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Des archéologues exhument le plus vieux contrat de travail du monde en Irak : il date de 2100 av. J.-C. et fixait déjà le salaire

Des archéologues exhument le plus vieux contrat de travail du monde en Irak : il date de 2100 av. J.-C. et fixait déjà le salaire

En Irak, une équipe d’archéologues vient de mettre au jour une tablette d’argile qui bouleverse notre compréhension des premières relations de travail.

Dans l’ancienne cité de Lagash, en Irak, une mission du musée Pergamon de Berlin a exhumé ce que le journal argentin La Nación présente comme le plus ancien contrat de travail connu. Gravé sur une tablette d’argile en écriture cunéiforme et daté d’environ 2100 avant notre ère, ce document décrit, noir sur blanc, les tâches d’un ouvrier agricole et la rémunération qu’il devait recevoir.

Un contrat vieux de 4 000 ans, trouvé dans la cité sumerienne de Lagash

Le document provient de Lagash, une grande ville de la civilisation sumerienne, aujourd’hui enfouie sous le territoire irakien. Cette région de l’ancienne Mésopotamie, située entre le Tigre et l’Euphrate, est considérée comme l’un des principaux foyers urbains et administratifs de l’Antiquité.

Les archéologues du musée Pergamon ont mis au jour une tablette de petite taille, en argile cuite, couverte de signes cunéiformes. Selon les éléments rapportés par La Nación, cette inscription correspond à un accord de travail formel passé entre un propriétaire de champs d’orge et un travailleur journalier.

Ce texte sumérien décrit une relation employeur–employé structurée, avec tâches précises et salaire défini, plus de 2 000 ans avant notre ère.

Le document est présenté par les spécialistes comme le plus ancien contrat de travail identifié à ce jour. D’autres textes liés à la rémunération ou à la répartition de tâches existent dans le Proche-Orient ancien, mais ce contrat de Lagash se distingue par son caractère explicite : il formalise clairement une relation de travail volontaire, encadrée par des obligations réciproques.

Ce que prévoyait le contrat : un salaire en orge, pas en argent

La tablette détaille les obligations du journalier dans les champs d’orge du propriétaire. Il s’agit d’un travail agricole, au cœur d’une économie largement tournée vers les céréales, qui servaient à la fois de nourriture, de réserve et de référence de valeur.

Le texte précise aussi la rémunération : le salarié doit recevoir une part de la récolte.

Le salaire de cet ouvrier agricole sumerien était versé en nature : une portion du grain qu’il contribuait à produire.

À cette époque, l’argent au sens moderne n’existait pas. Les échanges se fondaient sur le troc ou des paiements en biens : céréales, bétail, huile ou autres produits. Dans ce contrat, l’orge joue simultanément le rôle de ressource alimentaire et de « monnaie » de référence pour rémunérer le travail.

Ce type de rémunération en nature a longtemps perduré dans différentes sociétés agraires, y compris des millénaires plus tard : paysans payés en parts de récolte, bergers rémunérés en bêtes, domestiques logés et nourris. Ce contrat de Lagash illustre une forme très ancienne de ce principe.

La révolution de l’écriture : comment les Sumériens ont encadré le travail

Pour consigner cet accord, les habitants de Lagash ont utilisé l’écriture cunéiforme, inventée par les Sumériens vers 3000 av. J.-C. au moyen de calames imprimés dans l’argile. À l’origine, cette écriture sert surtout à enregistrer des comptes, des flux de marchandises et des décisions d’administration.

  • Gestion des stocks agricoles : quantité d’orge, d’huile, de laine.
  • Enregistrement des livraisons et des rations distribuées.
  • Décisions des autorités politiques ou religieuses.
  • Contrats de propriété, de prêts ou de travail.

Le contrat exhumé à Lagash s’inscrit pleinement dans cette logique : l’écrit sert à fixer et sécuriser une relation sociale et économique. Il précise les tâches, la rémunération, et peut aussi inclure des clauses associées.

Selon La Nación, les contrats de cette époque mentionnent souvent des sanctions en cas de non-respect de l’accord. Il peut s’agir de pénalités, de pertes de droits, voire de mesures plus sévères. Cette formalisation montre que les Sumériens cherchaient déjà à encadrer les engagements pour éviter les conflits entre parties.

En donnant une forme écrite aux obligations et aux droits, les Sumériens posent les bases de ce que deviendront plus tard les règles du contrat de travail.

Un rapport de travail contractuel, distinct de l’esclavage

La Nación souligne un élément central : ce document ne décrit pas une relation d’esclavage. L’ouvrier journalier n’est pas présenté comme une propriété, mais comme une personne qui prête sa force de travail contre une rémunération définie.

Ce type d’accord tranche avec d’autres formes d’organisation du travail de l’Antiquité, souvent marquées par la coercition : esclaves utilisés dans les champs, corvées imposées, travaux forcés pour les grands chantiers. Ici, la relation reposerait sur un minimum de réciprocité entre employeur et employé.

Les chercheurs y voient une étape importante vers des pratiques de travail plus contractuelles, où la notion de « service contre compensation » devient centrale. On retrouve une logique proche de celle des travailleurs à la journée ou saisonniers, bien connue dans les campagnes jusqu’à l’époque contemporaine.

Un jalon pour l’histoire du travail, de la Mésopotamie à l’Égypte et Babylone

Le contrat de Lagash ne constitue pas un cas isolé. La Nación rappelle qu’il s’ajoute à une série de documents similaires mis au jour au Moyen-Orient et en Europe. Cependant, il est considéré comme le plus ancien qui décrive clairement une relation de travail salariée.

Les historiens estiment que ces premières formes de contrats ont influencé les pratiques ultérieures dans d’autres civilisations du Proche-Orient ancien :

  • en Égypte antique, des textes évoquent des répartitions de rations pour les ouvriers des chantiers ;
  • en Mésopotamie, des tablettes babyloniennes détaillent des obligations de travail et des compensations ;
  • dans les cités mésopotamiennes postérieures, les scribes rédigent des accords concernant des artisans, des commerçants, des bergers.

À travers la généralisation de l’écrit, ces sociétés recentrent peu à peu la vie économique sur des engagements formalisés. Le contrat devient un outil courant, que ce soit pour louer une terre, prêter de l’argent ou embaucher un travailleur.

Les principes de base présents à Lagash – tâches définies, rémunération prévue, clauses de contrôle – se retrouvent encore dans les contrats de travail actuels, sous des formes juridiques évidemment plus complexes.

Ce que ce contrat millénaire dit de notre rapport au travail aujourd’hui

Malgré les plus de 4 000 ans qui séparent Lagash de l’Irak actuel ou de la France contemporaine, La Nación souligne la continuité de certains mécanismes : une personne s’engage à réaliser un ensemble de tâches, l’autre s’engage à payer une contrepartie.

Les formes, les protections et les montants ont profondément évolué, mais trois éléments centraux restent reconnaissables :

  • une description du travail attendu ;
  • une contrepartie explicitement fixée ;
  • un cadre – écrit ou oral – destiné à limiter les litiges.
  • Ce contrat ancien rappelle aussi que, dès les premières grandes civilisations, l’organisation du travail constitue un enjeu politique et administratif. Pour éviter les déséquilibres et maintenir la cohésion, les autorités encouragent ou imposent la tenue d’archives, de listes, de contrats.

    Les contrats de travail en France : un héritage lointain, des règles très encadrées

    Pour un lecteur en France, cet objet archéologique fait écho à une réalité désormais encadrée par le droit du travail. Aujourd’hui, le contrat de travail français repose sur le code du travail et sur la jurisprudence, loin des simples accords en nature de la Mésopotamie.

    Les principes restent toutefois comparables sur certains points :

    • le contrat français précise la fonction, la durée de travail, le lieu d’exercice ;
    • il fixe une rémunération, qui ne peut pas être inférieure au salaire minimum légal et aux planchers prévus par les conventions collectives ;
    • il prévoit des droits pour le salarié (congés, protection sociale, règles de rupture) et des obligations pour l’employeur (paiement du salaire, conditions de travail).

    À la différence du contrat de Lagash, la rémunération ne se fait plus en nature, même si certains avantages (logement de fonction, repas pris en charge) existent encore. En France, le salaire doit être payé en monnaie ayant cours légal, sur un compte bancaire ou postal.

    L’esprit reste toutefois proche : clarifier la relation entre celui qui fournit le travail et celui qui en bénéficie, pour limiter les abus. Ce que la tablette de Lagash tente d’assurer par quelques lignes en cunéiforme, le droit français le déploie aujourd’hui à travers un vaste ensemble de textes et de protections.

    Un document archéologique qui éclaire les notions de salaire et de contrat

    Le terme même de « salaire » renvoie à la notion de contrepartie régulière pour un travail fourni. À Lagash, cette contrepartie est une part de la récolte d’orge. Il s’agit déjà d’une forme de « revenu du travail », nettement distinct d’un simple don ou d’une ration imposée.

    Ce contrat illustre aussi le rôle des scribes, ces spécialistes de l’écrit qui se chargent de rédiger et d’enregistrer les accords. Sans eux, pas de trace durable des engagements. Dans la société sumérienne, ces lettrés occupent une position stratégique, comparable, dans une certaine mesure, à celle des juristes et notaires chargés aujourd’hui de sécuriser les actes contractuels.

    Pour les archéologues comme pour les historiens, cette tablette de Lagash offre ainsi un double éclairage : elle renseigne à la fois sur la vie quotidienne d’un ouvrier agricole du IIIe millénaire avant J.-C. et sur la lente construction des règles qui organisent encore le travail au XXIe siècle.

    Questions fréquentes

    Où a été découverte cette tablette et par qui ?

    La tablette a été exhumée à Lagash, une cité sumerienne en Irak, lors d'une mission d'archéologues du musée Pergamon de Berlin.

    Comment la rémunération était-elle versée à l'époque ?

    Le salaire de l'ouvrier était versé en nature, sous forme d'une portion d'orge qu'il contribuait à produire. L'argent au sens moderne n'existait pas et les échanges se fondaient sur le troc ou les paiements en biens.

    En quoi ce contrat se distingue-t-il d'autres documents anciens ?

    Contrairement à d'autres textes du Proche-Orient ancien relatifs à la rémunération, ce contrat se caractérise par son caractère explicite et formel : il décrit clairement une relation de travail volontaire encadrée par des obligations réciproques entre employeur et employé.

    Ce contrat décrivait-il une relation d'esclavage ?

    Non, le document ne décrit pas une relation d'esclavage. L'ouvrier est présenté comme une personne prêtant sa force de travail contre une rémunération définie, reposant sur un minimum de réciprocité, ce qui le distingue des formes coercitives du travail antique.

    Quels principes de ce contrat ancien se retrouvent dans les contrats modernes ?

    Trois éléments fondamentaux restent inchangés : une description du travail attendu, une contrepartie explicitement fixée et un cadre destiné à limiter les litiges entre les parties contractantes.
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