Au large de la côte est australienne, un vidéaste a capté des images rares d’une baleine à bosse, observée dans une attitude inhabituelle.
En suivant ce comportement étrange grâce à un drone, ce réalisateur animalier australien a assisté, presque par hasard, à un événement que le site scientifique ScienceAlert présente comme une première mondiale : la naissance d’un baleineau à bosse filmée depuis les airs, près de la côte de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.
Une « sortie de routine » qui se transforme en séquence inédite
Fin juillet, en pleine saison de migration des baleines le long de la côte est australienne, Alexander Forrest fait ce qu’il a l’habitude de faire : il envoie son drone au-dessus de l’océan pour filmer la faune locale. Ce pilote de drone et réalisateur d’expositions suit régulièrement les baleines à bosse qui remontent et redescendent la côte, raconte ScienceAlert, site d’actualité scientifique anglophone.
Ce jour-là, au large de la côte nord de la Nouvelle-Galles du Sud, les conditions sont idéales : mer calme, bonne visibilité, peu de vent. Forrest survole un groupe de baleines à bosse en migration lorsqu’un détail le frappe. Parmi les animaux, une femelle se distingue immédiatement.
Alors que les cétacés migrateurs adoptent en général une allure soutenue et régulière, cette baleine nage beaucoup plus lentement. Elle semble dériver vers la côte, dans une attitude presque hésitante.
Une femelle baleine à bosse se détache du groupe, ralentit nettement et adopte un comportement jugé « laborieux » par l’observateur.
« C’était juste un vol de routine… et il y avait cette baleine qui ne migrerait ni vers le nord ni vers le sud comme toutes les autres, mais qui adoptait ce comportement super lent, constant, presque laborieux juste derrière la barre de surf », explique Alexander Forrest à ScienceAlert.
Une nuée rouge, puis l’apparition d’un baleineau
Intrigué par ce comportement anormal, Forrest décide de concentrer la caméra du drone sur la femelle isolée. Il la suit pendant plusieurs minutes, cherchant à comprendre ce qui se joue sous la surface. C’est alors qu’une scène inattendue se déroule sous ses yeux.
Autour de l’animal, l’eau se teinte soudain de rouge. Une vaste trainée sanguine se forme, visible très distinctement depuis le ciel.
Dans un premier temps, le réalisateur pense à une attaque d’orca ou d’un autre prédateur marin. « Soudain, cette nuée rouge apparaît, et mon premier réflexe a été de me dire qu’il y avait peut-être eu une interaction avec un prédateur », raconte-t-il.
Mais la suite dissipera aussitôt ce scénario. De ce nuage rougeâtre émerge une forme claire, de petite taille, qui remonte vers la surface. « Heureusement, une forme blanche jaillit à la surface et c’est un petit baleineau à bosse », décrit Forrest.
Dans un nuage de sang, un petit corps pâle remonte vers la surface : il s’agit du tout premier souffle d’un nouveau-né baleine à bosse.
En quelques instants, l’opérateur comprend qu’il vient d’assister à une naissance en direct, vue du ciel, et que son drone en a enregistré chaque étape avec une précision inédite. Il alerte immédiatement deux proches pour documenter la suite de la journée.
Une équipe se forme pour suivre la mère et son petit
Alexander Forrest contacte alors une autre pilote de drone, Tanya Snowden, membre d’ORRCA, l’« Organisation pour le sauvetage et la recherche sur les cétacés en Australie », ainsi qu’un ami, Dominic Cotter-Dephoff. Tous deux le rejoignent pour suivre la mère et son baleineau pendant les heures qui suivent la mise bas.
Le petit et sa mère sont observés durant plusieurs heures, jusqu’au coucher du soleil. Les trois observateurs multiplient les prises de vues et consignent autant de détails comportementaux que possible : positions des animaux, distance entre la mère et le jeune, fréquence des remontées à la surface, déplacements, réactions aux vagues.
« Pendant ce temps, nous nous sommes assurés de recueillir ces notes de terrain cruciales sur le comportement maternel précoce entre la nouvelle maman baleine à bosse et son baleineau tout juste né, et à quoi ressemblent ces premiers instants, pour contribuer à la science », explique Forrest.
Un baleineau encore maladroit, mais concentré sur sa respiration
Les images et les observations montrent un petit encore peu orienté, qui ne maîtrise pas encore totalement ses déplacements. « Après la naissance, la mère veillait instinctivement sur son petit. Le baleineau n’était pas très concentré sur la direction, il n’avait pas encore tout compris, nageant jusqu’à trois mètres d’elle… mais ils restaient assez proches la plupart du temps », décrit Forrest.
Il rappelle un point clé du mode de vie des cétacés : « Nous, nous pouvons respirer sans y penser, mais les baleines doivent s’y concentrer. » Chez un nouveau-né, cet apprentissage est immédiat et vital. « Le baleineau était vraiment concentré sur le fait de dégager ses poumons et de rester à flot pour ces premiers instants. Il se rend à la surface dès qu’il quitte le canal de naissance », précise le pilote de drone.
À peine né, le jeune cétacé doit gérer à la fois la flottabilité, la respiration volontaire et le contact avec sa mère dans une mer encore inconnue.
Pourquoi ces images représentent une première scientifique
Selon ORRCA, seulement trois naissances de baleines à bosse ont été décrites dans la littérature scientifique jusqu’ici. La mise bas de ces grands cétacés se déroule le plus souvent loin des côtes, dans des eaux tropicales ou subtropicales plus chaudes, ce qui rend leur observation très difficile.
ORRCA indique que l’événement observé au large de la Nouvelle-Galles du Sud constitue a priori la première naissance de baleine à bosse documentée par des prises de vues aériennes réalisées par drone. La précision des images, la stabilité de la plateforme et la durée de suivi offrent un matériau inédit aux chercheurs.
Chaque année, environ 50 000 baleines à bosse remontent ainsi la côte est australienne, depuis leurs zones d’alimentation de l’Antarctique vers des eaux plus chaudes où elles se reproduisent. C’est dans ce contexte que l’animal observé par Forrest n’a pas atteint, visiblement, les latitudes plus tropicales où naissent en général les baleineaux.
Des travaux récents indiquent d’ailleurs que les naissances peuvent se produire plus au sud qu’on ne le pensait. Le cas étudié ici s’inscrit dans cette tendance : la femelle a donné naissance alors qu’elle se trouvait encore dans des eaux plus tempérées, obligeant le nouveau-né à poursuivre la migration aux côtés de sa mère.
Un futur article scientifique en préparation
Les gigaoctets de vidéos et de notes récoltés par Alexander Forrest et ses collègues ne resteront pas dans un disque dur. Le vidéaste collabore désormais avec ORRCA pour préparer une analyse détaillée de l’événement, en vue d’une publication scientifique soumise à relecture par des pairs.
L’objectif : mieux décrire les étapes immédiates de la naissance, les interactions entre la mère et le petit, et les comportements cruciaux pour la survie d’un mammifère marin né sous l’eau. Ces données enrichiront les connaissances sur la reproduction des baleines à bosse, encore lacunaire malgré la popularité de l’espèce auprès du grand public et des touristes en observation.
- Localisation de la naissance : côte nord de la Nouvelle-Galles du Sud, Australie
- Période : fin juillet, en pleine saison d’observation des baleines
- Espèce : baleine à bosse (Megaptera novaeangliae)
- Mode d’observation : drone piloté depuis la côte
- Organisme associé : ORRCA, spécialiste du suivi et du sauvetage des cétacés en Australie
Ce que cette observation change pour la protection des baleines
Les premières heures de vie d’un baleineau se montrent particulièrement critiques. La capacité à atteindre la surface, à coordonner respiration et nage, puis à rester au contact de la mère conditionnent sa survie. Les images obtenues par drone permettent de documenter ces instants sans perturber les animaux avec un bateau trop proche.
Pour les biologistes marins, ce type de séquence vidéo aide à mieux évaluer :
Ce type d’information peut ensuite guider les règles locales de navigation, par exemple en définissant des distances d’approche recommandées pour les bateaux d’observation pendant la saison des naissances, ou des zones à forte sensibilité biologique.
Et en France : où sont observées les baleines à bosse ?
Pour un lecteur français, ces images tournées en Australie renvoient à un enjeu similaire : l’observation respectueuse des cétacés dans les eaux françaises. La baleine à bosse est parfois observée au large de la métropole, notamment en Atlantique nord-est, mais plus fréquemment dans certains territoires d’outre-mer, comme les Antilles françaises ou la Réunion, où l’observation en mer s’est structurée.
En France, plusieurs structures naturalistes et associations se consacrent au suivi des cétacés, à l’image des observatoires de mammifères marins et des réseaux d’échouages. Elles jouent un rôle proche de celui d’ORRCA en Australie : collecte de données, assistance aux animaux en détresse, sensibilisation du public et échanges avec les chercheurs.
Les règles d’approche des cétacés sont encadrées, avec l’objectif de limiter le dérangement : vitesse réduite des bateaux, distances minimales d’observation, interdiction de couper la route aux animaux ou de les encercler. Ces principes cherchent à concilier tourisme et respect du comportement naturel des baleines, encore plus crucial lors des périodes de reproduction et de mise bas.
Le drone, un nouvel outil au service de la science des cétacés
Les drones occupent désormais une place importante dans l’étude des animaux marins. Utilisés à bonne distance, généralement à partir du littoral ou de bateaux, ils offrent une vue d’ensemble des comportements de surface, tout en évitant le bruit et la présence intrusive d’une embarcation.
Pour les baleines, ces engins volants permettent notamment de :
- filmer les déplacements de groupes entiers sur une plus longue durée ;
- observer la coordination entre une mère et son petit ;
- repérer des blessures ou des enchevêtrements dans des engins de pêche ;
- documenter des événements rares, comme une naissance ou une interaction avec des prédateurs.
Ce type de technologie vient compléter les méthodes plus classiques d’étude des cétacés, comme la photo-identification (reconnaissance des nageoires caudales), l’écoute acoustique des chants ou encore le marquage par balise. Combinées, ces approches offrent une vision plus fine des déplacements, du succès reproducteur et de la santé globale des populations de baleines.
Pour les chercheurs comme pour les gestionnaires d’aires protégées, ces données aident ensuite à adapter les mesures de protection : zones de quiétude, périodes de limitation du trafic maritime ou programmes d’information destinés aux opérateurs touristiques. L’épisode observé par Alexander Forrest en Australie illustre la manière dont un simple « vol de routine » peut, grâce à la chance et à une observation attentive, fournir un matériau scientifique précieux sur la vie intime de ces grands mammifères marins.









