À partir de 2027, une réforme adoptée discrètement en France va changer la donne pour les retraités qui continuent à travailler, surtout avant 67 ans.
Glissée dans le budget de la Sécurité sociale adopté fin 2025, une refonte du cumul emploi-retraite va profondément modifier les règles à compter du 1er janvier 2027. Comme le détaille la presse spécialisée citée par le journal en ligne Midi Libre, ce changement pourrait faire chuter les revenus de nombreux retraités actifs, en particulier ceux de moins de 67 ans qui comptent sur un complément de salaire.
Une réforme discrète mais structurante pour le cumul emploi-retraite
Le point de départ se trouve dans un rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025, intitulé « Le cumul emploi retraite ; un coût élevé, une cohérence à établir ». Les magistrats financiers y dénoncent un dispositif jugé coûteux et peu lisible.
Dans la foulée, le gouvernement a fait adopter une réforme dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. La Revue Francis Lefebvre résume l’objectif affiché : « améliorer sa lisibilité et limiter les effets d’aubaine en recentrant ce dispositif sur sa vocation initiale : permettre aux retraités modestes de compléter leurs revenus ».
Selon la Revue Francis Lefebvre, la refonte du cumul emploi-retraite doit générer 0,4 milliard d’euros d’économies en 2027 et jusqu’à 1,9 milliard d’euros en 2030.
Derrière cet habillage technique, l’enjeu budgétaire est clair. Il s’agit de réduire le coût du cumul pour les finances publiques en limitant les situations où des retraités déjà correctement pensionnés continuent à travailler sans restriction.
Tout le dispositif se réorganise désormais autour de trois âges clés :
- avant 64 ans : cumul quasi neutralisé ;
- entre 64 et 67 ans : cumul partiel, avec un mécanisme de plafonnement ;
- après 67 ans : cumul totalement libéralisé.
Avant 64 ans : un cumul qui ne rapporte plus rien
Le changement le plus radical concerne les moins de 64 ans, c’est-à-dire les personnes parties en retraite anticipée qui continuent à travailler. Pour cette tranche d’âge, la réforme rend le cumul purement théorique.
La Revue Francis Lefebvre note qu’« avant 64 ans, le cumul n’est plus réellement intéressant, car la pension sera réduite à hauteur de 100 % des revenus que la personne percevrait en travaillant et en bénéficiant du cumul ».
Avant 64 ans, chaque euro gagné en travaillant sera intégralement compensé par une baisse de la pension, pour un revenu total inchangé.
Paul-Henri Antonmattei, professeur de droit social à Montpellier, interrogé par Midi Libre, résume : « il n’y aura plus aucun intérêt à faire ça avant cet âge pivot », le législateur voulant « empêcher le cumul avant l’âge légal de la retraite, c’est-à-dire 64 ans, au profit d’une retraite progressive ».
Concrètement, un retraité qui touche 2 000 euros de pension et reprend une activité lui rapportant 500 euros par mois ne gagnera pas un centime de plus : sa pension sera réduite de 500 euros. Son revenu total restera bloqué à 2 000 euros.
Pour tous ceux qui comptaient sur quelques heures de travail pour garder un pied dans l’emploi ou arrondir leurs fins de mois avant 64 ans, l’intérêt financier disparaît.
Entre 64 et 67 ans : un cumul partiel sous plafond
Entre 64 et 67 ans, le cumul reste possible, mais dans un cadre bien plus encadré. La Revue Francis Lefebvre explique que pour l’assuré ayant atteint ou dépassé l’âge d’ouverture des droits à la retraite, soit 64 ans « en principe à terme », mais sans avoir atteint 67 ans, « un cumul emploi retraite partiel sera possible, sans délai de carence, même en cas de reprise chez le même employeur ».
La nouveauté majeure tient à un mécanisme d’« écrêtement » de la pension : celle-ci pourra être réduite en fonction des revenus tirés de l’activité et des autres revenus de remplacement.
Entre 64 et 67 ans, la pension pourra être amputée à hauteur de 50 % des revenus professionnels dépassant un seuil annuel.
Un seuil de revenus doit être défini par décret. Les premiers échanges évoquent un montant situé « au-delà de 7 000 euros » par an. Au-dessus de ce plafond, une partie des gains sera absorbée par une baisse de la pension.
Paul-Henri Antonmattei propose un exemple pour Midi Libre : « Admettons que le retraité touche, en plus de sa retraite, pour ses activités, 9 000 euros. Cela fait 2 000 euros au-dessus du seuil de 7 000 euros. On lui enlèvera de sa pension de retraité, dans ce cas, la moitié du surplus, soit 1 000 euros. »
Le retraité conservera donc un gain, mais nettement réduit par rapport à ce qu’il aurait perçu en l’absence de réforme. Cette mécanique de rabotage vise clairement les revenus complémentaires jugés confortables, sans toucher aux petits compléments.
Ce que cela change pour un retraité actif entre 64 et 67 ans
| Situation | Avant la réforme | Après 1er janvier 2027 |
|---|---|---|
| Reprise d’activité chez le même employeur | Conditions variables, parfois délai de carence | Aucun délai de carence, reprise possible immédiatement |
| Revenus annuels modestes | Cumul souvent intégral | Cumul intégral jusqu’au seuil fixé par décret |
| Revenus annuels élevés (au-delà d’environ 7 000 €) | Cumul plus large selon les cas | Réduction de la pension à hauteur de 50 % de la part dépassant le seuil |
Après 67 ans : cumul libéralisé, mais avec des effets de bord
À partir de 67 ans, l’âge du taux plein automatique, la logique s’inverse. Le cumul redevient intégral. Les retraités pourront travailler sans limite de revenus et sans subir de baisse de pension, « sans délai de carence et sans plafond ».
Au-delà de 67 ans, les retraités pourront de nouveau cumuler librement salaire et pension, y compris chez leur ancien employeur.
Le changement est notable par rapport au droit actuel. Aujourd’hui, un délai de six mois s’applique encore en cas de reprise d’activité chez le même employeur, même après 67 ans. Cette contrainte disparaîtra pour les générations concernées par la réforme.
Le cumul emploi-retraite reste un outil massif en France : en 2019, 535 000 assurés avaient déjà recours à ce dispositif, rappelle la Drees, le service statistique des ministères sociaux. L’organisme soulignait que le cumul existe depuis 1945, mais qu’il a été retouché à plusieurs reprises, notamment en 2003 et 2014.
Pour Paul-Henri Antonmattei, il s’agissait jusqu’ici d’« un dispositif qui fonctionne plutôt bien, il donne satisfaction ». Il redoute que le durcissement entre 64 et 67 ans ne produise des comportements de contournement.
Le risque de développement du travail dissimulé
En ciblant les âges élevés et en rabotant les droits au cumul entre 64 et 67 ans, la réforme suscite de vives critiques chez certains spécialistes du droit social.
Le professeur Paul-Henri Antonmattei craint que la restriction du cumul ne pousse certains retraités vers le travail dissimulé.
Selon lui, en « restreignant entre 64 ans et 67 ans », certains feront le constat qu’ils vont perdre au change et pourraient « se tourner vers le travail dissimulé ». Il rappelle que « les personnes qui cumulent un emploi et une pension de retraite le font pour avoir une rémunération plus importante et maintenir leur niveau de vie qu’ils avaient quand ils travaillaient ».
Dans ce contexte, prévient-il, « il y aura toujours la tentation d’exercer une activité avec une partie des revenus complémentaires, qui ne sera pas déclarée », ce qui se traduirait in fine par « moins de cotisations sociales » pour les caisses.
Comment se situe la France sur le cumul emploi-retraite ?
Le cumul emploi-retraite français s’inscrit dans un paysage européen très contrasté. Dans plusieurs pays, travailler à la retraite reste possible, mais les règles varient fortement.
- La France impose un âge légal (64 ans à terme) et organise un système de plafonds et d’écrêtements selon l’âge.
- Certains pays lient l’absence de restriction au fait d’avoir atteint le taux plein, comme le choix de libéraliser après 67 ans en France.
- D’autres laissent une liberté plus large mais avec une fiscalité plus lourde sur les revenus cumulés.
Pour un lecteur français, la spécificité nationale tient désormais à cette architecture par tranches d’âge, combinée à la notion de retraite progressive, qui consiste à réduire son activité avant de liquider totalement ses droits, plutôt que de partir à la retraite pour reprendre ensuite un emploi.
Les retraites complémentaires, gérées notamment par l’Agirc-Arrco, appliquent aussi leurs propres règles de cumul avec des plafonds de revenus dans certains cas. Ces dispositifs s’articulent avec le régime de base et peuvent, eux aussi, limiter l’intérêt financier de certaines reprises d’activité, même si leurs paramètres évoluent régulièrement.
Un dispositif à décoder avant de liquider sa retraite
Pour les futurs retraités qui envisagent de continuer à travailler, la date du 1er janvier 2027 devient une frontière importante. Partir avant ou après, à 63, 64 ou 67 ans, n’aura plus du tout le même impact.
Quelques repères peuvent aider à s’y retrouver :
Pour un salarié proche de la retraite, ces règles peuvent influer sur plusieurs choix stratégiques : moment de la liquidation des droits, recours ou non à la retraite progressive, volume de travail souhaité après la retraite, négociation avec l’employeur pour organiser une fin de carrière.
Le terme d’« effets d’aubaine » utilisé par la Cour des comptes désigne les situations où un assuré cumule pension et revenus professionnels sans que cela corresponde à un réel besoin de complément de revenus, mais plutôt à une optimisation personnelle, parfois au détriment des comptes publics. La réforme entend réduire ces cas, au risque de toucher aussi des retraités qui travaillent réellement pour maintenir leur niveau de vie.
Pour les personnes concernées, un rendez-vous avec un conseiller retraite ou un service d’information spécialisé, lorsque les décrets d’application auront précisé les seuils et modalités, restera une étape clé afin d’anticiper l’impact concret de cette réforme sur leurs revenus à partir de 2027.









