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Un poisson des abysses de quelques centimètres exposé vivant pour la première fois au monde : c’est au Japon que ça se passe

Un poisson des abysses de quelques centimètres exposé vivant pour la première fois au monde : c'est au Japon que ça se passe

Un minuscule poisson des grandes profondeurs vient d’être présenté au public au Japon, dans un aquarium de Fukushima, suscitant une forte curiosité.

Un aquarium de la ville d’Iwaki, dans la préfecture de Fukushima au Japon, a réussi une première mondiale en présentant vivant un poisson des abysses quasi inconnu. Ce spécimen rarissime, capturé au large d’Hokkaido, attire déjà les visiteurs et intrigue les scientifiques, rapporte le site d’actualité japonais sur le Japon Sumikai.

Un poisson des profondeurs rarissime exposé à Fukushima

Le héros discret de cette histoire s’appelle Maguma-Kusauo, un petit poisson de la famille des limaces de mer abyssales, parfois traduit par « magma-scheibenbauch » en allemand ou « ventre-disciforme de magma ». Sa taille impressionne moins que son histoire : l’animal mesure à peine six à sept centimètres.

Jusqu’ici, ce poisson de grande profondeur n’existait pour la science qu’à travers quelques spécimens conservés dans des collections. Selon Sumikai, seuls cinq préparations de cette espèce seraient recensées dans le monde. Autrement dit, la probabilité d’en voir un, même mort, était déjà minime. Le voir vivant relevait presque de la science-fiction.

Pour la première fois, un Maguma-Kusauo vivant nage sous les yeux du public dans un aquarium japonais, une scène encore jamais observée ailleurs sur la planète.

Le poisson est actuellement visible à l’aquarium « Aquamarine Fukushima », à Iwaki. Il y glisse lentement dans l’eau, dans un bassin adapté, avec un corps d’un rose pâle presque translucide et une nage ondulante, proche de l’apesanteur. Les visiteurs assistent à un comportement qui n’avait, jusqu’ici, jamais été observé in situ sur un animal vivant.

Une capture en douceur à 600 mètres de profondeur

L’histoire de ce poisson commence bien loin du grand public, au nord du Japon. Le Maguma-Kusauo a été repéré au large de la ville de Rausu, sur l’île de Hokkaido, une zone connue pour ses eaux profondes et riches en biodiversité. C’est là que la présence de cette espèce a été confirmée pour la première fois dans les eaux japonaises en juillet 2025.

Une étude scientifique publiée en avril 2026 dans la revue spécialisée Species Diversity mentionne trois spécimens issus de Rausu et d’autres régions. Sur la base de leurs caractéristiques morphologiques, les chercheurs ont décidé de reclasser l’espèce dans le genre Paraliparis, un groupe de poissons de grande profondeur. Mais tous ces individus étaient morts.

Le tournant intervient le 5 août 2026. Ce jour-là, l’équipe de l’Aquamarine Fukushima, menée par Toshiaki Mori, parvient à capturer un Maguma-Kusauo vivant à environ 600 mètres de profondeur, toujours au large de Rausu.

Pour y parvenir, les chercheurs n’ont pas utilisé un simple filet. Ils se sont servis d’un appareil spécifique appelé « Slarp Gun ». Il s’agit d’un dispositif de pompage qui permet d’aspirer en douceur des animaux des grandes profondeurs et de les remonter vers la surface avec un minimum de stress et de dommages physiques.

Cette méthode est cruciale dans le cas du Maguma-Kusauo. Son corps, très court et fin, n’est pas recouvert d’écailles robustes comme chez de nombreux poissons, mais d’une peau gélatineuse extrêmement fragile. Dans un filet classique, l’animal risquerait d’être blessé, voire de perdre des fragments de son corps.

  • Profondeur de capture : environ 600 mètres
  • Zone : au large de Rausu, île de Hokkaido (nord du Japon)
  • Taille du poisson : environ 6 à 7 cm
  • État : premier individu vivant présenté au public

Une fenêtre inédite sur la vie d’un poisson quasiment inconnu

Jusqu’à cette capture, la science disposait d’informations très limitées sur cette espèce. L’étude parue dans Species Diversity lui a attribué son nom standard japonais Maguma-Kusauo, mais les connaissances s’arrêtent presque là.

Les chercheurs ignorent encore :

  • Son régime alimentaire exact dans les abysses ;
  • Ses comportements de reproduction ;
  • La durée de son cycle de vie ;
  • Sa longévité potentielle en milieu naturel comme en captivité.
  • La présence d’un individu vivant à l’aquarium ouvre une opportunité inédite : passer de l’étude de simples préparations figées à l’observation du comportement réel d’un animal en activité.

    Les équipes de l’Aquamarine Fukushima peuvent désormais suivre la manière dont le Maguma-Kusauo se déplace, réagit à la lumière, s’alimente en captivité et s’adapte aux conditions de son bassin. Autant d’indices précieux pour comprendre, par comparaison, ce qui se passe dans la pénombre glacée des grandes profondeurs.

    Cette observation de long terme permettra aussi d’évaluer sa résistance au stress, sa capacité d’adaptation et, si l’individu survit suffisamment longtemps, d’estimer une première durée de vie en captivité.

    Une occasion de visite qui pourrait être très limitée

    Pour les visiteurs qui souhaitent voir ce poisson unique, le temps pourrait être compté. Les scientifiques ne disposent d’aucune donnée fiable sur l’espérance de vie du Maguma-Kusauo, ni sur la durée pendant laquelle il peut supporter les conditions d’un aquarium, même très soigneusement contrôlées.

    L’Aquamarine Fukushima reste pour l’instant ouvert tous les jours de 9 h à 17 h 30, avec un dernier accès une heure avant la fermeture. Le billet d’entrée coûte 1 850 yens pour un adulte et 900 yens pour un enfant ou un adolescent scolarisé ; les enfants d’âge préscolaire ne payent pas.

    Pour un touriste de passage, cette visite reste comparable à un grand aquarium français, mais l’attraction principale, ici, est réellement unique. Si le poisson venait à mourir sans qu’un autre individu puisse être capturé vivant, cette expérience resterait peut-être sans équivalent pendant des années.

    Pourquoi ce type de capture reste si rare

    La difficulté ne tient pas seulement au fait de trouver ce poisson. Travailler à 600 mètres de profondeur représente déjà un défi logistique. La pression y est environ soixante fois plus élevée qu’en surface, et la lumière quasi inexistante. Toute remontée brutale expose les organismes à un choc de pression et de température susceptible de les tuer.

    La Slarp Gun utilisée par l’équipe de Toshiaki Mori permet de limiter ces chocs, mais ne les supprime pas totalement. Il faut ensuite maintenir l’animal dans un environnement le plus stable possible, avec une température fraîche et une eau adaptée à sa physiologie d’espèce abyssale.

    Les poissons de ce milieu vivent souvent dans une relative tranquillité, loin des variations rapides de température ou de lumière. Ils peuvent être très sensibles à l’éclairage artificiel, au bruit ou à la promiscuité avec d’autres espèces. Chaque jour de survie du Maguma-Kusauo en captivité fournit donc une information : l’espèce tolère au moins ces conditions pendant ce laps de temps.

    Les poissons des abysses dans les aquariums français

    En France, les grands aquariums publics, comme Nausicaá à Boulogne-sur-Mer, Océanopolis à Brest ou le Grand Aquarium de Saint-Malo, présentent parfois des espèces de grande profondeur, mais très rarement de véritables poissons abyssaux vivants capturés à plusieurs centaines de mètres.

    Les structures françaises mettent plutôt en avant :

    • des espèces de profondeur moyenne ou d’eaux froides, plus faciles à maintenir ;
    • des reconstitutions virtuelles ou des expositions pédagogiques sur les abysses ;
    • des spécimens naturalisés (préparations) pour montrer la morphologie de ces animaux.

    La difficulté technique et le coût de la capture, du transport et de la maintenance de véritables poissons abyssaux vivants expliquent cette rareté. En France, les recherches sur les grands fonds passent davantage par des campagnes océanographiques menées avec des instituts comme l’Ifremer, qui utilisent des sous-marins ou des robots téléguidés pour filmer et prélever des échantillons, plutôt que par la présentation d’animaux vivants au grand public.

    Pour un visiteur français intéressé par ces milieux extrêmes, l’initiative japonaise illustre ce que permet la collaboration étroite entre un aquarium public et la recherche scientifique : transformer un travail de terrain très spécialisé en expérience directe pour les visiteurs, tout en produisant des données nouvelles pour les biologistes marins.

    Ce que ce poisson apprend sur les abysses

    Le Maguma-Kusauo n’est qu’un représentant parmi d’innombrables espèces encore inconnues des grandes profondeurs. Les biologistes estiment que la majorité des espèces abyssales ne sont pas encore décrites. Chaque individu observé vivant apporte donc un morceau du puzzle.

    La vie du Maguma-Kusauo en captivité servira de test grandeur nature pour mesurer la fragilité et les capacités d’adaptation d’un poisson abyssal lorsqu’il est soustrait à son environnement naturel extrême.

    Le simple fait de le voir se déplacer permet déjà de mieux comprendre sa morphologie : nage lente, corps mou, faible musculature, autant de caractéristiques typiques d’animaux adaptés à un milieu où l’énergie est rare et la prédation moins fréquente qu’en surface.

    Pour les chercheurs français comme pour leurs homologues japonais, ces informations servent à affiner les modèles sur la chaîne alimentaire abyssale, le rôle de ces poissons dans le recyclage de la matière organique et leur possible vulnérabilité face aux activités humaines, comme l’exploitation minière des grands fonds ou la pollution plastique.

    À mesure que l’observation se prolonge, les équipes pourront documenter la manière dont le Maguma-Kusauo s’alimente en captivité, s’il accepte des proies particulières ou des aliments préparés, et comment il réagit à de légères modifications de son environnement. Autant de données qui, recoupées avec celles d’autres espèces, aideront à mieux comprendre la résilience globale des écosystèmes des abysses.

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