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Ce pays européen a limité un seul ingrédient dans ses plats : les infarctus ont chuté d’un coup

Assiette avec aliments ultra-transformés contenant des graisses trans (biscuits, viennoiseries, charcuterie) à côté d'une croix rouge symbolisant leur interdiction au Danemark.

En s’attaquant à un ingrédient précis de l’alimentation industrielle, le Danemark a vu chuter la mortalité liée aux maladies cardiaques.

En 2003, le Danemark a adopté une règle alimentaire très stricte visant un type particulier de graisses présentes dans les produits industriels. Comme le rapporte le média en ligne espagnol Directo al Paladar, cette politique de santé publique a entraîné, en quelques années seulement, une baisse nette de la mortalité cardiovasculaire, au point d’inspirer ensuite l’Union européenne.

Le Danemark limite les graisses trans, les infarctus reculent

Le pays nordique a été le premier en Europe à encadrer sévèrement les graisses trans industrielles, aussi appelées acides gras trans. Ces lipides sont connus pour augmenter le « mauvais » cholestérol (LDL), faire baisser le « bon » (HDL) et favoriser les maladies cardiovasculaires.

À partir de 2004, une norme danoise a imposé un seuil maximal de 2 grammes de graisses trans industrielles pour 100 grammes de graisses ou d’huile dans les aliments. Autrement dit, au-delà de ce seuil, un produit ne pouvait plus être commercialisé.

Trois ans après l’entrée en vigueur de la loi danoise, la mortalité cardiovasculaire moyenne avait reculé d’environ 14 décès par an pour 100 000 habitants par rapport à des pays comparables.

Ces chiffres proviennent d’une étude publiée en 2015 dans l’American Journal of Preventive Medicine. Les chercheurs ont comparé l’évolution de la mortalité au Danemark avec celle d’un groupe de pays de l’OCDE présentant un profil similaire.

Pour les cardiopathies coronariennes, les auteurs ont estimé jusqu’à 26,5 décès en moins par an pour 100 000 habitants. Un impact massif pour un seul paramètre nutritionnel : la présence d’acides gras trans ajoutés dans les aliments.

L’Union européenne calque sa règle sur l’exemple danois

Face aux résultats danois, l’Union européenne a décidé d’aligner sa réglementation. Le règlement (UE) 2019/649 de la Commission fixe à son tour une limite de 2 grammes de graisses trans d’origine industrielle pour 100 grammes de graisses totales dans les produits destinés aux consommateurs ou aux détaillants.

Les graisses trans présentes naturellement dans les graisses animales (comme celles des ruminants) sont exclues de cette limite. La cible principale reste les huiles végétales totalement ou partiellement hydrogénées, très utilisées par l’industrie pour allonger la durée de conservation et améliorer la texture des produits.

Les fabricants doivent désormais informer leurs clients professionnels de la quantité de graisses trans contenue dans les matières premières qu’ils vendent pour élaborer d’autres aliments.

Concrètement, cela concerne par exemple une crème cacao vendue à une autre entreprise pour fabriquer des biscuits ou des confiseries. Toute la chaîne, du fournisseur au transformateur, est incitée à réduire ces lipides.

Que sont exactement les graisses trans ?

Les graisses trans sont un type de graisses modifiées, largement utilisées par l’industrie agroalimentaire. À l’origine, elles ont été développées pour :

  • remplacer des graisses animales jugées moins « valorisantes » sur le plan marketing ;
  • obtenir des graisses végétales solides à température ambiante ;
  • allonger la durée de conservation des aliments ;
  • améliorer la texture et la tenue des produits (biscuits, viennoiseries, snacks, etc.).

On en trouve à l’état naturel en très faible quantité dans certains aliments d’origine animale comme le lait ou la viande de ruminants. Dans ces produits frais, elles restent minoritaires et accompagnées d’autres nutriments intéressants.

La principale source problématique reste toutefois les aliments ultra-transformés : ils combinent souvent graisses trans, excès de sel, sucres ajoutés et additifs divers.

Pourquoi l’industrie les a autant utilisées

Pour les fabricants, ces graisses représentent un triple avantage :

  • elles coûtent moins cher que certaines graisses animales ;
  • elles offrent une stabilité élevée à la cuisson et au stockage ;
  • elles permettent de mettre en avant des « huiles végétales » perçues comme plus saines par le public.
  • Ce choix technique a longtemps été peu encadré, jusqu’à ce que les études commencent à accumuler des preuves solides de leurs effets délétères sur la santé.

    Les conséquences des graisses trans sur la santé

    Pendant des années, les graisses saturées d’origine animale ont été désignées comme les principales responsables des maladies cardiovasculaires. Les données les plus récentes nuancent ce point de vue et montrent que les graisses trans industrielles sont encore plus nocives.

    Elles ont un effet doublement défavorable :

    • elles augmentent le cholestérol total et le LDL, dit « mauvais cholestérol » ;
    • elles diminuent le HDL, le cholestérol protecteur.

    Cette combinaison favorise l’apparition de dislipidémies (anomalies des graisses sanguines) et élève fortement le risque de maladies cardiovasculaires comme l’athérosclérose.

    Selon l’Organisation mondiale de la santé, la consommation d’acides gras trans est liée à plus de 500 000 décès annuels par maladies cardiovasculaires dans le monde.

    Les effets ne s’arrêtent pas au cœur et aux vaisseaux. Ces graisses ont aussi un pouvoir inflammatoire important. Elles sont associées :

    • à une augmentation du poids corporel ;
    • à une tendance à stocker la graisse au niveau de l’abdomen, typique de l’obésité abdominale ;
    • à un risque accru de diabète de type 2 et d’autres maladies métaboliques.

    Des études suggèrent également un lien entre consommation régulière de graisses trans et troubles cognitifs. Elles ont été associées à une perte de mémoire plus marquée et à un risque accru de maladie d’Alzheimer.

    Chez les femmes, certaines recherches ont mis en évidence un risque plus élevé de cancer du sein en cas de consommation importante. Par leur caractère pro-inflammatoire et leur rôle dans le stress oxydatif, ces graisses pourraient aussi contribuer à d’autres cancers ou à des maladies dégénératives.

    Comment les éviter dans l’alimentation quotidienne

    Pour les experts cités par Directo al Paladar, les graisses trans constituent un nutriment sans bénéfice pour l’organisme. Le dernier consensus de la FESNAD, une fédération espagnole de nutrition, recommande de les maintenir au niveau le plus bas possible, idéalement en dessous de 1 % de l’apport énergétique total.

    Réduire les ultra-transformés : la stratégie la plus efficace

    La première mesure consiste à limiter fortement les produits ultra-transformés, car les aliments frais n’en contiennent qu’en quantités minimes. Sont particulièrement concernés :

    • charcuteries, jambons industriels, fiambres et autres produits gras transformés ;
    • hamburgers industriels, nuggets et plats préparés similaires ;
    • pizzas prêtes à cuire ou surgelées ;
    • céréales de petit-déjeuner sucrées, snacks salés, chips et biscuits apéritifs ;
    • viennoiseries, biscuits, gâteaux et pâtisseries industrielles ;
    • margarines et certaines pâtes à tartiner grasses ;
    • glaces industrielles, fast-food, produits ultra-congelés panés.

    Limiter les fritures est aussi recommandé. Une friture répétée ou mal contrôlée peut altérer la structure des huiles et générer des acides gras trans.

    Apprendre à les repérer sur les emballages

    Pour un consommateur, le meilleur réflexe reste de lire attentivement la liste des ingrédients. Les graisses trans peuvent apparaître sous des formulations comme :

    • « huiles végétales hydrogénées » ;
    • « huiles partiellement hydrogénées » ;
    • « graisses hydrogénées » ou « partiellement hydrogénées » ;
    • « acides gras trans ».

    Un produit qui met en avant des « huiles végétales » sans autre précision peut contenir des graisses transformées : la liste détaillée des ingrédients reste l’élément clé.

    Remplacer ces aliments par des équivalents faits maison avec des huiles non transformées (huile d’olive, colza, etc.) permet de réduire sensiblement l’exposition aux graisses trans.

    Quelle situation en France pour les graisses trans ?

    En France, comme dans le reste de l’Union européenne, les règles applicables découlent du règlement (UE) 2019/649. Les produits vendus aux consommateurs doivent donc respecter la limite de 2 grammes de graisses trans industrielles pour 100 grammes de graisses totales.

    Les contrôles sont assurés par les services de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) et par les autorités sanitaires. Les formulations les plus riches en acides gras trans ont été progressivement abandonnées par la grande distribution et les grands industriels, même si des écarts peuvent persister dans certaines gammes ou chez de petits fabricants.

    Pour un consommateur français, la logique de prévention reste la même que celle décrite dans le cas danois :

    • limiter la place des aliments ultra-transformés dans l’assiette ;
    • favoriser la cuisine maison avec des produits bruts ;
    • privilégier les sources de graisses insaturées (poissons gras, huiles végétales de qualité, oléagineux) ;
    • surveiller l’étiquetage, y compris lorsqu’un produit se présente comme « végétal » ou « léger ».

    Graisses trans, graisses saturées, graisses insaturées : bien faire la différence

    Le débat sur les graisses peut être déroutant. Toutes ne se valent pas :

    Type de graisse Principales sources Effet global sur la santé
    Graisses trans industrielles Huiles hydrogénées, fritures, biscuits et snacks industriels Augmentent fortement le risque cardiovasculaire, pro-inflammatoires
    Graisses saturées Beurre, crème, charcuterie, certaines viandes grasses À limiter, surtout en excès, mais moins nocives que les trans
    Graisses insaturées Poissons gras, huile d’olive, colza, fruits à coque Effet protecteur cardiovasculaire lorsqu’elles remplacent les trans et saturées

    Pour la santé cardiovasculaire, les recommandations actuelles vont dans le sens d’un remplacement progressif des graisses trans et d’une partie des graisses saturées par des graisses insaturées.

    Un changement d’habitudes relativement simple peut déjà produire des effets cumulés : cuisiner ses plats avec de l’huile d’olive, choisir des yaourts natures plutôt que des desserts industriels gras et sucrés, ou encore remplacer les biscuits du goûter par une poignée de noix et un fruit. Dans ce contexte, la stratégie radicale du Danemark montre qu’un encadrement réglementaire clair peut amplifier ces gestes individuels et se traduire, à l’échelle d’un pays, par des milliers de vies épargnées.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce qu'une graisse trans industrielle ?

    Ce sont des graisses modifiées créées en hydrogénant partiellement ou totalement des huiles végétales. Elles sont utilisées par l'industrie pour réduire les coûts, améliorer la texture des aliments et allonger leur durée de conservation.

    Pourquoi les graisses trans sont-elles dangereuses pour la santé ?

    Elles augmentent le mauvais cholestérol (LDL) et diminuent le bon cholestérol (HDL), favorisant l'athérosclérose et les maladies cardiovasculaires. Elles ont aussi des effets inflammatoires associés à l'obésité, au diabète de type 2 et à des troubles cognitifs.

    Quels produits contiennent le plus de graisses trans ?

    Les produits ultra-transformés sont les principaux pourvoyeurs : charcuteries industrielles, nuggets, pizzas surgelées, viennoiseries, biscuits, snacks salés, margarines et glaces industrielles.

    Comment réduire sa consommation de graisses trans au quotidien ?

    Le moyen le plus efficace est de limiter les aliments ultra-transformés et de privilégier les produits frais, qui ne contiennent que des quantités minimes de graisses trans, voire naturelles.

    Quel est l'impact quantifié de la limitation des graisses trans au Danemark ?

    Trois ans après l'adoption de la norme danoise en 2004, la mortalité cardiovasculaire a baissé d'environ 14 décès par an pour 100 000 habitants, et jusqu'à 26,5 décès en moins pour les cardiopathies coronariennes.
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