Au Royaume-Uni, une étude sur les comportements au volant révèle un fossé saisissant entre ce que les automobilistes exigent des autres et ce qu’ils s’autorisent eux-mêmes.
Un sondage mené au Royaume-Uni met à nu les petites et grandes contradictions des conducteurs. Selon cette enquête relayée par le site britannique Express.co.uk, certaines marques concentrent particulièrement les « hypocrites du volant », ces automobilistes qui dénoncent des comportements qu’ils adoptent pourtant régulièrement eux-mêmes.
Tesla, championne britannique des conducteurs « hypocrites »
L’étude a été réalisée auprès de 2 008 automobilistes par GoShorty, un fournisseur britannique d’assurances temporaires pour véhicules. Objectif : mesurer l’écart entre les comportements que les conducteurs jugent insupportables chez les autres et ceux qu’ils avouent adopter au quotidien.
Selon ce sondage, 88 % des conducteurs de Tesla au Royaume-Uni reconnaissent faire eux-mêmes ce qu’ils reprochent régulièrement aux autres automobilistes.
Les détenteurs de Tesla arrivent ainsi en tête du classement des « plus grands hypocrites du volant » outre-Manche. Ils ne sont toutefois pas seuls dans ce cas. Les conducteurs d’autres marques affichent aussi un fossé assumé entre leurs principes et leurs actes.
Derrière Tesla, les conducteurs de Cupra sont en deuxième position, avec également 88 % d’entre eux admettant ce double discours au volant. Les propriétaires de Škoda suivent avec 83 %. Viennent ensuite :
- les conducteurs de Kia : 81 % ;
- les conducteurs de Hyundai : 81 % ;
- les conducteurs de Renault : 81 % ;
- les conducteurs de MG : 79 % ;
- les conducteurs de BMW : 76 % ;
- les conducteurs d’Audi : 74 % ;
- les conducteurs de Ford : 74 %.
Au global, tous véhicules confondus, près des trois quarts des automobilistes britanniques (74 %) reconnaissent faire au volant des choses qu’ils déclarent ne pas supporter chez les autres.
Les comportements les plus hypocrites pointés par l’étude
L’enquête publiée par Express.co.uk détaille les gestes et attitudes qui illustrent le mieux ces contradictions. Le premier d’entre eux concerne la courtoisie dans la circulation.
Le « double standard » le plus fréquent consiste à refuser de laisser une autre voiture s’insérer dans le trafic, alors même que l’on attend soi-même des autres qu’ils fassent preuve de patience et de civisme.
Parmi les comportements cités :
| Comportement reproché… mais adopté | Part des conducteurs qui l’avouent |
|---|---|
| Refuser de laisser un autre véhicule s’engager | 17 % |
| Ne pas mettre le clignotant | 14 % |
| Refuser de laisser une autre voiture se rabattre | 14 % |
| Ne pas dire merci après avoir été laissé passer | 12 % |
| Faire un doigt d’honneur ou un geste injurieux | 10 % (1 conducteur sur 10) |
Ces gestes restent souvent banalisés, mais l’étude précise qu’un conducteur sur dix a déjà fait le doigt d’honneur ou un autre signe offensant à un autre usager de la route.
« Moi, bon conducteur, les autres, mauvais » : un biais très répandu
Ce qui frappe dans l’enquête, c’est l’excellente opinion que les automobilistes ont d’eux-mêmes, en comparaison de celle qu’ils ont des autres.
Au Royaume-Uni, 96 % des conducteurs se jugent « bons » au volant et 96 % se considèrent comme « polis », tout en pointant massivement les lacunes des autres automobilistes.
À l’inverse, 93 % des personnes interrogées pensent qu’au moins une partie des autres conducteurs britanniques conduisent mal. Et 2 % vont jusqu’à estimer que tous les autres automobilistes ont un mauvais niveau de conduite.
Ce grand écart illustre un biais très classique en psychologie : chacun se perçoit légèrement au-dessus de la moyenne, que ce soit en conduite, en politesse ou en capacité de jugement.
Ce qui agace le plus les conducteurs britanniques
L’étude ne se contente pas d’identifier les comportements hypocrites. Elle classe aussi les sujets qui irritent le plus les automobilistes, qu’ils en soient auteurs ou victimes.
Le téléphone portable reste la bête noire des conducteurs britanniques : 65 % déclarent être profondément agacés lorsqu’ils voient un automobiliste l’utiliser au volant.
Le sondage met ensuite en avant :
- la conduite « au pare-chocs » (coller la voiture de devant), qui irrite 61 % des répondants ;
- l’oubli de clignotant, également cité par 61 % ;
- le fait de se garer sur deux places, problème pour 52 % ;
- les conducteurs qui « doublent la file » et s’insèrent au dernier moment dans un bouchon, détestés par 50 % ;
- le manque de signe de remerciement après avoir été laissé passer, qui énerve 49 % des personnes interrogées.
À ces irritants quotidiens s’ajoutent les comportements spécifiques aux saisons froides et aux mauvaises conditions météo, particulièrement fréquents au Royaume-Uni.
Les mauvaises habitudes en automne et en hiver
Avec l’arrivée de l’automne et de l’hiver, les automobilistes britanniques se montrent très sensibles au mauvais usage des feux et au manque de visibilité.
Ne pas repasser en feux de croisement, garder ses pleins phares en face d’autres usagers devient la principale source d’énervement saisonnière, citée par 60 % des conducteurs.
Juste derrière, 59 % jugent les phares trop éblouissants très agaçants. Autres comportements météorologiques qui crispent :
- rouler sans allumer ses feux alors que la luminosité est faible : irritant pour 41 % ;
- serrer de trop près en conditions de pluie, de verglas ou de neige : 38 % ;
- allumer les feux antibrouillard sans nécessité : 35 % ;
- partir alors que seule une petite zone du pare-brise gelé ou givré est dégagée : 30 %.
L’étude relève aussi un tempo assez précis de la montée de la tension : selon les réponses, un autre automobiliste ferait généralement quelque chose d’agaçant environ 35 minutes après le début d’un trajet.
Klaxon, insultes… mais aussi gestes de remerciement
Les conducteurs ne se contentent pas de s’agacer en silence. Le sondage montre qu’ils réagissent activement aux comportements qu’ils jugent dangereux ou inciviques.
Les automobilistes britanniques klaxonnent en moyenne trois fois par trajet, principalement lorsqu’un autre véhicule leur coupe la route ou ne démarre pas à un feu vert.
Les principales raisons de ces coups de klaxon sont :
- un véhicule qui se rabat brusquement devant eux : 36 % ;
- une voiture qui s’insère sans distance de sécurité ou « leur coupe la route » : 37 % ;
- un automobiliste qui ne redémarre pas alors que le feu vient de passer au vert : 35 %.
Malgré cette tension, la courtoisie reste très présente sur le réseau routier britannique. L’étude signale que les conducteurs font un signe de remerciement à d’autres automobilistes en moyenne 15 fois par semaine.
Pour Phil Evans, directeur général de GoShorty, cité par Express.co.uk, ces résultats montrent à quel point le regard porté sur les autres peut être sévère, alors que chacun a tendance à minimiser ses propres écarts : « Cette recherche met surtout en lumière la facilité avec laquelle on remarque les mauvais comportements chez les autres tout en fermant les yeux sur les nôtres », explique-t-il.
Il ajoute qu’un ensemble de petites habitudes peut réduire sensiblement les tensions et les risques : bien gérer ses feux, dégivrer correctement son pare-brise et laisser davantage d’espace de sécurité lorsqu’il pleut ou qu’il gèle.
Ce que cela dit de la conduite… et ce que cela implique en France
Si l’étude se limite au Royaume-Uni, ses enseignements parlent aussi aux conducteurs français. Sur les routes de l’Hexagone, les mêmes irritants reviennent régulièrement : téléphone en main, clignotant oublié, queues de poisson, manque de merci ou pleins phares dans les yeux.
Le biais qui consiste à se juger « bon conducteur » tout en condamnant les autres est universel. Il complique la prévention routière, en donnant à chacun l’illusion qu’il n’est pas concerné.
En France, la gestion de ces comportements repose notamment sur le Code de la route et sur la politique de contrôle de la vitesse, de l’alcoolémie ou de l’usage du téléphone. La gendarmerie et la police nationale, comme leurs homologues britanniques, rappellent régulièrement que certains comportements « agaçants » sont aussi dangereux : téléphone, manque de distance de sécurité, excès de vitesse inadapté à la météo, mauvaise utilisation des feux.
Les assureurs français constatent eux aussi que les déclarations d’accident mentionnent souvent ces mêmes causes : distraction liée au téléphone, manque d’anticipation, conduite trop proche en cas de freinage brusque. L’agacement face aux autres ne change rien au fait que, juridiquement, chaque conducteur reste responsable de la maîtrise de son véhicule.
Des notions clés : distance de sécurité, visibilité et usage des feux
L’étude britannique rappelle indirectement trois notions centrales, valables aussi en France :
- La distance de sécurité : en conduite, garder un intervalle suffisant permet d’éviter les collisions en chaîne, surtout sous la pluie ou sur route verglacée. Se rapprocher pour « faire pression » sur le conducteur de devant augmente surtout le risque d’accident.
- La visibilité : partir avec un pare-brise mal dégivré ou mal désembué réduit le champ de vision. Un obstacle, un piéton ou un cycliste peuvent alors n’être repérés qu’au dernier moment.
- L’usage des feux : les feux antibrouillard servent à être vu et à mieux voir dans des conditions précises. Les utiliser sans raison éblouit les autres usagers. À l’inverse, oublier d’allumer ses feux dans la pénombre rend le véhicule difficilement perceptible.
Pour les conducteurs français, l’étude publiée par Express.co.uk offre un miroir assez fidèle de pratiques courantes : les rappels de courtoisie, le respect systématique du clignotant, l’usage mesuré du klaxon ou des pleins phares sont autant de leviers concrets pour réduire ces tensions quotidiennes au volant.









