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Elle a fait le tour du monde seule à moto et raconte son pire souvenir : ce n’est pas un accident ni une panne

Elle a fait le tour du monde seule à moto et raconte son pire souvenir : ce n'est pas un accident ni une panne

Journaliste madrilène, Alicia Sornosa a traversé seule les continents à moto. Entre l’Inde, le Mexique et l’Égypte, elle raconte depuis l’Espagne le moment où la peur l’a réellement rattrapée.

Seule hispanophone à avoir bouclé un tour du monde en moto en solitaire, l’Espagnole Alicia Sornosa, 51 ans, revient sur ses voyages au long cours dans un entretien accordé au média espagnol qui la suit depuis des années. L’occasion pour cette journaliste spécialisée dans le motor et les voyages de raconter son pire souvenir sur deux roues, vécu à la frontière entre le Mexique et le Guatemala, mais aussi la liberté radicale que lui offre ce mode de vie.

Une Madrilène devenue référence du voyage à moto

Née à Madrid en 1973, Alicia Sornosa grandit dans un univers de compétition automobile : son père est pilote de rallye. Très tôt, elle se familiarise avec les moteurs. À 12 ans, elle sait déjà conduire une voiture. À 14 ans, elle obtient sa licence de cyclomoteur et ne lâchera plus les deux roues.

Au départ, la moto n’est pas un rêve d’aventurière. C’est un outil pratique. Elle s’installe en dehors de Madrid, doit faire chaque jour l’aller-retour vers la capitale. « La moto plus grosse est arrivée par nécessité, pour aller travailler plus sereinement sur la route », raconte-t-elle. Une première Vespino, puis des motos plus puissantes, avant de passer aux modèles de moyenne et grosse cylindrée.

Au fil des années, elle enchaîne les machines : Kimko Venox, Gladius, BMW F 650 GS puis 700 GS, avant d’opter pour des scrambler de Ducati, dont une version urbaine enduro puis la Icon, qu’elle continue d’utiliser. Côté kilométrage, elle estime avoir déjà parcouru environ 300 000 kilomètres à moto. Le premier tour du monde représente à lui seul 176 000 kilomètres.

Comment une simple formation a déclenché un tour du monde

Le basculement vers la grande aventure intervient lors d’un stage de trail. Elle veut apprendre à rouler dans le sable, la boue, sur piste. Là, elle rencontre un voyageur qui prépare un tour du monde en moto.

Ce compagnon de route cherche alors « un journaliste qui sache prendre des photos et conduire une moto ». Alicia accepte, pensant simplement partir travailler quelques mois sur un projet hors norme.

Les débuts ressemblent à un rêve. Puis l’envers du décor apparaît. L’homme se révèle « assez insupportable et hystérique ». Après trois mois, en pleine route, Alicia n’en peut plus. Elle rompt la collaboration et active son « plan B » : continuer seule le tour du monde.

Elle se trouve alors au Kenya. Elle décide de filer vers l’Inde, un pays qu’elle connaît déjà pour y avoir voyagé en sac à dos. Ce repère réduit la peur du grand saut en solitaire. La décision est brutale, mais pour elle, c’est une libération.

Voyager seule plutôt que mal accompagnée

Une fois débarrassée de ce compagnon toxique, Alicia ressent à la fois vertige et soulagement. La première journée en solo est chargée de doutes. Que se passera-t-il en cas de problème mécanique, de rencontre dangereuse ou de situation politique tendue ?

Très vite, le doute laisse place à une sensation de contrôle. Ses décisions n’appartiennent plus qu’à elle. L’itinéraire, les arrêts, les rencontres : tout dépend de ses choix. « Je me sentais mieux seule que mal accompagnée », résume-t-elle.

Elle parcourt alors le monde sans rentrer à Madrid pendant un an et demi. Partie en septembre 2011, elle ne rentre qu’en avril 2013, après avoir traversé tous les continents. L’étape mexicaine marque particulièrement son esprit : le partage de la langue lui attire une forte solidarité. Des motards viennent la chercher, l’hébergent, la guident. Elle se sent « enveloppée » par cette communauté.

Son pire souvenir : un séisme à moto entre le Mexique et le Guatemala

Questionnée sur son pire moment à moto, Alicia ne cite ni chute spectaculaire ni panne perdue au milieu du désert. Ce qui l’a vraiment terrorisée, c’est un tremblement de terre.

À la frontière de Tapachula, entre le Mexique et le Guatemala, elle vit un séisme de magnitude 7,6 alors qu’elle est toujours sur sa machine, sans même avoir le temps de poser la béquille.

La secousse dure environ une minute et demie. La route tremble, la moto tangue, le sol se dérobe. Elle n’a pas le temps de descendre, ni même de stabiliser correctement sa monture. Elle décrit un vrai moment de panique, bien plus marquant qu’une panne ou un accident ordinaire.

Sur le plan humain, en revanche, elle assure n’avoir jamais subi de véritable agression physique. Elle dit faire confiance à son intuition, se montrer prudente et prendre quelques précautions simples :

  • ne jamais dire qu’elle voyage seule ;
  • garer sa moto dans des endroits discrets ;
  • arrêter sa journée vers 17 heures pour chercher un logement ;
  • éviter les trajets au lever et au coucher du soleil.

Ces routines réduisent les risques, notamment dans les zones où la circulation est désordonnée et la visibilité faible, avec des enfants, des vélos et des voitures sans éclairage.

Accidents, pannes et météo : des galères gérables

En plusieurs centaines de milliers de kilomètres, Alicia n’a connu qu’un accident sérieux. Il s’est produit au Vietnam, il y a environ un an. Alors qu’elle s’apprête à tourner, un conducteur la dépasse à moto et la percute presque à l’arrêt. La chute, avec une petite 125 cm³, lui vaut une clavicule cassée. Le plus frustrant, selon elle, reste d’avoir dû écourter le voyage et renoncer à la découverte du nord du pays.

Elle évoque aussi une lourde chute dans le désert d’Atacama, en Amérique du Sud. En voulant dépasser sa peur du sable, elle accélère un peu trop, se retrouve dans un « fes-fes », cette poussière profonde qui piège les roues. Elle « sort par l’avant » de la moto et se blesse à la jambe gauche, restant presque deux mois sans rouler.

Les pannes, en revanche, ne l’angoissent pas. Un pneu crevé ou une pièce cassée deviennent, pour elle, « le début d’une nouvelle aventure ». Elle sait qu’il y a des ateliers et des motos « partout dans le monde ». En cas de problème plus sérieux, elle contacte les concessions des marques. Au Népal, une commande de démarrage cassée ? Elle appelle directement Ducati Katmandou pour obtenir de l’aide.

Selon elle, « survivre aux pannes n’est pas compliqué » à l’ère des réseaux sociaux et de la logistique mondialisée : le plus gros risque est de devoir patienter quelques jours en attendant une pièce.

Les conditions météo s’invitent aussi dans ses récits. En Inde, elle roule sous 47 °C et 90 % d’humidité. En Patagonie, elle se fait surprendre par des tempêtes violentes. En Alaska, des orages frappent tout près de sa moto alors qu’elle franchit le cercle polaire. Malgré ces épisodes, elle essaie toujours d’orienter ses voyages vers les « bons » climats et évite de « souffrir pour souffrir ».

Quand le danger vient des hommes : Égypte et Mauritanie

Sur le plan humain, la grande déception d’Alicia porte un nom : l’Égypte. Elle y arrive peu avant la révolution de 2011, en pleine tension politique. Elle traverse le pays d’Alexandrie jusqu’à Assouan pour rejoindre le Soudan.

Elle ne voit quasiment « ni femmes ni enfants dans les rues » et raconte que les hommes la traitent avec mépris, sans éducation, au point d’essayer de lui toucher le cou, seule partie visible sous son équipement de motarde.

La police la choque aussi par son comportement. Elle garde un souvenir très amer de cette traversée et affirme ne pas avoir envie d’y retourner. Elle cite également la Mauritanie, franchie juste avant la pandémie, avec un « mauvais ressenti » et une ambiance oppressante le long de la route principale.

Pour autant, Alicia considère que chaque pays mérite une seconde chance. Elle admet que le contexte politique et social influe fortement sur l’impression laissée par un trajet. Elle espère un jour y revenir dans de meilleures conditions.

Une vie de voyages, d’amitiés et de projets solidaires

À l’inverse, certains pays l’ont profondément marquée. Elle cite le Malawi, « une merveille », où elle reste bien plus longtemps que prévu. Elle garde aussi un attachement particulier à plusieurs pays d’Amérique du Sud : Mexique, Argentine, Chili, Pérou. La langue commune facilite les liens et la richesse culturelle comme la gastronomie l’enthousiasment.

Au fil des kilomètre, elle noue des amitiés durables, surtout avec d’autres motards. Certains la rejoignent en Espagne, elle-même voyage parfois dans leurs pays. Avec une amie chilienne, Marcia, grande voyageuse également, elles se donnent rendez-vous chaque année dans un pays différent pour rouler ensemble pendant un mois.

Surtout, ses périples s’accompagnent régulièrement de projets solidaires. Elle profite de sa visibilité et de sa communauté de suiveurs pour lever des fonds :

  • achat d’une moto au Sénégal pour un chef de tribu chargé d’un territoire de 300 km² ;
  • financement de forages de puits en Éthiopie, projet récompensé en 2018 par la Société géographique espagnole et un prix remis par le roi Felipe VI ;
  • campagnes ponctuelles pour des causes locales rencontrées sur la route.

Pour elle, si le voyage peut aussi améliorer concrètement la vie de certains habitants, l’expérience n’en est que plus forte.

Voyage au long cours à moto : ce que cela implique en France

Pour un lecteur français, la trajectoire d’Alicia Sornosa rappelle celle de plusieurs grands voyageurs à moto, mais avec un angle encore peu répandu : une femme seule aux guidons sur plusieurs continents. En France aussi, des motards entreprennent des voyages au long cours, d’une boucle européenne à un tour du monde.

Les principes de préparation restent comparables :

  • Étudier la situation politique et sécuritaire des pays traversés grâce aux recommandations du ministère français des Affaires étrangères.
  • Vérifier les formalités (passeport, visas, permis de conduire, carnet de passage en douane pour la moto).
  • Adapter l’assurance moto et souscrire une couverture santé et rapatriement internationale.
  • Prévoir un budget temps suffisant pour ne pas devoir rouler dans de mauvaises conditions météo ou de nuit.
  • En France, les grandes associations de motards et certains clubs aident aussi à préparer ce type d’itinéraire, à choisir l’équipement, à se former au pilotage sur piste ou tout-terrain, un peu comme le stage de trail qui a transformé la vie d’Alicia.

    Pourquoi la moto séduit autant les grands voyageurs

    Alicia décrit la moto comme un « moyen de transport parfait ». Par rapport à la voiture, elle met en avant la facilité pour se faufiler, partir rapidement si l’ambiance devient étrange, s’arrêter en toute discrétion. Par rapport au vélo, elle insiste sur la fatigue en moins, qui permet de couvrir de longues distances tout en restant disponible pour les rencontres.

    Elle parle d’une « bulle » personnelle : musique dans le casque, odeurs, température, poussière, humidité. Le corps reste exposé, les sens sont en éveil, contrairement à l’isolement d’un habitacle de voiture.

    Pour un projet de voyage longue distance à moto, plusieurs éléments concrets ressortent de son expérience :

    • se former au pilotage hors route pour mieux gérer le sable, la boue, les pistes ;
    • apprendre quelques gestes mécaniques de base (pression des pneus, réparation de crevaison, chaîne) ;
    • travailler sa condition physique, notamment en cas de chute répétée ou de climat extrême ;
    • adopter des horaires de roulage qui limitent les risques (éviter l’aube et le crépuscule, finir tôt la journée).

    Les récits d’Alicia Sornosa montrent enfin un point souvent sous-estimé : même à l’ère de la mondialisation et des réseaux sociaux, l’élément le plus déterminant reste la relation aux autres. Ses pires souvenirs tiennent moins aux pannes techniques qu’aux contextes politiques tendus ou aux attitudes hostiles. À l’inverse, ses meilleurs moments sont liés à l’accueil des habitants, aux amitiés motardes et à ces coups de main imprévus, qui transforment une simple galère en souvenirs marquants.

    Questions fréquentes

    Alicia Sornosa a-t-elle eu des accidents graves lors de ses voyages à moto ?

    Oui, un accident sérieux au Vietnam il y a environ un an lui a valu une clavicule cassée, et une lourde chute dans le désert d'Atacama en Amérique du Sud l'a immobilisée presque deux mois. En plusieurs centaines de milliers de kilomètres, elle n'a connu que ces accidents notables.

    Pourquoi Alicia a-t-elle décidé de voyager seule à moto ?

    Elle a rompu sa collaboration avec son premier compagnon de route, qu'elle trouvait « assez insupportable et hystérique ». Cette séparation, intervenue au Kenya après trois mois, l'a libérée et lui a donné l'envie de continuer le tour du monde en solitaire.

    Quelles précautions Alicia prend-elle pour rester en sécurité lors de ses voyages ?

    Elle ne dit jamais qu'elle voyage seule, gare sa moto dans des endroits discrets, arrête sa journée vers 17 heures pour chercher un logement et évite les trajets au lever et au coucher du soleil. Elle fait également confiance à son intuition et reste prudente.

    Quel a été le déclencheur du premier tour du monde d'Alicia ?

    Un stage de trail où elle a rencontré un voyageur préparant un tour du monde à moto qui cherchait un journaliste capable de prendre des photos et conduire. Elle a accepté, pensant simplement partir quelques mois avant de découvrir le caractère difficile de son compagnon.

    Comment Alicia gère-t-elle les pannes mécaniques lors de ses voyages ?

    Elle ne les craint pas, les voyant comme « le début d'une nouvelle aventure ». Elle sait qu'il existe des ateliers et des motos partout au monde, et contacte directement les concessions des marques en cas de problème sérieux, comme elle l'a fait avec Ducati au Népal.
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