En 2007, un géologue australien repère depuis son bureau un cercle intrigant dans l’outback. Ce n’est que bien plus tard qu’il découvrira sa véritable nature.
Cette histoire racontée par le média scientifique anglophone Daily Galaxy se déroule en Australie occidentale, dans une région déjà largement cartographiée. Pourtant, un simple coup d’œil sur Google Earth va mener à l’identification d’un cratère d’impact météoritique passé inaperçu pendant des décennies, puis à dix ans d’enquêtes scientifiques pour en prouver l’origine.
Un géologue cherche du fer… et tombe sur un cercle parfait
En juillet 2007, Arthur Hickman, géologue au sein du Geological Survey of Western Australia, examine des images satellites à la recherche de gisements de minerai de fer. Un travail de routine, effectué à distance, qui consiste à scruter méthodiquement le paysage sur écran.
Au milieu des reliefs désertiques de la chaîne d’Ophthalmia, dans l’outback d’Australie occidentale, une forme inhabituelle attire son attention : un cercle presque parfait, découpé dans une zone reculée. Rien, à première vue, qui ressemble à une structure géologique banale.
En consultant Google Earth pour repérer du minerai de fer, Arthur Hickman remarque alors une structure circulaire « presque parfaite » qui le frappe immédiatement.
Hickman ne cherche pas des cratères, seulement du fer. Mais son œil de géologue détecte rapidement que cette forme n’a rien de courant. Il comprend que l’image mérite une vérification sur le terrain, loin des écrans.
De Google Earth au terrain : la naissance du « Hickman Crater »
Plutôt que de se fier uniquement à Google Earth, Arthur Hickman envoie une capture d’écran et les coordonnées précises à un collègue, le géologue Andrew Glickson, basé à l’Australian National University. À lui de juger sur place ce que cache réellement ce cercle isolé dans le désert.
Glickson se rend donc dans la région, au nord de la ville minière de Newman, non loin de la mine Hope Downs 4. Sur le terrain, la structure se révèle bien réelle : un cratère circulaire bien préservé, passé sous les radars malgré des relevés cartographiques menés par le Geological Survey of Western Australia une vingtaine d’années plus tôt.
Les observations sur place confirment qu’il s’agit d’un cratère d’impact remarquablement conservé, jusque-là passé inaperçu dans une zone pourtant déjà cartographiée.
Ce cratère sera plus tard officiellement baptisé « Hickman Crater », en hommage au géologue qui l’a repéré depuis son bureau alors qu’il cherchait tout autre chose.
Un cratère modeste par la taille, mais précieux pour la science
Le Hickman Crater ne rivalise pas avec les cratères géants visibles depuis l’espace, mais il offre une mine d’informations pour les chercheurs. Son diamètre est d’environ 260 mètres, pour une profondeur d’une trentaine de mètres. Vu du ciel, il forme un anneau net, au milieu d’un paysage aride où rien ne laisse soupçonner une telle violence passée.
Les scientifiques estiment que l’impact remonte à une période comprise entre 10 000 et 100 000 ans, c’est-à-dire au cours du Pléistocène. Des travaux plus récents ont affiné cet âge autour de 50 000 ans. L’évènement est donc relativement récent à l’échelle des temps géologiques.
L’objet en cause serait une météorite de type fer-nickel, d’un diamètre compris entre 10 et 15 mètres. Pour un corps céleste, c’est petit. Pour la Terre, cela suffit à creuser un trou de plusieurs centaines de mètres et à laisser une marque durable dans le sous-sol australien.
- Diamètre du cratère : environ 260 mètres
- Profondeur : environ 30 mètres
- Âge estimé : autour de 50 000 ans (Pléistocène)
- Nature de l’objet : météorite fer-nickel de 10 à 15 mètres
- Localisation : chaîne d’Ophthalmia, Australie occidentale
Dix ans d’analyses pour prouver l’impact météoritique
Identifier une forme circulaire ne suffit pas pour conclure à un impact météoritique. Certains phénomènes géologiques peuvent produire des structures grossièrement rondes. Pour les chercheurs, la véritable question est donc : ce cratère a-t-il été creusé par une météorite ou par d’autres processus terrestres ?
C’est là qu’intervient un travail bien plus long, mené sur plusieurs années. Ce n’est qu’en 2012 que le Geological Survey of Western Australia, en collaboration avec l’entreprise minière Atlas Iron Ltd, lance une campagne de forage au centre du cratère. Objectif : prélever des échantillons du sous-sol pour analyser précisément sa composition.
La campagne de forage en 2012 met en évidence des niveaux élevés d’éléments « sidérophiles », marqueurs typiques d’un apport extraterrestre dans les roches d’impact.
Les carottes prélevées révèlent des concentrations anormalement élevées d’éléments sidérophiles, notamment l’iridium et le palladium. Ces métaux rares sont connus pour être bien plus abondants dans les météorites que dans la croûte terrestre. Leur présence renforcée au cœur du cratère, associée à sa morphologie, constitue un argument majeur en faveur d’un impact.
Les résultats sont présentés en 2017 lors d’un atelier de recherche en géosciences. Il aura donc fallu près d’une décennie entre le premier clic sur Google Earth et la validation scientifique du caractère météoritique du Hickman Crater.
Pourquoi l’iridium et le palladium comptent autant
Les éléments dits « sidérophiles » ont une forte affinité pour le fer et ont, lors de la formation de la Terre, migré pour une grande partie vers le noyau. Ils sont donc peu présents dans la croûte terrestre. Les météorites, en particulier celles riches en fer et en nickel, en contiennent en revanche des quantités bien plus importantes.
Lors d’un impact, une partie de cette matière extraterrestre se mélange aux roches de la croûte. Les géologues recherchent alors ces signatures chimiques anormales, comme l’enrichissement en iridium, pour confirmer qu’un cratère résulte bien d’un choc avec un objet venu de l’espace, et non d’une simple érosion ou d’un effondrement local.
Google Earth, un nouvel outil pour les géologues
Cette histoire illustre le rôle croissant des outils comme Google Earth dans le travail des géoscientifiques. À partir d’images satellitaires librement accessibles, un géologue peut repérer des structures suspectes, orienter des campagnes de terrain et, parfois, déboucher sur une découverte qui change la carte des impacts connus.
Des « découvertes de bureau » comme celle du Hickman Crater montrent comment un simple logiciel de cartographie peut révéler des traces d’évènements vieux de dizaines de milliers d’années.
Les géologues utilisent désormais régulièrement ces plateformes pour :
- cartographier des structures géologiques sur de vastes zones difficiles d’accès ;
- repérer des gisements potentiels de minerais ;
- identifier des traces d’anciens cours d’eau ou de failles ;
- détecter d’éventuels cratères d’impact encore inconnus.
Dans le cas du Hickman Crater, les images satellites ont été le point de départ. Les analyses de terrain et de laboratoire ont ensuite apporté la preuve nécessaire pour l’inscrire durablement dans la liste des cratères d’impact reconnus en Australie.
Et en France, où en est-on avec les cratères d’impact ?
La France métropolitaine ne possède pas d’équivalent direct aussi bien conservé que le Hickman Crater. Les reliefs y sont plus anciens et fortement érodés. Les éventuelles structures d’impact sont donc beaucoup plus difficiles à identifier à l’œil nu ou depuis l’espace.
Cela n’empêche pas la recherche. Des équipes de géologues et de planétologues français, en lien avec des organismes publics comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ou le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), s’intéressent aux traces potentielles d’impacts anciens. Elles combinent cartographie, analyses minéralogiques et études géophysiques pour remonter à ces évènements très anciens.
Les méthodes sont comparables à celles employées en Australie : observation à distance grâce aux données satellites, puis validation par des campagnes ciblées sur le terrain et en laboratoire. Les signatures chimiques et minéralogiques recherchées – comme l’iridium ou certaines déformations caractéristiques des minéraux – reposent sur les mêmes principes.
Ce que cette histoire change dans la façon de regarder la Terre
Le cas du Hickman Crater rappelle que des reliefs encore inconnus peuvent se cacher dans des régions déjà cartographiées. Une structure de 260 mètres de diamètre, située à quelques dizaines de kilomètres d’une ville minière et dans une zone étudiée, a pu rester inaperçue jusqu’en 2007.
Pour un lecteur, cette découverte montre aussi que l’observation à distance n’est pas qu’un passe-temps. Des logiciels accessibles au grand public peuvent servir de point de départ à de véritables travaux scientifiques, à condition d’être relayés par des spécialistes et par des enquêtes rigoureuses sur le terrain.
Elle met enfin en avant l’intérêt scientifique des météorites de type fer-nickel. Ces objets, même de taille modeste comme celui à l’origine du Hickman Crater, agissent comme des sondes naturelles de l’espace. En les étudiant, les chercheurs retracent autant l’histoire de la Terre que celle du système solaire, à partir d’un simple cercle aperçu un jour sur Google Earth par un géologue en quête de minerai de fer.









