Sur certaines routes d’Espagne, de mystérieux cercles blancs apparaissent dans les virages serrés. Ils visent un public très précis : les motards.
Sur plusieurs routes secondaires espagnoles, notamment en Catalogne, des cercles blancs sont désormais peints sur la chaussée. Cette expérimentation, menée par la Direction générale du trafic (DGT), intrigue les automobilistes mais intéresse surtout les conducteurs de deux-roues, rapporte le site spécialisé Motorpasión. L’objectif affiché : réduire la forte mortalité des motards sur les routes conventionnelles.
Un dispositif né de la forte mortalité des motards en Espagne
Selon les données mises en avant par Motorpasión, entre 75 % et 80 % des accidents mortels impliquant des motards en Espagne surviennent sur des routes conventionnelles, c’est-à-dire hors autoroutes et voies rapides. Dans 46 % de ces drames, la cause principale reste la sortie de route.
Les autorités espagnoles cherchent donc à sécuriser les virages, souvent piégeux pour les deux-roues, en particulier sur les routes secondaires et les cols de montagne. C’est dans ce cadre qu’a été lancé, l’an dernier, un projet pilote baptisé « guidage dans la trajectoire » sur certaines routes de Catalogne.
Ce dispositif vise à guider visuellement la trajectoire idéale du motard pour limiter les sorties de route et l’invasion de la voie en sens inverse.
Devant les premiers retours jugés encourageants, la DGT a commencé à étendre ces marquages à d’autres routes espagnoles, toujours dans une logique de test.
À quoi servent exactement ces cercles blancs peints dans les virages ?
Les nouveaux marquages prennent la forme de cercles, d’anneaux ou parfois d’ovales tracés au sol, à l’intérieur de la voie de circulation, dans les zones de virages serrés. Ils ne sont pas systématiques, mais ciblent les courbes considérées comme les plus à risque, notamment là où les motards ont tendance à se « jeter » dans le virage ou à couper la trajectoire.
Le principe est simple : lorsque le motard aborde le virage, il doit garder ses roues à l’extérieur de ces cercles. Autrement dit, la moto ne doit pas rouler dessus. L’intérêt n’est pas de limiter la machine elle-même, mais d’éviter que la tête ou le buste du conducteur ne passent trop près, voire ne dépassent dans la voie opposée.
En gardant les roues en dehors des cercles, le motard réduit le risque que son corps ne bascule sur la voie d’en face en cas d’inclinaison importante.
Ces repères se veulent donc une aide visuelle pour adopter une trajectoire plus sûre, sans modifier la conduite en profondeur ni imposer un nouveau code de la route. Ils s’apparentent à une règle pratique matérialisée directement sur l’asphalte.
Aucune amende, mais un repère de sécurité comme les « V » de distance
Motorpasión rappelle qu’entrer dans ces cercles ne constitue pas une infraction en Espagne. Un motard qui roule dessus ne risque pas de contravention. Le dispositif repose sur la pédagogie et l’incitation, pas sur la sanction.
Les autorités espagnoles le comparent volontiers aux chevrons ou marques en forme de « V » inversés déjà présents sur certaines routes pour aider à maintenir une distance de sécurité suffisante entre véhicules. Là aussi, ces marquages ne sont pas assortis d’une verbalisation automatique, mais servent de repère visuel simple à comprendre.
- Les cercles indiquent la zone à ne pas franchir avec les roues de la moto.
- Ils aident à anticiper la trajectoire en entrée de virage.
- Ils rappellent le risque d’empiéter sur la voie en sens inverse.
- Ils complètent les panneaux de limitation de vitesse et d’avertissement de virage.
L’idée centrale consiste à lutter contre deux phénomènes fréquents dans les courbes serrées : la sortie de route en extérieur de virage et l’invasion de la voie opposée, deux causes majeures d’accidents graves pour les motards.
Une mesure déjà testée en Autriche, au Luxembourg et en Slovénie
L’Espagne n’innove pas totalement. Motorpasión rappelle que ce type de marquage existe déjà depuis plusieurs années dans certains pays européens, en particulier au Luxembourg, en Autriche et en Slovénie, sur des routes de montagne ou des itinéraires prisés par les motards.
Ces pays ont mené leurs propres études d’efficacité. En Autriche, les autorités ont même certifié une baisse marquée de l’accidentalité des motards dans les zones équipées. Sur certains tronçons, les accidents de deux-roues auraient reculé jusqu’à 80 % après la mise en place de ces cercles blancs.
En Autriche, les cercles peints dans les virages les plus dangereux se sont accompagnés, sur certains secteurs, d’une chute pouvant atteindre 80 % des accidents impliquant des motards.
Ce chiffre concerne des zones bien précises et ne signifie pas que tous les accidents disparaissent. Il donne toutefois un ordre d’idée du potentiel de ces marquages lorsqu’ils s’inscrivent dans une démarche globale de sécurisation : limitation de vitesse adaptée, revêtement entretenu, glissières mieux protégées, campagnes de sensibilisation.
Le Luxembourg et la Slovénie suivent une logique similaire, en ciblant surtout les routes touristiques de montagne, souvent très fréquentées par les groupes de motards durant la belle saison.
Pourquoi ce guidage visuel peut changer la conduite en virage
Sur une moto, l’entrée de virage conditionne la suite de la trajectoire. Beaucoup d’accidents surviennent parce que le conducteur arrive trop vite, choisit un point de corde trop tôt ou se laisse déporter en sortie.
Les cercles blancs cherchent à corriger ces réflexes de manière très concrète :
Pour un conducteur chevronné, cette trajectoire est déjà connue et intégrée. Mais pour un motard occasionnel ou un conducteur qui sous-estime la vitesse d’un virage, ces repères peuvent servir de rappel immédiat, sans avoir à analyser la courbe ou se souvenir d’une formation théorique.
Un outil pédagogique, pas un substitut à la formation
Les cercles ne remplacent ni les stages de perfectionnement, ni l’apprentissage de la trajectoire de sécurité, largement enseignée dans les formations moto modernes. Ils prolongent ce travail directement sur la route, là où se produisent les erreurs.
Un instructeur en sécurité routière pourrait, par exemple, utiliser ces tronçons lors d’exercices pratiques pour montrer la différence de trajectoire entre un virage « coupé » et un virage négocié en gardant les roues hors des cercles.
Où en est la France sur la sécurité des motards dans les virages ?
En France, ce type précis de marquage par cercles blancs n’est pas généralisé sur le réseau routier. Les gestionnaires de voirie et les autorités misent plutôt sur d’autres leviers : panneaux d’avertissement renforcés, radars de contrôle de vitesse, amélioration des glissières de sécurité et campagnes de sensibilisation ciblant les deux-roues.
La notion de « trajectoire de sécurité » existe néanmoins bien dans la formation française. Elle est abordée lors du permis moto et lors de nombreux stages post-permis, notamment ceux proposés par des associations de motards ou par des organismes en lien avec la Sécurité routière.
En France, la trajectoire de sécurité reste surtout enseignée en formation et en stage, plus rarement matérialisée directement sur la chaussée.
Des dispositifs de marquage au sol spécifiques aux deux-roues existent déjà, comme certains pictogrammes rappelant la présence de motos sur des itinéraires fréquentés. Mais la matérialisation précise d’une trajectoire, comme en Espagne ou en Autriche, demeure ponctuelle et limitée à des expérimentations locales.
Rien n’interdit, à terme, que des collectivités françaises s’inspirent de l’exemple espagnol, si les résultats de la phase pilote menée par la DGT confirment une baisse nette de l’accidentalité. La gestion de la signalisation horizontale relève en grande partie des départements et des communes, qui peuvent adapter certains outils à leurs routes de montagne ou à leurs itinéraires touristiques.
Un marquage qui interpelle aussi les automobilistes
Les cercles blancs s’adressent en priorité aux motards, mais ils peuvent également rappeler aux automobilistes la présence fréquente de deux-roues sur ces itinéraires. Un conducteur de voiture qui aperçoit ces marquages comprend qu’il entre dans une zone à risque, où la prudence s’impose, en particulier dans les virages aveugles.
Pour un lecteur français habitué aux chevrons de distance de sécurité ou aux bandes rugueuses sur autoroute, ces cercles représentent une nouvelle façon d’utiliser la chaussée comme support de prévention. Ils montrent comment un simple dessin au sol peut influencer un comportement de conduite, notamment en jouant sur l’anticipation et la perception du danger.
Un exemple concret d’utilisation pour un motard
Un motard qui emprunte une route de col équipée de ces marquages peut les utiliser comme outil pratique au quotidien. En approchant d’un virage serré, il lève légèrement le regard, repère les cercles tracés au sol et ajuste sa position dans la voie pour garder les roues vers l’extérieur de ces anneaux.
Sans changer brutalement sa manière de conduire, il se retrouve naturellement à adopter une trajectoire plus large en entrée de courbe, à se pencher de manière plus contrôlée et à limiter l’empiètement sur la ligne médiane. Ce simple repère visuel peut compenser un excès d’optimisme sur la vitesse ou une mauvaise lecture de la courbe.
Ce type de dispositif illustre une tendance croissante en sécurité routière : s’appuyer sur des aides simples, peu coûteuses et faciles à comprendre pour réduire les comportements à risque, en particulier sur les routes secondaires où les motards payent souvent le plus lourd tribut. Pour les conducteurs français, ces cercles blancs observés en Espagne et en Autriche pourraient bien annoncer de nouvelles pistes de réflexion pour sécuriser, un jour, certains de nos propres virages de montagne.









