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Les vrais jumeaux avaient l’alibi ADN parfait : voici la méthode qui permet enfin aux experts de les distinguer

Les vrais jumeaux avaient l'alibi ADN parfait : voici la méthode qui permet enfin aux experts de les distinguer

Pendant des années, les vrais jumeaux ont mis en échec la police grâce à un alibi ADN imparable. Des équipes scientifiques, aux États-Unis et en Europe, affirment désormais disposer d’une méthode pour les différencier.

Longtemps, les laboratoires de police scientifique ont buté sur un même obstacle : quand l’ADN d’un suspect avait un jumeau parfaitement identique, l’enquête se retrouvait quasiment paralysée. Selon le site de vulgarisation scientifique ZME Science, de récents progrès en génétique et en séquençage ultra-fin viennent de changer la donne, avec déjà des applications concrètes dans plusieurs affaires criminelles, notamment aux États-Unis, aux Pays-Bas et en France.

Quand avoir un vrai jumeau suffisait à neutraliser l’ADN

Les vrais jumeaux naissent à partir d’un même embryon qui se sépare en deux. Résultat : ils partagent quasiment 100 % de leur ADN. Pour la justice, cela a longtemps été un casse-tête. Si un prélèvement génétique prélevé sur une arme, un vêtement ou un préservatif correspondait à l’un des deux frères, il correspondait forcément à l’autre.

Pendant des décennies, une trace ADN qui « matchait » deux jumeaux identiques indiquait seulement que l’un des deux était impliqué, sans dire lequel.

Dans la pratique, cela vidait en partie de sa force probante une preuve considérée comme reine dans les procès criminels. Les enquêteurs devaient alors se rabattre sur :

  • les relevés téléphoniques et de géolocalisation ;
  • les images de vidéosurveillance ;
  • les témoignages ;
  • les empreintes digitales ou d’autres traces matérielles.

Or ces éléments sont loin d’être systématiquement disponibles, surtout dans les affaires anciennes ou mal documentées. Des jumeaux identiques ont ainsi profité de cette zone grise depuis le XIXe siècle, bien avant l’ère de l’ADN.

Des poachers anglais aux braqueurs de Berlin

ZME Science rappelle l’exemple d’Albert Ebenezer Fox et d’Ebenezer Albert Fox, jumeaux nés en Angleterre en 1857, célèbres pour leurs multiples condamnations pour braconnage. Les deux frères, surnommés les « Twin Foxes », entretenaient la confusion sur leur identité et se plaignaient, dès 1913, dans le New York Times, que « le frère innocent ait été condamné presque une fois sur deux ». À l’époque, aucun outil scientifique ne permettait de trancher entre les deux.

Avec l’arrivée de l’ADN dans les enquêtes, la difficulté s’est déplacée, sans disparaître. En 2009, à Berlin, un spectaculaire vol de bijoux à 6,8 millions de dollars dans le grand magasin KaDeWe a mis la police allemande face au problème. De la sueur, retrouvée dans un gant en latex jeté après le casse, est analysée. Verdict : le profil génétique correspond à des jumeaux, Hassan et Abbas O., déjà connus de la justice.

Les enquêteurs savent alors qu’au moins l’un des deux a participé au braquage. Pourtant, l’ADN ne permet pas de dire lequel. Les deux frères sont arrêtés mais, faute de pouvoir désigner précisément le bon jumeau, les autorités doivent les relâcher.

« Nos mains sont liées dans un cas comme celui-ci. La loi ne nous permet pas de détenir quelqu’un indéfiniment simplement parce qu’il est suspecté d’un crime », expliquait alors au sujet de ce type de dossier Hans-Ullrich Paeffgen, professeur émérite de droit pénal à l’université de Bonn.

En Malaisie, ZME Science évoque aussi le cas de jumeaux, Sathis et Sabarish Raj, interpellés après la découverte dans une voiture de 166 kilos de cannabis et 1,7 kilo d’opium. Là encore, l’incertitude sur le « bon » frère pousse le juge à renoncer à une condamnation pouvant mener à la peine capitale.

Traquer les minuscules “typos” de l’ADN des jumeaux

Sur le plan biologique, les vrais jumeaux démarrent avec un génome quasi identique. Mais cette identité n’est pas figée une fois pour toutes. À chaque division cellulaire, lorsque le corps recopie ses 3 milliards de « lettres » d’ADN, des erreurs infimes se glissent dans le texte : ce sont les mutations.

« Le génome humain est un codex de trois milliards de lettres. Quand un corps grandit, ou qu’un embryon se développe, ces trois milliards de lettres doivent être copiés. Au cours de cette copie, il se produit des “fautes de frappe” (mutations) », explique au média britannique BBC le scientifique Georg Gradl, du laboratoire Eurofins en Allemagne, cité par ZME Science.

Si une mutation apparaît après la séparation de l’embryon en deux jumeaux, elle peut se retrouver dans de nombreuses cellules chez l’un, mais pas chez l’autre. Dès 2014, l’équipe d’Eurofins en Allemagne montre que le séquençage complet du génome permet de repérer ces infimes différences.

En fouillant l’intégralité des 3 milliards de bases, les chercheurs identifient quelques variations très rares, absentes chez le frère mais présentes chez le jumeau analysé. Dans une de leurs expériences, ils repèrent cinq mutations chez un homme, absentes chez son jumeau. Les mêmes mutations sont retrouvées chez le fils de cet homme, preuve qu’elles se trouvent aussi dans les cellules à l’origine des spermatozoïdes.

Peu à peu, la méthode s’affine : au séquençage complet du génome s’ajoutent le séquençage massivement parallèle, qui lit des millions de fragments d’ADN en même temps, et le séquençage « ultra-profond », qui relit des milliers de fois une même région pour détecter des variants présents dans une fraction infime des cellules.

Dans certaines affaires, même l’ADN mitochondrial, présent dans les mitochondries et transmis par la mère, sert à distinguer deux jumeaux quand l’ADN nucléaire reste identique en apparence.

Un casse-tête statistique autant que technique

Repérer une mutation chez l’un des jumeaux n’est qu’une partie du travail. Il faut ensuite démontrer que cette même mutation apparaît dans l’échantillon prélevé sur la scène de crime, puis chiffrer la force de cette concordance. En d’autres termes : à quel point ces coïncidences rendent-elles l’un des jumeaux plus probable que l’autre comme source de la trace ?

Les mutations pertinentes peuvent être extrêmement rares et présentes seulement dans une minorité de cellules, ce qui rend leur détection délicate, surtout à partir d’un échantillon pauvre en ADN ou dégradé. Les laboratoires doivent disposer d’assez de matière pour produire un résultat exploitable et statistiquement robuste.

Des laboratoires aux prétoires : comment les juges s’approprient la méthode

À partir des années 2010, ces approches quittent peu à peu le cadre expérimental pour être testées dans de vraies enquêtes. ZME Science cite plusieurs dossiers emblématiques.

Aux États-Unis, dans le Massachusetts, les procureurs tentent en 2014 de les utiliser dans une affaire d’agression sexuelle remontant à 2004 impliquant des jumeaux, Dwayne et Dwight McNair. Eurofins analyse l’ADN des deux frères et le sperme issu de la scène de crime. Résultat : neuf différences génétiques sont mises au jour dans l’immense masse de données.

Sur ces neuf différences, sept pointent vers Dwayne, deux vers Dwight. Le laboratoire calcule que Dwayne a environ deux milliards de fois plus de chances que son jumeau d’être la source du sperme analysé. Malgré cela, le juge décide d’écarter cette preuve au procès, craignant que cette technique encore très nouvelle ne trouble les jurés, même si les principes scientifiques sous-jacents sont reconnus comme solides. Dwayne sera finalement condamné sur la base d’autres éléments.

Aux Pays-Bas, en 2022, une nouvelle étape est franchie. Des experts néerlandais appliquent à leur tour cette stratégie dans une enquête criminelle, parvenant à démontrer qu’un suspect est plus d’un milliard de fois plus susceptible que son jumeau d’avoir contribué à l’ADN retrouvé sur les lieux. La justice accepte la valeur probante de cette analyse.

En 2025, une affaire américaine encore plus symbolique est évoquée par ZME Science : celle de Russell Marubbio, jugé pour une agression sexuelle commise en 1987 et restée pendant des années à l’état de « cold case ». Grâce à la généalogie génétique, les enquêteurs resserrent l’étau autour d’un duo de vrais jumeaux. Des scientifiques de la société Parabon NanoLabs se chargent alors de distinguer génétiquement les deux frères.

Par séquençage complet du génome et séquençage ultra-profond, les experts identifient des mutations présentes dans l’ADN de la scène de crime qui correspondent à Russell, mais pas à son frère jumeau.

Russell Marubbio est condamné, devenant, selon ZME Science, le premier cas connu aux États-Unis où la distinction génétique entre jumeaux identiques a directement conduit à une condamnation.

Une faille qui se réduit, sans disparaître totalement

Les avancées décrites changent radicalement la position des enquêteurs : un profil ADN qui correspond à deux jumeaux n’est plus forcément une impasse. Les spécialistes peuvent désormais « regarder plus profond » dans le génome, à la recherche des mutations apparues au cours du développement de chaque jumeau.

Cette approche reste toutefois lourde. Elle nécessite :

  • des équipements de séquençage de très haut niveau ;
  • des bio-informaticiens capables de traiter des volumes massifs de données ;
  • des budgets élevés et des délais plus longs que pour un test ADN classique ;
  • un échantillon de bonne qualité, contenant les cellules porteuses des mutations recherchées.

Des études récentes montrent que, malgré ces contraintes, la méthode peut fonctionner même avec des traces mixtes (plusieurs ADN mélangés) ou très limitées en quantité. Un cas publié en 2025 décrit ainsi la différenciation de jumeaux identiques à partir de microtraces mêlées, avec une analyse acceptée par le tribunal et ayant contribué à la condamnation.

Un exemple récent en France

La France n’est pas épargnée par ce casse-tête. ZME Science évoque une affaire jugée récemment, impliquant deux vrais jumeaux poursuivis pour un double meurtre commis en 2020 et plusieurs tentatives d’homicide. De l’ADN, prélevé sur un fusil d’assaut utilisé lors d’une des attaques, établit que l’arme a été manipulée par l’un des deux frères. Mais les analyses classiques ne parviennent pas à dire lequel.

« Seule leur mère peut les distinguer », a résumé à l’audience un policier ayant travaillé sur le dossier, illustrant le malaise des enquêteurs face à cette limite technique.

Dans ce type de procès, les juges et les jurés doivent alors s’appuyer davantage sur les autres pièces : écoutes téléphoniques, vidéosurveillance, déplacements des téléphones portables, incohérences des alibis. L’ADN n’est plus l’élément central du dossier, mais un indice parmi d’autres.

Que se passe-t-il pour les jumeaux identiques en France ?

En France, c’est principalement l’Institut national de police scientifique (INPS) et les laboratoires agréés par l’État qui analysent l’ADN dans les enquêtes pénales. Le principe reste le même que dans les autres pays : un profil génétique standard ne permet pas de départager des jumeaux identiques.

Les techniques de séquençage complet du génome et de séquençage ultra-profond existent en France dans de nombreux laboratoires de recherche et en hôpital, notamment en cancérologie ou en génétique médicale. Leur transposition systématique aux dossiers criminels se heurte toutefois à plusieurs limites :

  • un coût très supérieur à celui d’un test ADN classique ;
  • des besoins pointus en expertise statistique pour traduire les résultats en probabilité compréhensible par un tribunal ;
  • la nécessité de respecter strictement le cadre légal français encadrant la collecte et l’analyse de l’ADN ;
  • un débat judiciaire à mener sur l’acceptation de preuves très techniques face à un jury populaire.

Dans la grande majorité des dossiers français impliquant des jumeaux, la justice continue donc de s’appuyer sur les éléments matériels et sur l’instruction pour distinguer les responsabilités, l’ADN ne faisant qu’appuyer, ou non, un ensemble d’indices.

Ce que ces techniques changent, concrètement, pour les enquêtes

Pour un suspect qui a un vrai jumeau, la situation n’est plus la même que dans les années 1990. Dans certains pays où ces approches sont déjà mobilisées, miser sur la confusion génétique pour échapper à la justice devient nettement plus risqué.

Pour un enquêteur, la possibilité de recourir, au moins dans les dossiers graves, à un séquençage très approfondi change aussi la stratégie :

Avant Avec les nouvelles méthodes
ADN identique chez les jumeaux = impasse quasi totale ADN identique au premier niveau, mais possibilité de chercher des mutations ultra-rares
Dépendance accrue aux témoignages et aux aveux Appui possible sur un faisceau d’indices ADN + autres preuves
Stratégie de défense facile : “Cela pourrait être mon frère” Stratégie fragilisée si des mutations spécifiques sont retrouvées sur la scène de crime

À l’avenir, certains spécialistes imaginent que ces techniques pourraient devenir plus courantes, une fois les coûts abaissés et les protocoles harmonisés. Elles resteront toutefois réservées aux affaires les plus graves ou les plus médiatiques, faute de moyens pour les généraliser.

Pour le grand public, ces travaux éclairent aussi deux notions parfois confondues : l’identité génétique et l’identité judiciaire. Deux jumeaux peuvent être presque indiscernables pour un test standard, mais se différencier par quelques « fautes de frappe » dans leur ADN, suffisamment claires pour intéresser un tribunal. À l’inverse, lorsque ces mutations ne peuvent pas être repérées, le doute demeure, et la justice doit continuer à arbitrer en prenant en compte l’ensemble des éléments du dossier.

Questions fréquentes

Pourquoi les vrais jumeaux sont-ils pratiquement indiscernables par l'ADN ?

Les vrais jumeaux naissent à partir d'un même embryon qui se sépare en deux, ce qui signifie qu'ils partagent quasiment 100 % de leur ADN. Un prélèvement génétique correspondant à l'un correspond automatiquement à l'autre.

Comment les scientifiques peuvent-ils désormais distinguer les jumeaux identiques ?

En utilisant le séquençage complet du génome et le séquençage ultra-profond, ils détectent les minuscules mutations (les « typos » de l'ADN) qui s'accumulent dans les cellules de chaque jumeau après leur séparation de l'embryon initial. Ces variations, bien que rares, diffèrent d'un jumeau à l'autre.

Ces méthodes ont-elles déjà été utilisées dans des procès ?

Oui, notamment aux États-Unis dans le Massachusetts en 2014 pour une affaire d'agression sexuelle impliquant les jumeaux Dwayne et Dwight McNair, où neuf différences génétiques ont pu être identifiées pour désigner le suspect probable.

Quels étaient les obstacles judiciaires avant cette découverte ?

Faute de pouvoir identifier précisément lequel des deux jumeaux était coupable, les autorités devaient souvent relâcher les suspects ou renoncer à les poursuivre, comme dans le cas du braquage berlinois du KaDeWe en 2009.

Y a-t-il des défis techniques à l'utilisation de cette méthode ?

Oui : les mutations pertinentes peuvent être extrêmement rares et présentes uniquement dans une fraction infime des cellules, ce qui rend leur détection délicate surtout sur des échantillons pauvres ou dégradés. Il faut aussi démontrer statistiquement la force probante de chaque mutation trouvée.
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