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Amitié homme-femme : les hommes qui paient pour leur amie y voient souvent autre chose, selon une étude

Dans une université aux États-Unis, une étude sur l’amitié homme-femme révèle ce que cache parfois l’addition réglée par les hommes.

Des chercheurs américains se sont penchés sur un geste en apparence anodin dans les amitiés entre hommes et femmes : qui paie quoi au restaurant ou lors d’activités partagées. Leur travail, présenté par la revue scientifique internationale Evolution & Human Behavior, montre que chez certains hommes, cette générosité financière ne relève pas seulement de l’amitié.

Quand régler l’addition devient un signal amoureux

L’étude, menée dans une grande université du sud-ouest des États-Unis, s’intéresse aux amitiés hétérosexuelles entre hommes et femmes. Les chercheurs, Ryan T. Dobson, William Costello et David M.G. Lewis, voulaient comprendre si le fait de payer davantage de dépenses partagées pouvait servir de signal de désir amoureux ou sexuel.

De nombreux couples commencent par une relation amicale. Entre-temps, des ambiguïtés peuvent apparaître : attirance, envie de relation, curiosité sexuelle. Les auteurs se sont donc posé une question simple : quand un homme insiste pour payer plus souvent pour son amie, est-ce vraiment « juste de l’amitié » ?

Les chercheurs montrent que les hommes les plus intéressés romantiquement par leurs amies ont tendance à prendre plus souvent l’addition.

Les travaux s’appuient sur des théories évolutionnistes : historiquement, les femmes ont accordé une importance centrale à la capacité d’un partenaire à fournir des ressources matérielles et à investir dans la relation. Les hommes, eux, auraient développé des comportements de « démonstration de ressources » pour signaler leur intérêt et leur potentiel de partenaire.

Une enquête auprès de 581 étudiants américains

Les chercheurs ont interrogé 581 étudiants de premier cycle d’une université américaine, recrutés entre le printemps 2024, l’automne 2024 et le printemps 2025. L’échantillon final, en majorité féminin, présentait une moyenne d’âge de 21,3 ans.

Pour se concentrer sur la dynamique d’amitiés hétérosexuelles, les auteurs ont exclu des analyses les participants se déclarant asexuels ou homosexuels. Les personnes en couple avec l’ami·e concerné·e ou apparentées à lui ou elle (famille) étaient aussi écartées.

Chaque étudiant devait répondre à un questionnaire en ligne anonyme concernant deux de ses amis du sexe opposé : son ami·e le plus proche et son ou sa deuxième plus proche.

Plusieurs dimensions étaient évaluées :

  • leur propre intérêt romantique ou sexuel pour chaque ami·e, via 11 questions spécifiques ;
  • la manière dont ils percevaient l’intérêt de cet ami·e à leur égard (trois questions) ;
  • la répartition des dépenses à l’aide d’une échelle de 1 à 7, où un score élevé indiquait que le participant payait davantage ;
  • la qualité de l’amitié, mesurée par huit items (proximité émotionnelle, soutien, plaisir partagé, valeur accordée à la relation, difficulté à remplacer l’ami·e, etc.).

Le fait d’avoir deux amis décrits par chaque participant permettait de distinguer deux niveaux :

  • un niveau « entre personnes » : certains hommes paient-ils plus que d’autres, quel que soit l’ami·e concerné·e ? ;
  • un niveau « au sein d’une même personne » : un homme donné paie-t-il plus pour l’amie qui lui plaît le plus ?

Les hommes paient plus… et les femmes le remarquent

Les résultats confirment d’abord un schéma déjà observé dans d’autres travaux : dans ces amitiés mixtes, l’argent circule davantage dans un sens que dans l’autre.

Les hommes interrogés déclarent payer une plus grande part des dépenses avec leurs amies. Les femmes, de leur côté, indiquent que leurs amis masculins prennent plus souvent l’addition. Ce schéma s’inscrit dans une norme sociale encore très présente dans les sorties hétérosexuelles, même amicales, aux États-Unis.

Quand un homme déclare un intérêt amoureux ou sexuel plus élevé pour ses amies, il déclare aussi payer une part plus importante des dépenses partagées.

C’est l’un des résultats centraux : chez les hommes, plus le désir de relation ou d’aventure est fort, plus la générosité financière augmente. L’étude montre ainsi que, pour eux, l’acte de payer semble bel et bien fonctionner comme un comportement de séduction.

Chez les femmes, le lien est très différent. Leur intérêt romantique pour un ami ne s’accompagne pas d’une hausse de leur contribution financière. Au contraire, celles qui se disent le plus attirées par un ami déclarent parfois payer moins de dépenses dans la relation.

Une générosité qui ne dépend pas de la qualité de l’amitié

Les chercheurs ont voulu vérifier une autre hypothèse : les hommes paieraient-ils davantage tout simplement parce qu’ils tiennent plus à certaines amitiés, sans forcément y projeter un désir de relation ? L’idée était de voir si une amitié de « meilleure qualité » impliquait mécaniquement plus de dépenses assumées.

Les résultats ne vont pas dans ce sens. Les participants qui jugent une amitié plus soutenante, agréable, proche ou précieuse ne déclarent pas payer une proportion plus importante des dépenses à deux.

La qualité perçue de l’amitié ne suffit pas à expliquer qui paie l’addition : c’est l’intérêt amoureux déclaré qui pèse le plus lourd chez les hommes.

Ce constat affaiblit l’idée que la générosité financière serait seulement un indice de l’importance accordée à la relation amicale. Elle apparaît, du côté masculin, liée à la dimension amoureuse ou sexuelle.

Les femmes interprètent l’addition comme un signe d’intérêt

L’étude se penche aussi sur la manière dont ces comportements sont perçus. Là encore, les résultats vont dans le même sens : les femmes interprètent souvent le fait que leur ami paie davantage comme un signal de désir de relation.

Les participantes qui déclarent que leur ami masculin règle une plus grande part des dépenses tendent aussi à le percevoir comme plus intéressé par une relation amoureuse ou sexuelle. Cela suggère une sorte de « langage implicite » partagé : l’homme utilise l’argent comme un signal, et la femme lit ce signal comme un indice de son attirance.

Chez les hommes, la situation est différente. Quand une amie paie plus, ils n’en tirent pas automatiquement la conclusion qu’elle souhaite aller plus loin. Le même geste ne porte donc pas la même signification selon le sexe de la personne qui le fait.

Certains hommes voient l’amitié comme une opportunité de relation

Les chercheurs précisent toutefois un point important. Les effets observés sont surtout « entre personnes ». Autrement dit, l’étude ne montre pas que le même homme va forcément payer plus pour l’amie qui lui plaît le plus.

Elle met plutôt en évidence que certains hommes, de manière générale, sont plus enclins à :

  • considérer leurs amitiés avec des femmes comme des occasions potentielles de relation romantique ou sexuelle ;
  • payer davantage dans l’ensemble de ces amitiés mixtes.

Il existerait donc des profils différents : des hommes qui approchent l’amitié homme-femme de manière très strictement platonique, et d’autres qui y voient plus fréquemment une possibilité de relation, ce qui se traduit dans leur comportement financier.

Une étude limitée mais éclairante sur les ambiguïtés de l’amitié

Les auteurs rappellent que leur travail présente des limites. Il s’agit d’une étude transversale, basée sur des déclarations individuelles à un instant donné. Elle ne permet pas d’affirmer que les hommes paient consciemment plus pour séduire ni que les femmes devinent systématiquement l’intention derrière ce geste.

Les données concernent majoritairement de jeunes adultes, étudiants, dans le contexte spécifique d’une université américaine. Les résultats ne sont pas automatiquement transposables à d’autres âges, d’autres catégories sociales ou d’autres cultures.

Malgré ces réserves, ces travaux montrent que, pour une partie des étudiants interrogés, l’amitié homme-femme n’est pas vécue de façon complètement désintéressée. La générosité financière apparaît parfois comme l’un des outils, discret mais réel, de la séduction dans ce cadre.

Ce que ces résultats évoquent pour des amitiés en France

En France, les études sur l’amitié homme-femme et l’argent sont moins nombreuses, mais plusieurs enquêtes sociologiques montrent des normes proches dans les sorties hétérosexuelles : beaucoup d’hommes continuent à proposer de payer, y compris lorsqu’il ne s’agit pas d’un rendez-vous clairement présenté comme amoureux.

Les chercheurs français qui s’intéressent aux relations de genre constatent que la question de « qui paie » reste fortement chargée en significations implicites. Une addition réglée par un homme peut être lue comme un marqueur de rôle traditionnel, comme une tentative de séduction, ou encore comme une forme de galanterie perçue différemment selon les générations et les milieux sociaux.

Dans le cadre des amitiés mixtes, de nombreux témoignages recueillis par les sociologues ou dans les enquêtes d’opinion laissent apparaître des malentendus fréquents : l’un pense être dans une relation strictement amicale, l’autre espère une évolution. Le geste de payer peut dans ce contexte être interprété, à tort ou à raison, comme un indice d’intention.

Comment éviter les quiproquos dans une amitié homme-femme

Pour un lecteur ou une lectrice en France, ces résultats soulignent l’intérêt de prêter attention non seulement aux gestes du quotidien, mais aussi à la manière dont ils peuvent être interprétés.

Quelques stratégies simples peuvent limiter les malentendus dans une amitié mixte :

  • alterner de manière explicite le paiement des sorties, sans laisser toujours la même personne payer ;
  • mettre en place le partage de l’addition, y compris via des applications de remboursement entre amis ;
  • parler ouvertement, lorsque l’on sent une ambiguïté, de la nature de la relation et des attentes de chacun ;
  • être attentif aux signaux cumulés (gestes, paroles, attitudes), plutôt que d’interpréter un seul paiement comme une preuve d’intention.

Pour certains, payer peut rester un simple réflexe de politesse ou de confort financier, sans intention particulière. Pour d’autres, ce sera bien un moyen de se positionner comme partenaire potentiel. Le contexte, la fréquence de ce comportement et les autres signes envoyés jouent alors un rôle clé pour comprendre la situation.

Quand l’argent devient un langage relationnel

En filigrane, l’étude américaine rappelle que l’argent fonctionne souvent comme un langage social. Qui invite, qui propose, qui insiste, qui refuse : ces micro-gestes construisent une dynamique entre deux personnes, qu’elles se pensent « juste amies » ou pas.

Dans les amitiés hommes-femmes, l’addition n’est donc pas qu’une question de budget. Elle peut refléter des attentes, des espoirs, ou des représentations encore très ancrées des rôles masculins et féminins dans la séduction. Pour les personnes concernées, en avoir conscience peut aider à mieux décoder leurs propres comportements et ceux de leurs amis.

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