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Quand la nourriture vient à manquer, les pigeons mâles couvent plus longtemps : voici pourquoi ils relaient les femelles

Quand la nourriture vient à manquer, les pigeons mâles couvent plus longtemps : voici pourquoi ils relaient les femelles

En Allemagne, des chercheurs montrent que les couples de pigeons urbains adaptent leur manière de couver dès que la nourriture se fait rare.

Une équipe de scientifiques basée en Allemagne s’est intéressée à un détail de la vie des pigeons que les citadins ne voient presque jamais : la façon dont les parents se partagent la couvaison des œufs lorsque la nourriture manque. Leur étude, relatée par le site scientifique Earth.com, révèle que les mâles modifient nettement leur comportement pour soulager les femelles en période de disette.

Dans les villes allemandes, des pigeons suivis à la trace

Les travaux ont été menés sur des pigeons bisets vivant en liberté dans trois villes d’Allemagne. Les chercheurs ont comparé deux situations bien distinctes :

  • des pigeons logés dans des pigeonniers gérés, nourris à proximité immédiate de leur nid ;
  • des pigeons nichant dans l’environnement urbain classique, contraints de s’éloigner pour trouver à manger.

Objectif : comprendre comment les parents s’organisent lorsque chaque minute passée sur le nid réduit le temps disponible pour se nourrir. La pression est forte : les œufs doivent rester au chaud quasi en permanence, tout en laissant aux adultes une marge suffisante pour maintenir leur propre état physique.

Les chercheurs montrent que même en situation de pénurie relative, les œufs de pigeons restent couverts environ 98 % du temps.

Cette quasi-continuité de la couvaison ne tient pas du miracle, mais d’un ajustement fin entre les deux parents, avec un rôle clé pour le mâle lorsque les ressources alimentaires se raréfient.

Quand tout va bien, les femelles assurent l’essentiel de la couvaison

Chez le pigeon, les deux parents participent à la couvaison, mais la répartition n’est pas équitable. Les observations rassemblées dans l’étude confirment un schéma déjà connu :

  • la femelle assure la majeure partie de la couvaison et notamment la nuit ;
  • le mâle intervient surtout en journée, pendant des créneaux plus courts.

Dans les groupes bien nourris, où la nourriture est disponible à proximité des pigeonniers, les chiffres sont clairs : les femelles consacrent environ 81 % de leur temps à couver, les mâles seulement 17 %. Le nid reste ainsi quasiment toujours occupé, mais au prix d’un investissement énergétique plus lourd pour la femelle, qui dispose de moins de temps pour s’alimenter.

Les chercheurs se sont donc demandé si le mâle était capable d’en faire davantage lorsque les conditions se détériorent. L’étude montre que la réponse est oui, dans certaines limites.

En cas de manque de nourriture, les mâles prolongent leur temps sur le nid

Dans les groupes où aucun nourrissage n’était proposé à proximité, les oiseaux devaient se débrouiller dans la ville. Résultat : les femelles ont réduit leur part de couvaison à environ 75 % de leur temps, tandis que les mâles l’augmentaient jusqu’à environ 22 %.

Le temps total de couvaison reste stable, mais la charge se redistribue : le mâle compense une partie du retrait de la femelle.

Autrement dit, les œufs bénéficient d’une protection similaire, mais le coût de la pénurie alimentaire se déplace : ce sont surtout les parents, et en premier lieu la femelle, qui en paient le prix en termes d’énergie.

Les chercheurs soulignent que l’expérience ne suivait pas directement la réussite de l’éclosion, car les vrais œufs avaient été remplacés par des œufs factices en plastique. L’objectif était d’observer précisément les comportements : dans les nids où la femelle s’absentait plus longtemps pour se nourrir, le mâle se montrait capable d’allonger ses périodes de couvaison.

Les femelles, premières touchées par la pénurie

Pour mesurer l’impact des conditions alimentaires sur la santé des oiseaux, l’équipe a examiné leur poids. Chez les femelles, l’effet est net : celles qui avaient accès à la nourriture près du nid pesaient environ 35 grammes de plus que les femelles du groupe « non nourri », soit près de 10 % de différence.

Ces femelles mieux nourries passaient aussi environ 1,4 heure de plus chaque jour à couver. Les auteurs y voient un indicateur : en période de manque, les femelles sont davantage limitées par leurs réserves d’énergie et doivent dégager du temps pour chercher de la nourriture.

Les mâles, eux, ne montraient pas de différence claire de poids entre groupes, un signe qu’ils parviennent mieux à absorber le choc de la pénurie.

Parce qu’ils couvent moins longtemps en temps normal, les mâles disposent d’une marge de manœuvre : ils peuvent transformer une partie de leur « temps libre » habituel en temps de couvaison supplémentaire. Cela permet au couple de maintenir un haut niveau de protection des œufs malgré des conditions moins favorables.

Une stratégie efficace… mais seulement à court terme

Les chercheurs insistent sur un point : cette flexibilité ne signifie pas que le manque de nourriture n’a pas de conséquences. Elle permet surtout de « tamponner » les pénuries courtes, le temps de passer un creux de ressources.

Après l’éclosion, la donne change : les deux parents doivent nourrir les oisillons, un stade du cycle reproducteur beaucoup plus coûteux en énergie. Des travaux antérieurs cités dans l’étude montrent d’ailleurs que, lorsque la nourriture reste limitée, la survie des jeunes au nid diminue.

Un couple peut protéger ses œufs pendant une période délicate, mais se retrouver en difficulté quand les poussins grandissent et réclament davantage de nourriture.

Autrement dit, le système de compensation mis en place par les mâles ne supprime pas l’impact des restrictions alimentaires, il le décale vers une phase ultérieure du cycle, plus critique pour la survie des jeunes.

Baisse du nourrissage : un message pour les politiques urbaines

L’étude s’inscrit dans un contexte bien concret : la gestion des pigeons par les villes. De nombreuses municipalités, en Allemagne comme en France, misent sur l’interdiction de nourrir les pigeons pour limiter leur prolifération.

À première vue, la logique semble simple : moins de nourriture, donc moins de reproduction. Les résultats présentés par les chercheurs de la Technische Universität München montrent une réalité plus nuancée. Les oiseaux ne réagissent pas passivement à la pénurie, ils ajustent leurs comportements parentaux.

Le principal auteur, Brandon Mak, chercheur à la chaire d’écologie terrestre de cette université, résume ainsi l’un des messages de ces travaux : les restrictions alimentaires modifient la condition physique des oiseaux, mais ceux-ci sont capables de maintenir une couvaison efficace, au moins sur la période étudiée, même dans des conditions défavorables.

D’après lui, cela implique que les mesures visant à agir uniquement via la nourriture ne produisent pas forcément les effets attendus au moment de la couvaison. L’impact le plus fort peut apparaître plus tard, au stade des jeunes au nid.

Pourquoi certains spécialistes recommandent les œufs factices

L’étude attire aussi l’attention sur une autre méthode de gestion des populations, déjà utilisée dans certaines villes : le remplacement des œufs par des œufs factices. Dans l’expérience, les scientifiques ont justement eu recours à ce stratagème pour observer le comportement des parents sans laisser de vrais œufs se développer.

Selon Brandon Mak, intervenir tôt dans le cycle, en remplaçant régulièrement les œufs par des œufs factices, peut constituer un moyen plus respectueux du bien-être animal pour contrôler les effectifs.

Concrètement, les parents continuent à couver des œufs non viables, ce qui évite la naissance de nouveaux pigeons sans interrompre brutalement leurs comportements naturels. Plusieurs villes françaises, comme Paris ou Strasbourg, recourent déjà à ce type de gestion via des pigeonniers contrôlés.

Ce que cela signifie pour les villes françaises

En France, les communes confrontées à des populations de pigeons importantes combinent plusieurs approches. L’interdiction de nourrir ces oiseaux figure souvent dans les arrêtés municipaux, notamment pour limiter les regroupements massifs sur les places et les monuments.

L’étude menée en Allemagne suggère que s’appuyer uniquement sur ces interdictions de nourrissage peut avoir des effets plus complexes que prévu. Les pigeons urbains disposent de ressources variées (déchets alimentaires, restes de repas, poubelles mal closes) et d’une réelle capacité d’adaptation de leur comportement parental.

De nombreuses villes françaises complètent donc les interdictions de nourrissage par :

  • l’installation de pigeonniers où les œufs sont systématiquement retirés ou remplacés par des œufs factices ;
  • la limitation volontaire des sites de nidification dans certains bâtiments ;
  • des actions d’information du public sur l’impact du nourrissage.

Les travaux publiés dans la revue scientifique Royal Society Open Science vont dans le sens d’une gestion plus fine et spécifique à l’espèce, comme le souligne aussi le professeur Wolfgang Weisser, de l’université technique de Munich, cité par Earth.com. Il appelle à tenir compte des comportements réels des animaux urbains, plutôt que de s’en tenir à des idées simplifiées.

Ce que révèle cette étude sur le comportement animal

Au-delà du cas des pigeons, ces observations éclairent la manière dont les animaux urbains s’ajustent aux contraintes humaines. Chaque politique publique – interdiction de nourrir, modification de l’habitat, installation de pigeonniers – crée des conditions nouvelles auxquelles les espèces s’adaptent.

Chez le pigeon, la parentalité inégalement répartie, avec une femelle très investie en temps normal, devient un avantage lorsqu’un imprévu survient : le mâle garde une « réserve » de temps et d’énergie qu’il peut réallouer à la couvaison.

Pour un lecteur français, ces résultats rappellent que la simple présence de pigeons sur une place cache une organisation familiale complexe : alternance de tours de garde sur le nid, arbitrages permanents entre se nourrir et protéger les œufs, ajustements rapides en cas de changement d’abondance de nourriture.

Ils montrent aussi que les stratégies de gestion animale basées uniquement sur la réduction des ressources alimentaires risquent de déplacer les problèmes plutôt que de les supprimer, ce qui pousse de plus en plus de collectivités à privilégier des dispositifs plus ciblés, comme la gestion des œufs dans des pigeonniers encadrés.

Questions fréquentes

Comment les pigeons répartissent-ils la couvaison des œufs en temps normal ?

Les femelles assurent environ 81 % de la couvaison, notamment la nuit, tandis que les mâles interviennent surtout en journée pendant des créneaux plus courts, soit environ 17 % du temps.

Que se passe-t-il lorsque la nourriture manque ?

Les mâles allongent leur temps de couvaison jusqu'à 22 %, tandis que les femelles le réduisent à 75 %, ce qui leur permet de chercher plus longtemps à manger. Le temps total de couvaison reste stable pour protéger les œufs.

Cette adaptation comportementale suffit-elle à protéger les pigeonneaux ?

Non, cette flexibilité tamponne seulement les pénuries courtes des œufs. Une fois éclos, les oisillons demandent beaucoup plus de nourriture et leur survie diminue si les ressources restent limitées.

Quel est l'impact des mesures d'interdiction de nourrissage sur les populations urbaines de pigeons ?

Selon l'étude, ces mesures modifient la condition physique des oiseaux mais n'empêchent pas une couvaison efficace pendant la période d'incubation. L'effet le plus fort apparaît plus tard, lors de l'élevage des jeunes.

Pourquoi les mâles ne montrent-ils pas de perte de poids lors de la pénurie ?

Parce qu'ils couvent moins longtemps en conditions normales, ils disposent d'une marge de manœuvre leur permettant de transformer leur « temps libre » en couvaison supplémentaire, sans trop réduire leur propre alimentation.
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