De plus en plus d’occupants de véhicules électriques, en France, décrivent nausées et vertiges à bord. Des spécialistes commencent à en percer les causes.
Alors que les voitures électriques se multiplient sur les routes françaises, un phénomène inattendu prend de l’ampleur : des passagers, pourtant jamais malades en voiture thermique, se plaignent désormais de mal des transports. Ce constat, rapporté par le site d’actualité, gagne en visibilité au fil des témoignages… et suscite l’attention des chercheurs comme des constructeurs.
Un mal des transports qui explose avec l’essor de l’électrique
Depuis une dizaine d’années, la progression rapide des modèles à batterie a fait émerger une plainte récurrente : maux de tête, vertiges, nausées, parfois envie de vomir après quelques dizaines de minutes de trajet. De nombreux passagers décrivent un « mal-être » qu’ils n’éprouvaient pas, ou très peu, dans les voitures essence ou diesel.
Les spécialistes observent une hausse nette des cas de mal des transports chez les passagers de voitures électriques, alors même que les trajets et les habitudes de conduite restent proches.
Le phénomène touche surtout les occupants qui ne tiennent pas le volant : conjoints, enfants, collègues en covoiturage. Le conducteur, lui, semble plus souvent épargné, ce qui intrigue au premier abord mais s’explique par la façon dont le cerveau anticipe les mouvements.
Pourquoi les sensations changent à bord d’une voiture électrique
Les experts interrogés soulignent que les sensations dans une voiture électrique diffèrent profondément de celles d’un véhicule thermique. Le changement ne se limite pas au carburant, il modifie aussi le paysage sensoriel auquel le cerveau s’est habitué pendant des décennies.
Le silence du moteur perturbe les repères
Dans une voiture essence ou diesel, le son du moteur et les vibrations de la mécanique jouent un rôle discret mais décisif. Ils fournissent au cerveau des indices sur l’accélération, la décélération ou le passage des vitesses. Ces signaux aident à anticiper les mouvements du véhicule et à préparer le corps.
À l’inverse, la voiture électrique se distingue par son silence et sa grande fluidité. Sans grondement de moteur ni variations sonores marquées, le cerveau perd un repère auditif et vibratoire clé pour anticiper les changements de vitesse et de direction. Une partie de l’information sensorielle, à laquelle nous étions sans le savoir parfaitement conditionnés, disparaît.
Accélérations franches et freinage régénératif bousculent l’organisme
Autre élément mis en avant par les études citées : le comportement dynamique de ces véhicules. Les moteurs électriques délivrent leur couple immédiatement, ce qui offre des accélérations souvent plus vives, même sur des modèles de milieu de gamme. Le passager ressent parfois des poussées plus sèches, moins « annoncées » par le bruit du moteur.
S’ajoute à cela le freinage régénératif, propre à la conduite électrique. Dès que le conducteur relâche l’accélérateur, la voiture commence à ralentir pour récupérer de l’énergie et recharger la batterie. Ce freinage, progressif et sans véritable à-coups, ne ressemble ni aux secousses traditionnelles d’un freinage classique, ni à la sensation de « roue libre » d’une voiture thermique.
Ce fonctionnement crée un nouveau type de décalage entre ce que le corps « attend » et ce qu’il ressent réellement. Le passager peut avoir l’impression de subir une série de micro-ralentissements qu’il ne parvient pas à anticiper, ce qui accentue l’inconfort.
Le conflit sensoriel : quand le cerveau ne comprend plus le mouvement
Pour expliquer ce mal-être, les chercheurs mobilisent la théorie du conflit sensoriel. Selon cette approche, le cerveau combine en permanence trois grandes sources d’informations :
- les signaux visuels, fournis par les yeux ;
- les signaux vestibulaires, issus de l’oreille interne, qui détectent accélérations et rotations ;
- les signaux proprioceptifs, envoyés par les muscles et les articulations, qui renseignent sur la position du corps.
Normalement, ces signaux concordent suffisamment pour permettre au cerveau de reconstruire une image cohérente du mouvement. Dans une voiture électrique, ce système peut se dérégler.
Lorsque les yeux perçoivent un mouvement, que l’oreille interne le ressent, mais que le cerveau n’a ni bruit de moteur ni vibrations familières pour anticiper ce qui arrive, un conflit se crée. C’est ce conflit qui déclenche le mal des transports.
Les études citées par le média indiquent une corrélation marquée entre certaines vibrations transmises par les sièges de voitures électriques et la sévérité des symptômes. Les passagers assis à l’arrière, moins informés visuellement de la route et plus exposés à ces vibrations, semblent particulièrement vulnérables.
Pourquoi le conducteur est moins touché
Les passagers souffrent davantage parce qu’ils restent passifs. Ils ne décident ni du freinage ni de l’accélération. Leur cerveau ne peut pas prévoir précisément le prochain mouvement du véhicule.
Le conducteur, au contraire, initie chaque action de conduite. Il sait qu’il va freiner, tourner ou accélérer, parfois une ou deux secondes avant que son corps ne le ressente. Ce simple délai permet à son cerveau de préparer les systèmes sensoriels, ce qui limite fortement le conflit entre ce qu’il voit, ce qu’il ressent et ce à quoi il s’attend.
Ce que les constructeurs testent pour réduire les nausées
Face à ces plaintes répétées, chercheurs et industriels commencent à plancher sur des solutions concrètes. L’enjeu dépasse le confort : si une partie des usagers évite la voiture électrique à cause du mal des transports, cela peut freiner la transition voulue par les pouvoirs publics.
Des sons artificiels pour recréer des repères
Plusieurs travaux mentionnés par le site d’actualité montrent qu’ajouter un fond sonore soigneusement calibré peut atténuer les symptômes. Dans des simulateurs de conduite comme lors d’essais en conditions réelles, un bruit continu à basse fréquence, autour de 100 Hz, réduit significativement les nausées.
Ce son discret reconstituerait en partie le rôle que jouait auparavant le moteur thermique : un guide auditif permettant au cerveau d’anticiper les accélérations et les freinages. Certains prototypes de véhicules expérimentent ainsi des tonalités adaptées au style de conduite et à la vitesse.
Sièges vibrants et éclairage « intelligent »
D’autres pistes portent sur les vibrations et la lumière à l’intérieur de l’habitacle. L’objectif reste le même : offrir au cerveau des repères supplémentaires pour mieux interpréter le mouvement du véhicule.
- Vibrations contrôlées des sièges : en modulant très légèrement les vibrations en fonction de l’accélération ou du freinage, les ingénieurs espèrent synchroniser la perception musculaire et vestibulaire avec les sollicitations du véhicule.
- Éclairage adaptatif : certaines études explorent des jeux de lumière à bord, légèrement synchronisés avec les phases de conduite, pour renforcer l’information visuelle de mouvement, même lorsque l’on regarde l’intérieur de la voiture.
Ces solutions restent expérimentales, mais elles montrent que la question n’est plus considérée comme un simple inconfort anecdotique.
Les gestes simples qui soulagent déjà les passagers
En attendant des solutions intégrées aux futurs modèles, les experts rappellent quelques réflexes, déjà connus dans les voitures thermiques, qui restent efficaces dans l’électrique.
Certaines personnes sensibles au mal de mer ou aux attractions de parc se montrent aussi plus réactives en voiture électrique. Les spécialistes conseillent alors d’appliquer les mêmes stratégies que pour les trajets en bateau : se placer au milieu du véhicule, éviter de voyager le ventre trop vide ou trop plein, et faire des pauses régulières.
Quelle situation en France ?
En France, la question du confort en voiture électrique arrive progressivement dans le débat public à mesure que le parc grandit. Constructeurs français et européens testent déjà différents réglages de freinage régénératif et d’assistances à la conduite pour rendre l’expérience plus douce.
Les autorités sanitaires n’ont pas publié de recommandations spécifiques aux véhicules électriques, mais le principe reste le même que pour tout transport : adapter le poste de conduite, favoriser une conduite souple et informer les conducteurs des conséquences possibles d’accélérations répétées sur les passagers.
| Aspect | Voiture thermique | Voiture électrique |
|---|---|---|
| Bruit du moteur | Présent, varie avec le régime | Très discret, peu d’évolution sonore |
| Vibrations | Claires, liées au moteur et à la boîte | Atténuées, plus diffuses |
| Freinage | Principalement par les freins classiques | Freinage régénératif + freins classiques |
| Repères sensoriels | Multiples (bruit, secousses, changements de rapport) | Moins visibles, plus lisses |
| Risque de mal des transports | Connu, mais stable | En hausse chez certains passagers sensibles |
Pour les automobilistes français déjà passés à l’électrique, quelques réglages accessibles dans les menus de bord peuvent aussi aider : niveau de récupération d’énergie, mode de conduite plus souple, ou assistance éco qui lisse automatiquement les accélérations.
Un enjeu de conception pour les futurs modèles
Au-delà du confort individuel, cette montée du mal des transports dans les voitures électriques ouvre un nouveau champ de réflexion pour l’industrie. L’expérience montre qu’un véhicule silencieux et très fluide ne suffit pas : il doit aussi conserver, ou recréer, certains repères sensoriels auxquels le corps humain s’est habitué.
Pour les acheteurs sensibles au mal de mer, un essai prolongé en conditions réelles, avec les futurs passagers habituels, peut s’avérer très utile avant de signer. L’observation des réactions des enfants à l’arrière, en particulier, donne souvent une bonne indication du confort à long terme.
Les avancées sur les signaux sonores artificiels, les vibrations contrôlées des sièges ou l’éclairage adaptatif montrent que l’on peut agir sur ce phénomène. Ces pistes pourraient, à terme, bénéficier à d’autres moyens de transport : cars, trains régionaux ou navettes autonomes, où la question du mal des transports se pose déjà.









