Très utilisée dans les mails professionnels en France, la formule « Je reviens vers vous » vient d’être sèchement recadrée par l’Académie française.
L’expression, devenue quasi automatique dans les échanges au travail, est en réalité jugée fautive par la doyenne des institutions linguistiques. L’Académie française, citée ici via une fiche publiée sur son site, explique pourquoi cette tournure importée de l’anglais pose problème et propose plusieurs alternatives jugées correctes en français.
Pourquoi « Je reviens vers vous » est jugé incorrect
Sur son site consacré aux anglicismes et néologismes, l’Académie française s’attaque à cette formule omniprésente dans les mails et les échanges au bureau. Pour les académiciens, l’expression « Je reviens vers vous », utilisée à la place de « Je reprends contact avec vous » ou « Je reprends notre sujet », est tout simplement « incorrecte ».
La raison avancée est claire : il s’agit d’un « anglicisme », autrement dit d’une traduction trop littérale d’une expression anglaise. En l’occurrence, « Je reviens vers vous » calque directement l’anglais I’ll get back to you, très courant dans les échanges professionnels anglo-saxons.
L’Académie française considère « Je reviens vers vous » comme un anglicisme fautif, né d’une traduction littérale de l’anglais.
Pour l’institution, cette démarche de copier-coller depuis l’anglais mène à une tournure qui ne respecte pas l’usage traditionnel du français. Le verbe « revenir », en français, décrit d’abord un mouvement physique ou un retour vers un lieu, et non un simple fait de reprendre un échange ou un dossier. D’où ce rappel à l’ordre linguistique.
Un « tic de langage » nourri par les mails professionnels
L’Académie française ne se contente pas de qualifier l’expression d’anglicisme. Elle note que « Je reviens vers vous » est devenu un véritable « tic de langage ». Autrement dit, une formule répétée machinalement, sans réflexion sur son sens réel ni sur son adéquation au français.
Cette tournure envahit aujourd’hui :
les e-mails de bureau (« Je reviens vers vous dès que j’ai un retour », « Je reviens vers vous concernant votre demande ») ;
les échanges entre services d’une même entreprise ;
la relation client, dans les réponses de services après-vente ou de supports techniques ;
les courriers administratifs et même certains courriels institutionnels.
Son succès vient en partie de sa neutralité et de sa souplesse : elle semble convenir à presque toutes les situations, du simple suivi de dossier à la reprise d’une négociation. C’est précisément ce caractère passe-partout que les académiciens cherchent à corriger, en rappelant qu’il existe des formulations plus précises et plus conformes à la syntaxe française.
Les formulations recommandées par l’Académie française
Face à cette expression jugée fautive, l’Académie ne se contente pas de critiquer. Elle propose plusieurs tournures simples et idiomatiques pour remplacer « Je reviens vers vous » dans un contexte professionnel.
Pour reprendre un contact ou un sujet, l’Académie recommande d’utiliser « Je reprends contact avec vous », « Je reprends notre échange » ou « Je reprends votre dossier ».
Parmi les alternatives jugées correctes, l’institution cite notamment :
On dit
On ne dit pas
Je reprends notre échange, votre dossier, votre question
Nous reprenons notre conversation
Je reviens vers vous
Nous revenons vers vous
L’Académie évoque aussi d’autres formulations possibles, comme :
« Je reprends contact avec vous » ;
« Je me permets de vous recontacter » ;
« Je me tourne à nouveau vers vous » ;
« Revenons à notre affaire » ou « revenons à notre sujet » pour une reprise de discussion en présence de l’interlocuteur.
Ces expressions présentent l’avantage de préciser la nature de l’action : repréciser un dossier, relancer un interlocuteur, poursuivre un échange. Elles évitent le flou créé par « revenir vers quelqu’un », qui sonne naturel à l’oreille francophone, mais reste un calque étranger.
Comment adapter concrètement ses mails au travail
Pour un salarié ou un cadre en France, ce rappel de l’Académie française peut sembler anecdotique. Il touche pourtant au cœur de la communication professionnelle écrite, devenue centrale avec la généralisation du mail.
Dans les faits, remplacer « Je reviens vers vous » ne demande qu’un léger effort de reformulation. Il suffit de préciser ce que l’on fait réellement :
Si l’on donne une réponse attendue : « Je vous réponds au sujet de… », « Je vous écris concernant… » ;
Si l’on reprend un dossier en suspens : « Je reprends votre dossier », « Je relance notre échange à propos de… » ;
Si l’on promet de répondre plus tard : « Je vous recontacterai », « Je vous apporterai une réponse ».
Remplacer « Je reviens vers vous » consiste surtout à dire clairement ce que l’on fait : répondre, relancer, reprendre un dossier ou un échange.
Pour un lecteur français, suivre ces recommandations peut présenter un double intérêt : soigner son image écrite au travail et mieux respecter les nuances du français. Dans certains milieux où la langue est particulièrement surveillée – institutions, enseignement, communication – cette attention aux tournures peut même devenir un critère implicite de professionnalisme.
Ce que cela dit de notre rapport aux anglicismes en France
L’intervention de l’Académie française sur cette formule s’inscrit dans une longue série de mises en garde contre les emprunts trop rapides à l’anglais. Dans son espace « Anglicismes & Néologismes », l’institution passe régulièrement au crible les tournures qui s’imposent dans le langage courant sous l’influence du monde professionnel ou du marketing.
« Je reviens vers vous » illustre un phénomène particulier : ce ne sont plus seulement des mots isolés qui passent de l’anglais au français (comme « mail » ou « deadline »), mais des structures entières de phrases, voire des expressions figées. Ces calques s’installent d’autant plus facilement qu’ils s’inscrivent dans la communication écrite rapide, où l’on réutilise des formules toutes faites pour gagner du temps.
Pour l’Académie, cette tendance n’est pas neutre. Elle modifie progressivement les habitudes d’expression et brouille les repères, surtout pour ceux qui apprennent le français ou qui ne maîtrisent pas les nuances entre les verbes « revenir », « reprendre », « contacter » ou « recontacter ».
Que dit la norme linguistique en France ?
En France, l’Académie française n’a pas de pouvoir contraignant, mais elle joue un rôle de référence pour la norme écrite. Ses recommandations sont souvent prises en compte :
dans les administrations, lorsqu’il s’agit de rédiger des courriers types ;
dans l’enseignement, notamment dans les manuels et les programmes de français ;
dans certains médias ou maisons d’édition, qui cherchent à respecter une langue soignée.
Pour un salarié ou un indépendant, suivre cette ligne revient à aligner sa pratique écrite sur la norme dite « soignée ». En d’autres termes, personne ne sera sanctionné légalement pour avoir écrit « Je reviens vers vous », mais un recruteur, un supérieur hiérarchique ou un client attentif au style pourra juger la formulation maladroite ou peu professionnelle.
Quelques repères pour mieux choisir ses formules
Pour éviter les calques linguistiques et les tournures imprécises, certains réflexes simples peuvent aider :
se demander ce que l’on fait concrètement : répondre, rappeler, reprendre, relancer ;
privilégier les verbes français précis (« répondre », « rappeler », « relancer », « poursuivre ») plutôt que des tournures vagues ;
garder à l’esprit que beaucoup d’expressions professionnelles récentes viennent de l’anglais et peuvent être remplacées par un équivalent français.
Dans le cas précis de « Je reviens vers vous », penser « Je vous réponds » ou « Je vous recontacte » suffit à trouver une alternative nette et immédiate. Cette précision rend souvent le message plus clair aussi pour le destinataire, qui comprend mieux la nature de la démarche.
Enfin, ce type de recommandation montre que la langue professionnelle évolue vite, sous l’influence d’outils comme le mail ou la messagerie instantanée. Prendre l’habitude de vérifier certaines formules auprès de sources comme l’Académie française permet d’éviter que des « tics de langage » ne remplacent progressivement les tournures idiomatiques du français.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi l'Académie française considère-t-elle « Je reviens vers vous » comme incorrect ?
Parce que c'est un anglicisme, une traduction littérale de l'anglais « I'll get back to you ». En français, le verbe « revenir » décrit un mouvement physique ou un retour vers un lieu, non un simple reprise d'échange. Cette formule ne respecte pas l'usage traditionnel du français.
Quelles sont les meilleures alternatives proposées par l'Académie ?
Selon le contexte : « Je reprends contact avec vous », « Je reprends notre échange », « Je reprends votre dossier », « Je me permets de vous recontacter », « Je me tourne à nouveau vers vous », « Revenons à notre sujet ». Ces expressions précisent la nature réelle de l'action.
Est-ce grave d'utiliser « Je reviens vers vous » dans un mail professionnel ?
Techniquement, ce n'est pas une sanction légale, mais c'est considéré comme une faute de langue. Dans certains milieux comme les institutions, l'enseignement ou la communication, soigner son expression écrite peut devenir un critère implicite de professionnalisme.
Pourquoi cette expression s'est-elle généralisée en France ?
Elle s'est imposée à travers la communication écrite rapide (emails) et les environnements de travail anglophones. Son caractère passe-partout, qui semble convenir à presque toutes les situations, a favorisé sa réutilisation automatique comme formule toute faite.
L'Académie française peut-elle obliger les Français à suivre ses recommandations ?
Non, l'Académie n'a pas de pouvoir contraignant, mais elle joue un rôle de référence pour la norme écrite. Ses recommandations sont généralement suivies dans l'administration, l'enseignement, les médias et certaines maisons d'édition.