En Italie, un simple dépôt de voiture au garage s’est transformé pour un automobiliste en cauchemar administratif et financier inattendu.
Un conducteur italien a confié son Audi à un atelier de Trieste après une panne sur la route. Alors que le véhicule était censé rester immobilisé pour réparation, des contraventions ont commencé à pleuvoir à son domicile, jusqu’à atteindre environ 7 000 euros, raconte le site spécialisé Motorpasión en s’appuyant sur la presse italienne.
Une Audi en panne… mais des amendes qui s’accumulent
Les faits se déroulent dans le nord-est de l’Italie, entre le Frioul et Trieste. Au mois de mai 2024, la propriétaire de l’Audi – une avocate – tombe en panne de direction à hauteur de Cervignano del Friuli. Elle fait appel à une dépanneuse et son véhicule est transféré dans un atelier de Trieste pour être réparé. À ce stade, tout se passe comme pour n’importe quelle panne sur autoroute.
Ce n’est que quelque temps plus tard qu’elle reçoit la première “mauvaise surprise” : une lettre des services de la circulation. Il s’agit d’une amende pour stationnement sur une place réservée aux personnes handicapées. La conductrice sait pourtant qu’elle ne peut pas être à l’origine de l’infraction : son Audi est censée être immobilisée au garage, et elle-même n’a pas le permis dans cette affaire telle que la rapporte Motorpasión à partir des journaux italiens Il Piccolo et Messaggero Veneto.
Au début, l’épisode pourrait presque passer pour un simple malentendu administratif. Mais les semaines puis les mois qui suivent tournent à la série noire. Les avis de contravention continuent d’arriver, “une derrière l’autre”, jusqu’à représenter un montant proche de 7 000 euros, selon les médias italiens cités.
En quelques mois, les infractions attribuées à l’Audi atteignent environ 7 000 euros d’amendes et de pénalités.
Face à cette avalanche de sanctions, le doute n’est plus permis : quelqu’un circule bien avec la voiture.
Un mécanicien soupçonné d’utiliser la voiture comme la sienne
L’avocate finit par déposer plainte. Sa conviction : l’un des professionnels de l’atelier aurait utilisé son Audi pour ses déplacements quotidiens. Les trajets ne seraient donc pas liés à des essais techniques nécessaires à la réparation, mais à un usage privé régulier, comme s’il s’agissait de sa propre voiture.
Les infractions relevées – stationnement interdit, autres contraventions routières – ne peuvent logiquement pas résulter de simples tests après intervention mécanique. Leur volume et leur montant laissent plutôt penser à une utilisation fréquente du véhicule en milieu urbain.
Dans la procédure ouverte, les autorités italiennes découvrent un élément aggravant pour le professionnel mis en cause : selon la plainte rapportée par la presse locale, le mécanicien aurait son permis de conduire suspendu. Autrement dit, il n’aurait pas seulement pris le volant d’un véhicule qui ne lui appartient pas, sans l’accord de la propriétaire ; il l’aurait aussi fait sans avoir le droit de conduire.
Le garagiste est soupçonné d’avoir utilisé l’Audi de sa cliente alors que son propre permis de conduire était suspendu.
L’affaire prend alors une tournure judiciaire. Les tribunaux italiens doivent trancher : qui doit assumer la facture finale de ces milliers d’euros d’amendes et de majorations, la propriétaire ou le professionnel accusé de s’être servi du véhicule ?
Pourquoi toutes les amendes arrivent chez le propriétaire de la voiture
Au cœur de cette affaire se trouve un principe très répandu en Italie, en Espagne ou encore en France : lorsque les infractions au code de la route sont enregistrées par des radars automatiques ou des caméras de surveillance, seules la plaque d’immatriculation et les caractéristiques du véhicule sont identifiées.
Les images ne permettent pas toujours de reconnaître avec certitude le conducteur. L’administration adresse donc systématiquement l’avis de contravention au titulaire de la carte grise, c’est-à-dire au propriétaire du véhicule.
Les caméras et radars lisent la plaque d’immatriculation.
Le système remonte au fichier des immatriculations.
L’avis de contravention est envoyé à l’adresse du titulaire.
À charge pour le titulaire de contester ou de désigner le conducteur réel, si la loi du pays le prévoit.
Dans le cas de l’Audi confiée au garage de Trieste, toutes les notifications partent donc automatiquement vers le domicile de l’avocate. Les services de trafic ne savent rien des accords entre elle et le mécanicien. Pour l’administration, un seul responsable existe par défaut : la personne dont le nom figure sur la carte grise.
La bataille judiciaire en cours en Italie porte justement sur ce point : jusqu’où va la responsabilité du titulaire quand son véhicule est entre les mains d’un professionnel, et dans quelles conditions ce professionnel peut-il être tenu de payer les amendes générées par l’usage abusif du véhicule ?
Qui paie les amendes dans ce type de situation ?
Les informations relayées par Motorpasión à partir de la presse italienne précisent que le dossier est entre les mains de la justice. Les juges doivent déterminer qui réglera ces 7 000 euros, amendes et surcoûts compris.
Plusieurs axes sont en débat :
Le lien de confiance entre le client et l’atelier, au moment où la voiture est acceptée pour réparation.
L’usage qui peut être considéré comme “normal” pour un essai routier après intervention.
L’existence ou non d’une autorisation de la propriétaire pour tout usage autre que technique.
La situation du permis de conduire du mécanicien au moment des faits.
Si les juges estiment que le garagiste a commis des fautes graves, il pourrait se voir réclamer non seulement le remboursement des amendes, mais aussi des dommages et intérêts pour le préjudice subi par la propriétaire : temps perdu, démarches administratives, éventuelles inscriptions d’infractions sur son dossier de conduite tant que la situation n’est pas régularisée.
L’enjeu judiciaire ne se limite pas au paiement des amendes : la responsabilité personnelle et professionnelle du mécanicien est aussi en cause.
Ce que risquerait un garagiste dans un cas similaire en France
En France, le schéma de départ est très proche : lorsqu’un radar automatique flashe un véhicule, l’avis de contravention est envoyé au titulaire du certificat d’immatriculation. Un garagiste qui emprunterait la voiture d’un client sans autorisation et commettrait des infractions exposerait d’abord ce client à recevoir les amendes.
Le propriétaire français dispose toutefois de plusieurs leviers :
Envoyer une contestation à l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI) en expliquant que le véhicule était au garage à la date de l’infraction.
Joindre la facture d’entretien, l’ordre de réparation ou tout document prouvant la présence du véhicule chez le professionnel.
Le cas échéant, déposer plainte contre le garage et produire le récépissé de plainte pour étayer sa contestation.
Dans une telle hypothèse, le garagiste ayant conduit sans autorisation pourrait être poursuivi pour plusieurs infractions pénales, comme l’abus de confiance ou l’usage sans droit d’un bien confié dans le cadre de son activité. Si son permis était suspendu, la situation serait encore plus lourde pour lui, avec un risque de sanctions supplémentaires.
Les assurances pourraient aussi s’en mêler : en cas d’accident commis par le professionnel non autorisé, la compagnie de la victime pourrait se retourner contre le garage pour récupérer les sommes versées, estimant que l’usage du véhicule sortait du cadre normal de l’activité.
Comment se protéger quand on laisse sa voiture au garage
Une affaire comme celle de Trieste reste rare, mais elle met en lumière plusieurs réflexes utiles pour les automobilistes, en Italie comme en France.
Situation
Réflexe utile
Dépôt du véhicule pour plusieurs jours
Demander un ordre de réparation daté mentionnant l’entrée de la voiture au garage.
Essais routiers prévus
Faire préciser sur la fiche que des essais pourront être effectués, uniquement pour vérifier la réparation.
Réception d’une amende alors que la voiture est au garage
Contacter immédiatement le garage, puis conserver tous les échanges écrits.
Multiplication de contraventions inexpliquées
Envisager un dépôt de plainte et saisir la justice si nécessaire.
Un ordre de réparation ou une facture détaillée constituent souvent des preuves déterminantes. Ces documents indiquent les dates d’entrée et, parfois, de sortie du véhicule, ce qui permet de démontrer qu’au moment de l’infraction, la voiture n’était pas entre les mains du propriétaire.
Les automobilistes peuvent aussi photographier le compteur kilométrique à l’arrivée et à la reprise du véhicule, afin de repérer d’éventuels excès d’usage. Une augmentation importante du kilométrage, sans rapport avec les essais techniques nécessaires, peut constituer un indice en cas de litige.
Cette affaire italienne, rapportée par Motorpasión et la presse locale, illustre enfin un point souvent sous-estimé : même quand le véhicule est confié à un professionnel, la responsabilité administrative reste ancrée au nom du propriétaire tant qu’aucune contestation n’est formulée. Réagir vite à une amende “incompréhensible” évite parfois que la note, comme en Italie, ne grimpe jusqu’à plusieurs milliers d’euros.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi l'avocate a-t-elle reçu les amendes si elle n'était pas au volant ?
L'administration italienne envoie automatiquement les avis de contravention au titulaire de la carte grise, car les caméras et radars ne captent que la plaque d'immatriculation. Le propriétaire reçoit les amendes par défaut, qu'il ait commis l'infraction ou non.
Quels éléments aggravent la situation du mécanicien ?
Au-delà d'avoir utilisé la voiture sans permission, le mécanicien avait son permis de conduire suspendu au moment des faits. Il aurait donc circulé illégalement avec un véhicule qui ne lui appartenait pas.
Que risque le mécanicien si la justice le condamne ?
Le mécanicien pourrait devoir rembourser non seulement les 7 000 euros d'amendes, mais aussi des dommages et intérêts pour le préjudice subi par la propriétaire (démarches administratives, temps perdu, inscriptions d'infractions).
Comment contester ces amendes en France dans une situation similaire ?
Le propriétaire peut adresser une contestation à l'ANTAI en joignant la facture d'entretien ou l'ordre de réparation prouvant la présence du véhicule au garage. Un récépissé de plainte contre le garage renforce la contestation.
La responsabilité du propriétaire est-elle automatique en France ?
Non, le propriétaire français dispose de plusieurs leviers pour contester les amendes et désigner le conducteur réel si la loi le prévoit, contrairement à ce qui se passe par défaut en Italie ou en Espagne.