Une étude menée en Hongrie nuance l’idée qu’un chien rend forcément la vie plus heureuse, en détaillant joies et contraintes du quotidien.
Adopter un chien ne garantit pas automatiquement une vie plus épanouie, montrent des chercheurs de l’université Eötvös Loránd à Budapest, cités par le site scientifique SciTechDaily. Leur travail met en lumière des bénéfices bien réels, mais aussi des coûts financiers, émotionnels et en temps que les futurs maîtres sous-estiment souvent.
Une étude pour mesurer, enfin, les vrais effets d’un chien au quotidien
Les chercheurs du département d’éthologie (l’étude du comportement animal) d’Eötvös Loránd University se sont penchés sur un sujet souvent présenté de manière très positive : vivre avec un chien rendrait plus heureux et améliorerait la santé. Ils rappellent que la population de chiens de compagnie augmente dans le monde, portée par des images très favorables dans les médias.
Pourtant, des travaux antérieurs menés sur de larges échantillons n’avaient pas trouvé de preuve solide d’un « effet animal de compagnie » universel. En clair, pris globalement, les propriétaires d’animaux ne sont pas systématiquement plus heureux ou en meilleure santé que ceux qui n’en ont pas.
Pour affiner la compréhension, l’équipe a demandé à des propriétaires de chiens d’évaluer 33 affirmations neutres liées au fait de vivre avec un chien, sur une échelle allant de -3 (gros inconvénient) à +3 (gros avantage). Exemples : « Les chiens doivent être éduqués et dressés », « Les chiens peuvent apporter du désordre et de la saleté dans la maison », « Les chiens peuvent tenir compagnie aux enfants ».
Les participants devaient ensuite décrire librement, avec leurs propres mots, ce qu’ils considèrent comme le principal coût et le principal bénéfice de la présence de leur animal.
Les chercheurs ont constaté que l’expérience de la vie avec un chien est loin d’être uniforme : les mêmes aspects peuvent être vécus comme un atout par certains, et comme un fardeau par d’autres.
Des bénéfices émotionnels très forts, mais une vie de chien trop courte
Parmi les 33 affirmations, celle qui recueille la note la plus positive est la croyance que « les chiens égayent la vie des gens », avec une moyenne de 2,78. Un résultat qui confirme le rôle central du chien comme soutien affectif et compagnon du quotidien.
À l’autre extrémité, la durée de vie limitée du chien arrive en tête des aspects les plus douloureux, avec une note moyenne de -1,67. La perspective de la maladie et de la perte de l’animal pèse donc lourdement sur les propriétaires.
En additionnant l’ensemble des évaluations, les phrases positives obtiennent une moyenne de 2,06, contre -0,66 pour les phrases négatives : le bilan général penche nettement en faveur du positif, surtout dans un échantillon composé de passionnés de chiens.
Trois grands volets : émotions, contraintes et engagement au long cours
Les auteurs, dont la doctorante Laura Gillet, ont aussi cherché à regrouper ces 33 aspects en grandes catégories. Ils en identifient trois :
Les bénéfices émotionnels, physiques et sociaux : soutien affectif, sentiment de compagnie, activités en extérieur, contacts sociaux facilités.
Les émotions négatives et les difficultés pratiques : organisation, contraintes du quotidien, gestion des problèmes de comportement ou de santé.
L’engagement et les responsabilités à long terme : temps consacré chaque jour, formation et éducation, impact sur les routines et même sur la qualité du sommeil.
Ce troisième volet est celui qui divise le plus les propriétaires. Certains y voient un cadre structurant, une source de sens et de stabilité. D’autres le vivent comme un poids logistique et mental.
Les mêmes responsabilités peuvent être perçues comme une chance de structurer sa vie ou comme une charge permanente, selon le profil du maître.
Ce que les maîtres aiment vraiment chez leur chien
Les réponses ouvertes apportent un éclairage plus fin. Eniko Kubinyi, responsable du département d’éthologie et du groupe de recherche « Companion Animal Research Group », explique que plus de 60 % des répondants citent spontanément comme premier bénéfice la relation significative et précieuse tissée avec leur chien.
Les participants décrivent leurs animaux comme des partenaires sociaux honnêtes, dévoués et soutenants. Ils parlent d’un amour perçu comme inconditionnel et désintéressé envers la famille humaine.
Viennent ensuite, pour 31 % des personnes interrogées, les avantages concrets au quotidien :
un encouragement à faire de l’exercice physique ;
une incitation à sortir, marcher, passer du temps dehors ;
une routine plus stable, avec des horaires et des habitudes structurant la journée.
Enfin, 15 % des répondants citent comme avantage majeur le fait de pouvoir créer un lien avec un être d’une autre espèce. Ils mettent en avant les qualités propres au chien, vues comme nombreuses et spécifiques.
Des coûts surtout financiers, les souffrances émotionnelles peu avouées
Sur la question des coûts, la quasi-totalité des propriétaires s’accorde sur un point : posséder un chien représente un budget. Selon l’étude, 95 % évoquent les frais vétérinaires, l’alimentation et les autres dépenses liées à l’animal.
À l’inverse, seuls 4 à 5 % mentionnent spontanément les coûts émotionnels ou pratiques comme principaux obstacles : inquiétude face à la maladie, culpabilité en cas de problème de comportement, stress lié à la gestion de l’animal au quotidien.
Les chercheurs estiment que certains maîtres en difficulté avec leur chien n’osent pas en parler, par peur d’être jugés comme de « mauvais propriétaires ».
Les auteurs suggèrent ainsi qu’une part de la charge réelle reste silencieuse. Les souffrances émotionnelles, la fatigue ou le sentiment de débordement seraient sous-déclarés, alors même qu’ils peuvent, sur la durée, contribuer au stress chronique ou à la dépression chez certains.
Pourquoi ces résultats intéressent aussi les futurs adoptants en France
Cette étude, publiée en janvier 2025 dans la revue Scientific Reports, porte sur un échantillon de maîtres déjà très attachés à leur chien, en Hongrie. Les mécanismes décrits concernent pourtant des réalités familières à de nombreux foyers français.
En France, l’adoption ou l’achat d’un chien passe souvent par un refuge (équivalent des associations de protection animale hongroises) ou un éleveur. Les vétérinaires, éducateurs canins et associations insistent déjà sur le fait qu’un chien implique :
un engagement sur plusieurs années ;
un coût régulier (soins, nourriture, équipements) ;
une réorganisation du temps libre, des vacances et de la vie quotidienne.
Cette recherche hongroise renforce l’idée que bien informer les futurs adoptants réduit l’écart entre l’image idéale du chien « qui rend heureux » et la réalité d’un animal dépendant, parfois malade, parfois difficile à gérer.
Pour un lecteur français, le message principal reste le même : adopter un chien peut enrichir la vie, mais nécessite de se préparer à des responsabilités durables, y compris sur le plan émotionnel.
Comment mieux se préparer avant d’adopter un chien
Les chercheurs hongrois soulignent que plus les gens connaissent les besoins des chiens, mieux ils vivent ensuite la cohabitation. Présenter uniquement les aspects positifs expose à des déceptions, voire à des abandons, lorsque la réalité ne correspond pas aux attentes.
Leur travail met en avant trois axes de réflexion utiles pour toute personne tentée par l’adoption :
Se projeter dans la durée : un chien vieillit, peut développer des maladies chroniques et nécessite parfois des soins lourds.
Évaluer l’impact sur le quotidien : horaires de travail, sorties, voyages, vie familiale, sommeil.
Anticiper le budget : frais vétérinaires réguliers et imprévus, alimentation, éducation, garde en cas d’absence.
Les scientifiques mènent d’ailleurs une nouvelle étude internationale pour approfondir la compréhension des avantages et inconvénients de la vie avec un chien, en invitant des propriétaires du monde entier à répondre à un questionnaire.
Mieux parler publiquement des difficultés, sans culpabiliser les maîtres, pourrait améliorer la vie des humains comme celle des chiens.
Le « lien homme-chien », un concept clé pour comprendre ces résultats
Ce travail illustre un concept central en éthologie : le lien homme-chien. Il désigne la relation réciproque entre un humain et son animal, faite d’attachement, de communication et d’influences mutuelles sur le bien-être.
Lorsque ce lien est équilibré, le chien apporte soutien émotionnel, activité physique et structure. Mais si les attentes sont irréalistes, si les problèmes de comportement ne sont pas pris en charge ou si la charge mentale devient trop forte, cette relation peut aussi devenir source de tension et de tristesse.
Comprendre cette double facette aide à aborder l’adoption avec lucidité. Se former un minimum au comportement canin, anticiper les contraintes et accepter de demander de l’aide en cas de difficulté limitent le risque de rupture du lien ou d’abandon.
Pour les familles comme pour les personnes seules, un chien peut devenir un compagnon précieux, à condition d’assumer l’ensemble du « paquet » : l’affection, la dépense physique, mais aussi la fatigue, l’argent et la perspective d’une séparation un jour inévitable.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Non systématiquement. L'étude montre que les bénéfices émotionnels sont réels pour beaucoup (relation, compagnie), mais les propriétaires d'animaux ne sont pas universellement plus heureux ou en meilleure santé que ceux sans chien. L'expérience varie considérablement selon les individus.
Quels sont les vrais coûts d'avoir un chien ?
Au-delà des frais vétérinaires et alimentaires (cités par 95 %), il y a aussi des coûts émotionnels (inquiétude, culpabilité), pratiques (organisation, stress) et temporels (engagement quotidien, impact sur la qualité du sommeil). L'anticipation de la mort du chien est identifiée comme particulièrement douloureux.
Ce que les maîtres apprécient le plus chez leur chien ?
Plus de 60 % citent la relation significative avec leur animal, décrit comme un partenaire dévoué et aimant. Viennent ensuite les avantages concrets (exercice physique, routine structurée) pour 31 %, et la possibilité de créer un lien interculturel pour 15 %.
Les maîtres en difficulté parlent-ils ouvertement de leurs problèmes ?
Non. Seuls 4 à 5 % mentionnent spontanément les coûts émotionnels ou pratiques, suggérant que les maîtres en difficulté craignent d'être jugés comme de « mauvais propriétaires » et minimisent leurs véritables souffrances et stress.
Cette étude s'applique-t-elle aux propriétaires français ?
Oui. Les mécanismes identifiés en Hongrie correspondent aux réalités vécues par de nombreux foyers français. Les vétérinaires et associations insistent déjà sur ces mêmes points : engagement long terme, coûts réguliers et réorganisation de la vie quotidienne.