À Londres, des spécialistes alertent sur l’impact de la pollution urbaine sur le sport en extérieur, sans remettre en cause ses bénéfices.
Un pneumologue de l’Imperial College de Londres rappelle, dans des propos rapportés par la BBC et repris par le média espagnol, que faire du sport en ville reste bénéfique, à condition de bien choisir son environnement. Pour ce médecin, ce n’est pas tant l’heure de la séance qui change tout, mais surtout l’endroit où l’on court, marche ou pédale.
Ce que dit le pneumologue londonien sur le sport en ville
Rudy Sinharay, pneumologue à l’Imperial College de Londres, s’intéresse depuis plusieurs années à l’effet de la pollution sur l’activité physique. Sa mise en garde part d’une observation simple : dans une grande métropole, courir ou faire du vélo le long d’un axe très circulé n’expose pas le corps au même air que dans un parc ou une rue calme.
Il rappelle que l’intuition la plus répandue est souvent trompeuse. Beaucoup pensent qu’ils sont davantage protégés en voiture, vitres fermées, qu’à vélo ou à pied. Or ses travaux et ceux d’autres équipes montrent l’inverse dans de nombreuses situations.
Selon le pneumologue, la quantité de polluants inhalés dépend beaucoup plus du lieu et des conditions de circulation que de l’activité sportive elle-même.
Lorsqu’on fait du sport, le rythme respiratoire augmente : on ventile davantage, et l’on pourrait croire que l’on absorbe automatiquement plus de pollution. Le spécialiste nuance cette idée. Il explique que l’exposition réelle varie selon l’environnement immédiat, la proximité des pots d’échappement et la circulation de l’air autour du corps.
Vélo, voiture, course à pied : qui respire le plus de pollution ?
Rudy Sinharay souligne, en s’appuyant sur les données disponibles, que se déplacer à vélo n’implique pas forcément une exposition plus forte que rester assis dans une voiture. La raison tient à la fois à la ventilation des habitacles et aux flux d’air autour des personnes.
Interrogé par la BBC, il rappelle qu’en voiture, on reste souvent directement dans le sillage d’autres véhicules, dans un volume d’air confiné où les polluants peuvent s’accumuler, surtout quand on circule au pas ou dans les embouteillages. En vélo, l’air se renouvelle davantage autour du corps, ce qui peut limiter, dans certains contextes, la concentration de polluants respirés.
Pour ce pneumologue, l’exposition personnelle « quand on va à vélo est en réalité plus faible que lorsqu’on est assis dans une voiture », grâce à une meilleure circulation de l’air autour du cycliste.
Il ne s’agit pas d’affirmer que le vélo serait une bulle protectrice. Le cycliste reste soumis aux gaz d’échappement et aux particules. Mais l’idée reçue selon laquelle pédaler reviendrait automatiquement à respirer « plus sale » que le conducteur d’à côté ne tient pas toujours face aux données scientifiques.
Les particules fines, un risque silencieux
Au-delà des fumées visibles, le danger vient surtout de polluants invisibles. L’article du média espagnol rappelle le rôle des particules fines PM2,5, assez petites pour pénétrer profondément dans les poumons, voire passer dans la circulation sanguine. S’y ajoutent le dioxyde de carbone, le dioxyde de nitrogène et divers composés associés à des problèmes respiratoires et cardiovasculaires.
L’Organisation mondiale de la santé estime que 99 % de la population mondiale respire un air pollué et attribue chaque année environ 6,7 millions de décès prématurés à cette exposition. Les sportifs réguliers qui s’entraînent en milieu urbain sont donc, eux aussi, concernés par cet enjeu sanitaire.
« Les bénéfices du sport dépassent les risques »
Face à ces risques, certains citadins se demandent s’il ne vaudrait pas mieux renoncer à courir dehors ou à pédaler pour aller travailler. Audrey de Nazelle, professeure associée à l’Imperial College de Londres, qui étudie précisément les interactions entre pollution et exercice, répond de façon claire dans les propos rapportés par le média espagnol.
Pour cette chercheuse, « les bénéfices de faire de l’exercice dans des villes polluées dépassent les risques » liés à la qualité de l’air.
Elle rappelle que l’activité physique régulière réduit nettement le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète, d’obésité et de nombreux troubles chroniques. Ces gains de santé, mesurés sur le long terme, restent supérieurs à l’impact négatif moyen de la pollution dans la plupart des situations étudiées.
Autrement dit, rester sédentaire par peur de la pollution expose, dans la majorité des cas, à un risque global plus élevé que celui de continuer à bouger en environnement urbain, à condition d’adopter quelques réflexes pour limiter l’exposition.
Une étude sur les promenades en ville et dans les parcs
En 2018, l’équipe de Rudy Sinharay a mené une étude en comparant deux types de marche en ville. Des personnes âgées en bonne santé, ainsi que des patients atteints de maladies pulmonaires ou cardiaques, ont été invitées à marcher pendant deux heures, soit dans un grand parc, soit le long d’une rue à fort trafic.
Les résultats obtenus indiquent que la marche dans un environnement plus propre entraîne de meilleures améliorations de la fonction pulmonaire et vasculaire. À l’inverse, sur la rue très polluée, ces bénéfices étaient nettement réduits. Chez les patients souffrant de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), certains symptômes se sont même aggravés après la marche sur l’axe chargé en circulation.
La marche reste bénéfique, mais la forte pollution peut atténuer, voire annuler une partie des effets positifs chez les personnes les plus fragiles.
Pour ce public vulnérable, le lieu d’exercice devient un paramètre central : il ne s’agit pas de renoncer à bouger, mais d’éviter autant que possible les fronts de circulation denses et les « canyons de rue » où les gaz stagnent.
Comment limiter l’exposition en continuant à courir ou pédaler ?
Les spécialistes cités par le média espagnol invitent les citadins à adapter leurs trajets plutôt qu’à renoncer à l’exercice. De petits détours suffisent parfois à faire baisser sensiblement la dose de polluants inhalés.
Éviter les grands boulevards très chargés, surtout aux heures de pointe.
Préférer les rues parallèles moins fréquentées, même si le trajet est un peu plus long.
Privilégier les parcs, berges aménagées et chemins verts dès que c’est possible.
S’éloigner de quelques mètres des files de voitures à l’arrêt aux feux et dans les bouchons.
D’après les travaux cités, s’éloigner d’une ou deux rues des axes majeurs peut déjà réduire nettement la concentration de polluants. Les itinéraires secondaires, parfois un peu plus sinueux, offrent une meilleure qualité d’air, tout en conservant l’effort physique recherché.
Type de trajet
Proximité du trafic
Impact sur l’exposition
Jogging sur un boulevard très fréquenté
Au plus près des véhicules
Exposition élevée aux gaz d’échappement et particules
Course dans une rue parallèle calme
Trafic réduit
Exposition modérée, souvent nettement plus basse
Marche dans un grand parc urbain
Loin des axes principaux
Exposition plus faible, bénéfices respiratoires maximisés
Ce que cela signifie pour les sportifs en France
Les constats dressés à Londres s’appliquent largement aux grandes villes françaises. À Paris, Lyon, Marseille ou Lille, la structure urbaine est semblable : grands axes très chargés, rues secondaires plus calmes, parcs urbains jouant un rôle de refuge respiratoire.
En France, la surveillance de la qualité de l’air est assurée par des associations agréées régionales (comme Airparif en Île-de-France ou Atmo dans d’autres régions), qui publient des indices quotidiens. Ces informations permettent aux joggeurs et cyclistes de repérer les journées les plus défavorables, notamment lors des épisodes de pollution.
Sans avancer de chiffres précis, les principes rejoignent ceux rappelés par le pneumologue londonien :
Les bénéfices d’une activité physique régulière restent majeurs pour la santé cardiovasculaire et métabolique.
Les personnes atteintes de maladies respiratoires chroniques doivent échanger avec leur médecin pour adapter les lieux et la fréquence de leurs sorties.
Les itinéraires verts, les berges piétonnes, les pistes cyclables éloignées du trafic dense sont à privilégier dès que possible.
Les autorités françaises recommandent déjà, lors des pics de pollution, d’éviter les efforts intenses à proximité immédiate des axes routiers très fréquentés, surtout pour les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les patients souffrant de pathologies cardiorespiratoires.
Pollution, effort et santé : quelques repères pratiques
Pour un runner ou un cycliste urbain, certains gestes concrets permettent d’ajuster ses habitudes sans renoncer à l’entraînement :
Choisir, dès que possible, un parc, un jardin public ou un chemin de halage plutôt qu’un boulevard.
Modifier légèrement son horaire pour éviter les embouteillages les plus denses, tout en gardant le même volume d’entraînement.
Rester attentif à ses sensations respiratoires, surtout en cas de maladie chronique, et en parler avec un professionnel de santé en cas de gêne inhabituelle.
Le terme PM2,5 désigne des particules dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres, soit environ 30 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu. Leur petite taille leur permet de se loger au fond des bronches et de franchir la barrière pulmonaire. Chez les sportifs, qui inspirent plus profondément, ces particules pénètrent davantage dans les zones les plus fragiles du poumon.
Un coureur urbain peut ainsi cumuler deux effets opposés : une amélioration notable de son système cardiovasculaire grâce à l’effort régulier, et une irritation répétée des voies respiratoires quand il s’entraîne au bord des axes saturés. Les travaux cités par le média espagnol et menés à Londres suggèrent que, dans la majorité des cas, le premier effet reste dominant, à condition de limiter autant que possible le second par des choix d’itinéraires plus favorables.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Est-il dangereux de faire du sport en ville à cause de la pollution ?
Non, les bénéfices de l'activité physique régulière dépassent les risques liés à la pollution urbaine dans la majorité des situations. Rester sédentaire par peur de la pollution expose à un risque global plus élevé que de continuer à bouger en environnement urbain.
Qui respire plus de pollution, un cycliste ou un automobiliste ?
Selon les données scientifiques citées, l'exposition du cycliste est souvent plus faible que celle du conducteur automobile, grâce à une meilleure circulation de l'air autour du corps. Dans une voiture, les polluants peuvent s'accumuler dans un volume d'air confiné, notamment dans les embouteillages.
Comment réduire mon exposition à la pollution en courant ou pédalant en ville ?
Préférez les rues parallèles calmes aux grands boulevards, privilégiez les parcs et chemins verts, et éloignez-vous de quelques mètres des files de voitures. S'éloigner d'une ou deux rues des axes majeurs peut déjà réduire sensiblement la concentration de polluants inhalés.
Les personnes atteintes de maladies pulmonaires peuvent-elles faire du sport en extérieur en ville ?
Oui, mais le choix du lieu est crucial. Une étude de 2018 montre que la marche en parc améliore la fonction pulmonaire, tandis que sur une rue très polluée, ces bénéfices sont réduits ou peuvent s'aggraver chez les patients les plus fragiles. Il s'agit d'adapter les trajets plutôt que de renoncer à l'exercice.
L'heure de la journée change-t-elle mon exposition à la pollution en faisant du sport ?
Bien moins que le lieu choisi. Selon les spécialistes cités, c'est surtout l'endroit où l'on court, marche ou pédale qui détermine l'exposition réelle aux polluants, plutôt que l'heure de la séance.