Au Nebraska, un architecte à la retraite a réuni des centaines de Jeep anciennes et récentes, rangées avec méthode dans un immense bâtiment.
Dans un reportage mis en avant par le média spécialisé américain Hagerty, la folie douce de Mick Mitchell, passionné de Jeep installé dans le Nebraska, prend des allures de projet de vie. Cet ancien architecte a accumulé au fil des décennies près de 400 véhicules de la marque, alignés et protégés dans un bâtiment qu’il a lui-même imaginé, et qu’il refuse catégoriquement de vider, même partiellement.
Un coup de foudre d’enfance qui ne s’est jamais arrêté
Tout commence dans l’Amérique d’après-guerre. Enfant, Mick Mitchell découvre les Jeep militaires à travers les actualités filmées du front de la Seconde Guerre mondiale. Les GPW et MB, ces modèles emblématiques fournis à l’armée américaine, l’impressionnent par leur robustesse et leur allure utilitaire taillée pour les champs de bataille.
D’après le récit rapporté par Hagerty, la fascination est immédiate. À force de voir ces petites machines franchir la boue, transporter des soldats et du matériel, le jeune garçon se forge une conviction : un jour, il en aura une. Promesse tenue dès la classe de quatrième, où il met la main sur sa première Jeep. À partir de là, le mouvement s’emballe. Les années passent, les projets se succèdent, mais l’intérêt pour ces tout-terrain ne faiblit jamais.
Mitchell a arrêté de compter sa collection au milieu des 200 exemplaires. Elle frôle désormais les 400 Jeep, soigneusement rangées à l’abri.
Au fil du temps, chaque trouvaille en appelle une autre. Une version rare ici, un modèle plus récent là, une épave sauvée pour ses pièces… Jusqu’au moment où une simple collection se transforme en véritable forêt de capots et d’ailes plates.
Un architecte qui conçoit… le hangar de ses rêves
La particularité de cette histoire, c’est que Mitchell ne s’est pas contenté d’acheter des Jeep. Il a aussi dessiné le lieu destiné à les accueillir. Architecte de profession, il a mis ses compétences au service de sa passion, en imaginant un immense bâtiment capable de stocker des centaines de véhicules à l’abri du vent, de la pluie et de la neige du Midwest américain.
Le résultat, décrit par Hagerty, n’a rien d’une grange improvisée. Il s’agit d’une structure vaste, organisée en allées, où les Jeep sont alignées comme dans un gigantesque parking privé. Certaines sont restaurées, d’autres semblent en attente de remise en état, mais toutes partagent le même privilège : elles sont protégées des intempéries.
Pour Mitchell, le point d’honneur, c’est que ses Jeep « attendent à l’abri », ce qui leur donne une vraie chance de survivre et de reprendre la route.
À ses yeux, ce stockage soigné n’est pas un simple caprice de collectionneur maniaque. C’est une manière de garantir que, si l’envie lui prend – ou si une commémoration l’exige – ces véhicules pourront être remis en état, exposés ou utilisés lors de défilés et d’événements locaux.
Une collection consacrée à l’évolution de la Jeep
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer face à tant de Jeep militaires, le bâtiment de Mitchell n’est pas un musée de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit plutôt d’une fresque géante racontant l’évolution du modèle, de ses origines sur le front à ses déclinaisons civiles, agricoles ou de loisirs.
Parmi les rangées de Jeep à ailes plates, Hagerty signale la présence de modèles militaires de tout début de production, encore dépourvus de la célèbre calandre emboutie devenue par la suite l’un des signes distinctifs de la marque. Ces exemplaires rares témoignent des premières phases de développement du véhicule.
On trouve aussi des Jeep transformées en maquettes pédagogiques, avec des parties de moteur sectionnées pour montrer le fonctionnement interne. D’autres portent les traces d’anciennes utilisations bien précises : travail dans les champs, interventions de service public, voire simples loisirs off-road.
- Anciennes Jeep militaires GPW et MB des premières séries de production;
- Modèles de transition avec différentes calandres et configurations techniques;
- Versions civiles destinées aux fermes ou aux petites entreprises;
- Jeep plus récentes, venues compléter l’ensemble pour illustrer la continuité de la lignée.
Vu d’un œil extérieur, la scène peut paraître démesurée. Hagerty évoque un ensemble « au-delà de la raison » en nombre de véhicules. Pourtant, pour Mitchell, chaque exemplaire a sa place dans une histoire plus large : celle d’un outil devenu icône, passé de la guerre aux loisirs familiaux et aux usages du quotidien.
Pourquoi il refuse d’en vendre une seule
Avec une telle collection, la question semble évidente : pourquoi ne pas en vendre quelques-unes, pour dégager de la place ou financer des restaurations ? L’intéressé a choisi une autre voie. Il garde tout, ou presque, par principe.
Son refus de vendre s’explique par plusieurs raisons, implicites dans le portrait dressé par Hagerty. D’abord, Mitchell ne se voit pas comme un marchand, mais comme un gardien. Il a accumulé ces Jeep au fil de ses coups de cœur et de ses rencontres, pas dans une perspective de spéculation financière. Les céder reviendrait à démembrer une histoire cohérente qu’il a mis des décennies à assembler.
Pour lui, cette accumulation n’est pas un simple stock de véhicules, mais un tout qu’il souhaite préserver, quitte à passer pour « fou » auprès de ceux qui ne partagent pas sa passion.
Ensuite, cette collection est indissociable de son identité. Mitchell la porte depuis près de 80 ans, rappelle Hagerty : c’est le fil rouge de sa vie d’adolescent, d’architecte, puis de retraité. Vendre, ce serait renoncer à une partie de ce fil, et transformer sa passion en opération de liquidation.
Enfin, son bâtiment et son organisation interne sont pensés pour stocker ces Jeep à long terme. L’infrastructure existe, elle fonctionne, et il y voit une garantie de transmission. Même sans projet muséal officiel, ce gigantesque hangar ressemble déjà à un conservatoire non déclaré de la marque.
Un « meilleur genre de folie » selon Hagerty
Au fil du sujet, Hagerty assume un jugement teinté de tendresse : oui, cette collection est « excessive », et oui, les gens comme Mitchell sont « fous » à leur manière. Mais la rédaction précise aussitôt que c’est, à ses yeux, « le meilleur genre de folie ».
Derrière l’accumulation, il y a en effet une cohérence rare : un seul type de véhicule, suivi dans toutes ses variations, conservé sous toit, et rassemblé par quelqu’un qui a bâti de ses mains l’écrin censé l’accueillir. Pas de dispersion, pas de mélange d’époques ou de marques, mais un travail en profondeur sur un seul thème.
Pour les amateurs américains de véhicules anciens, un tel lieu incarne une mémoire roulante. Chacune de ces Jeep porte un fragment d’histoire industrielle, militaire ou rurale. La plupart de ces modèles auraient probablement fini rongés par la rouille dans un champ ou à la casse. Chez Mitchell, ils dorment au sec, dans l’attente d’une nouvelle vie possible.
Les collections automobiles privées, une réalité aussi en France
Si la démesure de cette collection relève plutôt de la culture automobile américaine, la France compte elle aussi des passionnés capables de consacrer une grande partie de leur temps libre et de leurs ressources à la sauvegarde de véhicules anciens.
Sur le territoire français, les collections restent souvent plus modestes en taille, mais certaines approchent tout de même plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine de voitures ou de motos. Elles sont parfois organisées en musées privés ouverts ponctuellement au public, ou abritées dans de grands hangars agricoles transformés en garages géants.
La réglementation française encadre ces véhicules via le statut de « véhicule de collection ». Ce statut, géré par les services de l’État et les préfectures via l’immatriculation spécifique et les cartes grises adaptées, offre certains avantages administratifs, notamment pour les véhicules de plus de 30 ans répondant à certains critères d’authenticité. Les clubs et fédérations d’anciennes, comme la Fédération française des véhicules d’époque, jouent un rôle proche de celui de Hagerty aux États-Unis : défense des intérêts des collectionneurs, conseils, organisation de rassemblements.
La grande différence avec le cas de Mick Mitchell tient souvent à l’espace disponible. Les grandes surfaces couvertes à coût raisonnable sont plus rares et plus coûteuses en France, ce qui limite mécaniquement la taille moyenne des collections privées. Cela n’empêche pas certains passionnés de concentrer leurs efforts sur une marque ou un modèle, comme les Citroën 2CV, Renault 4L ou Peugeot 205, à la manière de Mitchell avec ses Jeep.
Une passion qui pose aussi des questions pratiques
Une collection de plusieurs centaines de véhicules soulève inévitablement des questions très concrètes : entretien minimum, sécurité, assurance, transmission à la génération suivante. Aux États-Unis comme en France, ces sujets finissent par s’imposer aux grands collectionneurs.
Pour maintenir un tel parc en état de redémarrer, même après des années d’immobilisation, un minimum de soins reste nécessaire : contrôle de la corrosion, protection des circuits de carburant, surveillance des batteries, ventilation des locaux. De nombreuses Jeep de Mitchell semblent « en attente », mais le simple fait de les tenir à l’abri de l’humidité leur évite une dégradation accélérée.
| Enjeu | Impact sur une grande collection |
|---|---|
| Stockage | Nécessite un bâtiment vaste, sec, ventilé et sécurisé. |
| Entretien | Impossible de tout restaurer ; priorité à la préservation de base. |
| Assurance | Contrat spécifique pour collection, parfois par lots ou valeur globale. |
| Transmission | Prévoir héritiers intéressés ou donation à un musée/club. |
Pour un lecteur français qui posséderait déjà plusieurs véhicules anciens, l’exemple de Mitchell illustre une stratégie simple, mais efficace : mieux vaut un bon abri qu’une restauration coûteuse sur un véhicule laissé dehors pendant des années. Dans la hiérarchie des priorités, couvrir correctement sa voiture ou sa moto, même de manière modeste, peut faire gagner beaucoup de temps et d’argent plus tard.
Cette histoire rappelle aussi qu’une collection cohérente, centrée sur un modèle ou une marque, peut avoir une vraie valeur historique. Sans aller jusqu’aux 400 Jeep du Nebraska, rassembler plusieurs versions d’un même véhicule, documentées et protégées, constitue déjà une sorte de « mini-musée » thématique. Pour les passionnés, c’est une manière concrète de préserver une page de culture mécanique, tout en se faisant plaisir derrière un volant qui, comme celui de la Jeep de Mick Mitchell, les accompagne parfois toute une vie.









