Aux Pays-Bas, malgré les radars mobiles et les lourdes amendes, une large majorité d’automobilistes continue de consulter son téléphone en conduisant.
Le site d’actualité néerlandais Metro rapporte qu’aux Pays-Bas, sept conducteurs sur dix admettent regarder leur téléphone en roulant. Un comportement que les autorités tentent de freiner à coups de contrôles renforcés et d’amendes qui dépassent désormais les 450 euros, mais que la psychologue de la circulation Mariëtte Pol explique surtout par la force des habitudes et par des mécanismes mentaux largement sous-estimés.
Des contrôles renforcés et des amendes salées, mais l’habitude résiste
D’après Metro, les autorités néerlandaises ont décidé de durcir nettement le ton. Le ministère public, l’équivalent du parquet en France, déploie cette année plus de cinquante radars mobiles supplémentaires spécifiquement destinés à repérer les conducteurs qui manipulent leur téléphone au volant.
Parallèlement, le montant des contraventions augmente encore. Toute personne surprise en train d’envoyer un message ou de tenir un appareil électronique en conduisant doit s’attendre à une facture supérieure à 450 euros. Cette politique répressive vise à rendre le risque de sanction très concret pour les automobilistes.
Les chiffres du Centraal Justitieel Incassobureau (CJIB), l’organisme néerlandais chargé du recouvrement des amendes, confirment l’ampleur du phénomène : en 2025, 248 020 contraventions ont été dressées pour usage d’un téléphone ou d’un autre appareil électronique en voiture ou à vélo. Metro parle d’une hausse « fortement » marquée par rapport aux années précédentes.
Aux Pays-Bas, près d’un quart de million d’amendes ont été infligées en un an pour usage de téléphone en circulation, malgré des montants dépassant 450 euros.
Pourtant, ces sanctions ne suffisent pas à faire disparaître le réflexe de regarder son écran. Selon la psychologue de la circulation Mariëtte Pol, interrogée par la plateforme automobile OSW et citée par Metro, beaucoup de conducteurs partent de bonne volonté, mais se heurtent ensuite à leurs propres automatismes.
Une tentation déclenchée par de puissants signaux
Pour Mariëtte Pol, la décision de saisir son téléphone n’est pas seulement un choix délibéré. Elle est souvent déclenchée par des signaux très simples, que le conducteur peine à ignorer.
Elle explique que la plupart des automobilistes se promettent de ne pas toucher à leur appareil une fois sur la route. Mais ce vœu se heurte à des stimuli puissants : la vibration, le son d’une notification, l’écran qui s’allume. Autant d’éléments qui agissent comme un « déclencheur » automatique.
Selon Metro, la psychologue détaille ce mécanisme : entendre ou voir un message entrant crée une envie immédiate de vérifier son contenu. Ce réflexe s’installe comme une habitude, renforcée par le fait que, bien souvent, « il ne se passe rien » de grave après un coup d’œil rapide. Le conducteur assimile alors cette prise de risque à une action banale, presque anodine.
Pour la psychologue néerlandaise, la simple notification agit comme un interrupteur mental : elle court-circuite les bonnes résolutions et relance le geste automatique de prendre le téléphone.
La pression de l’entourage joue aussi un rôle. Dans un contexte où tout le monde répond rapidement aux messages, certains conducteurs craignent de paraître négligents ou impolis s’ils laissent un proche ou un collègue attendre. Pol souligne que l’environnement social peut ainsi peser davantage que la volonté individuelle de rester concentré sur la route.
Pourquoi le danger ne « se sent » pas vraiment
L’autre ressort mis en avant par la psychologue concerne la perception du risque. Les études de comportement montrent que l’être humain supporte mal les dangers abstraits, ceux qu’il ne voit pas directement.
Metro rapporte que, selon Mariëtte Pol, une majorité d’automobilistes sait intellectuellement que l’usage du téléphone en conduisant est dangereux, mais n’intègre pas cette menace comme une possibilité réelle pour soi. Elle évoque un sentiment très répandu : « cela n’arrive qu’aux autres ».
Le danger reste lointain tant qu’aucun accident n’a lieu dans l’entourage immédiat. Le conducteur, lui, voit surtout les fois où il a consulté son écran sans incident visible. Il en tire, souvent inconsciemment, la conclusion que « ça passe ». Ce biais renforce encore l’habitude et banalise le comportement.
Le risque lié au téléphone au volant est bien connu en théorie, mais perçu comme abstrait et lointain, ce qui réduit la motivation à changer durablement de comportement.
Le mythe du multitâche : ce que le cerveau ne sait pas faire
Un autre point central de l’analyse de Mariëtte Pol concerne la confiance excessive dans ses propres capacités. Beaucoup de conducteurs sont persuadés de « bien gérer » la situation, même avec un téléphone en main.
La psychologue rappelle qu’en réalité, le cerveau humain ne sait pas mener plusieurs tâches complexes en même temps. Ce que nous appelons communément « multitâche » n’est, selon elle, qu’une succession de basculements rapides entre différentes actions : suivre la route, lire un message, répondre, revenir au trafic.
Or chaque basculement demande un temps d’adaptation. Tant que le regard est sur l’écran, la route n’est plus surveillée. Même après avoir relevé les yeux, il faut quelques instants pour retrouver une perception complète de la circulation. La capacité d’anticipation se réduit, les erreurs de jugement augmentent.
Metro cite l’avertissement de Pol : cette simple perte de quelques secondes peut faire la différence dans une situation critique, par exemple si un piéton traverse soudainement ou si un véhicule freine brusquement. Le conducteur pense pourtant garder le contrôle, car il n’a pas conscience de l’effort cognitif demandé par ces allers-retours d’attention.
Pour la psychologue néerlandaise, chaque seconde passée à regarder le téléphone efface temporairement la route. Le temps de récupérer une attention complète peut coûter cher en cas d’imprévu.
Un sentiment de maîtrise qui masque le risque réel
Au cœur du problème se trouve, selon Mariëtte Pol, cette impression faussée de maîtrise : chacun se voit comme un bon conducteur, capable de gérer plusieurs choses à la fois. Dans les faits, ce sentiment ne correspond pas à la réalité.
Elle souligne, dans les propos rapportés par Metro, que les automobilistes ne voient pas comment leur comportement oblige parfois les autres usagers à s’adapter, par exemple en freinant plus tôt, en anticipant une trajectoire hésitante ou en gardant davantage de distance. Le danger, alors, ne se lit pas directement depuis le siège du conducteur distrait.
Le risque est ainsi minimisé de façon structurelle. Même confronté à des messages de prévention, le conducteur a tendance à penser qu’ils s’adressent aux « imprudents », pas à lui. D’où la difficulté, pour les campagnes de sécurité routière, à provoquer un véritable changement de comportements.
Pourquoi la seule répression ne suffit pas
Face aux chiffres élevés d’infractions, les autorités néerlandaises misent clairement sur la répression. Mais Mariëtte Pol rappelle, toujours citée par Metro, que la sanction ne suffit pas à elle seule à enrayer une habitude aussi ancrée.
Elle juge la prise de conscience tout aussi nécessaire. Les comportements en cause sont largement automatiques : on décroche le téléphone presque sans y penser. Le simple fait de savoir qu’on risque une forte amende ne suffit pas à désactiver ce réflexe, surtout si la probabilité d’être contrôlé est perçue comme faible.
Pour briser cette mécanique, la psychologue plaide, selon Metro, pour un travail en profondeur sur les habitudes : modifier la manière dont les conducteurs organisent leur trajet, leur relation aux messages et à la disponibilité permanente. L’idée est de rendre le geste « normal » non pas de répondre tout de suite, mais d’attendre un moment sûr.
Quelques leviers concrets évoqués par les spécialistes
- Couper les notifications non urgentes avant de prendre le volant.
- Utiliser le mode « conduite » ou « ne pas déranger » proposé par certains smartphones.
- Prévenir ses proches qu’on ne répond pas aux messages pendant un trajet.
- Installer le téléphone hors de portée de la main pour éviter le réflexe.
- Planifier des pauses régulières sur les longs parcours pour consulter les messages.
Ces pistes ne figurent pas toutes dans l’article de Metro, mais s’inscrivent dans la logique décrite par Mariëtte Pol : diminuer les déclencheurs et rendre l’usage du téléphone moins automatique.
Ce que dit la situation française sur le téléphone au volant
Pour un lecteur français, le cas néerlandais résonne fortement. En France aussi, l’usage du téléphone en conduisant est interdit, que ce soit pour appeler en tenant l’appareil, pour envoyer des messages ou pour consulter les réseaux sociaux.
Le Code de la route français prévoit des contraventions et un retrait de points en cas de téléphone tenu en main au volant. Les forces de l’ordre disposent, comme aux Pays-Bas, de moyens de contrôle variés : patrouilles, jumelles, véhicules banalisés, parfois même des opérations ciblées sur les axes très fréquentés.
La logique française rejoint d’ailleurs celle décrite par Metro : la répression se veut dissuasive, mais les autorités insistent aussi sur la pédagogie. Les campagnes de la Sécurité routière rappellent régulièrement que le simple fait de lire un message fait parcourir des dizaines de mètres « à l’aveugle » sur autoroute.
Les ressorts psychologiques mis en lumière aux Pays-Bas semblent transposables : sous-estimation du danger, illusion de maîtrise, croyance dans le multitâche, pression sociale pour répondre vite. En France, les messages de prévention tentent justement de rendre ce risque plus concret par des mises en scène d’accidents, de témoignages de victimes ou de proches.
Un risque technique souvent mal compris : l’attention visuelle et mentale
Beaucoup de conducteurs pensent réduire le danger en « jetant un coup d’œil rapide » à leur écran ou en utilisant uniquement des commandes au volant. Pourtant, la question ne se limite pas à l’endroit où se pose le regard.
Les spécialistes de la sécurité routière distinguent l’attention visuelle et l’attention mentale. On peut avoir les yeux sur la route, mais l’esprit focalisé sur la rédaction d’un message ou sur une conversation compliquée. Dans ce cas, la perception des indices de danger diminue nettement, même sans regarder l’écran.
Ce phénomène explique pourquoi certains conducteurs ne se souviennent plus d’un tronçon de route parcouru quelques secondes auparavant. Leur cerveau était occupé ailleurs. C’est précisément ce que décrit Mariëtte Pol lorsqu’elle parle du temps nécessaire pour « revenir » complètement à la circulation après avoir consulté son téléphone.
| Situation | Ce qui se passe pour le conducteur |
|---|---|
| Lecture d’un message | Regard et attention mentale quittent la route pendant plusieurs secondes. |
| Retour sur la circulation | Temps de réadaptation avant de percevoir l’ensemble des dangers potentiels. |
| Surprise (freinage, piéton, obstacle) | Réaction retardée, distance de freinage allongée et manœuvres plus brusques. |
Comprendre ce mécanisme aide à saisir pourquoi, comme le répète la psychologue néerlandaise, une seule notification peut suffire à créer une situation à risque. L’enjeu dépasse la simple question de « faire attention » : il touche à la façon dont notre cerveau fonctionne réellement en situation de conduite.









