En Allemagne, une étude sème le doute sur un pilier de la vie familiale : la garde régulière des enfants par les grands-parents.
Une recherche menée en Allemagne et relayée par le média en ligne t-online bouscule une idée bien ancrée : si la présence des grands-parents reste précieuse, leur implication régulière dans la garde des enfants ne serait pas forcément bénéfique pour la santé des plus jeunes. Les mères, en revanche, semblent en tirer un net avantage en termes de bien-être et de carrière.
Une étude qui interroge le rôle des grands-parents dans la garde des enfants
L’étude, intitulée « The Generational Gift: The Effects of Grandparental Care on the Next Generations’ Health and Well‐Being », s’intéresse à la santé et au bien-être de plusieurs générations en Allemagne. Elle analyse ce qui se passe lorsque les grands-parents prennent une place importante dans la garde des enfants d’âge scolaire.
Les chercheurs se sont penchés sur des enfants en école primaire, donc encore jeunes, mais déjà suffisamment âgés pour fréquenter des structures périscolaires ou des activités sportives encadrées. Leur santé a été comparée en fonction du mode de garde après l’école.
Les enfants régulièrement gardés par leurs grands-parents sont évalués comme « moins en bonne santé », sur le plan physique comme mental, que ceux restant en accueil périscolaire.
Cette tendance n’apparaît pas massive, mais elle se révèle suffisamment constante pour être qualifiée de significative par les chercheurs.
« Effets pas très forts, mais marqués » : ce que disent les auteurs
Elena Ziege, scientifique au Bundesinstitut für Bevölkerungsforschung, l’Institut fédéral allemand pour la recherche démographique, a participé à ces travaux. Elle résume les résultats dans un entretien avec l’hebdomadaire allemand Die Zeit, cité par t-online.
Elle explique : les effets mesurés ne constituent pas un effondrement de la santé des enfants, mais restent suffisamment nets pour alerter les chercheurs.
« Les effets que nous avons mesurés ne sont pas très forts, mais tout de même remarquables et significatifs, et ils concernent la santé mentale et physique », insiste Elena Ziege dans Die Zeit.
La différence ne porte pas seulement sur le nombre de rhumes ou de visites chez le médecin. Les chercheurs regardent aussi des indicateurs plus larges de bien-être mental, comme l’humeur générale, la capacité à se concentrer ou la gestion du stress.
Pourquoi les enfants gardés par leurs grands-parents seraient-ils en moins bonne santé ?
L’étude ne décrit pas précisément ce que font les enfants lorsqu’ils sont chez leurs grands-parents. Les chercheurs avancent néanmoins plusieurs hypothèses, sans les présenter comme des certitudes.
Premier élément : le type d’activités proposées dans les structures périscolaires en Allemagne. Selon Elena Ziege, les enfants qui restent à l’école ou au jardin d’enfants l’après-midi bénéficient souvent d’un programme chargé en mouvement.
« L’après-midi, le sport figure souvent au programme ou les enfants jouent des heures dehors. Ce ne sont pas des activités que l’on associe typiquement aux grands-parents », observe la chercheuse.
Les grands-parents proposeraient donc plus facilement des activités calmes, à l’intérieur, avec moins d’exercice physique. Rien ne dit qu’ils n’emmènent jamais les enfants au parc, mais la moyenne semble moins sportive que dans un cadre éducatif structuré.
Autre piste évoquée dans l’étude : la multiplication des figures de référence. Entre les parents, les enseignants, les éducateurs, les grands-parents, puis à nouveau les parents en fin de journée, les repères se succèdent rapidement.
Les auteurs notent que cette succession de styles éducatifs et de consignes pourrait créer de la confusion chez certains enfants, ce qui pèserait sur leur équilibre psychique. Cette hypothèse reste prudente, mais elle apparaît dans les conclusions du travail scientifique.
Une méthode basée sur l’appréciation des parents
L’un des points clés de l’étude tient à la manière dont la santé des enfants a été évaluée. Les chercheurs n’ont pas ausculté directement les élèves : ils ont interrogé les parents sur l’état de santé de leurs enfants.
En moyenne, les parents allemands jugent leurs enfants en bonne santé. L’écart apparaît lorsque l’on compare les réponses en fonction du mode de garde. Les enfants gardés l’après-midi par leurs grands-parents sont légèrement moins souvent classés dans la catégorie des plus en forme.
Mode de garde principal après l’école : accueil périscolaire, jardin d’enfants ou grands-parents.
Évaluation de la santé par les parents : bonne, moyenne ou mauvaise.
Résultat : tendance moins favorable pour les enfants gardés par les grands-parents.
Cette méthode montre une perception parentale, pas un diagnostic médical détaillé. Les auteurs restent prudents et ne prétendent pas avoir tout expliqué ; ils pointent une corrélation, pas une preuve absolue de cause à effet.
Quand les grands-parents aident surtout… les mères
Si les enfants gardés par les grands-parents apparaissent un peu moins en forme, les mères, elles, y gagnent clairement, selon l’étude citée par t-online.
Elena Ziege explique que la garde par les grands-parents semble soulager fortement les mères sur plusieurs aspects de leur vie quotidienne.
Les mères dont les enfants sont régulièrement gardés par leurs grands-parents se disent plus satisfaites de leur temps libre, de l’organisation de la garde et de leur carrière professionnelle.
Avec des grands-parents investis, les mères allemandes interrogées déclarent se sentir moins sous pression, mieux armées pour concilier travail et vie familiale et plus satisfaites de l’équilibre trouvé. La garde familiale constitue pour elles un filet de sécurité précieux.
Cet « avantage maternel » se paie pourtant, selon l’étude, d’un léger recul du bien-être des enfants. Les auteurs ne tranchent pas la question de savoir si ce compromis est acceptable, mais ils soulignent qu’il existe.
Passer du temps avec ses petits-enfants, bon pour les grands-parents
L’article de t-online mentionne une autre recherche, relayée par la Pharmazeutische Zeitung, qui s’intéresse cette fois à la santé des grands-parents eux-mêmes.
Cette seconde étude a analysé des tests menés sur environ 2800 grands-parents, avec un âge moyen de 67 ans. Les chercheurs ont comparé ceux qui s’occupaient régulièrement de leurs petits-enfants et ceux qui ne le faisaient pas.
Les grands-parents qui gardent leurs petits-enfants obtiennent de meilleurs résultats en mémoire et en aisance verbale, selon la Pharmazeutische Zeitung.
Les activités avec les enfants solliciteraient donc le cerveau : échanges, jeux, conversations, organisation du quotidien… Autant de situations qui stimuleraient la mémoire et le langage. Là encore, les chercheurs parlent d’une association, pas d’une garantie de protection contre le déclin cognitif.
Quelle lecture pour les familles françaises ?
L’étude citée par t-online se déroule en Allemagne, mais la question intéresse largement les familles françaises, où les grands-parents jouent aussi un rôle majeur dans la garde des enfants, surtout le mercredi et pendant les vacances scolaires.
En France, la garde périscolaire relève des communes et des établissements scolaires, avec activités sportives, ateliers culturels ou aide aux devoirs. Les grands-parents viennent souvent compléter ce dispositif, sans le remplacer totalement.
Les enseignements allemands invitent les familles françaises à regarder de près l’équilibre entre ces deux formes de garde :
Garde par les grands-parents : souplesse, lien affectif fort, coût nul ou faible.
Accueil périscolaire : plus d’activités physiques, environnement structuré, encadrement professionnel.
Sans reprendre directement les chiffres allemands, on peut en tirer une vigilance : lorsque les grands-parents assurent presque toute la garde en semaine, l’enfant risque de moins bénéficier d’activités sportives ou d’un cadre éducatif collectif.
Comment concilier lien familial et santé des enfants ?
Les résultats présentés par t-online ne condamnent pas la garde par les grands-parents. Ils encouragent plutôt à l’organiser différemment.
Un compromis souvent évoqué par les spécialistes de l’enfance consiste à associer les grands-parents aux activités dynamiques des enfants, au lieu de réserver ces moments au périscolaire : accompagner à la piscine municipale, marcher jusqu’au parc, participer à des jeux extérieurs avec les petits-enfants.
Objectif
Rôle possible des grands-parents
Activité physique
Promenade quotidienne, jeux de ballon, trajet à pied pour aller chercher l’enfant
Stabilité affective
Rituels réguliers, horaires stables, règles cohérentes avec celles des parents
Stimulation cognitive
Lecture d’histoires, jeux de société, discussions sur l’école et les centres d’intérêt
L’autre point sensible de l’étude allemande concerne l’enchaînement des adultes de référence au fil de la journée. Les parents peuvent y répondre en fixant un cadre clair : expliquer à l’enfant qui s’occupe de lui, à quel moment, et s’accorder avec les grands-parents sur quelques règles communes (heures d’écran, goûter, heures de coucher).
Pour les grands-parents eux-mêmes, les travaux cités par la Pharmazeutische Zeitung rappellent un enjeu souvent négligé : garder un rôle actif auprès des petits-enfants peut stimuler la mémoire, les échanges et le sentiment d’utilité. À condition de ne pas se transformer en garde à temps plein épuisante, cette implication peut renforcer leur propre bien-être.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi les enfants gardés par les grands-parents seraient-ils moins en bonne santé ?
L'étude avance que les grands-parents proposent généralement moins d'activité physique que les structures périscolaires, et que la succession rapide de différentes figures éducatives (parents, enseignants, grands-parents) pourrait créer de la confusion psychologique chez l'enfant.
Comment la santé des enfants a-t-elle été mesurée dans cette étude ?
Les chercheurs ont interrogé les parents sur l'état de santé de leurs enfants plutôt que de pratiquer des examens médicaux directs. Cette méthode évalue la perception parentale mais ne constitue pas un diagnostic médical détaillé.
Quels bénéfices les mères retirent-elles de la garde par les grands-parents ?
Les mères se disent plus satisfaites de leur temps libre, de l'organisation de la garde et de leur carrière professionnelle. Elles se sentent moins sous pression et mieux armées pour concilier travail et vie familiale.
Est-ce que garder ses petits-enfants est bénéfique pour les grands-parents ?
Selon une seconde étude citée, les grands-parents qui gardent régulièrement leurs petits-enfants obtiendraient de meilleurs résultats en mémoire et en aisance verbale, car les interactions avec les enfants stimuleraient leur cerveau.
Peut-on appliquer ces résultats allemands aux familles françaises ?
L'étude a été menée en Allemagne et l'article indique qu'il faut être prudent dans la transposition de ces résultats à d'autres pays, car les structures de garde et les modes de vie peuvent différer significativement.