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Aucun humain n’est retourné sur la Lune depuis 1972 : Artemis II doit changer ça en mars, sans se poser

Aucun humain n'est retourné sur la Lune depuis 1972 : Artemis II doit changer ça en mars, sans se poser

Plus de cinquante ans après Apollo 17, les États-Unis s’apprêtent à renvoyer des astronautes autour de la Lune avec Artemis II, sans alunissage, depuis les États-Unis.

La mission Artemis II doit décoller en mars depuis la Floride, si le calendrier de la NASA se confirme. Comme le raconte la chaîne américaine d’information CNN, ce vol habité marquera le premier retour de l’humanité à proximité de la Lune depuis 1972, mais sans poser le moindre pied sur le sol lunaire. Un choix qui s’explique autant par la politique que par la technique.

De la dernière empreinte d’Apollo 17 au silence de plus de 50 ans

Le 14 décembre 1972, le commandant d’Apollo 17, Gene Cernan, quitte la surface lunaire en prononçant ces mots devenus historiques : « Nous partons comme nous sommes venus et, si Dieu le veut, comme nous reviendrons, avec paix et espoir pour toute l’humanité. » Il ne sait pas encore qu’aucun humain ne retournera sur la Lune pendant plus d’un demi-siècle.

Les missions Apollo 18, 19 et 20 ont déjà été annulées à l’époque, pour des raisons budgétaires. La priorité politique se déplace vers d’autres programmes, et le programme lunaire américain s’arrête net.

Depuis Apollo 17, toutes les empreintes humaines sur la Lune datent de la même courte période, entre 1969 et 1972.

Pour Teasel Muir-Harmony, historienne de la science et conservatrice de la collection Apollo au musée national de l’Air et de l’Espace du Smithsonian à Washington, la réponse tient en deux mots : « volonté politique ». Envoyer des humains sur la Lune reste une entreprise nationale « extrêmement complexe, très coûteuse et importante », qui doit être portée sur le long terme.

Une NASA ballottée par les changements de présidents américains

CNN rappelle qu’après la fin d’Apollo, plusieurs grandes initiatives lunaires ont été lancées aux États-Unis… avant d’être stoppées ou redirigées par la Maison Blanche suivante.

Les Johnson, ancien responsable technique de la NASA pendant plus de trente ans, décrit une agence prise dans un cycle politique :

  • début des années 1990, le président George H. W. Bush fixe comme objectif un retour sur la Lune ;
  • en 1993, Bill Clinton enterre ce plan et demande de se concentrer sur la station spatiale ;
  • en 2001, George W. Bush relance l’objectif lunaire avec le programme Constellation ;
  • sous Barack Obama, la priorité se déplace vers les astéroïdes ;
  • Donald Trump remet la Lune au centre avec Artemis ;
  • Joe Biden, cas inédit, décide de poursuivre cette trajectoire plutôt que de tout rebattre.

Selon Johnson, pendant des décennies, « tous les quatre ou huit ans, la NASA voyait ses objectifs de vols habités complètement bouleversés ». Le fait que le programme Artemis ait survécu à plusieurs changements d’administration constitue déjà, pour l’expert Casey Dreier de The Planetary Society, un succès en soi « parce qu’il existe encore ».

Pourquoi Artemis II ne se posera pas sur la Lune

Artemis II, que la NASA prépare pour un tir en mars depuis le centre spatial Kennedy en Floride, sera un survol de la Lune, sans alunisseur. L’objectif : tester en conditions réelles le duo formé par la fusée géante SLS (Space Launch System) et la capsule habitée Orion avec une équipe de quatre astronautes.

Artemis II reprend presque trait pour trait le profil d’Apollo 8 : un vol habité autour de la Lune, puis retour direct vers la Terre.

Le choix de ne pas se poser immédiatement résulte de plusieurs contraintes :

  • sécuriser d’abord les nouveaux systèmes de propulsion, de navigation et de protection avant tout atterrissage ;
  • laisser le temps au développement des modules d’alunissage commerciaux prévus pour Artemis III ;
  • intégrer les nouveaux partenaires industriels et internationaux dans une architecture durable, et pas seulement dans un « coup » ponctuel.

Les missions lunaires habitées restent extrêmement risquées. La Lune se trouve à plus de 400 000 km de la Terre, et plus de la moitié des tentatives d’atterrissages, toutes nations confondues, se sont soldées par un échec. Le programme Artemis, qui mobilise depuis plus de vingt ans fusée SLS et capsule Orion, a déjà coûté plus de 50 milliards de dollars, selon CNN.

Apollo contre Artemis : une nouvelle génération de technologies

D’un point de vue technique, l’écart entre les missions Apollo et Artemis est immense. Les systèmes d’autrefois ne peuvent pas être ressuscités tels quels : les chaînes de production ont disparu, les pièces ne sont plus fabriquées, et nombre de savoir-faire industriels se sont éteints avec les équipes.

Les avancées sont spectaculaires :

Élément Apollo Artemis / Orion
Puissance de calcul embarquée Moins puissante qu’un smartphone actuel Ordinateurs de vol environ 20 000 fois plus rapides
Mémoire informatique Très limitée 128 000 fois plus de mémoire que sur Apollo
Taille de l’équipage 3 astronautes 4 astronautes
Espace habitable Volume réduit Environ un tiers de volume habitable en plus
Confort et hygiène Sac plastique pour les besoins, peu de confidentialité Véritable cabine-toilettes, espace d’exercice, loisirs

Teasel Muir-Harmony rappelle que, dans Apollo, les astronautes utilisaient un simple sac en plastique adhésif pour leurs besoins, un dispositif très peu confortable et sans intimité. Orion, elle, dispose d’un « vrai » petit cabinet, fermé, offrant de la confidentialité, devenue cruciale avec des équipages mixtes hommes-femmes.

Du « drapeau et empreintes » à la base lunaire habitée

Wayne Hale, ancien responsable du programme de navette spatiale, résume d’une formule : le « problème » d’Apollo, c’est qu’il s’est arrêté. Apollo reposait sur des opérations spectaculaires, limitées dans le temps, destinées à planter des drapeaux et laisser des traces de pas.

La grande différence d’Artemis : la NASA vise une présence humaine durable à la surface lunaire, avec base, infrastructures et séjours longs.

Les nouveaux modules d’atterrissage, développés notamment avec des acteurs privés, devront rester plus longtemps sur le sol lunaire et s’intégrer dans un système plus vaste : futurs habitats, stations en orbite lunaire, réutilisation des véhicules.

Une nouvelle course lunaire, entre coopération et rivalité avec la Chine

Pendant la guerre froide, la course à la Lune répondait au duel États-Unis–Union soviétique. John F. Kennedy avait fixé en 1961 l’objectif de poser un Américain sur la Lune avant la fin de la décennie, pour rattraper les succès spatiaux soviétiques et influencer les pays récemment décolonisés.

Aujourd’hui, Washington regarde surtout vers Pékin. La Chine prévoit d’envoyer des taïkonautes sur la Lune à l’horizon 2030. Elle a déjà multiplié les missions robotiques, dont Chang’e-6 sur la face cachée, sans adhérer aux accords Artemis portés par les États-Unis.

Ces accords, signés par plus de 60 pays, définissent un cadre non contraignant d’exploration spatiale civile « sûre, pacifique et durable ». Ils complètent le traité de l’Espace extra-atmosphérique de 1967, qui interdit toute appropriation territoriale et tout stationnement d’armes de destruction massive dans l’espace. Certains experts jugent toutefois que la possibilité de permettre l’exploitation commerciale de ressources lunaires bouscule l’esprit de ce traité.

Pour l’historien Brian Odom, de la NASA, retourner sur la Lune à long terme ne peut se faire qu’en associant :

  • grandes entreprises privées (SpaceX, Boeing, Blue Origin, etc.) ;
  • partenaires internationaux ;
  • financement et pilotage publics.

Il note que la NASA agit désormais comme « cliente » d’une industrie, plutôt que comme unique maître d’œuvre, ce qui multiplie les leviers pour tenir la distance.

Qu’est-ce que cela change pour les Européens et pour la France ?

Pour un lecteur français, Artemis II reste une mission américaine, pilotée par la NASA et lancée depuis la Floride. Elle ne crée ni droit, ni obligation en France. Mais l’Europe, via l’Agence spatiale européenne, participe au programme, notamment grâce au module de service européen d’Orion, qui fournit propulsion et énergie à la capsule.

La France s’implique dans cette coopération à travers son appartenance à l’Agence spatiale européenne, qui regroupe les principaux États du continent. Ce type de programme s’apparente, dans l’esprit, aux grands projets techniques menés collectivement, comme Ariane pour les lanceurs ou la Station spatiale internationale pour les vols habités.

L’enjeu pour la France tient moins à un éventuel alunissage tricolore qu’à la place de son industrie et de ses ingénieurs dans ces chaînes de valeur, ainsi qu’aux retombées technologiques : robotique, télécommunications, matériaux, gestion de l’énergie et de l’eau dans des environnements extrêmes.

Artemis II, une étape clé avant les séjours longs sur la Lune

Pour préparer des installations durables à la surface, la NASA mise sur deux expériences accumulées depuis Apollo :

  • la présence humaine permanente à bord de la Station spatiale internationale depuis plus de 25 ans ;
  • les nombreuses missions robotiques, dont l’orbiteur de reconnaissance lunaire, qui a cartographié la Lune et identifié des ressources, notamment l’eau aux pôles.

La prochaine étape consistera à rester longtemps sur la Lune, en utilisant les ressources locales, notamment la glace d’eau piégée dans certaines régions polaires.

Le géologue James W. Head, qui a travaillé sur Apollo, rappelle que de tels séjours prolongés nécessitent de bien comprendre les effets d’un environnement lunaire sur le corps humain : gravité réduite, rayonnements, isolement psychologique. Les années passées en orbite basse ont déjà permis de mesurer certains impacts, mais la Lune ajoutera la dimension de l’isolement lointain, sans retour rapide possible.

Ce que signifie une « présence humaine durable » sur la Lune

Derrière l’expression souvent utilisée par la NASA se cachent plusieurs objectifs concrets :

  • développer des habitats capables d’abriter des équipages sur de longues durées ;
  • créer des systèmes fermés de recyclage de l’air et de l’eau ;
  • produire de l’énergie sur place, notamment grâce au solaire ;
  • utiliser le sol lunaire (régolithe) et la glace comme ressources, plutôt que tout importer ;
  • installer des laboratoires pour les sciences planétaires et l’astronomie.

Les programmes privés qui ont récemment réussi des alunissages robotisés, comme Intuitive Machines aux États-Unis, s’inscrivent dans cette logique : tester des technologies, chercher de l’eau, préparer les futures infrastructures habitées.

Pourquoi les États investissent autant dans le retour sur la Lune

Au-delà de la démonstration de puissance, plusieurs arguments sont mis en avant par les scientifiques et les responsables interrogés par CNN. John Young, commandant d’Apollo 16, justifiait déjà les dépenses liées à la Lune par une réflexion plus large sur le destin des espèces : l’histoire géologique de la Terre montre que les espèces confinées à une seule planète finissent par disparaître.

Sur un plan plus immédiat, la Lune sert de banc d’essai pour des technologies nécessaires à des voyages plus lointains, notamment vers Mars. Elle offre aussi un laboratoire naturel pour comprendre l’histoire du système solaire, grâce à des roches restées quasiment intactes depuis des milliards d’années.

Pour les États, la question de la sécurité et du risque reste omniprésente. L’incendie d’Apollo 1 en 1967, les catastrophes des navettes Challenger et Columbia ont profondément marqué la culture de la NASA. Brian Odom souligne que ces accidents ont durci la gestion du risque : il ne s’agit plus de gagner une course à tout prix, mais de concilier ambition et prudence.

Parallèlement, la dimension juridique et économique gagne du poids. L’hypothèse de l’exploitation de ressources lunaires – eau, métaux, hélium-3 – pose des questions de partage, de propriété et de contrôle. Les débats autour des accords Artemis montrent bien que la prochaine étape de la conquête lunaire ne sera pas seulement scientifique, mais aussi diplomatique et commerciale.

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