reste à voir dans quelle mesure les automobilistes accepteront de passer à ce type d’engin, plus compact et moins polyvalent qu’une voiture traditionnelle, mais potentiellement très intéressant pour un usage urbain strict ou un second véhicule dans le foyer.









