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Des scientifiques ont étudié les personnes qui vivent jusqu’à 100 ans : ce n’est ni l’alimentation ni le sport, mais un trait de personnalité qui revient sans cesse

En Sardaigne, des chercheurs viennent de mettre en lumière un point commun intrigant chez les habitants qui dépassent les 100 ans.

Selon un article du site technologique américain Wonderful Engineering, des scientifiques italiens ont étudié les habitants d’une « zone bleue » de Sardaigne, connue pour sa forte proportion de centenaires. Leur travail pointe un facteur souvent sous-estimé de la longévité : non pas ce qu’ils mangent ou combien ils bougent, mais un trait de personnalité bien précis.

Une étude en Sardaigne, territoire de longévité exceptionnelle

Les chercheurs de l’université de Cagliari, en Italie, se sont intéressés à 125 adultes âgés de 71 à 101 ans vivant en Sardaigne, une île déjà célèbre pour la longévité de ses habitants. Une partie de cette région est classée parmi les « zones bleues », ces territoires où l’on trouve une concentration inhabituelle de personnes de plus de 100 ans.

Objectif des scientifiques : comprendre ce qui distingue psychologiquement ces seniors de leurs voisins, et en particulier de ceux qui ne vivent pas dans la zone bleue, mais dans des communes proches, au mode de vie apparemment comparable.

Les résultats, publiés dans l’International Journal of Applied Positive Psychology, réservent une surprise. Sur le plan de la santé perçue, les habitants de la zone bleue ne déclarent pas une qualité de vie liée à la santé nettement supérieure à celle des autres. En revanche, un écart net apparaît ailleurs : sur un trait de personnalité appelé « ouverture ».

Dans la zone bleue de Sardaigne, les personnes très âgées se distinguent surtout par un niveau d’ouverture bien plus élevé que leurs voisins.

Le trait qui revient chez les centenaires : l’ouverture

L’« ouverture » fait partie des « Big Five », les cinq grands traits de personnalité identifiés par la psychologie moderne : ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité et névrosisme. L’étude montre que les habitants de la zone bleue obtiennent systématiquement des scores plus élevés sur ce trait-là en particulier.

L’ouverture se traduit par :

  • une forte curiosité intellectuelle ;
  • un goût pour les nouvelles expériences ;
  • de la créativité et de l’imagination ;
  • une envie d’apprendre, d’essayer, de comprendre ;
  • une tolérance plus grande à la nouveauté et au changement.

Les chercheurs avancent une hypothèse : ces caractéristiques ne prolongent pas la vie directement, mais elles favoriseraient, au quotidien, des comportements bénéfiques pour un vieillissement en meilleure santé.

Plus l’ouverture est élevée, plus les personnes semblent enclines à rester actives mentalement, à cultiver des loisirs et à préserver un réseau social.

Des seniors plus curieux, plus actifs, mieux armés face aux difficultés

L’équipe de l’université de Cagliari ne s’est pas contentée de mesurer des traits de personnalité. Elle a aussi observé la façon dont les participants vivent, s’occupent et gèrent les aléas du quotidien.

Chez les habitants de la zone bleue, plusieurs points ressortent :

  • des capacités de gestion du stress jugées plus solides ;
  • une meilleure compétence émotionnelle, c’est-à-dire une capacité à comprendre et réguler leurs émotions ;
  • un temps plus important consacré à des activités de loisirs stimulantes sur le plan mental et parfois physique.

Dans l’ensemble de l’échantillon, ceux qui affichent les scores d’ouverture les plus élevés déclarent un meilleur bien-être psychologique et rapportent plus souvent la pratique régulière de hobbies.

Ces loisirs peuvent être variés : activités manuelles, musique, jeux de réflexion, engagement dans la vie associative, jardinage actif, par exemple. Le point commun reste la stimulation cognitive et sociale, loin d’un quotidien uniquement tourné vers la télévision ou l’inactivité.

D’autres traits de personnalité liés au bien-être des seniors

L’étude ne se limite pas à l’ouverture. Les chercheurs se sont aussi penchés sur les autres grands traits de personnalité. Là encore, plusieurs liens apparaissent :

  • La conscienciosité, associée à l’organisation, au sens du devoir et à la fiabilité, va de pair avec une satisfaction de vie plus élevée et de meilleures capacités de coping, c’est-à-dire de gestion des difficultés.
  • Le névrosisme, qui renvoie à la tendance à l’anxiété, à la rumination et aux émotions négatives, se révèle lié à une moins bonne qualité de vie liée à la santé.

Ces associations n’ont rien de mécanique, mais elles dessinent une tendance : un profil plus consciencieux, plus ouvert et moins névrosé semble aller de pair avec un vieillissement plus serein, au moins sur le plan psychologique.

La personnalité n’est pas un « ticket garanti » pour vivre plus longtemps

Les auteurs de l’étude, cités par Wonderful Engineering, restent prudents. Ils rappellent que la personnalité, à elle seule, ne décide pas de l’espérance de vie d’une personne. Il s’agit d’un facteur parmi d’autres, qui agit surtout par l’intermédiaire des habitudes et des comportements.

La curiosité et l’ouverture ne prolongent pas la vie comme un médicament ; elles influencent des choix quotidiens qui, eux, peuvent favoriser un vieillissement en meilleure santé.

Un individu naturellement curieux aura tendance à rester engagé dans des activités sociales, à s’essayer à de nouveaux loisirs, à continuer à apprendre, y compris à un âge avancé. Cette dynamique entretient le cerveau, le moral, et souvent le corps.

Les auteurs soulignent également les limites de leur travail : l’étude reste observationnelle et porte sur un nombre limité de participants. Elle ne permet pas d’affirmer que l’ouverture « cause » la longévité. Elle montre en revanche une association robuste entre ce trait de personnalité et une meilleure expérience subjective du vieillissement, en particulier dans cette zone de Sardaigne.

Ce que l’étude dit, et ne dit pas, sur la longévité

Les résultats sardes viennent s’ajouter à un ensemble de travaux déjà fournis sur les zones bleues, ces régions du monde où les centenaires sont nombreux. On y retrouve souvent les mêmes ingrédients : alimentation plutôt frugale, peu transformée, forte présence de végétaux, activité physique quotidienne modérée et relations sociales étroites.

Ici, les chercheurs mettent en avant un angle complémentaire : les ressources psychologiques. L’ouverture, combinée à de bonnes capacités d’adaptation émotionnelle, semble faciliter l’adoption de comportements favorables à la santé sur le long terme.

Facteur étudié Rôle proposé dans le vieillissement
Ouverture Favorise la curiosité, les loisirs stimulants, le maintien des liens sociaux.
Conscienciosité Associe une meilleure organisation de vie et de meilleurs comportements de santé.
Névrosisme élevé Lié à un vécu plus négatif de la santé et à davantage de difficultés émotionnelles.

L’étude rappelle aussi un point souvent oublié : dans la zone bleue sarde, les habitants ne se déclarent pas forcément en meilleure santé physique que leurs voisins. La différence se joue davantage sur la manière de vivre, de s’adapter, de rester actif et connecté aux autres avec l’âge.

Quelles leçons pour les seniors en France ?

La France ne fait pas partie des « zones bleues » répertoriées, mais elle compte aussi une proportion croissante de personnes de plus de 90 et 100 ans. Les enjeux de vieillissement en bonne santé se posent donc avec autant d’acuité.

Les conclusions de l’étude italienne ne peuvent pas être transposées telles quelles en France, car elles portent sur un contexte culturel et familial spécifique à la Sardaigne. Elles mettent pourtant en avant des leviers qui trouvent un écho dans les politiques publiques françaises de prévention.

En France, les autorités de santé, via par exemple l’Assurance maladie ou les agences régionales de santé, encouragent déjà :

  • la pratique régulière d’activités physiques adaptées ;
  • le maintien des liens sociaux, par les associations, clubs seniors, ateliers municipaux ;
  • la stimulation cognitive, via des ateliers mémoire, des activités culturelles ou éducatives.

Le travail mené en Sardaigne suggère que ces recommandations rejoignent en partie les comportements spontanément adoptés par des personnes très ouvertes et curieuses. Autrement dit, même sans changer en profondeur sa personnalité, un senior français peut chercher à cultiver des attitudes proches : s’inscrire à un atelier, essayer une nouvelle activité artistique, rejoindre un groupe de marche, fréquenter une médiathèque, par exemple.

Comment « travailler » son ouverture quand on vieillit ?

Les psychologues considèrent la personnalité comme relativement stable, mais pas totalement figée. Certaines dimensions peuvent évoluer avec les expériences de vie, l’environnement, le réseau social.

Sans promettre de vivre plus longtemps, quelques pistes s’inspirent directement des comportements observés dans la zone bleue de Sardaigne :

  • Multiplier les occasions d’apprendre, quel que soit l’âge : cours de langue, informatique, musique, histoire locale.
  • Entretenir la curiosité au quotidien : lire la presse, débattre, visiter des expositions.
  • Tester de nouveaux loisirs, seuls ou en groupe : jardinage en club, chorale, théâtre, jeux de société stratégiques.
  • Entretenir un cercle social varié : voisinage, associations, structures municipales, famille élargie.
  • Ces activités ne changent pas seulement les journées : elles renforcent la sensation d’utilité, de plaisir et de contrôle sur sa vie, trois éléments liés à un mieux-être psychologique chez les seniors.

    Un rôle clé pour la santé mentale dans le vieillissement

    La recherche italienne publiée dans l’International Journal of Applied Positive Psychology confirme la place centrale de la santé mentale dans le vieillissement. Longtemps, la longévité a été étudiée surtout par le prisme biologique ou médical : alimentation, génétique, maladies chroniques, accès aux soins.

    Les travaux sur les zones bleues, et notamment ceux menés en Sardaigne, ajoutent une brique : les ressources psychologiques et sociales. Une personnalité ouverte, une bonne régulation émotionnelle et des capacités de coping robustes créent un environnement intérieur plus favorable pour faire face au vieillissement, même lorsque les pathologies ou les limitations physiques apparaissent.

    Pour un lecteur français, ce type de résultat renforce un message déjà porté par de nombreux professionnels de santé : s’occuper de son corps ne suffit pas, la curiosité, les liens sociaux et la vie mentale active font partie intégrante de la prévention, à tout âge. Sans promettre des records de longévité, ces dimensions augmentent la probabilité de vivre ses années avancées avec davantage de qualité de vie et de satisfaction personnelle.

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