En Arabie saoudite, une jeune marque veut s’imposer sur le marché des voitures électriques avec des modèles au style spectaculairement futuriste.
Le site américain The Verge rapporte que Ceer, une startup automobile saoudienne, a présenté deux premiers modèles électriques à l’apparence très tranchée, avec l’ambition de lancer cinq autres véhicules d’ici 2030. Une étape symbolique pour un royaume jusqu’ici associé au pétrole, et non à la voiture électrique.
Une berline et un SUV électriques qui misent tout sur le choc visuel
La jeune marque Ceer, basée en Arabie saoudite, a dévoilé deux prototypes baptisés Exobot : une berline et un SUV, tous deux 100 % électriques. Leur commercialisation dans le royaume est annoncée à partir de 2027.
Avec leurs lignes anguleuses façon vaisseau spatial et leurs portes papillon, les Exobot affichent un style pensé pour capter immédiatement le regard.
Les deux modèles s’inscrivent dans un registre clairement science-fiction, évoquant des univers comme Tron ou Blade Runner, selon la description relayée par The Verge. Le design ne cherche pas la discrétion : il assume une esthétique spectaculaire, parfois caricaturale, pour exister face à des concurrents déjà bien installés.
La berline Exobot : profil de supercar et regard agressif
La berline Exobot se distingue par des proportions proches d’une supercar. Sa silhouette est très basse, avec un pare-brise fortement incliné qui se prolonge visuellement dans le capot, créant une surface continue.
À l’avant, un bandeau lumineux full LED extrêmement fin court sur toute la largeur, installé sous un nez très pointu vers l’avant. L’ensemble donne au véhicule un regard de visière menaçante. La carrosserie joue sur un traitement bi-ton et une grande surface vitrée, qui rappellent, d’après l’auteur cité par The Verge, la Ferrari Luce, une supercar électrique présentée cette année et au design lui aussi très clivant.
- Silhouette basse et allongée
- Pare-brise très incliné fusionné visuellement avec le capot
- Bandeau LED ultra-fin en façade
- Carrosserie bi-ton à l’allure très conceptuelle
Le SUV Exobot : allure blindée et posture de véhicule tactique
Le SUV adopte une approche radicalement différente, avec une posture massive, presque militaire. Sa garde au sol est élevée, ses volumes sont très cubiques, et les arêtes marquées lui donnent des allures de véhicule blindé futuriste.
Le toit reste parfaitement plat, accentuant cette impression de bloc posé sur quatre roues. L’ensemble se veut résolument « cyberpunk », avec un style qui pourrait, selon la description rapportée, évoquer un engin prêt à évoluer sur une autre planète, voire à rebondir sur la surface de la Lune.
Dans les deux cas, les portes papillon inspirées du Tesla Model X renforcent l’effet spectaculaire. Ce choix de design, déjà vu sur des modèles emblématiques comme la DeLorean, sert ici autant à créer un imaginaire de science-fiction qu’à générer du buzz autour de la marque.
Un design signé par un ancien patron du style de McLaren
Pour crédibiliser ce projet, Ceer s’est offert les services d’un nom connu de l’industrie automobile : Rob Melville, ancien directeur du design de McLaren. C’est lui qui a dessiné les deux Exobot, selon The Verge.
Les lignes futuristes des Exobot ont été imaginées par Rob Melville, ex-directeur du design de McLaren, sous le contrôle direct du prince héritier saoudien.
Le média britannique Autocar précise en effet que Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite, a eu le dernier mot sur le dessin final des modèles. Ce lien direct avec le pouvoir saoudien illustre l’importance stratégique accordée à Ceer dans le cadre de la diversification économique du royaume.
Ceer : une joint-venture bâtie sur la richesse pétrolière… au service de l’électrique
Contrairement à ce que son statut de « startup » pourrait laisser croire, Ceer ne part pas de zéro. La marque est le fruit d’une coentreprise entre le fonds souverain saoudien PIF (Public Investment Fund) et Foxconn, le groupe taïwanais connu pour assembler l’iPhone d’Apple.
Le financement repose largement sur les colossales recettes pétrolières du pays, mais avec un objectif affiché : créer une gamme de véhicules à motorisation électrique, puis élargir l’offre à d’autres technologies.
Ceer souhaite lancer d’abord des modèles électriques, avant d’ajouter des hybrides et des voitures à moteur thermique en fonction de la demande du marché.
Ce choix illustre une stratégie prudente : ne pas s’enfermer dans une seule technologie, tout en capitalisant sur la dynamique actuelle des véhicules électriques, notamment en Asie et en Europe.
Une direction internationale pour crédibiliser le projet
Pour diriger l’entreprise, l’Arabie saoudite est allée recruter hors de ses frontières. Jim DeLuca, qui a passé 37 ans chez General Motors et terminé sa carrière comme vice-président exécutif en charge de la production mondiale, a été nommé directeur général de Ceer.
À l’agence Reuters, il résume l’ambition de la marque en une phrase : « Nous voulions nous assurer que le monde puisse voir de quoi l’Arabie saoudite est capable. » Une manière d’insister sur l’enjeu d’image pour le royaume, désireux de se présenter comme un acteur technologique et industriel, et pas seulement comme un géant du pétrole.
Un pari risqué sur un marché automobile mondial bousculé
L’offensive saoudienne intervient dans un contexte de profond bouleversement de l’industrie automobile. The Verge rappelle que les exportations massives de voitures électriques chinoises inondent déjà l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Sud, redessinant les rapports de force sur ce marché.
Les États-Unis, eux, sont décrits comme en train de se marginaliser, entre attachement persistant aux moteurs thermiques et barrières douanières élevées pour freiner l’arrivée des modèles chinois. C’est dans cet environnement instable que Ceer tente de trouver une place avec des modèles au style volontairement tapageur.
Malgré les moyens du fonds souverain saoudien, créer une nouvelle marque automobile reste un pari incertain, comme l’ont montré plusieurs faillites récentes.
The Verge cite les cas de Fisker, Lordstown ou Arrival, tous trois en faillite, ainsi que les difficultés persistantes de Lucid Motors, pourtant lui aussi soutenu par le PIF saoudien et implanté en Californie, avec une usine en construction dans la King Abdullah Economic City.
L’Arabie saoudite a déjà tenté, sans succès, d’attirer des constructeurs traditionnels. Un projet d’usine Jaguar-Land Rover a échoué il y a plus de dix ans, et Toyota a décliné un accord en 2019. Ceer représente donc une nouvelle tentative pour installer, cette fois en interne, une véritable industrie automobile nationale.
Ce que cela dit de la stratégie saoudienne face au pétrole
Pour un pays longtemps associé à la rente pétrolière, miser sur des voitures électriques a une forte portée symbolique. Certains observateurs, cités par The Verge, y voient une forme de communication : lancer des voitures aux allures de « Batmobile » pour détourner l’attention de la forte dépendance du royaume aux hydrocarbures.
Au-delà de l’image, ce type de projet s’inscrit dans un mouvement plus large de diversification économique, avec l’objectif affiché d’attirer ingénieurs, designers et industriels internationaux, et de créer des emplois hors du secteur pétrolier.
| Objectif | Moyen mis en avant |
|---|---|
| Diversifier l’économie | Créer une nouvelle marque automobile nationale |
| Améliorer l’image du pays | Design futuriste, signatures internationales |
| Réduire la dépendance au pétrole | Gammes électriques, puis hybrides |
| Se positionner dans l’auto mondiale | Modèles très visibles, stratégie de rupture stylistique |
Où en est la France sur les voitures électriques au design radical ?
Pour un lecteur français, ces annonces résonnent avec la transformation en cours de l’industrie automobile hexagonale. En France, les constructeurs historiques comme Renault et Stellantis (Peugeot, Citroën, DS, Opel…) ont également accéléré sur l’électrique, mais avec une approche généralement plus prudente sur le style que Ceer.
Les marques françaises misent souvent sur des concepts très futuristes lors des salons, puis adaptent le design pour les versions de série, en tenant compte des contraintes réglementaires, industrielles et du coût. Les SUV et berlines électriques vendues en France adoptent le plus souvent des lignes dynamiques mais moins extrêmes que celles décrites pour les Exobot, afin de rester adaptées à un usage quotidien.
La stratégie française repose aussi sur un important soutien public à l’achat de véhicules électriques, avec des aides financières et un cadre réglementaire visant à réduire progressivement la place du moteur thermique. Les organismes comme l’Agence de la transition écologique jouent un rôle d’appui et d’information, là où l’Arabie saoudite mise avant tout sur son fonds souverain comme bras financier et industriel.
Comprendre les enjeux derrière ces véhicules spectaculaires
Pour un automobiliste, le design très radical de ces modèles n’est pas seulement une affaire d’esthétique. Des formes très anguleuses, des portes papillon ou des lignes de toit très basses peuvent compliquer l’accessibilité, la visibilité ou la production en grande série. Entre le concept-show car et la voiture destinée à rouler au quotidien, les compromis sont souvent importants.
Les Exobot illustrent surtout une tendance : dans un marché saturé, certains nouveaux entrants choisissent de se distinguer par le choc visuel, quitte à délaisser pour l’instant les détails techniques. La fiche technique de ces modèles n’a pas été détaillée dans l’article de The Verge : autonomie, puissance, temps de recharge ou technologies embarquées restent encore à préciser. Ce flou souligne que, pour l’instant, la communication se concentre sur l’image, la marque et le message politique envoyé par l’Arabie saoudite.
Pour les conducteurs français, ces initiatives étrangères rappellent que la compétition ne porte plus seulement sur les performances ou le prix, mais également sur la capacité à créer un imaginaire autour de la voiture électrique. Entre design futuriste, enjeux industriels et repositionnement des pays producteurs de pétrole, les annonces de Ceer dépassent largement la présentation de deux simples prototypes.









