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Ils ont suivi 28 000 personnes pendant 25 ans : le fromage au lait entier associé à un risque plus faible d’Alzheimer

Une vaste étude suédoise menée sur plusieurs décennies suggère un lien inattendu entre certains produits laitiers et le risque de démence.

En Suède, des chercheurs ont suivi des dizaines de milliers d’adultes pendant un quart de siècle pour analyser l’impact de leur alimentation sur la santé du cerveau, rapporte un média de vulgarisation scientifique anglophone. Au cœur de leurs travaux, une question qui intéresse directement les consommateurs français : la place du fromage et de la crème dans le risque de développer une maladie comme Alzheimer.

Une cohorte de 27 670 personnes suivies pendant 25 ans

Les chercheurs suédois ont constitué une cohorte de 27 670 adultes d’âge moyen ou plus âgés. Tous ont été suivis sur une période de 25 ans, avec des données détaillées sur leurs habitudes alimentaires et leur santé.

Sur cette période, 3 208 participants ont reçu un diagnostic de démence, toutes formes confondues, dont la maladie d’Alzheimer, la forme la plus fréquente. L’objectif : déterminer si certains aliments, et en particulier les produits laitiers, étaient associés à un risque plus ou moins élevé de démence.

Parmi les personnes sans facteur de risque génétique connu pour Alzheimer, une consommation importante de fromage au lait entier était liée à un risque plus faible de développer la maladie.

Les chercheurs ont distingué les participants selon leur profil génétique. Chez ceux qui ne présentaient pas de risque génétique identifié pour Alzheimer, consommer plus de 50 grammes de fromage au lait entier par jour était associé à une réduction du risque de développer la maladie, estimée entre 13 % et 17 %.

Cette association n’apparaissait pas chez les personnes porteuses de facteurs de risque génétique d’Alzheimer. Autrement dit, l’éventuel effet protecteur du fromage au lait entier ne semblait pas compenser un terrain génétique défavorable.

Fromage au lait entier et crème : des signaux favorables, mais à manier avec prudence

L’étude ne s’est pas limitée au fromage. Les chercheurs ont aussi examiné l’impact de la crème au lait entier.

Les personnes consommant plus de 20 grammes de crème entière par jour présentaient, elles aussi, un risque global de démence plus faible, avec une réduction comprise entre 16 % et 24 %.

  • Plus de 50 g de fromage au lait entier par jour : risque d’Alzheimer diminué de 13 à 17 % chez les personnes sans risque génétique connu.
  • Plus de 20 g de crème entière par jour : risque de démence globalement réduit de 16 à 24 %.
  • Aucune association claire avec le lait, écrémé ou entier, fermenté ou non.
  • Aucune relation nette avec la crème allégée.

En revanche, aucune association significative n’a été trouvée pour le lait, qu’il soit pauvre ou riche en matières grasses, fermenté ou non fermenté, ni pour la crème allégée.

Les résultats ne signifient pas que le fromage ou la crème protègent contre la démence, avertissent les chercheurs, qui appellent à interpréter ces données avec prudence.

Les auteurs insistent sur le fait qu’il s’agit d’une étude d’observation. Elle met en évidence des associations, pas une relation de cause à effet. Manger plus de fromage au lait entier ne garantit pas une protection contre la démence et ne constitue pas un traitement préventif.

Un résultat qui bouscule les recommandations nutritionnelles classiques

Ces observations interrogent, car les messages de santé publique recommandent depuis longtemps de privilégier les produits laitiers allégés en matières grasses pour protéger le cœur et les vaisseaux.

Les maladies cardiovasculaires et les démences partagent pourtant plusieurs facteurs de risque : hypertension artérielle, diabète, obésité, excès de cholestérol. On pouvait donc s’attendre à ce que les produits laitiers gras soient plutôt défavorables.

Des synthèses d’études antérieures avaient déjà relevé que la consommation de fromage pourrait être associée à un risque plus faible de maladie cardiaque, et que les produits laitiers entiers ne majorent pas systématiquement le risque cardiovasculaire. Pour la santé du cerveau, les résultats disponibles restent épars et parfois contradictoires.

Pris ensemble, les travaux récents ne confirment pas l’idée que les produits laitiers entiers provoquent la démence, ni que les laits fermentés la préviennent systématiquement.

Des résultats variables selon les pays et les habitudes alimentaires

Études asiatiques et européennes : des conclusions divergentes

Les données compilées montrent un contraste entre régions du monde. Les études menées en Asie rapportent plus souvent des effets bénéfiques de la consommation de produits laitiers sur les fonctions cognitives. De nombreuses études européennes, elles, ne retrouvent pas forcément le même signal positif.

Une explication avancée : en Asie, la consommation moyenne de produits laitiers reste souvent faible. Dans ce contexte, une prise modérée de fromage ou de lait pourrait avoir un impact différent de celui observé dans des pays à forte consommation comme la France ou la Suède.

Au Japon, une étude a observé un risque de démence réduit chez les personnes consommant du fromage. Mais les quantités ingérées restaient très faibles, et les travaux étaient financés par un industriel du fromage, ce qui pose la question des biais potentiels. Une autre étude japonaise, cette fois soutenue par des financements publics, n’a pas retrouvé d’effet protecteur du fromage.

En Europe, certains travaux pointent aussi dans la même direction. Une étude finlandaise portant sur 2 497 hommes d’âge moyen, suivis pendant 22 ans, a mis en évidence un risque de démence réduit de 28 % chez les plus gros consommateurs de fromage, seule catégorie alimentaire à ressortir aussi nettement.

Au-delà des produits laitiers, l’importance du régime global

Les chercheurs rappellent que l’alimentation ne se résume pas à un seul aliment, même aussi emblématique que le fromage.

Dans d’autres études, une consommation élevée de lait et de viande rouge transformée était associée à de moins bons résultats aux tests cognitifs. À l’inverse, une consommation régulière de poisson était reliée à de meilleures performances.

Une vaste étude britannique, menée sur près de 250 000 personnes, a observé un risque de démence plus faible chez ceux qui mangeaient du poisson deux à quatre fois par semaine, des fruits tous les jours et du fromage une fois par semaine.

Les régimes alimentaires qui semblent les plus favorables au cerveau associent souvent poisson, fruits, légumes, céréales complètes… et une place mesurée pour le fromage.

Ces profils se rapprochent de ce qui est décrit dans le régime méditerranéen, régulièrement associé à une réduction du risque de démence et de maladie cardiovasculaire. Dans ce type d’alimentation, le fromage est présent, mais en quantité modérée, au sein d’un ensemble riche en végétaux, huile d’olive, légumineuses et céréales complètes.

Comment les chercheurs ont limité certains biais

Les études de nutrition reposent souvent sur des questionnaires où les participants déclarent eux-mêmes ce qu’ils mangent. Cette méthode pose deux difficultés majeures : la mémoire peut être défaillante, et les premiers signes de démence peuvent justement modifier l’appétit et les habitudes alimentaires, parfois des années avant le diagnostic.

Pour limiter ces biais, les chercheurs suédois ont pris deux précautions :

  • Ils ont exclu les personnes ayant déjà une démence au début du suivi.
  • Ils ont refait leurs analyses en retirant les participants qui ont développé une démence dans les dix premières années, afin de se concentrer sur ceux restés cognitivement sains plus longtemps.
  • Cette seconde analyse n’implique pas de relancer l’étude, mais simplement de recalculer les associations sur un sous-groupe.

    Les auteurs ont aussi examiné l’effet de substitutions alimentaires. Une partie du signal favorable observé pour le fromage ou la crème pourrait en réalité refléter le fait que ces aliments remplacent d’autres produits plus défavorables, comme certaines viandes rouges ou transformées.

    Un point va dans ce sens : chez les participants dont le régime restait stable sur cinq ans, la consommation de produits laitiers entiers n’était pas associée à une baisse du risque de démence.

    Le rôle des nutriments présents dans le fromage au lait entier

    Le fromage au lait entier concentre plusieurs nutriments impliqués dans le fonctionnement du système nerveux :

    • les vitamines A, D et K2, liposolubles, qui interviennent dans la santé des cellules et des os ;
    • la vitamine B12 et le folate, essentiels au bon fonctionnement des neurones ;
    • des oligo-éléments comme l’iode, le zinc et le sélénium, importants pour le métabolisme cérébral et la protection contre le stress oxydatif.

    Ces éléments pourraient contribuer, en partie, à un effet favorable sur la santé cognitive. Mais les données actuelles ne permettent pas d’isoler précisément leur rôle, ni d’affirmer qu’ils expliquent les associations observées.

    Même riche en nutriments utiles au cerveau, le fromage au lait entier ne doit pas être considéré comme un « aliment miracle » contre Alzheimer.

    Les chercheurs insistent sur un point : rien ne justifie d’augmenter massivement sa consommation de fromage ou de crème au nom de la prévention de la démence ou des maladies cardiovasculaires. Les messages les plus solides restent ceux qui valorisent la modération, l’équilibre alimentaire et l’activité physique.

    Le poids du mode de vie global dans cette étude

    Les consommateurs les plus assidus de fromage et de crème entiers, en Suède, n’avaient pas seulement une assiette différente. Ils présentaient aussi un profil de santé et de mode de vie globalement plus favorable.

    Ces participants étaient en moyenne plus diplômés, moins souvent en surpoids, et souffraient moins de maladies associées à la démence : pathologies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux, hypertension artérielle, diabète.

    Tous ces éléments, pris indépendamment de l’alimentation, réduisent déjà le risque de démence. Ils peuvent donc expliquer une partie du lien observé entre produits laitiers entiers et baisse du risque.

    Quelles implications pour les consommateurs en France ?

    Pour un lecteur français, habitué à une consommation importante de fromage, cette étude apporte un message nuancé. Elle ne confirme pas les craintes selon lesquelles les fromages au lait entier favoriseraient la démence. Elle n’autorise pas non plus à considérer ces produits comme protecteurs par nature.

    En France, les recommandations de santé publique encouragent une alimentation variée et équilibrée, limitant les excès de graisses saturées, de sel et de produits ultra-transformés. Les autorités ne proscrivent pas le fromage, mais préconisent des portions raisonnables et une attention au reste du régime, ainsi qu’à l’activité physique, au sommeil, à l’arrêt du tabac et à la gestion de la pression artérielle.

    Les travaux suédois s’inscrivent dans cette logique : ils suggèrent qu’un certain niveau de consommation de fromage au lait entier, intégré dans un mode de vie globalement sain, ne va pas forcément à l’encontre de la santé du cerveau, et pourrait même s’insérer dans un profil protecteur.

    Comment intégrer le fromage sans nuire à la santé du cerveau ?

    Pour concilier plaisir et prévention, les spécialistes de la nutrition conseillent généralement de :

    • varier les sources de protéines (poisson, légumineuses, volailles, œufs, produits laitiers) ;
    • réserver les fromages les plus gras et salés à des portions modestes ;
    • associer le fromage à des aliments riches en fibres (pain complet, légumes, fruits) ;
    • éviter d’ajouter systématiquement charcuterie et viandes transformées lors des repas où le fromage est déjà présent ;
    • maintenir une activité physique régulière et surveiller tension artérielle, glycémie et poids.

    La particularité de la démence est de se développer sur des décennies. Les choix répétés sur le long terme – alimentation, exercice, tabac, alcool, stimulation intellectuelle – pèsent bien plus lourd qu’un aliment pris isolément. Le fromage au lait entier peut trouver une place dans cet ensemble, à condition de rester un plaisir maîtrisé plutôt qu’un prétexte pour multiplier les excès.

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