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Exiger un partenaire plus grand ou plus petit que soi : une étude révèle ce que ce critère dit vraiment de vous

Exiger un partenaire plus grand ou plus petit que soi : une étude révèle ce que ce critère dit vraiment de vous

Au Royaume-Uni, une enquête sur des jeunes hétérosexuels montre que l’exigence d’un partenaire plus grand ou plus petit n’est pas anodine.

Une étude menée à l’université de St Andrews, au Royaume-Uni, et relayée par la revue scientifique Human Nature, met en lumière le lien entre la différence de taille dans le couple et l’adhésion à des rôles de genre traditionnels. Loin d’être un simple « critère physique », la taille du partenaire apparaît comme un marqueur d’idéologie et de rapport aux normes masculines et féminines.

Une enquête en ligne auprès de jeunes adultes britanniques

Les psychologues Alexandra Dial et Gillian R. Brown, de la School of Psychology and Neuroscience de l’université de St Andrews, ont interrogé 242 jeunes adultes hétérosexuels vivant au Royaume-Uni. L’échantillon comptait 122 femmes et 120 hommes, en grande majorité âgés de 18 à 29 ans.

Le questionnaire en ligne commençait par des questions démographiques et des informations de base sur la taille des participants. Chacun devait indiquer :

  • sa propre taille ;
  • la taille « idéale » d’un partenaire romantique ;
  • la taille minimale acceptable chez un partenaire ;
  • la taille maximale acceptable ;
  • le niveau d’importance accordé à la taille du partenaire, sur une échelle de 1 à 5.

Les chercheuses ne se sont pas arrêtées aux préférences physiques. Elles ont aussi mesuré les convictions des participants au moyen de trois questionnaires psychologiques bien établis :

  • un questionnaire sur le sexisme ambivalent (qui interroge à la fois les idées de protection des femmes et la tendance à juger les femmes trop susceptibles) ;
  • une échelle de croyances féministes (soutien à l’égalité des genres, perception des injustices faites aux femmes) ;
  • un questionnaire sur la conformité aux rôles de genre traditionnels (mesure à quel point une personne se décrit comme « très masculine » ou « très féminine » au sens classique).
  • Deux questions ouvertes complétaient l’ensemble : les participants devaient expliquer, avec leurs propres mots, pourquoi la taille comptait pour eux dans un rendez-vous amoureux, et dire s’ils pensaient que les standards de beauté imposés par la société influençaient leurs attirances.

    Des attentes très genrées : les femmes veulent plus grand, les hommes plus petit

    Les résultats confirment ce que les sociologues appellent depuis longtemps la « norme de l’homme plus grand ». En moyenne, les femmes interrogées souhaitaient un partenaire environ 16 centimètres plus grand qu’elles. Ce partenaire idéal était même près de 4 centimètres plus grand que la taille moyenne des hommes de l’échantillon.

    Les hommes, eux, préféraient majoritairement des partenaires plus petites qu’eux, même si la taille idéale d’une partenaire restait légèrement supérieure à la taille moyenne des femmes de l’étude. La norme du couple « homme plus grand / femme plus petite » ressort donc nettement.

    Dans cet échantillon britannique, beaucoup de femmes refusent l’idée d’être plus grandes que leur partenaire, tandis que nombre d’hommes acceptent volontiers des femmes plus grandes qu’eux.

    Les femmes se montrent aussi plus exigeantes : la taille minimale acceptable chez un partenaire reste, en moyenne, supérieure à la taille moyenne des femmes interrogées. Autrement dit, beaucoup refusent que leur compagnon ait une taille inférieure ou même comparable à la leur.

    Les hommes, à l’inverse, se révèlent plus souples. La taille maximale acceptable pour une partenaire dépasse la taille moyenne masculine, ce qui montre qu’une partie d’entre eux se dit prête à fréquenter des femmes plus grandes.

    Quand la taille devient un révélateur d’idéologie

    Le point le plus marquant de cette étude tient toutefois à l’articulation entre ces préférences physiques et les convictions de genre. Les chercheuses ont examiné deux choses :

    • l’écart de taille souhaité entre soi et le partenaire ;
    • le degré d’importance accordé à la taille du partenaire.

    Premier constat : l’écart de taille recherché en soi (par exemple « 10 cm de plus » ou « 15 cm de moins ») ne se relie pas nettement aux scores de sexisme, de féminisme ou de traditionalisme de genre.

    En revanche, l’importance accordée à la taille est, elle, fortement liée à ces idéologies.

    Plus les participants jugent la taille du partenaire cruciale, plus ils adhèrent aux rôles de genre traditionnels et à des attitudes sexistes, et moins ils endossent des convictions féministes.

    Chez les femmes : protection masculine et rejet des hommes petits

    Les femmes qui déclarent que la taille de leur partenaire compte « beaucoup » obtiennent des scores plus élevés sur l’échelle de sexisme, et plus faibles sur l’échelle de féminisme. Elles sont aussi, parmi tous les groupes, celles qui acceptent le moins l’idée de sortir avec un homme plus petit.

    Les réponses libres éclairent ces chiffres. Celles qui accordent un grand poids à la taille expliquent souvent qu’un compagnon grand les fait se sentir :

    • physiquement protégées ;
    • « féminines » au sens traditionnel ;
    • « petites » à côté de lui, ce qui renforce ce ressenti.

    Plusieurs participantes évoquent explicitement ce désir de se sentir « petite » face à leur partenaire, comme si la différence de taille matérialisait le rôle classique de la femme protégée par l’homme.

    Chez les hommes : domination, virilité et refus des femmes grandes

    Du côté masculin, le même schéma se retrouve, inversé. Les hommes qui jugent la taille très importante se montrent largement réticents à fréquenter des femmes plus grandes qu’eux. Ceux qui se décrivent comme très traditionnels et très masculins sont les moins ouverts à ce type de couple.

    Leurs réponses écrites mettent des mots sur ces réticences. Pour ces hommes, être plus grand permet de se sentir :

    • dominant dans le couple ;
    • mature, voire protecteur ;
    • pleinement « masculin ».

    L’un d’eux explique même qu’être nettement plus petit qu’une partenaire pourrait l’amener à se sentir « moins masculin ». Là aussi, la différence de taille sert de symbole très concret pour incarner des rôles de genre hiérarchisés.

    L’influence reconnue, mais inégalement assumée, des normes sociales

    Les chercheuses ont aussi demandé si les participants pensaient que les standards de beauté véhiculés par la société façonnaient leurs préférences. De nombreuses personnes citent les réseaux sociaux et le cinéma comme sources d’images répétées du couple « idéal » : homme plus grand, femme plus petite.

    Une participante estime même que les réseaux ont « lavé le cerveau » de la société en imposant un modèle très précis du couple désirable. Globalement, les femmes se montrent légèrement plus promptes que les hommes à reconnaître l’influence de ces normes sur leurs propres goûts.

    Un effet possible sur l’évolution, difficile à mesurer

    Les autrices de l’étude rappellent que, chez la plupart des mammifères, les mâles sont plus grands que les femelles, un écart souvent lié à la sélection sexuelle. Chez l’être humain, les hommes restent en moyenne plus grands : à l’échelle mondiale, la taille moyenne des femmes représente environ 93 % de celle des hommes, soit un ratio d’environ 1,07.

    Si les normes culturelles poussent durablement les individus à choisir des partenaires selon la taille, ces préférences pourraient, à très long terme, influencer la répartition génétique de la taille dans une population. Les chercheurs parlent alors parfois de « coévolution gènes-culture ».

    La taille dépend à la fois des gènes et de l’environnement : alimentation, maladies dans l’enfance et conditions économiques pèsent lourdement sur la croissance.

    Les données historiques montrent que dans de nombreux pays industrialisés, l’augmentation de la taille moyenne au cours du XXe siècle s’explique surtout par une meilleure nutrition et les progrès médicaux, plus que par des choix de partenaire basés sur la taille. Mesurer précisément l’impact des préférences culturelles sur l’évolution biologique demanderait des recherches beaucoup plus vastes, étalées sur plusieurs générations.

    Que retenir pour la France : un critère de taille… très culturel aussi

    L’étude de St Andrews porte sur des Britanniques, mais elle éclaire un phénomène observable dans de nombreux pays occidentaux, France comprise : le couple où l’homme est plus grand que la femme reste la norme, et le couple « femme plus grande » attire souvent les regards.

    En France, les travaux de sociologie conjugale soulignent aussi que la taille sert de raccourci visuel pour signifier la virilité, la protection ou la féminité. Les applications de rencontre ou les petites annonces mettent régulièrement ce critère en avant, explicitement ou non.

    Aspect Tendance observée au Royaume-Uni Situation comparable en France (principe)
    Norme de couple Homme plus grand, femme plus petite Norme sociale largement similaire
    Poids de la taille Très important pour une partie des femmes, plus secondaire pour beaucoup d’hommes Critère fréquemment mentionné, surtout chez les femmes hétérosexuelles
    Lien avec les rôles de genre Plus on respecte les rôles traditionnels, plus la taille compte Mêmes logiques souvent évoquées par les chercheurs en sciences sociales

    Pour un lecteur français, l’enseignement clé est que ce critère apparemment « naturel » s’inscrit en réalité dans un ensemble de normes de genre très apprises : que l’on parle d’« homme protecteur » ou de « petite amie toute menue », ces images trouvent un écho direct dans les résultats observés au Royaume-Uni.

    Un outil pour s’interroger sur ses propres critères

    Les psychologues à l’origine de cette recherche soulignent aussi les limites de leur travail : les réponses portent sur des partenaires hypothétiques. Or les choix réels, dans la vie, s’écartent souvent de la liste idéale rédigée sur un questionnaire ou une application de rencontre.

    Nombre de personnes ajustent leurs préférences physiques lorsqu’elles rencontrent quelqu’un avec qui elles se sentent bien. Un homme opposé en théorie aux femmes plus grandes peut parfaitement tomber amoureux d’une collègue qui le dépasse de quelques centimètres, et revoir alors ses certitudes.

    Pour un lecteur ou une lectrice, ces résultats peuvent toutefois servir de miroir : se demander pourquoi l’idée d’un partenaire plus petit ou plus grand dérange ou rassure, c’est aussi interroger sa vision de la masculinité, de la féminité et de l’égalité dans le couple.

    Ce type d’étude rappelle enfin que beaucoup de critères supposés « purement physiques » – taille, musculature, minceur – traduisent souvent des attentes sociales bien ancrées. Les remettre en question ne signifie pas renoncer à toute attirance, mais comprendre ce qui, dans ces préférences, vient véritablement de soi et ce qui vient des normes collectives que l’on a intégrées très tôt.

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