Dans les Alpes suisses, un complexe souterrain ultra-sécurisé se creuse sous une montagne pour accueillir les trésors des grandes fortunes mondiales.
À Lungern, petit village du canton d’Obwald en Suisse, un projet hors norme attire l’attention des médias internationaux. Comme le rapporte le New York Post, un réseau de tunnels enfouis sous le col du Brünig est en train d’être transformé en gigantesques coffres-forts privés, destinés aux ultra-riches qui souhaitent mettre leur or, leurs Ferrari, leurs grands crus et leurs œuvres d’art à l’abri de tout, y compris des crises géopolitiques.
Un coffre-fort géant creusé dans la montagne
Le site porte un nom qui annonce la couleur : Brünig Mega Safe. Derrière cette appellation, un projet très concret déjà en chantier dans les entrailles des Alpes suisses. L’idée : exploiter la protection naturelle offerte par plus de 90 mètres de roche pour créer un sanctuaire souterrain réservé à une poignée de clients triés sur le volet.
Selon les informations relayées par le New York Post, le complexe doit accueillir une vingtaine de coffres-forts privés. Ces espaces, comparables à des « mini-bunkers » de luxe, se trouvent bien au-delà des installations bancaires classiques. Ici, on ne stocke pas que des lingots : voitures de collection, tableaux de maîtres, bouteilles de vin rares ou bijoux peuvent y séjourner pendant des décennies.
Enfouis sous plus de 300 pieds de roche, ces coffres-forts suisses promettent une protection physique exceptionnelle, difficilement atteignable dans un immeuble en surface.
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. La Suisse bénéficie déjà d’une réputation mondiale en matière de discrétion financière et de stabilité politique. Les montagnes, elles, offrent une barrière naturelle contre les cambriolages, les catastrophes naturelles et une partie des risques liés à des conflits armés.
Checkpoints, contrôles multiples et accès ultra-filtré
Derrière ce projet se trouve l’entrepreneur suisse Thomas Gasser, président du conseil d’administration de Brünig Mega Safe. Interrogé par la télévision publique suisse RTS, il décrit un dispositif de sécurité pensé pour décourager toute tentative d’intrusion.
À l’entrée, les clients ne se contenteront pas de badger une carte ou de taper un code. L’accès commence par une sorte de sas de filtrage.
Thomas Gasser explique ainsi à RTS : « Vous devrez d’abord passer par un poste de contrôle spécial et sortir de votre véhicule : il y aura plusieurs contrôles de sécurité, qui ne seront évidemment pas dévoilés au public. »
Biométrie, surveillance vidéo, portes blindées, systèmes d’alarme et protocoles confidentiels devraient s’enchaîner avant de parvenir à la zone des coffres. Le secret reste volontairement entretenu autour des dispositifs précis, pour ne pas donner d’indices à d’éventuels intrus.
Un refuge contre les crises et les guerres
Ce type d’infrastructure ne naît pas dans le vide. Thomas Gasser souligne une nette hausse de la demande pour ces refuges souterrains sécurisés, dans un contexte international tendu. Swissinfo, la plateforme d’information nationale, cite l’entrepreneur :
« Pendant longtemps, Dubaï était considéré comme sûr. Aujourd’hui, ce sentiment de sécurité est remis en question. Les gens veulent simplement mettre à l’abri une partie de leur patrimoine. »
Conflits au Moyen-Orient, instabilité géopolitique, risques de sanctions : les ultra-riches cherchent des havres jugés politiquement neutres et physiquement difficiles à atteindre.
Les fortunes mobiles – or, diamants, art, voitures de collection – s’éloignent ainsi des zones sensibles pour gagner des lieux perçus comme durables sur plusieurs générations. La Suisse, pays neutre et doté d’une longue tradition de place forte financière, continue d’incarner ce rôle aux yeux d’une partie des grandes fortunes.
Des coffres-forts loués pour 99 ans à des millions de dollars
Le projet ne s’adresse évidemment pas au grand public. Les conditions d’accès reflètent un positionnement très élitiste, réservé aux patrimoines les plus élevés.
Contrats de location à très long terme, jusqu’à 99 ans
Prix de départ annoncés à 1,23 million de dollars
Parcelle inscrite au registre foncier au nom du client
Thomas Gasser insiste sur la particularité juridique du dispositif : « L’avantage, c’est que le client devient propriétaire : il a son propre numéro de parcelle au registre foncier et peut même hypothéquer le bien. »
Autrement dit, ces coffres-forts ne se limitent pas à un simple service de garde. Ils prennent la forme d’actifs immobiliers à part entière, associés à une portion de montagne souterraine. Un client peut donc, en théorie, contracter un crédit garanti par ce coffre-fort, au même titre qu’un appartement ou un chalet.
Une reconversion des infrastructures militaires suisses
Brünig Mega Safe s’inscrit dans une trajectoire déjà bien établie en Suisse : la réutilisation de sites militaires souterrains pour des usages civils très sensibles. Le pays a longtemps creusé ses montagnes pour y installer des abris, des dépôts de munitions ou des fortifications destinées à protéger le territoire.
Depuis plusieurs années, une partie de ces installations est convertie :
centres de données hautement sécurisés, protégés contre les intrusions et certains types de cyberattaques ;
entrepôts de stockage pour œuvres d’art et biens de grande valeur ;
espaces de conservation de documents sensibles.
Avec Lungern, la Suisse pousse le concept un cran plus loin, en combinant l’héritage militaire souterrain, la haute sécurité privée et des contrats quasi immobiliers sur 99 ans.
Le col du Brünig, point de passage historique entre les cantons d’Obwald et de Berne, devient ainsi la façade discrète d’un coffre-fort démesuré, invisibles aux touristes qui traversent la région en voiture ou en train.
En France, que peuvent faire les très riches pour sécuriser leurs biens ?
Pour un lecteur français, ce type de projet peut sembler éloigné, mais il renvoie à une question plus générale : où et comment les patrimoines importants se mettent-ils à l’abri ?
En France, plusieurs solutions existent déjà, sans atteindre ce niveau d’extrême spécialisation :
les coffres bancaires classiques, loués dans les agences, pour les bijoux, documents et lingots ;
les sociétés privées de gardiennage et de transport de fonds, qui proposent des chambres fortes de haute sécurité ;
certains entrepôts spécialisés pour voitures de collection, souvent situés en périphérie des grandes villes, avec contrôle d’accès et vidéosurveillance ;
des installations privées, chez soi, avec pièces blindées et systèmes d’alarme sophistiqués.
La différence majeure avec le projet de Lungern tient à la combinaison de plusieurs éléments : profondeur en montagne, structure quasi militarisée, très longue durée d’engagement et statut proche de la propriété immobilière. En France, les coffres bancaires ou les solutions de stockage restent en général de simples contrats de location de services, sans inscription au cadastre ni possibilité d’hypothèque sur le coffre lui-même.
Un symbole des inégalités et des angoisses contemporaines
Ces coffres-forts taillés dans la roche racontent aussi quelque chose de l’époque. D’un côté, un niveau de richesse tel que l’on cherche à protéger non seulement son argent, mais aussi ses voitures d’exception, ses caves à vin et ses tableaux. De l’autre, une peur très concrète des guerres, des sanctions économiques, des piratages ou des changements politiques brusques.
Ce type de refuge illustre la montée d’une logique de « bunkérisation » du patrimoine : plutôt que de disperser ses biens dans plusieurs pays, certains ultra-riches préfèrent les concentrer dans un lieu jugé inattaquable, quitte à payer très cher cette tranquillité d’esprit.
Les coffres du Brünig ne servent pas seulement à protéger des objets, ils incarnent une assurance privée face à un monde perçu comme instable et imprévisible.
Ce modèle pourrait encourager d’autres projets similaires, dans des régions réputées stables et disposant d’infrastructures militaires ou minières réaffectables. Pour autant, ces initiatives restent réservées à une frange minuscule de la population mondiale, capable de mobiliser plus d’un million de dollars simplement pour s’assurer un droit d’accès à une parcelle de montagne fortifiée.
Un concept entre coffre-fort, bunker et placement immobilier
Brünig Mega Safe se situe à la croisée de plusieurs tendances : sécurisation extrême des biens, reconversion d’installations souterraines et recherche de supports d’investissement atypiques. Les coffres deviennent à la fois :
un outil de protection physique du patrimoine ;
un symbole de statut social, réservé à ceux qui peuvent y prétendre ;
un actif que l’on peut théoriquement transmettre ou utiliser comme garantie.
Ce mélange brouille les frontières entre stockage sécurisé et investissement. Pour certains clients, louer un coffre sur 99 ans revient à ancrer une partie de leur patrimoine en Suisse, non seulement sous forme d’objets, mais aussi via un droit inscrit dans le registre foncier.
Pour les autorités suisses comme pour les acteurs financiers internationaux, ces infrastructures posent aussi des enjeux juridiques et économiques : contrôle de l’origine des fonds, lutte contre le blanchiment, fiscalité des biens stockés ou déclarations auprès des administrations fiscales des pays d’origine des clients. Des questions qui accompagnent désormais presque systématiquement tout projet lié aux grandes fortunes internationales.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Qui a créé le projet Brünig Mega Safe et où se situe-t-il exactement ?
Le projet a été créé par Thomas Gasser, entrepreneur suisse et président du conseil d'administration de Brünig Mega Safe. Il se situe à Lungern, petit village du canton d'Obwald en Suisse, sous le col du Brünig, entre les cantons d'Obwald et de Berne.
Combien de coffres-forts privés le complexe doit-il accueillir ?
Selon les informations relayées par le New York Post, le complexe doit accueillir une vingtaine de coffres-forts privés, comparables à des « mini-bunkers » de luxe.
Quel est le prix de location et la durée des contrats ?
Les contrats de location peuvent s'étendre jusqu'à 99 ans, avec un prix de départ annoncé à 1,23 million de dollars. Les clients deviennent propriétaires inscrits au registre foncier et peuvent même hypothéquer leur coffre-fort.
Pourquoi la demande pour ces refuges souterrains augmente-t-elle ?
Selon Thomas Gasser, la hausse de la demande est liée au contexte international tendu : conflits au Moyen-Orient, instabilité géopolitique, risques de sanctions et remise en question de la sécurité de places comme Dubaï poussent les ultra-riches à chercher des havres politiquement neutres et physiquement difficiles à atteindre.
Comment le projet Brünig Mega Safe s'inscrit-il dans l'histoire suisse ?
Le projet poursuit la reconversion de sites militaires souterrains suisses. La Suisse a longtemps creusé ses montagnes pour y installer des abris, des dépôts de munitions et des fortifications, qui sont progressivement convertis en centres de données sécurisés, entrepôts d'art et maintenant en coffres-forts privés ultra-haut de gamme.