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Porter des lunettes change le regard des autres sur vous : ce qu’une étude de 2011 a révélé sur l’intelligence et la confiance perçues

Portrait d'une personne portant des lunettes sans monture, visage de face en éclairage neutre, regard droit vers l'appareil photo.

Une recherche menée en Autriche en 2011 montre que de simples lunettes suffisent à modifier, en quelques secondes, la façon dont un visage est jugé.

Selon une série d’études relayées par le média économique indien Economic Times, le fait de porter ou non des lunettes, et le type de monture choisie, pèsent sur l’image d’intelligence, de fiabilité ou d’attractivité que renvoie un visage. Des travaux réalisés en Europe et au Moyen-Orient dessinent un paysage nuancé, où le même accessoire ne produit pas partout les mêmes effets.

Une étude de 2011 qui revisite le “stéréotype des lunettes”

Au cœur de ce sujet, on trouve une recherche menée par trois psychologues de l’université de Vienne, Helmut Leder, Christoph Forster et Gernot Gerger. Leur article, intitulé « The Glasses Stereotype Revisited », a été publié en 2011 dans la revue Swiss Journal of Psychology.

Les chercheurs autrichiens partent d’une idée bien connue : la figure de la personne « intello », voire « nerd », que l’on associe volontiers aux lunettes. Mais ils veulent vérifier, de façon rigoureuse, ce que ce cliché recouvre réellement, et jusqu’où il influence les jugements spontanés.

Quatre expériences et trois versions de chaque visage

Pour tester ces stéréotypes, l’équipe a conçu quatre expériences successives. Le principe reste le même : présenter les mêmes visages, mais avec trois variantes.

  • Sans lunettes
  • Avec des lunettes à monture complète
  • Avec des lunettes sans monture (dites “rimless”)

Les participantes et participants de cette étude européenne devaient évaluer ces visages selon plusieurs critères, notamment :

  • l’attractivité physique,
  • l’intelligence perçue,
  • la confiance inspirée par la personne.

Les chercheurs utilisaient aussi un dispositif de suivi oculaire, pour voir précisément où se portait le regard et comment il se déplaçait sur le visage.

Les lunettes, quelle que soit la monture, ont attiré le regard vers la région des yeux, zone clé de la lecture des émotions et de la sincérité.

Confiance renforcée, attractivité préservée : ce que les lunettes changent vraiment

Les résultats ne collent qu’en partie au cliché du “binoclard intelligent mais peu séduisant”. L’étude confirme certains aspects du stéréotype… et en infirme d’autres.

Les lunettes renforcent la fiabilité perçue

Les travaux de Leder et de ses collègues montrent que les lunettes modifient les jugements, notamment lorsqu’il s’agit de confiance. Un point ressort tout particulièrement : les montures sans bord marquent les esprits.

  • Les lunettes sans monture augmentent la confiance accordée au visage observé.
  • Cette hausse de la fiabilité perçue ne s’accompagne pas d’une baisse d’attractivité.

En clair, l’idée que « les lunettes font sérieux mais pas séduisant » n’est pas totalement confirmée. Le versant « sérieux, intelligent, digne de confiance » ressort, mais sans effet négatif systématique sur l’attrait physique du visage.

Selon l’étude autrichienne, les lunettes, en particulier les modèles sans monture, renforcent les impressions d’intelligence et de fiabilité sans rendre les visages moins attirants.

Un effet surprenant sur la mémoire des visages

Les chercheurs notent un résultat plus inattendu : les visages portant des lunettes sans monture se révèlent plus difficiles à reconnaître ensuite.

Lors d’exercices de reconnaissance, les personnes testées parvenaient moins bien à associer ces visages à ceux déjà vus. Les lunettes sans monture semblaient lisser les différences et rendre les traits moins distinctifs.

Autrement dit, ce type de monture peut aider à paraître fiable, tout en faisant davantage « se fondre dans la masse ». Un paramètre loin d’être anodin lorsqu’on cherche, par exemple, à marquer les esprits lors d’un entretien d’embauche ou d’une réunion professionnelle.

Quand les lunettes influencent aussi la politique

L’étude autrichienne ne suffit pas à elle seule à tirer des règles générales. Economic Times rappelle qu’elle repose sur une série de visages et un panel de participants européens. Ses conclusions ne peuvent donc pas, à elles seules, valoir loi universelle.

Mais ses résultats s’alignent avec d’autres recherches sur les premières impressions, notamment dans le champ politique. La chaîne américaine CNBC s’est par exemple fait l’écho d’un travail intitulé « You Can Leave Your Glasses on », mené par des chercheurs des universités de Cologne (Allemagne) et de Groningue (Pays-Bas), et publié dans la revue Social Psychology.

Dans ces expériences, des électrices et des électeurs devaient évaluer la compétence de candidats politiques dont ils ne savaient presque rien. Uniquement à partir de leur photo, avec ou sans lunettes.

Les candidats portant des lunettes étaient jugés plus compétents, alors même que les électeurs n’avaient aucune information sur leur programme ou leur bilan.

Selon la chercheuse Alexandra Fleischmann, qui a dirigé cette étude, cet effet était attendu : des travaux antérieurs avaient déjà associé la compétence perçue à de meilleurs résultats lors d’élections au Congrès américain.

L’économiste Olga Shurchkov, du Wellesley College, citée par CNBC, nuance toutefois la portée de ce phénomène. Pour elle, ce type de jugement rapide joue surtout lorsque les électeurs disposent de très peu d’informations. Dès que le comportement réel, les prises de parole ou les décisions politiques sont connus, l’impact de cet « effet lunettes » diminue fortement.

Une perception très différente en Jordanie

Toutes les études ne racontent pas la même histoire. Economic Times rappelle ainsi un travail publié en mars 2022 dans la revue médicale Cureus par le chercheur AlRyalat et ses collègues, dans un contexte culturel très différent.

Dans cette étude, 517 étudiants de cinq universités jordaniennes, tous de culture arabe, ont évalué les photos de quatre personnes, avec et sans lunettes. Trois critères étaient observés : l’attractivité, la confiance et l’intelligence perçues.

À rebours des résultats européens, les visages sans lunettes ont reçu des scores significativement plus élevés en attractivité, confiance et intelligence que les mêmes visages avec lunettes.

Dans cet échantillon jordanien, les lunettes avaient donc un effet globalement négatif sur la perception des personnes qui en portent, et non l’inverse. Ce contraste montre que les stéréotypes liés aux lunettes ne sont pas universels.

Culture, normes esthétiques locales, représentations sociales des porteurs de lunettes… de nombreux facteurs peuvent inverser totalement l’effet observé d’un pays à l’autre.

Ce que cela implique pour un lecteur en France

Pour une personne vivant en France, ces résultats ne s’appliquent pas mécaniquement, mais ils donnent des pistes sur le fonctionnement des premières impressions.

La France partage de nombreux codes visuels avec d’autres pays européens. On peut donc raisonnablement penser que l’effet « lunettes = sérieux, compétence, fiabilité » y existe aussi, au moins en partie, dans les contextes professionnels ou académiques. Les clichés du « bon élève à lunettes » ou de l’« expert » en sont une illustration fréquente.

Dans les secteurs où l’image compte, comme le recrutement, la communication, la politique locale ou les services à la clientèle, ces signaux visuels peuvent peser sur un premier ressenti :

  • photo de profil sur un site professionnel ou sur LinkedIn,
  • portrait sur un programme électoral,
  • photo utilisée pour un trombinoscope d’entreprise ou un site de cabinet (avocats, médecins, consultants, etc.).

En France, aucun texte de loi ni aucune règle de recrutement ne fait bien sûr référence aux lunettes. Mais ces recherches rappellent que des signes apparemment neutres entrent malgré tout en jeu dans des choix très concrets, parfois à l’insu même des personnes qui jugent.

Comment utiliser ces résultats dans la vie quotidienne

Les psychologues cités par Economic Times mettent en garde contre la tentation de « manipuler » son image à coups de montures stratégiques. Pour eux, les lunettes participent à la communication non verbale, mais ne remplacent ni les compétences réelles ni le comportement.

Les lunettes peuvent orienter le premier regard, pas soutenir un personnage de façade sur la durée.

Pour une personne qui alterne entre lentilles et lunettes, ces résultats peuvent en revanche guider quelques choix concrets :

  • Pour un entretien d’embauche en visioconférence, des lunettes discrètes peuvent renforcer une impression de sérieux et attirer le regard sur les yeux.
  • Pour un rendez-vous où l’on souhaite paraître plus décontracté ou séduisant, l’absence de lunettes ou une monture très légère pourra, selon les contextes culturels, modifier subtilement la perception.
  • Pour qui craint d’être trop « effacé », certaines montures marquées (couleurs, épaisseur) peuvent aussi aider à rendre le visage plus mémorisable que les modèles sans bord.

Ce que disent les psychologues des premières impressions

Au-delà des lunettes, ces travaux s’inscrivent dans un champ plus large : l’étude des jugements éclair, formés en quelques fractions de seconde à partir de détails visuels. Les psychologues parlent parfois d’« effets de halo » : une caractéristique visible (lunettes, coiffure, tenue) colore l’ensemble du jugement porté sur une personne.

Élément visuel Effet fréquent sur la première impression
Lunettes (en contexte européen) Intelligence, sérieux, fiabilité accrus
Monture marquée Visage plus distinctif, style affirmé
Monture sans bord Regard dirigé vers les yeux, confiance renforcée, visage plus discret
Absence de lunettes Perception plus variable selon les cultures, parfois jugée plus attirante

Ces associations ne sont ni automatiques ni définitives. Elles varient selon le pays, l’âge, le milieu social ou encore le genre de la personne évaluée. Elles montrent toutefois que, pour un lecteur en France comme ailleurs, choisir de porter ses lunettes ou non, et choisir sa monture, revient aussi à choisir le message implicite que l’on envoie aux autres au premier regard.

Questions fréquentes

Quel type de monture a l'impact le plus fort sur la perception ?

Les lunettes sans monture (rimless) produisent l'effet le plus marqué, en particulier pour augmenter la perception de confiance et de fiabilité. Elles attirent davantage le regard vers la région des yeux, zone clé pour la lecture des émotions et de la sincérité.

Les lunettes rendent-elles moins séduisant ?

Non, selon l'étude autrichienne. Les lunettes renforcent la perception d'intelligence et de fiabilité sans diminuer l'attractivité physique. Le cliché du « binoclard sérieux mais peu séduisant » n'est donc que partiellement confirmé.

Ces résultats s'appliquent-ils partout dans le monde ?

Non. Une étude jordanienne de 2022 montre l'effet inverse : les visages sans lunettes y reçoivent des scores plus élevés en attractivité, confiance et intelligence. Les stéréotypes liés aux lunettes varient selon la culture et les normes esthétiques locales.

L'effet des lunettes influence-t-il les résultats électoraux ?

Dans les contextes où les électeurs ont très peu d'informations, les candidats portant des lunettes sont jugés plus compétents. Cependant, cet effet s'atténue fortement dès que le comportement, les prises de parole ou les décisions politiques réelles sont connus.

Pourquoi les visages avec lunettes sans monture sont-ils plus difficiles à reconnaître ?

Les lunettes sans monture semblent lisser les différences faciales et rendre les traits moins distinctifs. Cela crée un paradoxe : elles augmentent la fiabilité perçue tout en faisant davantage « se fondre dans la masse ».
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