« Je suis grosse », « je ne peux pas manger » : ce que vos enfants retiennent vraiment quand vous critiquez votre corps devant eux, selon une psychologue
Aux États-Unis, une psychologue alerte sur l’impact des phrases comme « je suis grosse » ou « je ne peux pas manger » sur l’image corporelle des enfants.
Dans un entretien relayé par le média américain NBC, la psychologue Jennifer Flórez explique comment les remarques négatives des parents sur leur propre corps marquent profondément leurs enfants. Elle détaille les comportements que ces derniers risquent d’imiter, les signaux d’alerte à surveiller et les façons de modifier le discours à la maison pour limiter les dégâts.
Quand les parents se critiquent, les enfants s’observent
Selon Jennifer Flórez, les phrases du type « je suis grosse », « je ne peux pas manger ça » ou « je dois absolument maigrir » ne restent jamais sans effet. Même lorsque les parents pensent simplement se confier ou « dire la vérité », les enfants, eux, enregistrent un message puissant : le corps doit être jugé, contrôlé, corrigé.
Les enfants n’entendent pas seulement des mots. Ils apprennent que la valeur d’une personne se mesure à son poids, à la taille de ses cuisses ou à ce qu’elle mange.
La psychologue rappelle que les plus jeunes n’ont pas le recul d’un adulte. Ils prennent au pied de la lettre les commentaires de leurs parents, surtout lorsqu’ils sont répétés au quotidien, devant le miroir, à table ou en faisant du shopping.
Ce que l’enfant comprend vraiment en entendant « je suis grosse »
D’après Jennifer Flórez, un enfant qui entend régulièrement son parent dire « je suis grosse » peut associer plusieurs idées :
que grossir est une faute ou un échec personnel ;
que la valeur d’une personne dépend de son apparence ;
que certains aliments sont « interdits » s’il veut être aimé ou accepté ;
que se regarder dans un miroir sert d’abord à se critiquer.
Si l’enfant a un corps qui ne correspond pas aux standards valorisés à la maison, il peut rapidement se sentir « mauvais » ou « pas assez bien ». Même s’il ne le dit pas, le message s’imprime.
Des comportements à risque que les enfants peuvent imiter
Dans l’entretien cité par NBC, Jennifer Flórez décrit plusieurs conduites que les enfants risquent de reproduire lorsqu’ils sont exposés à un discours parental très critique sur le corps ou l’alimentation.
Régimes précoces et obsession de la balance
Un enfant qui voit sans cesse un parent se peser, commenter son poids ou entamer des régimes restrictifs peut adopter très tôt ces mêmes réflexes. Il peut :
se peser fréquemment en cachette ;
compter ce qu’il mange ;
se comparer à ses camarades sur la taille, le ventre, les cuisses ;
refuser certains aliments par peur de grossir.
Lorsqu’un parent répète « je ne peux pas manger ça », l’enfant peut finir par croire qu’il doit lui aussi se méfier de chaque bouchée.
Pour la psychologue, ce climat alimente un rapport anxieux à la nourriture et augmente le risque de conduites alimentaires désordonnées plus tard.
Vergogne du corps et retrait social
Jennifer Flórez met également en garde contre la honte du corps transmise sans en avoir conscience. Un parent qui se cache pour se changer, refuse d’aller à la plage par peur du regard des autres ou critique son apparence sur chaque photo envoie un message silencieux mais très clair.
L’enfant peut alors :
refuser les activités sportives ou les sorties piscine avec l’école ;
éviter de se montrer en short, maillot ou tenue de sport ;
supprimer des photos de lui où il se trouve « moche » ;
se dévaloriser en se regardant dans le miroir.
La psychologue souligne que ces comportements peuvent passer pour de la « pudeur » ou de la timidité, alors qu’ils traduisent parfois une véritable souffrance liée au corps.
Les signaux d’alerte à ne pas ignorer
Interrogée par NBC, Jennifer Flórez évoque plusieurs signaux qui doivent amener les parents à s’interroger sur le rapport de leur enfant à son corps et à la nourriture.
Changements d’alimentation et discours inquiétants
Parmi les signes à surveiller :
un enfant qui élimine soudainement des groupes alimentaires entiers sans raison médicale ;
un discours répétitif du type « je suis trop gros », « je suis moche », « je dois maigrir » ;
une peur marquée de certains aliments présentés comme « qui font grossir » ;
une forte culpabilité après avoir mangé un dessert ou un plat apprécié.
Quand un enfant commence à parler de lui avec les mêmes mots durs que ses parents utilisent pour eux-mêmes, la sonnette d’alarme doit se déclencher.
Isolement et repli sur soi
La psychologue mentionne aussi des comportements plus discrets : refus persistant des repas en famille, isolement dans la chambre au moment du goûter, inquiétude excessive autour des vêtements et de la taille choisie. Ces attitudes, mises bout à bout, peuvent révéler un malaise profond.
Comment changer le message à la maison
Jennifer Flórez insiste sur un point : il ne s’agit pas de faire semblant d’adorer son corps si ce n’est pas le cas, mais de transformer la façon d’en parler devant les enfants.
Passer du jugement à la fonctionnalité
La psychologue recommande de déplacer le regard du parent sur ce que le corps permet de faire, plutôt que sur ce qu’il « devrait » être. Par exemple :
remplacer « je déteste mon ventre » par « mon corps m’aide à marcher, travailler, jouer avec toi » ;
valoriser la force, l’endurance, la santé, plutôt que la minceur seule ;
parler d’équilibre alimentaire plutôt que de régime ou d’interdiction.
Changer quelques phrases du quotidien peut déjà alléger la pression ressentie par un enfant autour de son apparence.
Le parent peut aussi reconnaître ses propres difficultés – « j’essaie encore d’apprendre à aimer mon corps » – sans se dénigrer, pour montrer que ce sujet se travaille, sans honte.
Montrer un rapport serein à la nourriture
Jennifer Flórez encourage les parents à rétablir un climat plus apaisé autour des repas. Manger ensemble, proposer une alimentation variée, parler du plaisir de partager un plat plutôt que des calories, tout cela aide l’enfant à développer une relation plus équilibrée à la nourriture.
Il ne s’agit pas de nier les enjeux de santé, mais de les aborder en termes d’énergie, de force, de bien-être, plutôt qu’en termes de « bonne » ou de « mauvaise » silhouette.
Ce que cela implique pour les familles en France
Pour un lecteur français, les mécanismes décrits par Jennifer Flórez ne diffèrent pas de ce que constatent de nombreux psychologues de l’enfance et pédopsychiatres en France. Le regard très normé sur le corps, porté par les réseaux sociaux, la publicité ou certains programmes télévisés, renforce le poids des remarques familiales.
En France, les familles peuvent se tourner vers plusieurs interlocuteurs en cas d’inquiétude : médecin généraliste, pédiatre, psychologue, ou structures hospitalières spécialisées dans les troubles des conduites alimentaires. Ces professionnels peuvent aider à repérer si les comportements d’un enfant relèvent d’une simple préoccupation passagère ou d’un trouble plus installé.
Enjeu
Rôle des parents
Ressources possibles en France
Image du corps
Éviter l’auto-critique en continu, valoriser les capacités plutôt que la silhouette
Psychologue, centre médico-psychologique (CMP)
Alimentation
Installer des repas réguliers, sans discours culpabilisant
Médecin traitant, pédiatre, diététicien diplômé
Signaux d’alerte
Surveiller les changements brusques de comportement et les propos dévalorisants
Consultation spécialisée en hôpital ou en cabinet
Les principes mis en avant par la psychologue américaine restent transposables : limiter les commentaires négatifs sur son propre corps, interroger certaines habitudes de langage, et accepter de demander une aide professionnelle si la situation inquiète.
Un enjeu qui dépasse la seule question du poids
Au-delà du risque de troubles alimentaires, Jennifer Flórez rappelle que la façon dont un enfant apprend à regarder son corps influence sa confiance en lui, ses relations sociales et même sa façon d’aborder la sexualité plus tard. Un discours parental centré sur l’auto-dénigrement nourrit un sentiment général de ne jamais être « à la hauteur ».
À l’inverse, un environnement où le corps est perçu comme un allié, imparfait mais fonctionnel, et où la nourriture n’est pas systématiquement associée à la culpabilité, offre un socle plus solide pour l’estime de soi. Chaque phrase prononcée devant les enfants pèse alors un peu moins sur la balance, au profit d’un rapport au corps plus apaisé et plus durable.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Quels types de remarques parentales sur le corps impactent le plus les enfants?
Les phrases du type « je suis grosse », « je ne peux pas manger ça » ou « je dois absolument maigrir » laissent des empreintes profondes. Les enfants, qui n'ont pas le recul des adultes, prennent au pied de la lettre ces commentaires répétés quotidiennement et apprennent que le corps doit être jugé et contrôlé.
Quels sont les signaux d'alerte à surveiller chez un enfant?
Parmi les signaux importants figurent: l'élimination soudaine de groupes alimentaires entiers, un discours répétitif du type « je suis moche », une forte culpabilité après avoir mangé, le refus persistant de repas en famille et l'isolement au moment du goûter.
Comment les parents peuvent-ils changer leur discours sans mentir?
Il ne s'agit pas de faire semblant d'adorer son corps, mais de déplacer le regard sur ce que le corps permet de faire. Par exemple, remplacer « je déteste mon ventre » par « mon corps m'aide à marcher et jouer avec toi », valoriser la santé plutôt que la minceur seule, et créer un climat serein autour des repas.
Quel impact peuvent avoir les régimes des parents sur les enfants?
Un enfant qui voit régulièrement un parent se peser, commenter son poids ou faire des régimes restrictifs peut se peser fréquemment en cachette, compter ses aliments, refuser certains aliments par peur de grossir et développer un rapport anxieux à la nourriture augmentant le risque de conduites alimentaires désordonnées.
Vers qui se tourner en France si on s'inquiète pour son enfant?
Les familles peuvent consulter un médecin généraliste, un pédiatre, un psychologue ou des structures hospitalières spécialisées dans les troubles des conduites alimentaires pour déterminer si les comportements relèvent d'une préoccupation passagère ou d'un trouble plus installé.