Soignée puis relâchée au large des côtes belges, une jeune phoque a surpris ses soigneurs en réapparaissant quelques jours plus tard près des plages.
Secourue puis réhabilitée dans un centre spécialisé avant d’être remise à l’eau en mer du Nord, la jeune phoque Nana a réalisé un étonnant périple de près de 200 kilomètres. Comme le rapporte le média belge qui suit l’animal, les équipes pensaient l’avoir définitivement rendue à la vie sauvage. Six jours après sa remise en liberté, Nana est pourtant revenue dans une zone fréquentée par les humains, suscitant à la fois émotion et questionnements.
Une jeune phoque sauvée puis relâchée au large
Nana est une jeune phoque veau-marin recueillie épuisée sur une plage de la mer du Nord, sur la côte belge. Affaiblie, elle a été prise en charge par un centre de soins pour mammifères marins, structure comparable à l’Océarium de Banyuls ou au centre de soins d’Oceanopolis en France. Les équipes vétérinaires l’ont nourrie, soignée et réhydratée jusqu’à ce qu’elle retrouve un poids et une condition physique suffisants pour survivre seule en mer.
Avant sa remise en liberté, Nana a suivi une phase d’entraînement dans de grands bassins. Elle y a appris à chasser le poisson vivant, à plonger plus longtemps et à réagir aux stimuli de son environnement, afin de limiter sa dépendance aux humains. Cette étape est cruciale pour les phoques recueillis trop jeunes ou trop faibles, qui risquent sinon de rechercher la présence humaine une fois relâchés.
Après plusieurs semaines de soins et d’entraînement, tout indiquait que Nana était prête à reprendre une vie de phoque sauvage en mer du Nord.
Une fois jugée apte, elle a été transportée en bateau et relâchée au large, à bonne distance des plages. Comme souvent dans ce type de programme, une balise ou une marque d’identification permettait de suivre ses déplacements et de la reconnaître en cas d’observation.
Un voyage de 200 kilomètres en mer du Nord
À peine remise à l’eau, Nana a pris la direction du large et a commencé à parcourir la mer du Nord. En quelques jours, la jeune phoque a ainsi nagé environ 200 kilomètres, un trajet représentatif des capacités de déplacement de cette espèce, habituée à parcourir de longues distances entre ses zones de repos et de nourrissage.
Les phoques veaux-marins alternent généralement bains de soleil sur des bancs de sable découverts à marée basse et plongées en quête de poissons, crustacés ou céphalopodes. Cette mobilité leur permet de suivre les bancs de poisson et d’éviter les zones trop perturbées par la présence humaine ou le trafic maritime.
Pour Nana, ce périple devait marquer le début d’une existence entièrement indépendante. Les soignants, satisfaits de voir qu’elle explorait son milieu naturel, s’attendaient à ce qu’elle s’éloigne définitivement des zones côtières fréquentées par le public.
Six jours plus tard, Nana réapparaît près des humains
Six jours après sa remise à l’eau, la surprise a été totale : Nana a été repérée de nouveau à proximité des côtes, dans une zone où se trouvent des plages et des digues fréquentées. Des observateurs ont reconnu la jeune phoque grâce à son marquage et à son dossier de suivi.
Relâchée en pleine mer, Nana a pourtant choisi de revenir vers le rivage, à une distance relativement proche des humains qu’elle venait de quitter.
Ce type de comportement n’est pas inédit, mais il reste rare. Un phoque qui a passé plusieurs semaines au contact quotidien des soignants peut garder en mémoire cette présence rassurante. Même si les centres de soins limitent volontairement les interactions pour réduire la familiarisation, certains individus restent plus curieux ou moins craintifs que d’autres.
Revenir vers les côtes ne signifie pas forcément que l’animal est en détresse. Les phoques utilisent volontiers les zones abritées pour se reposer, notamment près des digues ou des estuaires, tant que la nourriture reste accessible et que le dérangement humain reste modéré.
Une cohabitation délicate avec le public
La réapparition de Nana attire la sympathie, mais soulève aussi des enjeux concrets. Les structures belges chargées de sa surveillance rappellent plusieurs consignes de prudence au public, similaires à celles diffusées sur le littoral français :
- garder une distance suffisante de l’animal pour ne pas le stresser ;
- ne pas tenter de le toucher ou de le nourrir ;
- éviter les regroupements autour du phoque lorsqu’il se repose sur la plage ;
- prévenir les autorités locales ou le centre de soins si l’animal semble blessé ou apathique.
Un phoque qui n’a pas peur des humains peut se rapprocher des pêcheurs, des bateaux ou des infrastructures portuaires, ce qui augmente les risques de collision, d’emmêlement dans des engins de pêche ou d’ingestion de déchets.
Pourquoi certains phoques reviennent vers les humains
Les spécialistes des mammifères marins expliquent que plusieurs facteurs peuvent inciter un phoque réhabilité à revenir près des côtes et des activités humaines :
| Facteur | Effet possible sur le comportement du phoque |
|---|---|
| Habituation aux soins | Association positive entre présence humaine, nourriture et sécurité |
| Jeune âge | Moins d’expérience face aux dangers et à la méfiance naturelle |
| Disponibilité de nourriture | Attraction vers des zones de pêche ou des ports riches en poissons |
| Zones de repos faciles | Digues, plages calmes ou bancs de sable proches du rivage |
Les centres de soins cherchent à trouver un équilibre : sauver un maximum d’animaux en détresse, tout en évitant de créer une dépendance. L’entraînement avant relâcher, tel que celui suivi par Nana, vise justement à renforcer leurs comportements naturels de chasse et leur capacité d’autonomie.
Un indicateur de l’état de la mer du Nord
Le parcours de Nana rappelle aussi la pression qui s’exerce sur les phoques en mer du Nord : pollution, trafic maritime dense, filets de pêche, dérangement sur les zones de repos. Chaque animal sauvé et remis à l’eau devient en quelque sorte un indicateur de la qualité de l’environnement marin.
Les observations de phoques identifiés comme Nana permettent aux scientifiques de mieux comprendre :
- leurs trajets typiques dans cette partie de l’Europe ;
- les zones clés pour l’alimentation et le repos ;
- les secteurs où les interactions avec l’activité humaine sont les plus fréquentes.
Que faire si l’on croise un phoque sur une plage en France ?
En France, la situation est proche de celle décrite en Belgique. Sur les côtes de la Manche, de la mer du Nord et parfois de l’Atlantique, phoques veaux-marins et phoques gris s’installent sur les bancs de sable, les estuaires ou les rochers. Des centres de soins dédiés existent, comme le centre de soins de la faune sauvage de la LPA-Normandie ou l’Oceanopolis de Brest pour la Bretagne, qui jouent un rôle comparable au centre belge qui suit Nana.
Lorsqu’un phoque est repéré sur une plage française, la règle reste la même : garder ses distances et ne pas intervenir directement. Les services de l’Office français de la biodiversité (OFB) et les réseaux d’observateurs spécialisés sont chargés d’évaluer la situation. Ils décident, si nécessaire, d’une prise en charge en centre de soins.
Observer un phoque au repos depuis la plage reste possible, mais à condition de rester discret, silencieux et à bonne distance.
Les centres français participent aussi à des programmes de remise à l’eau d’animaux soignés, avec des protocoles très proches de ceux appliqués en Belgique. Les conseils au public sont harmonisés à l’échelle du littoral Manche – mer du Nord, où les populations de phoques circulent librement d’un pays à l’autre.
Un cas emblématique pour la sensibilisation du public
L’histoire de Nana sert désormais de support pédagogique pour sensibiliser les promeneurs et les touristes. Les images d’un jeune phoque qui parcourt 200 kilomètres avant de revenir près des humains parlent à un large public, y compris aux enfants, et offrent un angle concret pour aborder :
- la fragilité des jeunes mammifères marins ;
- le rôle des structures de soins et de réhabilitation ;
- la nécessité de laisser ces animaux sauvages, même lorsqu’ils paraissent familiers.
Pour les équipes belges comme pour leurs homologues français, chaque animal suivi comme Nana fournit des informations précieuses. Les trajectoires enregistrées, les lieux de repos repérés et les retours près des côtes aident à adapter les campagnes de sensibilisation, les panneaux d’information sur les plages ou encore les consignes adressées aux pêcheurs.
Cette histoire souligne enfin un point souvent méconnu : un jeune phoque allongé sur le sable n’est pas forcément en difficulté. Il peut simplement se reposer après une longue phase de chasse, comme le ferait Nana après ses 200 kilomètres de nage. L’intervention humaine n’a alors pas sa place, hormis le signalement aux structures compétentes si l’animal présente des blessures visibles ou un comportement anormal.









