En Allemagne, de plus en plus d’enfants se plaignent de douleurs au dos. Les orthopédistes pointent un autre responsable que le cartable.
Les parents pensent souvent au sac d’école lorsqu’un enfant se plaint du dos. Mais, comme le rappelle la Société allemande d’orthopédie et de traumatologie (DGOU), citée par l’agence de presse allemande dpa, les causes se trouvent bien plus souvent du côté du manque de mouvement et des écrans que dans le poids du cartable.
Le vrai problème : des enfants assis toute la journée
En Allemagne, les spécialistes de la DGOU observent le même phénomène que dans de nombreux pays européens : les enfants passent une grande partie de leur journée assis, en classe puis à la maison. Cette sédentarité pèse lourd sur leur dos en croissance.
Pour la DGOU, le principal ennemi du dos des enfants, ce n’est pas le cartable, c’est l’enchaînement de longues périodes assises sans mouvement.
À l’école, les heures de cours s’enchaînent sur une chaise. À la maison, les devoirs se rajoutent, souvent dans la même position, puis vient le temps passé devant un écran. Tout cela crée des tensions musculaires, en particulier dans le bas et le haut du dos.
Les spécialistes allemands relèvent deux grands mécanismes :
- une musculature du tronc peu sollicitée, donc moins capable de soutenir la colonne vertébrale ;
- des postures statiques prolongées, qui fatiguent les muscles et favorisent les douleurs.
La DGOU insiste : dans la majorité des cas de mal de dos chez l’enfant, ces facteurs expliquent les douleurs bien plus souvent que le poids du sac.
Les écrans, autre cause majeure de douleurs dorsales
Les orthopédistes allemands identifient un second grand responsable : l’usage prolongé des smartphones et des tablettes, tête penchée vers l’avant. Ce n’est pas l’appareil en lui-même qui est en cause, mais la posture qu’il entraîne.
Lorsque l’enfant regarde longtemps un écran posé trop bas ou tenu entre les mains, il penche la tête, arrondit le haut du dos et contracte en permanence certains muscles. Cette position, tenue des dizaines de minutes, finit par provoquer des tensions et des douleurs.
Un usage intensif de la tablette et du smartphone, tête baissée, surcharge la musculature du haut du dos et peut provoquer des contractures très douloureuses.
La DGOU précise que ces douleurs cèdent souvent d’elles-mêmes. Mais ce n’est pas une raison pour les banaliser. Si elles durent plusieurs semaines, si elles réveillent l’enfant la nuit ou surviennent même au repos, une consultation chez un orthopédiste s’impose.
Comment réagir en tant que parent
Les spécialistes allemands conseillent de surveiller l’évolution des symptômes : une gêne passagère après une longue journée peut rester bénigne. En revanche, des douleurs fréquentes ou intenses, notamment nocturnes, justifient une évaluation médicale pour écarter une cause plus sérieuse.
Favoriser le mouvement : le « traitement » le plus efficace
Pour la DGOU, la meilleure prévention commence avant l’apparition des douleurs. L’objectif : remettre du mouvement dans le quotidien des enfants, en réduisant les longues séquences assises.
« Décisif, c’est que le mouvement fasse partie naturellement du quotidien et que les temps assis soient régulièrement interrompus », insiste le secrétaire général de la DGOU, Bernd Kladny.
Les recommandations mises en avant par la société savante allemande sont simples et faciles à adapter :
- inscrire l’enfant à un sport en club, avec des séances régulières et encadrées ;
- encourager les jeux actifs pendant les récréations, comme le football ou le tennis de table en relais ;
- demander à l’enfant de se lever, marcher quelques pas et s’étirer entre deux exercices de devoirs ;
- favoriser les escaliers plutôt que l’ascenseur lorsqu’il y en a un.
Chaque « mini-dose » d’activité compte. Marcher, courir, grimper, sauter, jouer au ballon ou à la corde sollicite la musculature du tronc, améliore la posture et protège la colonne vertébrale. À l’inverse, cumuler école, devoirs et loisirs uniquement sédentaires fragilise le dos.
Le cartable n’est pas innocent, mais rarement principal coupable
Les experts allemands ne disculpent pas totalement le sac d’école. Ils rappellent simplement qu’il arrive loin derrière l’inactivité et les mauvaises postures. Un cartable mal porté, trop lourd ou mal réglé peut accentuer des douleurs déjà présentes.
La DGOU recommande quelques règles de bon sens pour limiter les risques :
- placer les objets les plus lourds au plus proche du dos, contre le dossier du cartable ;
- répartir le reste du contenu sans tout tasser au fond ;
- utiliser les deux bretelles plutôt qu’une seule, pour éviter la charge sur une épaule ;
- ajuster les sangles pour que le sac reste près du dos, sans balancer au niveau des fesses.
Porter son sac sur une seule épaule crée une contrainte inutile sur l’épaule et le rachis, rappellent les spécialistes allemands.
Ces conseils ne remplacent pas l’activité physique, mais ils limitent les tensions superflues. Un sac bien pensé, porté correctement, devient un facteur secondaire, surtout si l’enfant se dépense régulièrement.
Tablettes et smartphones : adapter le matériel et les habitudes
En Allemagne, comme en France, les tablettes prennent une place croissante dans le travail scolaire. La DGOU ne prône pas leur abandon, mais une utilisation mieux organisée pour ménager la nuque et le haut du dos.
Relever l’écran à hauteur des yeux
Les orthopédistes allemands recommandent l’usage d’un support pour tablette. L’idée est de remonter l’écran pour éviter à l’enfant de maintenir la tête penchée vers l’avant. Dans l’idéal, l’écran se trouve à peu près à hauteur des yeux, avec les avant-bras posés sur la table.
Une tablette placée sur une petite station ou un support limite la flexion du cou et soulage la musculature du haut du dos.
Ils suggèrent aussi de varier régulièrement la position : changer légèrement l’angle de l’écran, reculer ou avancer la chaise, se lever quelques instants entre deux séquences de travail et détourner le regard du écran à intervalles réguliers.
Ce que cela implique pour les familles en France
Les constats de la DGOU rejoignent ceux des sociétés savantes françaises. En France, les médecins généralistes, pédiatres et chirurgiens orthopédistes tirent le même fil : la sédentarité des enfants progresse, tout comme le temps passé devant les écrans, et les plaintes de douleurs dorsales deviennent plus fréquentes.
Pour un parent français, les conseils donnés en Allemagne sont directement transposables :
Les autorités sanitaires françaises mettent, elles aussi, l’accent sur la lutte contre la sédentarité chez l’enfant, avec un objectif général d’activité physique quotidienne et des temps assis à fractionner autant que possible.
Repérer les signes qui doivent alerter
Les experts allemands rappellent quelques situations dans lesquelles une consultation ne doit pas être repoussée :
- douleurs dorsales qui durent plusieurs semaines malgré des pauses et davantage de mouvement ;
- douleurs présentes même au repos, ou réveillant l’enfant la nuit ;
- douleurs associées à une fatigue inhabituelle, une fièvre ou une perte de poids ;
- apparition d’une déformation visible du dos.
Dans ces cas, en Allemagne comme en France, l’avis d’un spécialiste (orthopédiste, rhumatologue pédiatrique ou consultation hospitalière dédiée) permet d’écarter une pathologie sous-jacente et de proposer une prise en charge adaptée, qui inclut souvent de la rééducation et un programme d’exercices ciblés.
Mieux comprendre le « dos rond des écrans »
Les orthopédistes allemands décrivent parfois la posture typique de l’enfant penché sur un smartphone comme un « dos rond ». Le haut du dos se voûte, les épaules partent vers l’avant et la tête avance. À court terme, cette position génère des contractures et une fatigue musculaire. À long terme, répétée des heures chaque jour, elle peut influencer la posture générale.
Des exercices simples, à pratiquer à la maison ou en séance de kinésithérapie, visent à renforcer les muscles entre les omoplates et ceux de la sangle abdominale. Associés à une meilleure organisation des écrans et à plus d’activité globale, ils participent à soulager et prévenir une partie des maux de dos chez l’enfant.









